A Monsieur Du Coudra] f, à Rome
An siijot des i)oi-séciitioiis suscitées cuii(i-e rétablissement (le la C()no;réo;;iti<.)ii.
12 juillet 1632.
Monsieur,
Dès que j'aurai reçu les témoignages que la Congrégation désire de Mgr le nonce et Mgr F archevêque, je vous les enverrai, si tant est que nous puissions les obtenir; car il est vrai, on tâche de nous brouiller, comme vous m'avez mandé; et cela, jusqu'à la personne de laquelle nous déviions espérer la plus grande assistance après Dieu. Mais tout cela ne m'étonnerait pas sans mes péchés qui me donnent sujet de craindre, non pas le succès de la chose qui tôt ou tard se fera, de delà comme de deçà; mais je ne saurais vous exprimer combien les artifices m' étonnent ! Le Révérend Père Général (1) désavoue pourtant tout cela et m'a promis d'écrire à Mgr le cardinal Barberini (2), à M. l'ambassadeur et au Révérend Père René ; dès que j'aurai ces lettres, je vous les enverrai : cependant vous agirez, s'il vous plaît, le plus chrétiennement qu'il vous sera possible avec ceux qui nous embarrassent. Je les vois ici, aussi souvent et cordialement. Dieu merci, comme je faisais ; et il me semble que, par la grâce de Dieu, non seulement je ne leur ai point d'aversion, mais que je les honore et chéris davantage ; et vous dirai plus, que je ne m'en suis pas encore plaint au Père de Gondi, de peur de l'indisposer en sa vocation. Il est vrai, ce qu'ils ont écrit de delà, que le Père B... est allé en luission en Normandie avec six ou sept, depuis environ quinze jours après Pâques, et que je leur ai baillé M. Renard (3), parce qu'ils m'en ont fait instance, afin de se conformer à nous ; et que depuis, un des leurs est venu passer deux ou trois jours à une de nos mis-
(1) Le Père Bourgomg, général de l'Oratoii-e, à qui saint Vincent avait succédé dans la cure de Clichy.
(2) François Barberini, neveu d'Urbain VIII.
(3) M. Renard, excellent missionnaire.
LETT]li:S A DIVKIIS, 4G25-'J(J43 =-= (.5
pions de ce diocèse pour voir comment on fait ; et s'il iein- plaît de vem'r davantage, ils seront les i)ien venus ; car je ne croirais pas être chrétien si je ne tâchais de partici])er à Vutinam omnes 'prophetarent de saint Paul. Hélas ! monsieur, la campagne est si grande ! il y a des peuples à milhers qui remplissent Tenfer ; tous les ecclésiastiques ne suffiraient pas, avec tous les rehgieux, pour subvenir à ce malheur. Faudï'ait-il que nous fussions si misérables d'envier que ces personnes-là s'apphquassent au secours de ces pauvres âmes qui se vont incessamment perdant? Oh ! certes, ce serait être coupable de FaccompKssement de la mission de Jésus-Christ sur la terre; que si l'on nous veut empêcher nous autres, il faut prier, s'humilier et faire pénitence des péchés que nous avons faits en ce saint ministère. Je vous supphe, selon cela, monsieur, de ne laisser pas de voir ces Pères et de faire à leur égard ce que Notre-Seigneur conseille de faire à l'égard de ceux qui exercent et empêchent ; et de prier ceux à qui Dieu a donné de la charité pour nous, de ne leur point nuire de parole ni d'effet, etc.