A Mademoiselle Le Gras
Il prend part à sa peine à la mort de Mme la maréchale de Marillac.
(Septembre 1631.) Mademoiselle,
Je vous ai écrit, il y a huit jours, et ai adressé mes lettres au Père de Gondi ; maintenant, je vous envoie ces trois paquets de chemises et la lettre incluse. M. votre fils se porte bien, Dieu merci, et me semble que son esprit s'ouvre de plus en plus ; dès que les jours seront un peu rafraîchis, il viendra se purger céans. Cette bonne Mme Laurent est toujours malade, je l'ai envoyé visiter ; Mlle Du Fay l'a été un peu ; mais. Dieu merci, elle se porte mieux. Mme la maréchale de MariUac est allée recevoir au ciel la récompense de ses travaux (1). Oh sus,
(1) Catherine de ^Médicis, fille de Cosme et de Diane, comtesse de
LETTRES A M' le le G1\AS, 1625-1643 = 45
ceci vous attendi'ira ; mais quoi ! Notre-Seigneur l'ayant voulu ainsi, il faut adorer sa Providence et travailler à nous conformer, en toutes choses, à son saint vouloir. Certes, je sais bien que notre cher cœur ne demande pas mieux, et que si la partie inférieure s'émeut, que bientôt elle s'acoisera. Le Fils de Dieu pleura le Lazare. Pourquoi ne pleur eriez-vous pas cette bonne dame? Il n'y a point danger pom-vu que, comme le Fils de Dieu, vous vous conformiez là dedans à la volonté de son Père, et c'est ce que je m'assure que vous ferez. Mais comment vous portez-vous? Cet air subtil ne vous indispose-t-il point? Et Germaine plaint-elle pas bien ses fiUes qu'elle sait être à la merci de M. Behn? Quand irez-vous en Champagne? Cette bonne Me profite-t-elle? Y a-t-il du bien à espérer? Un mot de tout cela, s'il vous plaît. Je ne vous puis rien dire de nouveau d'ici, sinon que nous avons la maladie vis-à-vis de céans et que Notre- Seignem* nous conserve tous en bonne santé, Dieu merci, à ma petite fièvrotte près. Je m'assm'e que vous ne nous oubhez pas en vos prières, et que vous croyez bien que je suis, en l'amour de Notre-Seigneui' et de celu^ de la sainte Vierge, etc.
P.-S. — Je me suis trompé en vous disant que je vous envoie des paquets, parce que je pensais que trois paquets de toile que j'ai trouvés sur notre table fussent des chemises et pour
vous.
8. — A Mademoiselle Le Gras, 11 lui donne des nouvelles de son fils.
Paris, veille de Saint-Luc, 17 octobre 1631.
Mademoiselle,
Je loue Dieu de votre santé, de votre travail et de tout ce que vous me mandez. M. votre fils -vint céans avec un
IJordi, épousa, le 20 décembre 1607, Louis de Marillac. EUe mourut (le- chagrin le 14 septembre 1631, et fut enterrée dans l'église des JMîuiiiants. Dans son tombeau fut placé le corps de son époux, décapité le 8 mai 1632.
4(j --= SAINT VINCEM J)E PAUL. — CllAP. IV =
petit mal de tête, il y a quatre ou cinq joui's. Nous le fîmes saiguer le lendemain et garder le lit. M. Quartier nous dit qu'il ne fallait point le purger que son mal de tête ne fût passé, ce qu'il a fait dans trois jours après, en façon qu'il ne lui reste aucune émotion; c'est pourquoi nous lui avons fait prendre sa petite médecine ce matin. Il est gai et sage parmi nous, de sorte qu'il nous édifie tous. Si cela continue, il y aura sujet de louer Dieu et d'espérer que vous en aurez de la consolation. Quand il aura été purgé et qu'il se sera bien porté trois jours après, nous lui permettrons de retourner au collège. Je dis quand il se sera bien porté trois jours après, et entends dire si son mal ne revient. J'enverrai aujom'd'hui l'argent à Mlle Sevin pour la robe et la lettre à notre sœur Gertrude, laquelle viendra fort à propos.
Si cette bonne fille de dix-huit ans a bon sens et fermeté d'esprit, ne faites point difficulté de lui laisser le soin des filles. Le bon esprit est meilleur à cet âge-là, qu'un mal fait à cinquante ans.
Je baillerai de plus la couverture à M. votre fils et je ferai tout ce que vous me mandez.
H est vrai qu'il est à souhaiter que les personnes qui voudi'ont s'apphquer à cette bonne œuvre n'aient autre dessein ni chose à faire que cela. Je m'en vas au premier jour à Pontoise ; l'on m'a parlé d'une qui est là. Je la retiendi-ai pour Sartroville oii Mme de Villeneuve la désire.
Notre petite Compagnie partira dans deux ou trois jours. Je vous prie de dire à M. le heutenant que je le salue très humblement et suis son serviteur, et que je le prie de nous aiTêter trois hts à l'hôtellerie. Je salue de plus Germaine, à laquelle vous direz, s'il vous plaît, que je lui donne ordre pour faire tenir sa lettre à son frère. Je suis, cependant, en l'amour de NotreSei-
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