A Mculrmuiselh Le (Ira
Il l'engage à commencer ses exercices spirituels. — Sages conseils. Bonté délicate.
Mademoiselle,
Il me semble que vous ne sauriez commencer vos exercices en un temps plus propre ; les religieux et les religieuses les font pour la plupart à présent, commencez donc demain lundi s'il vous plaît : trois demi -heures vous suffiront par jour (1) pour votre oraison : demi-heure pour chaque oraison, les deux, le matin à huit et à dix heures et demie, et l'autre à quatre heures. Bien volontiers j'entendrai votre confession à La Chapelle. Pourriez-vous avoir un carrosse? sinon je tâcherai d'aller à Saint- Victor ; mais cela ne se fera pas sans quelque difficulté de ce lieu-là ; vous finirez samedi au soir ; irez à la messe tous les jours et ferez dire que vous êtes empêchée, et remettrez ceux qui auraient à faire nécessairement à vous, immédiatement après votre dîner, et couperez court. Vous communierez jeudi prochain, prendrez seulement les matières de l'oraison que M. de Genève met au commencement et à la fin de son Introduction, et les départirez en façon qu'elles vous suffisent et les fassiez toutes, et en pourriez faire quelques-unes deux fois, selon l'attrait que Notre-Seigneur vous donnera. Lisez le Nouveau^ Testament outre les autres lectures que je vous ai proposées. Ecrivez-moi tous les deux jours sommairement ce qui se passera et votre disposition du corps et de l'esprit, et tâchez sur toutes choses de ne vous pas empresser, mais faites tout doucement, comme vous pouvez vous représenter que faisait le bon M. de Genève. Je ne vous prie point de vous ressouvenir de moi en vos prières, pour ce que je ne fais point de doute qu'après le petit Le Gras vous ne me mettiez au premier rang ; non pas que je le mérite, mais la connaissance que vous avez du besoin que
(1) Le vrai texte est : « Trois demi-cjuarts d'heure vous suffiront par jour pour votre oraison, demi-heure pour chaque oraison, les deux du matin à huit et à dix heures et demie et l'autre à quatre heures. » Samt Vmcent a été distrait en écrivant trois demi-quarts dlieure; il voulait certahiement écrire trois demi-heures.
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j'en ai, et la chanté que Notre-Seigneiir vous a donnée pour moi me le fait es])érer. Adieu donc, mademoiselle, ménagezvous telIciiKUit en cette retraite que vous nous laissiez le moyen de vous en eoiiseillei' (rautres.
fl'oubliais à vous dire (|ue vous ne vous surchargiez ])as de règles, de pratiques, mais que vous vous affermissiez l)ien à bien faii-e celles que vous avez, vos actions journahôres, vos emplois, bref que tout tourne à bien faire ce que vous faites ; n'admettez point non plus les pensées de singularité qui vous ont tracassée d'autres fois : c'est un change que le malin esprit vous voudrait donner. Oh sus, je finis ici avec la prière que je fais à Notre-Seigneur, qu'il soit lui-même votre conduite en votre retraite, et sa sainte Mère aussi ; et suis, en leur amour, etc.