RÈGLEMENT DES DAMES DE LA CHARITÉ A LA COUR
. « La Compagnie des Dames de la Charité sera instituée pour honorer celle de Notre-Seigneur et celle de sa sainte Mère, et des dames qui Vont suivi et administré les choses nécessaires à sa personne, à sa Compagnie, et parfois aux troupes qui le suivaient et aux pauvres, en pratiquant et
INSTITUTION DES DAMES DE LA CHARITÉ. dC^
assistant les compagnies.de la Charité de l'Hôtel- Dieu, des enfants trouvés, des forçats, des petites filles de mademoiselle PoUalion et de L'Étang, et des pauvres filles servantes de la Charité des paroisses, des filles de la Madeleine et généralement tous les bons œuvres institués par des femm(S en ce siècle.
(( Elle sera composée de la personne sacrée de la reine et d'un petit nombre certain et limité des dames qu'il lui plaira choisir à cet effet, lesquelles seront députées tour à tour trois à trois pour avoir soin de chacune desdites Compagnies, et en rapporteront l'état et les besoins à ladite Compagnie pour résoudre les besoins qu'elles auront trouvés, à la pluralité des voix qui seront colligéeset résolues par Sa Majesté, et auront ces départements un an durant, au bout duquel elles en changeront au sort , et la reine aura la direction perpétuelle de ladite Compagnie.
« Lesdites Dames s'étudieront à acquérir la perfection chrétienne et de leur condition, feront oraison mentale une demi-heure pour le moins et entendront la sainte messe, liront un chapitre de Y Inlroduction à la vie dévote ou de \ Amour de Dieu^ feront l'examen général chaque jour, et se confesseront et communieront au moins tous les huit jours.
« Elles s'assembleront où la reine commandera tous les premiers vendredis du mois et s'y entretiendront humblement et dévotement, une demi-heure durant, des choses que Notre-Seigneur leur aura données à l'oraison le matin du jour de l'assemblée sur le sujet qui leur aura été donné des vertus chrétiennes propres à leur condition.
« Rapporteront ensuite par ordre les difficultés et les besoins qu'elles auront trouvés chacune dans la Compagnie qui leur aura été destinée, et Sa Majesté, ayant ouï et fait opiner lesdites Dames sur ce sujet, ayant colligé les opinions de chacune d'icelles, commandera ce qu'elle trouvera pour le mieux devant Dieu, ce qui sera écrit dans un registre et exécuté ensuite par chacune des Dames en leur dé-
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partement, lesquelles s'assemblerçnt Je premier de chaque mois trois à trois pour traiter des mêmes affaires des compagnies qui leur auront été commises, et les résoudre, et se contenteront de rapporter les principales à l'assemblée qui se fera en la présence de la reine.
« Elles auront pour maxime de ne paô traiter là dés affaires particulières ni des générales, notamment de celles d'État, ni de se servir de cette occasion pour faire leurs affaires, honoreront la reine et affectionneront son service d'une affection toute particulière, et s'entre-chériront les unes les autres comme des sœurs que Notre-Seigneur a liées du lien de son amour, s' entr' assisteront et consoleront en leurs maladies et afflictions, communieront à l'intention des malades et de celles qui décéderont, et honoreront enfin le silence de Notre-Seigneur en toutes les choses qui regarderont la dite Compagnie^ pour ce que le prince du monde se joue des choses saintes qui se divulguent dans le monde. »
Mais c'est surtout vers les Dames de son Assemblée, comme on les appela désormais, vers les Dames principalement destinées à l'assistance des malades de l'Hôtel-Dieu, que \in-* cent dirigea son attention, et à elles aussi il voulut donner des règles. Faire le bien à la vue de tous pour en étendre la sainte conta^gion ; le faire à l'âme des malades plus encore qu'à leur corps; le faire enfin avec une telle discrétion qu'il ne parût pas un reproche aux personnes qui, chargées de ce soin par profession, l'avaient pu omettre : tels furent les principes; puis il leur dit : « Avant votre visite, vous invoquerez l'assistance de Notre-Seigneur, qui est le vrai père des pauvres, par l'entremise de la très-sainte Vierge et de saint Louis, fondateur de cette maison. En entrant à THôtel-Dieu,. vous vous présenterez d'abord aux religieuses, et les prierez de trouver bon que, pour participer à leurs mérites, vous ayez la consolation de servir les malades avec elles. Si par hasard il s'en trouvait quelqu'une qui ne parut pas vous voir de bon œil, vous vous garderez
LES fiAMÊS A L*HÔTEL*t)ÎEr.
Len de la contredire ou de vouloir remporter sur elle. 3 us honorerez toutes ces filles comme vos mères, comme les âmes de la maison et les épouses de Jésus-Christ. À l'éard des pauvres, vous leur parlerez avec beaucoup de ouceur et d'humilité; et, pour ne pas contrister ces maleureux, à qui le luxe des riches fait mieux sentir le poids e leurs misères, vous ne paraîtrez devant eux qu'avec des abits simples et modestes ; et, pour les rendre attentifs à os pieuses exhortations, vous leur procurerez bien des peits secours que la maison ne leur fournit pas. Enfin , pour e pas blesser l'orgueil du monde et ne vous pas exposer à es censures, vous éviterez non-seulement de faire les saantes en instruisant les malades, mais encore de paraître ►arler de vous-mêmes; vous aurez donc toujours à la main m petit livre, qu'on fera imprimer à ce dessein, et qui renermera celles des vérités chrétiennes dont la connaissance •st le plus nécessaire. »
Les Dames à THôtel-Dieu.
Ainsi firent les Dames. Par leurs manières simples et res- ^ctueuses, elles gagnèrent aussitôt le cœur des religieuses le THôtel-Dieu. Elles eurent toute liberté de parcourir les balles et les lits, pour consoler les pauvres, leur parler de Dieu, les porter à tirer profit de leurs infirmités et les disposer à une mort chrétienne. Jusqu'alors il avait été d'usage d'obliger les malades, dès leur entrée à THôtelïieu, à faire leur confession et à communier. Que pouvaient être des sacrements reçus ainsi à la hâte, sans préparation ni instruction? Le plus souvent sacrilèges; d'autant plus que les protestants eux-mêmes, dans la crainte de D'être pas admis ou d'être moins bien traités, se confessaient et communiaient comme les autres. Et pourtant, lette confession faite, on laissait les malades en paix jus- [u'à l'heure de la mort, c'est-à-dire jusqu'à l'heure où ils
ni.
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étaient biett moins! capables encore de répat^r lès désordres (îeleaf vie.
Les Dames commencèrent par obtenir la suppression de ces abus. Avant tout, elles s'appliquèren"l à instruire les malades, à les exercer à Texamen de leur conscience, à leur inspirer dessèntiments de douleur et des résolutions saintes; tout cela, avec la simplicité qui lenr avait été recommandée, confondant leur sort avec celui de ces malheureux, et paraissant moins prescrire que raconier ce qui leur avait été dit à elles-mêmes. « Ma bonne sœur, disaienf-eïJes à une pauvre malade, y a-t-il longtemps que vous ne vous êtes point côtifessée? N'auriez- vous point la dévotion de faire- une confession générale, si Ton vous disait comme il la faut faire? Ori m'a dit à moi qu'il était important pour moù salut d'en faire une bonne avant de mourir, tant pour réparer les fautes dés confessions ordinaires que j'ai peut-être mal faites, que pour concevoir un plus grand regret de mes péchés, en me représentant les plus griefs que j'ai commis en toute ma vie, et la grande miséricorde avec laquelle Dieu m'a supportée, ne m'ayant pas condamnée ni envoyée au feu d'enfer lorsque je l'ai mérité, mais m'ayant attendue à pénitence pour me les pardonner, et pour me donner enfin le paradis, si je me convertissais à lui de' tout mon cœur, comme j'ai un bon désir de faire avec le secours de sa grâce. Or, vous pouvez avoir les mêmes raisons que moi de faire cette confession générale, et de vous donner à Dieu pour bien vivre à l'avenir. Et si vous voulez savoir ce que vous avez à faire pour vous ressouvenir de vos péchés, et ensuite pour vous bien confesser, on m'a appris à moi-même à m'examiner comme je vais vous le dire, etc.. On m'a aussi appris comment il fallait former en mon cœur une vraie contrition de mes péchés, et à en faire les actes en cette manière, etc., comme aussi des actes de foi, d'espérance et d'amour de Dieu... ))
Telle fut la méthode que Vincent avait suggérée aux
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liâmes, et qu'elles pratiquèrent atec édSfîcâ'tîôîi et ffuîts merveifleux. Les malades suflSsâmiïiefit instruits et préparés, elles appelaient les confesseurs. EJleâ s'adressèrent d'abord à des religieux de Saint-Victor ; mais quelques dîflicultés étant survenues entre eux et les chanoines de Notre-Dame, supérieurs delà maison, elles recoururent, avec Tapprobàtion du chapitre, à deux prêtres séculiers, dont Tun, qui savait plusieurs langues, se mutait à la disposition des étrangers. Ces deux prêtres ne purent bientôt suffire à la tâche. 11 entrait à THôtel-Dieu cinquante, soixante et jusqu'à cent malades par jour; sa population habituelle, de mille ou .douze cents, atteignit et dépassa deux mille. Qu'était-ce que deux prêtres, même sécoùdés par les Dames, pour une mission si vaste? d'autant plus que les Dames ne pouvaient avec bienséance se charger de l'instructîoiï des hommes, plus igùofants etïcôre et plus éloignés de Dieu que les femmes. Elles confvinretït donc avec la supérieure de mettre six prêtres à THôtel-Dieu, pour instruire les hommes et pour administrer les sacrements à tous les malades. Notons bien que ce n'était là qu'un supplément aux prêtres habitués de l'hôpital. Mais comme il a été dit précédemment, plusieurs de ceux-ci étant attachés au chœur pour le service divin, il était nécessaire que des prêtres, déchargés de toute autre obligation, s'employassent exclusivertient au soin spirituel des. malades. Tels furent les six prêtres de surcroît procurés par les Dames de la Charité. Celles-ci leur donnaient à chacun quarante écus par an ; le chapitre leur assurait leurs messes à Notre-Dame, et l'administration leur fournissait le logement et la nourriture à l' Hôtel-Dieu : tous les intéressés contribuaient ainsi à leur honnête entretien, \incent avait pris pour lui la préparation à leurs fonctions saintes et leur entretien spirituel. Avant d'entrer à THôtel-Dieu, ils devaient faire une retraite à Saint- Lazare; tous les aiis ils devaient retourner à cette source de la charité. Cependant les Dames continuaient à THôtel-Dieu leurs
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visites et leurs soins. Un si bel exemple toucha et entratoa les hommes, qui voulurent rendre le même office à ceux de leur sexe. Nous lisons, en effet, dans une lettre de saint Vincent, du 20 septembre 1650 :
« Combien pensez-vous qu'il y a à Paris de personnes de grande condition de l'un et de l'autre sexe, qui visitent, instruisent et exhortent les malades de l'Hôtel-Dieu tous les jours, qui s'y portent d'une dévotion admirable, même avec persévérance? Certes, ceux qui n'ont pas vu cela ont peine à le croire, et ceux qui le voient en sont tout édifiés; car, en effet, cette vie là est la vie des saints et des grands saints qui servent Notre-Seigneur en ses membres et dans la meilleure manière qu'il est possible. »
Pour ménager les Dames, dont la conservation était si nécessaire aux pauvres, Vincent, deux ans après l'établissement de leur Compagnie, fit un nouveau règlement qui les soulageait beaucoup, sans faire tort aux malades. Jusque-là, les mêmes Dames s'étaient chargées du service des pauvres, de leur instruction et de leur préparation à la mort : il voulut diviser ces emplois, pour qu'ils ne se nuisissent pas l'un à l'autre, et qu'ils fussent distribués suivant les aptitudes. En conséquence, il les réunit en assemblée générale, et là il fut réglé qu'elles seraient partagées en deux classes : aux unes le service, aux autres l'instruction; tous les trois mois, quatorze seraient nommées pour cette double fonction; deux de celles-ci iraient chaque jour de la semaine à l'Hôtel-Dieu, après avoir reçu la bénédiction du chanoine de Notre-Dame qui en serait actuellement supérieur; aux quatre-temps de l'année, on procéderait à une nouvelle élection ; les Dames qui sortiraient de charge feraient à l'assemblée un rapport simple et fidèle de la méthode et du succès' de leurs travaux, pour servir de règle et d'encouragement à celles qui leur devaient succéder.
Voilà pour le service spirituel des malades; quant au service corporel, il le fallait aussi délicat et aussi attentif,
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comme introduction et passe-port du premier. Entre le dîner et le souper, et même avant le premier de ces repas, ou Ton ne donnait rien aux malades, ou Ton ne leur servait que des aliments peu proportionnés à leur état de dégoût et de langueur. La présidente Goussault l'avait observé avec douleur, car les jouissances de la fortune lui rendaient sensibles par le contraste, loin de. les lui faire oublier, les privations des pauvres. Elle aurait voulu établir entre elle et eux, dans le temps des infirmités, la sainte égalité chré* tienne.
Dès la seconde assemblée, elle fit, sur ce point, son rapport à ses compagnes, et, vivement appuyée par Vincent de Paul, elle leur communiqua ses tendres desseins. Aussi futil arrêté, séance tenante, qu'on louerait une maison près de l'Hôtel-Dieu, et qu'on y établirait des Filles de la Charité pour préparer le déjeuner et la collation d'un millier de malades. Pendant l'été, ce devaient être, le matin, des bouillons au lait; dans l'après-midi, du pain blanc, des biscuits, des confitures, de la gélatine, des fruits de la saison; l'hiver, des citrons, du fruit cuit, des rôties au sucre; le tout, suivant la maladie de chacun ou son degré de convalescence. Les Filles de la Charité achetaient la matière première, et les Dames tenaient à honneur de les aider soit dans la confection, soit dans la distribution de ces douceurs.
Elles se rendaient ordinairement à l'Hôtel-Dieu à une heure de l'après-midi et y restaient jusqu'à quatre heures. Après une visite au Saint-Sacrement, elles passaient dans une chambre où les religieuses les ceignaient d'un tablier blanc. Chacune prenait alors les dons et les armes de la charité, celle-ci un bassin de fruits, celle-là un plat de gelée, une autre des confitures; etb, la fourchette ou la cuiller à la main, elles se partageaient les salles, accompagnées de Filles de la Charité, passaient d'un lit à l'autre, présentaient à chaque malade ce qu'il désirait. Si quelqu'un était tellement faible qu'il ne pût lui-même prendre la nourrîture, elles la lui mettaient dans la bouche après y avoir fait
une bénédiction. Ainsi ces femmes, de la prenjière noblesse, servaient les pauvres avec la tendresse d'une mère pouV son fils, ou mieux avec la religion des saintes femmes pour Notre -Seigneur lui-même. La distribution achevée, elles allaient quitter leurs tabliers, costume et livrée de Ja charité, et, retournant deyant le Saint-Sacrement, elles remerciaient Dieu de l'honneur et de la grâce qu'il leur avait faits de se laisser servir par elles dans la personne des pauvres, et elles le priaient pour leur santé et pour leur salut.
Vincent de Paul était absent de Parjs quand ce service commença. Dès qu'il en fut informé, il écrivit à mademoiselle Le Gras : « Dieu vous bénisse. Mademoiselle, de ce que vous êtes allée mettre vos filles en faction à F Hôtel- Dieu, et de tout ce qui s'en est suivi ! Ménagez votre santé, car vous voyez le besoin qu'on a de vous. » Conseil nécessaire, car mademoiselle Le Gras, qui avait secondé avec ardeur les Dames dès le commencement de leur pieuse entreprise, s'y livra avec excès après l'établissement de ses filles auprès de l'Hôtel-Dieu. Vincent dut lui écrire : a D'être toujours à l'Hôtel-Dieu, Mademoiselle, il n'est pas expédient; mais d'y aller et venir, il est à propos. Ne craignez pas de trop entreprendre, en faisant le bien qui se présente à vous; mais craignez le désir d'en faire plus que vous ne faites, et que Dieu ne vous donne le moyen de faire. La pensée d'aller au delà me fait trembler de peur, parce qu'elle me semble un crime aux enfants de la Providence. Je remercie Notre-Seigneur de la grâce qu'il fait à vos filles, d'être si généreuses et si bien disposées à lui rendre service. 11 y a sujet de croire que sa bonté, comme vous dites , daigne suppléer à ce qui leur peut manquer de votre part, vous trouvant nécessitée de vaquer souvent à d'autres choses qu'à celles qui regardent leur conduite. »
Mademoiselle Le Gras ne se contenta pas de prêter aux Dames sa personne et ses filles ; mais, par une ingénieuse combinaison, elle les aida à soutenir la dépense énorme
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ides distributions de rEôtel-DIeu. Elle apprit à jses fiUes i me de b gelée, des çQnfitures; et, dès qu'elles le .surent^ elle leur en .fit prép^-rer, outre la quantité nécessaire à Thp^ pital, des provisions considérables qui se vendaient dans Paris .au profit des pauvres. Saint commerce que Dieu bénit et qui alihventa la caisse de la charité !
Dire combien le spectacle de femmes de cette condition, iSissistant les pauvres avec une humilité de servantes, et avec une tendresse et une grâce dont celles-ci eussent été incapables, charma le peuple et la noblesse ; ce qu'il produisit en aumônes, en prosélytisme, en conversions, serait chose impossible. Dieu seul connaît le nombre des malades qui, touchés d'abord de reconnaissance pour les services rç.odiUS à leur infirmité, furent ramenés ensuite à la religion qui les avait inspirés, et passèrent à une vie ou à une mort chrétienne. Qu'on en juge par le seul nombre des conversions ou des retours à la vraie religion. En une seule ann,ée, qui fut la première de l'œuvre, il y eut plus de sept cent soixante abjurations, tant de Turcs blessés et pris sur mer, que de luthériens et de calvinistes. La charité des Pâmes, les bénédictions dont Dieu les récompensait, mirent rWô tel-Dieu en une telle estime, que de riches bourgeois demandaient à y être admis dans leurs maladies, en payant largement leur dépense, à Ja s^ule condition d y être traités comme les pauvres.
Autres œuvres des Dames.
Cette œuvre aussi survécut à saint Vincent de Paui. 'Après la présidente Goussault, la Compagnie eut succesi3ivement pour supérieures mesdames de Soucarière, de J-.amoignon et d'Aiguillon. Madame de Lamoignon, née Marie de Landes, s'était mise sous la direction de saint François de Siles dans les voyages qu'il fit à Paris. Après lui, elle s'abandonna à la conduite de Vincent de Paul et ^rlt part
à toutes ses œuvres charitables. Quant le peuple voyait le saint prêtre se diriger vers Thôtel de la présidente : « Voilà le père des pauvres, disait-il, qui va chez la mère des pauvres ^ » Madame de Lamoignon forma une association ayant pour but la délivrance des prisonniers pour dettes et l'assistance générale de tous les prisonniers. L'association compta bientôt non-seulement des femmes et des ecclésiastiques, mais des seigneurs et des magistrats. Elle eut pour premier supérieur de Morangîs, maître des requêtes, et pour premiers associés les marquis de Laval et d'Urfé, le vicomte d'Argenson, messieurs de Lavau, d'Omano, Talon, du Belloy. Tous visitaient les prisons, s'informaient des besoins des prisonniers et délivraient ceux qui méritaient le plus d'intérêt. Le roi y contribuait tous les 'ans d'une somme considérable, et l'archevêque de Paris payait la rançon du prisonnier qui lui était présenté par l'association le dimanche des Rameaux. L'œuvre survécut à la pieuse fondatrice : elle existait encore au moment de la Révolution, et, récemment rétablie, elle continue ses soins aux malheureux prisonniers.
C'est ainsi que l'exemple de Vincent enfantait les œuvres charitables. Car, c'est à son école que la présidente avsdt puisé son ardent amour des pauvres. Chez elle se tint souvent l'assemblée des Dames, et elle fut toujours une des meilleures ouvrières de la charité du saint prêtre. Aussi, quand il apprit sa mort, arrivée le 31 décembre 1651, il monta aussitôt en voiture pour l'aller voir sur son lit funèbre. Et, dans le trajet, il ne cessa de déplorer devant lé frère Ducourneau qui l'accompagnait la perte que venaient de faire l'Église et les pauvres *.
Il est vrai qu'elle fut remplacée par sa fille, Madeleine de Lamoignon, sœur de l'illustre président de ce nom. Mademoiselle de Lamoignon, outre les leçons et les exemples de sa mère, eut aussi pour directeurs François de Sales et