‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 113 sur 113 · LA MORT — L'INFLUENCE · texte numérisé non relu

LA MORT — L'INFLUENCE

ment et de la bourgeoisie une spiritualité distinguée et enrichie de raffinements subtils. Mais le peuple de la ville et des champs attendait la sienne. Et dans toutes les classes de la société, les nombreux chrétiens qui ne sont pas capables de sublime et qui ont besoin pour tous les jours d'une bonne piété bien simple, qui ne soit pas trop encombrante et qui permette d'agir, attendaient aussi. C'est pour ces simples, pour ces illettrés, pour ces pressés, pour ces agissants que Vincent de Paul venait.

Pour eux, il rendit le sentiment religieux plus simple, dégagé de toutes les subtilités et de toutes les fadaises de l'illuminisme, — plus pratique, poussant à l'action plus qvih la contemplation, — plus social, inclinant le riche vers le pauvre — plus libéral, rapprochant les uns des autres par l'amour les hommes frères, sans distinction •de caste et même de religion. A ce sentiment chrétien renouvelé, nos plus grands écrivains ont donné une expression nette et ferme, une expression bien française, et nous *n vivons encore.

Enfin, il est inutile d'insister sur l'influence sociale de Yincent de Paul. Il a été de son temps, sans en avoir le titre, mais, de fait, le dii*ecteur de l'assistance publique et de l'assistance privée ; et il en a renouvelé les rouages avec 'un tel amour des pauvres et une telle intelligence, qu'aucune initiative ne s'est produite depuis sa mort, dans l'ordre de la charité, qui ne lui doive quelque chose. Les inventions les plus modernes de l'esprit « humanitaire », comme le prêt d'honneur, l'assistance par le travail ou l'hospitalité de nuit, il les a pratiqués simplement, sans leur donner de nom, parce qu'il trouvait dans sa religion un mot assez riche et assez compréhensif qui s'appliquait ■à toutes ces œuvres, le mot de charité.

C'est surtout par l'action, par la « réalisation », que sa pensée s'est manifestée. Pour nous encore aujourd'hui elle demeure vivante, surtout dans les œuvres qu'il a faites et qui sont restées. Néanmoins, on a trop négligé jusqu'ici l'expression écrite de cette pensée. Elle a les mêmes qualités de simplicité, de vivacité et de grandeur que nous

trouvons dans tout ce qu'il a fait. Saint Vincent de Paul est un grand écrivain, bien supérieur à ses pâles contemporains dont l'histoire littéraire fait cas, à ces faiseurs de phrases ou de bouquets à Chloris, à des Balzac, à des Godeau, à tous les rimailleurs et à tous les épistoliers de l'école de Eambouillet. Sa langue à lui est pleine de franchise, disant les choses tout droit et tout franc, à la française ; elle est pleine de suc et de vigueur, comme ces fruits à moitié mûrs qui gai'dent encore la jeunesse de la sève.. Sa phrase est rude et forte, sans élégance mondaine, mais sans fadeur. Il écrit comme écrivait Henri IV, comme écrira Bossuet à ses débuts. Il écrit comme un hommequi n'a ni le temps ni le gofit d'écrire ; mais parce qu'il pense juste et qu'il sait la valeur des mots, une heureuse harmonie s'établit entre l'idée et le style, qui charme ceux qui aiment l'expression simple d'une belle âme.

Par sa bonté, par son amom^ des humbles, par son esprit, Vincent de Paul est devenu et est resté le saint populaire, le saint vraiment français. La foule, qui n'est pas mystique et qui apprécie peu les mystiques,, aime en saint Vincent l'intelligence des réahtés et l'héroïsme dans le dévouement. Elle sent confusément que ce saint fut avant tout un homme pleinement homme par le sens qu'il avait de la fraternité humaine, et supérieur aux autres par l'habitude qu'il avait de s'oubher pour le& autres. Elle l'aime parce qu'il savait aimer.

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