‹ Saint Vincent de Paul, sa vie, son temps, ses œuvres, son influenceChapitre 52 sur 87 · LES DAVBS DE LA CHARITE · texte numérisé non relu

LES DAVBS DE LA CHARITE

Origine et institution des Dames de la Charité.

Aux servantes, aux économes des pauvres, il fallait un fonds pour fournir à tant de dépenses; et ce fonds, les saintes filles, si pauvres elles-mêmes, ne pouvaient ni le former ni l'entretenir. Elles avaient donc besoin de pourvoyeuses qui, dans leurs propres richesses ou dans leurs optflentes relations , trouvassent les ressources nécessaires pour composer et alimenter sans cesse le trésor des bonnes œuvres, des sortes de fermières générales, recueillant tous les tributs de la charité et toujours prêtes à les mettre au service de tous les misérables; en un mot, les Filles delà Charité appelaient pour complément les Dames de la Charité.

Ce fut Tannée 1634 qui vit naître ce nouvel établissement. Vincent revenait d*un voyage entrepris, sur Tordre deTévêque de Beauvais, pour visiter des religieuses Drsulines, lorsque la présidente Goussault le vint trouver à Saint-Lazare, et lui proposa une œuvre dont l'idée Toccupait depuis longtemps.

Riche et belle, demeurée veuve à la fleur de sa jeunesse, cette femme admirable, que nous allons voir ici jouer un si grand rôle, avait refusé les offres les plus brillantes, pour se livrer plus librement à l'exercice d'une éminente charité. Désormais, elle mettra ses richesses et sa personne au service des pauvres ; au milieu du luxe et des relations du monde, elle vivra comme une des Filles de la Charité, dont

elle adoptera toutes les règles compatibles à sa conditioD, et elle mourra en regrettant de n'avoir pas plus complètement appartenu à cette sainte Compagnie et en lui recommandant la fidélité à ses règles, garantie assurée des bénédictions de Dieu sur elle. En restant dans le monde, elle fit bien mieux

• qu'en s' engageant dans la Compagnie, car, au lieu d'être une. simple ouvrière, elle va devenir, en quelque sorte, ttiinistre de Vincent de Paul au département des affaires extérieures de sa charité.

Donc, un jour de l'année 1634, la présidente Goussault venait proposer au saint prêtre une œuvre nouvelle. Parmi les pauvres qu'elle se plaisait surtout à visiter, étaient les nialades de l'Hôtel-Dieu de Paris : c'est qu'elle entrevoyait là

* occasion d'un exercice de charité admirable. Dans ce grand établissement, il passait chaque année environ vingt-cinq ïïîUle personnes, de tout âge, de tout sexe, de tout pays, de toute religion. Quelle moisson à recueillir pour Dieu dans ce vaste champ, a'il était bien cultivé! Mais tant s'en fallait ^u*il en fût ainsi aux yeux de la présidente, qui s'était convaincue, dans ses fréquentes visites, que les pauvres y 'ïïaiiquaîent de bien des secours tant pour le corps que pour l'âiïie.

Et cependant, depuis quelques années, bien d'heureux

changements avaient été introduits à l'Hôtel-Dieu, grâce à

Marguerite Bouquet, dite du Saint-Nom-de-Jésus, qui, entrée

^^ service des pauvres de cet hôpital vers 161 3, y avait fondé

^^ noviciat, établi l'ordre parmi les religieuses et les gens de

P^îne, amélioré la couche et la nourriture des malades, la

Pî*éparation des remèdes, obtenu la réforme presque entière

^u règlement. L'Hôtèl-Dieu devenait ainsi la maison mère

^'un ordre de religieuses qui allaient se répandre de là par

toute la France et y porter les bonnes méthodes d'assistance

des malades. Couvent en même temps qu'hôpital, THôtel-

Dieu ne comptait pas moins de cent professes et de cinquante

novices, sous la règle de saint Augustin. Il était administré

te/nporellement par une commission laïque, et gouverné,

pour le spirituel, à la nomination et sous la juridiction du chapitre de Notre-Dame, par vingt-quatre ecclésiastiques, dont Tun, portant le titre de maitrcj avait pour fonction de maintenir le bon ordre dans le service de ses subordonnés. De ceux*ci, quatorze étaient chargés de l'administration des sacrements et des autres fonctions du ministère, et les neuf autres, qualifiés de chapelains^ de chanter ToflSce canonial; deux des premiers, appelés vicaires^ l'un Allemand, l'autre Irlandais, confessaient les malades de leur nation.

Malgré tout, en 1634, le service de l'Hôtel-Dieu laissait beaucoup à désirer tant au spirituel qu'au temporel, car il est bon de dire que l'organisation décrite tout à l'heure n'était pas encore accomplie, et qu'elle est due, dans son perfectionnement, précisément à l'intervention des Dames de la Charité.

Après avoir écouté le récit de la présidente Goussault, \incent, si bien informé des besoins des pauvres et de ce qui manquait à leur seryice, ne put s'enipêcher de reconnaître la justesse de ses observations et la légitimité de ses plaintes. « Mais*, lui répondit-il, il est des maux qu'il faut souffrir, surtout si le remède en devait amener de pires. D'ailleurs , il ne saurait me convenir de mettre la faux en la moisson d' autrui. L'Hôtel- Dieu est gouverné, au spirituel et au temporel, par des directeurs et des administrateurs que j'estime très-sages. Je n'ai ni caractère ni autorité pour empêcher les abus qui peuvent se trouver là comme partout ailleurs. Il faut espérer que ceux qui sont chargés du gouvernement de cette grande maison y apporteront les remèdes nécessaires. »

Quelque sage que fut ce discours, la présidente fut loin d'en être satisfaite. Aussi elle renouvela , multiplia ses instances, sans pouvoir néanmoins obtenir d'autre réponse. Mais, tant de fois repoussée, elle ne se lassa pas de revenir à la charge, avec cette obstination que les femmes portent heureusement dans le bien comme dans le mal. Ne se trouvant plus en force toute seule, elle chercha du ren-

INStîTOTlON D˧ DÀMÊÔ t)Ë LA CHAftîTÉ. SOI

fort auprès de l'archevêque de Paris. Le prélat, après avoir écouté son récit vif et pressant, fit savoir à Vincent de Paul qiji*il lui ferait plaisir d'accéder aux propositions de la présidente, et d'établir une Compagnie de Dames qui prissent un soin particulier des malades de THôtel-Dieu.

Sur la parole de son évêque, le saint ne douta plus delà volonté de Dieu. Sans plus de délibération ni de délai, il invita donc quelques femmes de- condition et de piété à se rendre au jour marqué chez la présidente. Les dan.es de Ville-Savin, de Bailleul, du Mecq, de Sainctot et Pollalion furent fidèles au rendez-vous. Presque toutes ces dames appartenaient à la haute magistrature; nous pourrons revenir sur quelques-unes d'entre elles, notamment sur mademoiselle Pollalion.

Vincent, tout entier désormais à l'œuvre nouvelle, ouvrit l'assemblée par un discours si énergique, en fit si bien valoir le besoin, l'importance et la grandeur, que toutes s'engagèrent à s'y consacrer. Il leur indiqua une nouvelle assemblée pour le lundi suivant, et les chargea d'y inviter toutes celles de leurs amies qu'elles croiraient disposées à entrer dans le même dessein. Par-dessus tout il les pria de recommander l'affaire à Dieu et de communier à cette intention. 11 réclama aussi les prières de mademoiselle Le Gras, en la prévenant qu'il aurait besoin d'elle au jour marqué, et de quatre de ses Filles.

La seconde assemblée fut plus nombreuse que la première. Parmi les nouvelles assistantes, aussi distinguées par leur vertu que par leur rang, nommons Elisabeth d'Aligre, chancelière de France, Anne Petau, veuve de messire Kegnauld, seigneur de Traversay, et Marie Fouquet, mère du fameux surintendant des finances. C'est Marie Fouquet, cette femme si attachée à Dieu et aux pauvres, qui, apprenant la disgrâce de son fils, se contenta de s'écrier : « Je ^ous remercie, ô mon Dieu! je vous avais toujours denandé le salut de mon fils : en voilà le chemin. » Le projet étant déjà arrêté dans l'assemblée précédentei

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il ne restait plus qu'à Torganiser dans celle-<^i. On y pro« céda donc à Télection de trois of&cières de la Compagnie : d'une supérieur^» d'une assistante et d'une trésorière. La présidente Goussault fut naturellement élue la première supérieure, et Viacent établi directeur perpétuel; mademoiselle Pollalion fut nommée trésorière. Au bout de quelques jours, la Compagnie était à l'œuvre et comptait déjà plus d'une centaine de Dames. En effet, dans une lettre du 25 juillet 1634 que Vincent écrivait à du Coudray à Rome pour le charger d'obtenir des indulgences en faveur des confréries de la Charité, on lit : « Nous en avons érigé uDe composée de cent ou cent vingt dames de haute qualité, qui, chaque jour, quatre à quatre, visitent et secourent jusqu'à huit ou neuf cents pauvres malades avec de la gélatine, des consommés, des confitures et toute sorte de douceurs, outre la nourriture ordinaire que la maison leur fournit, pour disposer ces pauvres personnes à faire la confession générale de leur vie passée, et à procurer que ceux qui meurent partent de ce monde en bon état, et que ceux qui guérissent fassent résolution de ne plus offenser Dieu, ce qui se fait avec une bénédiction particulière. »

Ce nombre s'accrut, se doubla en peu d'années, et on y vit entrer des femmes de la première noblesse, des princesses même, comme Marie de Gonzague, qui croyaient se relever devant Dieu en s' abaissant devant les pauvres. La cour voulut avoir aussi sa Compagnie de charité formée sur le modèle des Dames de l'Assemblée, et, pour ordonner ce pieux dessein, Vincent de Paul rédigea ce règlement :

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