Voir sa Vie par Lacour de Mariraut, Paris, 1C87, iii
tre établissement de pénitentes, prit naissance à Paris, Robert de Montry, riche marchand de vin et homme de grande piété, ayant rencontré dans une rue deux filles débauchées qui lui témoignèrent un désir vif et sincère de changer de vie, les retira chez lui. Du Pont, curé de Saint- Nicolas-des-Champs , le P. Athanase Mole , capucin , frère du procureur général, et Du Fresne, officier des gardes du corps du roi, touchés 'de cette initiative, s^ joignirent au marchand. Tous r^olurent de ramasser le plus qu'ils pourraient de ces pauvres créatures, et de les réunir dans un pénitencier. Ils les mirent d'abord dans quelques chambres qu'ils louèrent au faubourg Saint-Honoré, et bientôt Robert de Montry leur céda une maison qu'il avait auprès de la Croix-Rouge. On y établit la clôture, et on y érigea une chapelle, où saint François de Sales vint prêcher en 1619 et donner l'habit à quelques filles.
Depuis, le nombre des pénitentes s'étant augmenté, on les transféra rue des Fontaines, près du Temple, dans un local plus vaste, procuré par la marquise de Maignelay\ Charlotte-Marguerite de Gondi, sœur des deux derniers évèques de Paris et du Général des galères, avait épousé, en 1588, Florimond d'Halluin, marquis de Maignelay, qui, trois aias après, fut assassiné pendant les troubles de la Ligue. Veuve, elle renonça, quoique dans l'éclat de la jeunesse et de la fortune, au. monde et au luxe, pour vivre dansleî^ pratiques de la piété. Son intention avait été même d'embrasser la vie religieuse dans le couvent des capucines; mais l'abbé de BéruUe, le docteur Du val et d'autres sages et pieux personnages la retinrent dans le monde. Visite des malades et des prisonniers, établissements et œuvres charitables, voilà à quoi elle consacra désormais sa vie et ses richesses. Elle fut une des dames les plus zélées de l'Assemblée de Vincent de Paul, et, après madame d'Aiguillon, elle coopéra plus que personne à ses aumônes. Et
1. Voir sa Vie, par le P. Marc de Bauduin, Paris, 1666, in-lî.
malgré les immenses largesses de sa vie, les legs portés dans son testament dépassèrent 400,000 livres. Elle mourut le 25 août 1650.
La marquise de Maignelay, ayant établi près du Temple la maison de retraite nommée de la Madeleine, s'en déclara fondatrice, titre qu'elle mérita par les grands biens qu'elle lui fit pendant sa vie, et par les cent une mille six cents livres qu'elle lui légua par testament. Les pénitentes s'y accrurent encore, et en même temps les sollicitudes et les difficultés. Or, à la tête de la maison, personne qui fût vraiment capable de la conduire. On demanda à saint François de Sales d'y mettre quelques-unes de ses filles, dont la douceur et la charité semblaient les vertus propres à gagner les nouvelles Madeleines. « Plus tard peut-être, répondit le saint évêque; 11 n'est pas encore temps. » Douze années se passèrent, après lesquelles on s'adressa à Vincent de Paul, en quelque sorte successeur de François de Sales dans la supériorité des Filles de Sainte-Marie. Vincent en conféra d'abord avec Dieu, ensuite avec l'archevêque de Paris et la mère Angélique L'Huillier, supérieure de la maison de la rue Saint-Antoine, et, en 1629, il destina quatre sœurs de la Visitation aux premières charges de la Madeleine.
Ces bonnes filles tremblèrent en face d'une telle entreprise. Et, en effet, les calomnies, les persécutions, les obstacles de toutes sortes, soit du dedans, soit du dehors, ne leur manquèrent pas. Mais, soutenu par la pensée du mérite de l'œuvre et par sa confiance en Dieu, Vincent ne les abandonna pas plus qu'il ne s'abandonna lui-même. 11 fit tenir des assemblées de docteurs et d'autres personnes de piété et d'expérience, où l'on prit de sages et fortes résolutions pour le succès d'une affaire d'où dépendaient l'édification publique et le salut de tant d'âmes. En même temps, il exhortait les sœurs à la patience, à la persévérance, en vue des bénédictions qu'elles attireraient par là sur elles et sur tout leur ordre, en vue de Jésus-Christ, refuge des pèche-
k62 SAIHT VINCENT DE PAOL.
resses, dont elles continuaient la mission. Et il écmait en ce sens à la mère Anne-Marie Bollais, la première supérieure envoyée à la Madeleine : « Notre-Seigneur, qui nous appelle au plus parfait, aura plus agréable la continuadon de vos services à Sainte-Madeleine qu'il n'aurait ailleurs. La grâce de la persévérance est la plus importante de toutes, et qui couronne toutes les autres grâces ; et la mort qui nous trouve les armes à la main pour le service de notre divin Maître, est la plus glorieuse et la plus désirable. Notre-Seigneur a fini comme il a vécu : sa vie ayant été rude et pénible, sa mort a été rigoureuse et pleine d'angoisses, sans mélange d'aucune consolation humaine. C'est pour cela que plusieurs saints ont eu cette dévotion d'aimer à mourir seuls et d'être abandonnés des hommes, dans la confiance qu'ils auraient Dieu seul pour les secourir. Je suis assuré, ma chère sœur, que vous ne cherchez que lui seul, et qu'entre les bonnes actions qui se présentent à faire, vous préférerez toujours celles où il y aura plus de sa gloire et moins de votre intérêt. »
Ainsi encouragées et conduites, les Sœurs de la VisitatioD, après avoir triomphé des premières difficultés, établirent l'ordre à la Madeleine. Par leur douceur et par leurs soins, elles gagnèrent le cœur, non -seulement des pénitentes volontaires, mais encore de celles qu'on leur amenait par autorité de famille ou de police. Celles-ci bientôt restaient de plein gré là où elles avaient été conduites de force, et quelques-unes même y faisaient les vœux de religion. Vincent continuait à soutenir les sœui's soit par les bons confesseurs qu'il leur procurait, soit par ses lettres, soit par ses visites qu'il prolongeait quelquefois au delà d'une semaine ^ Deux autres communautés s'établirent bientôt à Bordeaux et à Rouen, en attendant les deux maisons de la Pitié et de Sainte-Pélagie formées par madame de Miramion ; les refuges du Bon-Pasteur ouverts pai* madame de Combé -
t. Lettre A l'éréque de Toul , du 19 janvier 1635. S. Voir sa Th». par Jean- Jacques Boiieau , io-ii.
au repentir, vers la fin du siècle, en plusieurs villes de France, et les maisons semblables de Sainte -Valère et des Filles -du -Sauveur, fondées à Paris, vers le même tenops, par le P. Daure, dominicain, et deux simples prêtres de paroisses, Louis Raveau et Etienne-François Vernage. C'est toujours la même fécondité fl' œuvres charitables.
Vincent lui-même, sur la fin de sa vie, forma le projet d'un vaste hôpital pour les filles et les femmes abandonnées, et surtout pour celles qui font un infâme trafic de leur honneur. Il eut sur ce sujet de nombreuses et longues conférences avec des personnes de piété ; et, malgré les difficultés d'un semblable projet, il l'eût sans doute conduit à exécution, si la mort ne l'eût prévenu. D'autres, nous venons de le voir, héritèrent de sa pensée, et la réalisèrent sous diverses formes.
Une œuvre semblable, mais plus étendue, œuvre à la fois de refuge et de préservation , fut l'œuvre des Filles de la Pi^oviderice, fondée par madame PoUalion , et qui en produisit deux autres, les œuvres de V Union chrétienne et de la Propagation de la Foi ou des Nouvelles Catholiques.
Marie Lumague*, née à Paris, en 1599, avait épousé François Pollalion, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, et son résident à Raguse. Veuve après quelques années de mariage, elle résigna sa charge de dame d'honneur de la reine, vendit son carrosse et ses pierreries, se retrancha toutes dépenses de luxe et se voua, sous la direction de Vincent de Paul, aux bonnes œuvres et à la piété. Elle commença par être une des dames les plus actives de l'Assemblée; puis elle accompagna mademoiselle Le Gras dans les campagnes, déguisée en paysanne et en servante, pour y instruire et y soulager les pauvres. Enfin elle eut l'inspiration de se consacrer particulièrement aux pauvres filles abusées et repentantes, et à celles que la jeunesse et la beauté, jointes à l'indigence et à la mauvaise conduite de