Summ., n!" 21 et
*einines du monde, elles auraient d'abord avec elles des •apports de bienséance ou de nécessité, des rapports de iuriosité ensuite, où elles trouveraient, les unes une science nutile et dangereuse, contre laquelle la grâce les avait prévenues ; les autres, peut-être, le réveil de souvenirs mal îteints; toutes, des tentations d'habitudes molles, de ménagements délicats, d'une vie plus ou moins vaine et sensuelle, compatible avec la dévotion des femmes du siècle, cnais répugnante à la vraie discipline religieuse.
Du reste, comme on l'a vu, si \incent prenait sur lui l'initiative de ces mesures sévères, il en prenait aussi tout l'odieux. Jamais il ne s'en déchargeait sur les religieuses, remplissant seul le ministère délicat des affaires extérieures. En toute autre occasion, il agissait de concert avec elles. Il ne statuait rien de grave sans avoir pris l'avis des supérieures, et même des plus anciennes qu'il respectait et voulait qu'on respectât, pour honorer en leur personne celui qui s'appelle l'Ancien des jours. Surtout il consultait Dieu. Avant de répondre à leurs doutes, il se recueillait intérieurement; et, quand il croyait avoir entendu la réponse de l'esprit divin, il se relevait en disant : In nomine Dominiî exorde accoutumé des discours de cet homme qui n'avait en vue que la gloire de Dieu, et voulait qu'on marchât en toutes choses, comme il disait, à côté de la Providence.
Malgré son zèle pour le bien des filles consacrées à Dieu, son respect pour la mémoire de François de Sales et de madame de Chantai qui lui avaient confié leur chère famille, Vincent, accablé d'âge, d'infirmités, d'affaires, ayant à diriger ses maisons de plus en plus nombreuses de Missionnaires et de Filles de la Charité, voulut plus d'une fois se démettre de sa conduite. Il écrivit un jour à la mère supérieure de Saint-Denis : « La retraite que je viens de faire m'a fait voir que je ne puis satisfaire à mon obligation vers notre Compagnie et au service que je dois à votre maison. Et, d'ailleurs, notre petite congrégation
ayant pour règle que nous ne nous appliquerons point an service des religieuses, afin de n'être pas détournés do service que nous devons au pauvre peuple des champs, je me suis obligé en conscience de l'observer, pour ce qu'on ne se réglera pas tant par la teneur de nos règles à l'avenir, que par la façon que je les aurai observées. Que si j'en ai usé autrement, ce n'a pas été sans quelque syndérèse, quoique l'on me l'eût permis pour quelque temps à cause de l'affection que j'ai pour votre saint ordre... C'est ce qui fait, ma chère Mère, que je vous supplie très-humblenaent d'agréer de bon cœur la résolution que j'ai prise de me retirer, et de penser à quelque autre qui vous serve de père spirituel. 11 y a tant de personnes à Paris qui sont pleines de l'esprit de Dieu et de celui de notre bienheureux Père, et qui vous serviront avec bien plus de grâce de Dieu que moi! »
Il écrivit dans le même sens aux trois maisons de Paris, et il se crut libre. Mais les Filles de Sainte-Marie ne pouvaient pas se priver si facilement d'un tel directeur. Elles multiplièrent leurs lettres, leurs sollicitations; elles mirent en mouvement les personnes de la première condition, toutes celles qui avaient quelque crédit sur le saint prêtre : pendant un an tout fut inutile; il tint bon et cessa toute visite. Mais, cette fois encore, on mit en jeu l'autorité de l'archevêque de Paris, à laquelle il ne savait pas désobéir, et il reprit le joug sacré. Quelques mois avant sa mort, le 48 mars 1660, il écrivit encore aux Mères de la Visitation pour les prier de se choisir un supérieur qui réparât les fautes qu'il prètendait toujours avoir faites depuis que le saint évéque de Genève l'avait chargé de leur conduite: une dernière fois, on fit parler l'archevêque de Paris, et il mourut supérieur de la Visitation.
Indépendamment de ses infirmités et de ses affaires, il ^ avait une autre raison de se démettre de sa supériorité. 11 craignait, comme il nous l'a dit, que ses Missionnaires m se prévalussent de son exemple pour s'appliquer à la direction des religieuses, qu'il regardait comme idcompatible
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avec la conduite du pauvre peuple. C'est pourquoi il fit de bonne heure un règlement pour interdire à ses prêtres leur conduite et même leur fréquentation; et il tint la main à son exécution, dans des cas où Tobéissançe et la reconnaissance semblaient lui commander une exception. Ainsi de Gournai, évêque de Scythie puis de Toul, le pria de permettre à ses Missionnaires de diriger les Filles de Saint- Dominique qui, dans le triste état de la Lorraine, trouvaient difficilement des guides capables : il refusa avec respect, mais avec fermeté; et, pour prévenir toute sollicitation nouvelle, il ordonna au supérieur de Toul d'aller se jeter aux pieds du prélat pour le prier de le laisser à son devoir. S'il céda momentanément plus tard, ce fut lorsque la guerre et la famine eurent enlevé ou dispersé tous les prêtres qui auraient pu remplir cet emploi, et qu'il craignit d'offenser Dieu par une résistance absolue.
On comprend l'insistance avec laquelle, dans plusieurs de ses lettres, il tâche de réfuter l'objection que ses prêtres pouvaient tirer de sa propre conduite. « C'est avant la fondation de la Mission qu'il a accepté ce fardeau, répond-il; il lui a été imposé par le bienheureux évêque de Genève» ou plutôt par la Providence de Dieu pour son châtiment; car c'est une croix pour lui, et la plus pesante qu'il ait, laquelle il est contraint de porter; d'ailleurs, il est seulement supérieur, ce qui ne l'oblige d'aller qu'environ une fois le mois en chaque maison, et le reste se fait par lettres ; néanmoins. Dieu sait qu'il a fait tout ce qu'il a pu pour être déchargé, mais il ne l'a jamais pu obtenir de son prélat; on peut être assuré qu'il se retirera dès qu'il le pourra, etc. * »
C'était de concert avec les supérieures, avons-nous dit, que Vincent dirigeait les Filles de Sainte- Marie; c'était surtout de concert avec leur sainte Mère, madame de Chantai. Depuis la mort de saint François de Sales, madame de Chantai ne prenait conseil que de lui pour le bon ordre
1. Lettres du 20 décembre 1651^ du U juin 1658, et du 7 jaillet 1658.
et le progrès de son institut; c'était à lui encore qu'elle découvrait son intérieur, avec la même confiance dont elle avait usé avec le saint évêque de Genève. Quand les Missions de Vincent Téloignaient de Paris, ou qu'elle-même, plus souvent encore, était obligée de visiter ses maisons ou dé résider à Annecy, elle lui écrivait des lettres fréquentes pour ne se pas priver entièrement de sa conduite. « Vous voilà donc, mon très-cher Père, engagé à travailler dans la province de Lyon, lui écrivait-elle en 1627; et, par conséquent, nous voilà privées de vous voir de longtemps. Mais à ce que Dieu fait, il n'y a rien à redire, ains à le bénir de tout, comme je fais, mon très-cher Père, de la liberté que votre charité me donne de vous continuer ma confiance et de vous importuner; je le ferai tout simplement. » Et elle lui fait part de son état spirituel. Une autre fois, dans une semblable circonstance, elle écrit encore : « Quoique mon cœur, mon très-cher Père, soit insensible à toute autre chose qu'à la douleur, si est-ce que jamais il n'oubliera la charité que vous lui fîtes le jour de votre départ. Car, mon très-cher Père, il s'est trouvé soulagé dans son mal et même fortifié... Je me prosterne en esprit à vos pieds, vous demandant pardon de la peine que je vous donnai par mes immortifications, de laquelle j'aime et embrasse chèrement l'abjection qui m'en revient. Mais à qui puis -je faire voir et savoir mes infirmités, qu'à mon très-unique Père qui les saura bien supporter? J'espère de votre bonté qu'elle ne s'en lassera point. » »
En 1640, elle eut l'espérance de le voir à Annecy, où Tévêque souhaitait qu'il se transportât pour régler les afiaires du séminaire, et elle lui écrivit : « Hélas! mon vrai et très-cher Père, serait-il bien possible que mon Dieu me fît cette grâce de vous amener en ce pays? Ce serait bien la plus grande consolation que je pusse recevoir en ce monde; et il m'est avis que ce serait par une spéciale miséricorde de Dieu sur mon âme, qui en serait soulagée nonpareillement, comme il me semble, en quelque peine inté-
rieure que je porte il y a plus de quatre ans, et qui me sert de martyre. »
Mais les besoins des enfants trouvés n'ayant pas permis à Vincent de faire ce voyage, madame de Chantai le vint visiter Tannée suivante à Paris. Dieu lui avait ménagé cette dernière entrevue comme une dernière préparation à sa mort si prochaine. En effet, cinq semaines à peine après son départ de Paris, elle mourut à Moulins, le 13 décembre 1641, âgée de soixante-neuf ans.
A la nouvelle de l'extrémité où était madame de Chantai, Vincent s'était mis en prière pour elle. Il avait commencé par un acte de contrition de ses propres péchés, lorsque tout à coup il âvait^ vu un petit globe de feu qui s'élevait de terre et s'allait joindre, dans la région supérieure de l'air, à un autre globe plus grand et plus lumineux; et les deux globes, réduits en un, s' élevant plus haut encore, s'étaient perdus dans un troisième, infiniment plus vaste et plus brillant qu'eux-mêmes. Et il lui avait été dit intérieurement que le premier globe était l'âme de madame de Chantai, le second, celle de l'évêque de Genève, et le troisième l'essence divine. Vision admirable qui, dans sa réalité, était encore une vive image de l'union de ces deux saintes âmes, du principe de leur mutuelle charité, et de la consommation au ciel et dans la gloire de ce que la grâce avait opéré entre elles sur la terre.
Quelques jours après, Vincent apprenait la mort de sainte Chantai. Dès le lendemain il dit la messe pour elle. Arrivé au Mémento des morts, il fut tenté de la recommander à Dieu, parce que, malgré sa vénération pour cette femme <( accomplie en toutes sortes de vertus, et comme une des plus saintes âmes qu'il eût jamais connues sur la terre, » il iui avait entendu proférer, dans un de leurs derniers entretiens, certaines paroles qui lui « semblaient tenir du péché vénieL » Mais, une seconde fois, il eut. la vision des globes, avec un vif sentiment que cette âme était bienheureuse et qu'elle n'avait pas besoin de prières; et désormais il lui fut
impossible de penser à elle sans la voir dans la gloire.
Néanmoins, il praignit encore l'illusion. L'estime qu'il faisait de sainte Chantai, estime telle qu'il ne lisait jamais sans pleurer ses lettres où il voyait une inspiration de l'esprit de Dieu, n'avait-elle point frappé son imagination et suscité des fantômes? Il s'avouait bien à lui-même qu'il n'était rien moins que visionnaire, que cette vision était la seule qu'il eût eue , quoiqu'il eût vu mourir tant de prédestinés. Pour se rassurer entièrement, il s'en ouvrit à l'archevêque de Paris, et au P. Maurice, religieux barnabite : tous les deux lui déclarèrent qu'ils y voyaient une révélation divine. Dès lors, il en fit le récit aux Filles de la Visitation pour les consoler de la mort de leur Mère, et, dans^ le cours de l'année 16â2, en vue, sans doute, d'une canonisation déjà prévue, il en rédigea une relation où, après avoir rendu témoignage à la sainteté de madame de Chantai, il raconta la vision comme arrivée à une tierce personne, assurant seulement qu'elle était « digne de foi, et qu'elle aimerait mieux mourir que de mentir. »
S'il contribua par là à la canonisation de sainte Chantai, il ne rendit pas un moindre service dans le procès de canonisation de saint François de Sales. Dès 1657, il fit reprendre le procès qui allait être interrompu. Henri de Maupas, évêque du Puy, délégué du Saint-Siège, avec les évêques de Belley et de Maurienne, pour faire l'information dite de non cultUy information qui a pour but de constater que l'on n'a pas prévenu le jugement de l'Église de Rome, s'était acquitté de sa commission ; mais, en même temps, il avait écrit et publié une nouvelle Vie de saint François de Sales. Or, ce livre contenait plusieurs choses qui mécontentèrent la cour romaine , entre autres le titre de bienheureux donné sans restriction quelconque plus de quatre cents fois, et celui de saint plus de quatre-vingts fois, à l' évêque de Genève. C'était aller directement contre l'intention de sa commission et détruire soi-même son ouvrage ; et aussi contre la défense expresse d'un décret du pape Urbain VIll. C'est pour-
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quoi la cour de Rome manda aux religieuses de Sainte- Marie d'arrêter leurs poursuites, jusqu'à ce que la difficulté créée par le livre de l'évêque du Puy eût été levée. Or, quel moyen d'y réussir? Le Saint-Siège devait-il révoquer la commission donnée à Henri de Maupas, et annuler l'information que celui-ci avait déjà faite et qu'il était sur le point de porter à Rome? Valait-il mieux que l'évêque du Puy prévînt le pape et remît lui-même sa commission? ou enfin suffisait-il de corriger ou de supprimer le livre?
Vincent de Paul, mû par le triple désir d'avancer la canonisation de l'évêque de Genève, de servir les Filles de Sainte-Marie et de conserver l'honneur de l'évêque du Puy, dévoué à sa congrégation, et qui, disait-il, « n'avait failli qu'en pensant bien faire, » envoya un mémoire sur cela à JoUy, supérieur de la Mission de Rome, avec une lettre en date du 12 octobre 1657, dans laquelle il le chargeait de consulter le plus secrètement possible les personnes expérimentées en ces matières pour apprendre d'elles la meilleure conduite à suivre. Ces démarches eurent un plein succès; l'émotion se calma k Rome et le procès fut repris.
Deux ans après, comme il touchait à son terme, les religieuses de la Visitation, sachant le crédit dont Vincent jouissait à Rome, le prièrent de joindre ses supplications à celles d'un grand nombre de personnages considérables, pour obtenir la canonisation de François de Sales. Il le fit, « tant pour leur obéir que pour satisfaire à l'estime et à la vénération particulières qu'il avait pour un si grand sainte un des plus grands saints du ciel, des grandes vertus duquel il avait été lui-même témoin eti plusieurs^occasions ; » mais il le fit « avec confusion, étant si indigne d'obtenir une telle grâce, » et de parler après tant de personnes « plus considérables que lui, qui n'était qu'un pauvre misérable, n
Ainsi il écrivait, le 6 juin 1659, à la Mère de Sainte- Marie de Paris et à Jolly, en leur envoyant cette lettre au pape:
458 SàlNT VINCENT DE PAUL.
« Très-Saint-Père,
« Je sais que toute la France et que plusieurs nations demandent avec instance à Votre Sainteté qu'elle daigne inscrire l'illustrissime et révérendissime François de Sales, évêque de Genève, au nombre des saints. Je n'ignore pas non plus que Votre Sainteté honore avec la plus grande vénération sa mémoire, tant pour les singulières vertus qui ont brillé en lui, que pour les livres d'éminente piété qu'il a produits. C'est ce qui fait qu'elle paradt se porter assez d'elle-même à cette œuvre, et qu'elle n'a pas besoin, pour l'accomplir, des prières d' autrui, surtout de la part d'un homme d'un nom si abject et si nul que je suis. Cependant, Très-Saint-Père, comme cet excellent serviteur de Dieu en a usé avec moi avec assez de familiarité, et qu'il a daigné m' admettre fréquemment à ses entretiens, soit sur l'institut des religieuses de la Visitation de Sainte-Marie, dont il a été l'instituteur et le fondateur, soit sur d'autres sujets intéressant la piété, j'ai découvert en lui tant et de si grandes vertus, qu'il m'est bien difficile de garder le silence en cette occasion, et que je ne puis être le seul à me taire. La foi, l'espérance et lâchante, et les autres vertus tant cardinales que morales, paraissaient comme innées en lui, et toutes composaient chez lui, du moins à mon jugement, un tel fonds de bonté, qu'étant tombé une fois malade après un entretien avec lui, et rappelant souvent dans mon esprit la suavité et l'exquise mansuétude de ses mœurs, je ne cessais de m'écrier : « Oh! que Dieu est bon, puisque si bon est l'évêque de Genève! » Si j'étais le seul, Très-Saint-Père, à penser ainsi à son sujet, je croirais pouvoir me tromper; mais comme tout le monde partage avec moi ces sentiments, que manque-t-il, Très- Saint-Père, pour la consommation d'un sisaint ouvrage, que la ratification de Votre Sainteté, laquelle porte François de Sales au catalogue des saints, et le propose aux honneurs et au culte de tout l'univers? C'est ce que tous les prêtres de
notre congrégation et moi, prosternés aux pieds de Votre Sainteté, nous lui demandons par nos très -humbles prières. »
Vincant ne jouit pas du succès de ses démarches. L'évêque de Genève ne fut béatifié que le 28 décembre 1661 , plus d'un an après la mort de son saint ami, et canonisé qu'en 1665 par Alexandre VU. Dans sa jeunesse , ce pape avait consulté François de Sales sur son entrée dans l'état ecclésiastique ; et celui-ci, après avoir consulté Dieu, lui avait répondu •: « Ne recherchez point les dignités, et vous arriverez aux plus considérables de l'Église. — Et moi, monsieur de Sales, avait répliqué le jeune Chigi, si je suis pape, je vous canoniserai. » Prophétie accomplie, parole religieusement tenue I
La Madeleine. — La Providence.
Impossible d'énumérer les services soit généraux soit particuliers, rendus par Vincent de Paul aux communautés de Filles. Les évêques, par exemple, l'invitaient souvent à en faire la visite pour y rétablir l'ordre ou y réchauffer la piété. C'est ainsi qu'au mois d'avril 1641 , il visita une seconde fois, à la prière de l'évêque Potier, le monastère des Ursulines de Beauvais. Mais bornons-nous à parcourir les communautés où son action a été non accidentelle et passagère, mais fondamentale et durable.
On avait établi autrefois à Paris, rue Saint-Denis, une communauté de Filles pénitentes, maison de santé morale et refuge contre la corruption de la ville ; mais les troubles €t les guerres en altérèrent bientôt l'esprit. L'évêque de Paris, pour la rendre à son premier état, y plaça comme supérieure une religieuse de Montmartre, Marie Alvequin *, qui en prit la direction en 1616. Deux ans plus tard, un au-