‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 18 sur 113 · A Mademoiselle Le Gras · texte numérisé non relu

A Mademoiselle Le Gras

Quelques avis pour les confréries de Charité.

Mademoiselle,

Je suis bien aise de ce que vous me mandez de ces bonnes fiUes de Liancourt et notamment de ceUe qui sait faire de la dentelle. EUe pourra apprendre cela aux pauvres gens, ce qui servira d'attrait pour les choses spirituelles. Mandez-les donc quand il vous plaira.

Je ne vois pas qu'il soit besoin que Mme Goussaut pour le présent soit avec vous quand vous parlerez à Mme Mussot, ni à cette pauvi'e femme. Que si l'une ni l'autre ne profitent de ce que vous leur direz, vous y pourrez faire intervenir ladite dame ; si ce n'est que vous rencontrant au logis de ladite dame vous les envoyassiez quérir là. Mais ce sera beaucoup différer, à ce que je crains. Mais si la douceur de votre esprit a besoin d'un hlet de vinaigTe, empruntez-en un peu de l'esprit de Notre- Seigneur. Oh ! mademoiselle, qu'il savait bien trouver l'aigredoux quand il fallait ! Je suis en son amour, etc.

1,2. — .1 Mademoiselle Le Gras.

Il lui parle de la vocation de son fils, et l'engage à supporter patiemment une calomnie.

Mademoiselle,

J'enverrai quérir le peintre demain et agirai selon ce que vous me mandez, et ferai savoir par même moyen aux gardes des pauvres malades de Saint-Sauveur ce que Mie Tranchot vous a fait dire pour monsieur votre fils. Nous le verrons quand il vous plaira, mais je ne pense pas que vous lui deviez faire prendre les ordres sitôt. Il n'est point en âge pour les ordres sacrés, et pour les quatre mineurs il n'y a point d'utilité ou de nécessité pour encore, et puis, il faudrait qu'il se détournât de ses études pour s'y préparer, ce qui lui serait un aussi grand dommage.

Que j'ai peine de votre peine ! Mais quoi ! Tel étant l'ordre de la Providence, quel remède? Ainsi quel mal véritable en devez-vous appréhender? Eh bien ! c'est un homme qui dit que vous lui avez promis mariage, et il n'est pas vrai. L'on se plaint de vous à faux, vous souffrez en votre intérieur à tort et sans cause. Vous craignez qu'on ne parle de vous? Soit, mais assurezvous que c'est là un des grands moyens de conformité au Fils de Dieu que vous pourriez avoir sur la terre et que vous acquerrez par là des conquêtes sur vous que vous n'aviez jamais pu avoir. Oh ! que de vaines complaisances sont anéanties par là, et que d'actes d'humihatîon sont produits par ce moyen ! Oh sus, il ne vous en peut arriver que tout bien, et pour ce monde et pour l'autre. Fortifiez- vous donc là dedans contre les sentiments de la nature, et le jour viendra que vous bénirez l'heur de ce que Notre-Seigneur vous exerce de ce côté-là, et je suis en son amour, etc.

P.-S. — Je vous supphe m'excuser de ce que je ne vous ai point [fait porter] cette réponse aujourd'hui. L'embarras que me donne notre affaire m'en empêche. Je vous prie de vous informer de Mlle Se vin, ce qu'elle en sait, et de me le mander.

Je ne fais que d'arriver de la ville oii j'ai été depuis ce matin.

LETTRES A M^Jk le GUAS, 1625-4643 = 51

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