‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 24 sur 113 · A Mademoiselle Le Gras · texte numérisé non relu

A Mademoiselle Le Gras

Il l'engage fortement à ne point trop pousser son fils à recevoir les ordres, mais à laisser à Dieu le soin de le conduire.

Mademoiselle,

Quand j'aurai le bien de vous voir, je vous dirai l'état de l'esprit de monsieur votre fils à Tégard des ordres. Je ne sais pas si j'irai tantôt à La Chapelle ; si je n'y ^as, vous ferez charité à Mme de Marillac et à monsieur son fils. Mandez donc le carrosse quand il vous plaii^a. H vaudi-a mieux que ce soit pour demain dimanche, puisqu'il faut que vous y couchiez, à cause de ce jour de jeûne. Mais qu'est-ce que du mal de ce bon seigneur et de la gTossesse de madame sa femme? Je ne sais qui me donne la curiosité, mais il me semble que cette famille me touche le cœur avec tendi'esse. J'attends la sauvegarde que M. le chancelier nous fait espérer, et suis en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

P. -S. — J'ai reçu ce matin la vôtre depuis la présente écrite ; pour réponse à laquelle je vous dirai que monsieur votre fils a dit à M. de La Salle qu'il n'entrait en cette condition que pour ce que vous le vouliez ; qu'il s'est désiré la mort à cause de cela, et que, pour vous complaire, il prendi-ait les moindres ordres. Or cela, est-ce une vocation? Je crois qu'il aimerait mieux mourir (ju'il ne souhaite votre mort. Quoi que ce soit, ou que cela vieuno de la nature ou du diable, sa volonté n'est pas hbre pour déterminer en chose de telle importance, et vous ne le devez pas désirer. U y a quelque temps qu'un bon enfant de cette ville

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prit le sous-diaconat en cet esprit-là, et ne put passer aux autres ordres ; voulez-vous exposer monsieur votre fils au même danger? Laissez Dieu le conduire ; il est plus son père que vous n'êtes sa mère, et l'aime plus que vous ; laissez-lui vn avoir la conduite. Il saura bien l'appeler en un autre temps, s'il le désire, ou lui donner l'emploi convenable à son salut. Je me ressouviens d'un prêtre qui a été céans, qui a pris l'ordi'e de prêtrise en ce trouble d'esprit. Dieu sait où il en est maintenant ! Bonjour, mademoiselle ; soyez toute à Notre-Seigneur et conforme à son bon plaisir. Je vous prie de faire votre oraison sur Zébédée et ses enfants, à laquelle Notre-Seigneur dit, comme eUe s'empressait pour l'établissement de ses enfants : « Vous ne savez ce que vous demandez. »

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