A Monsieur Du Coudray, à Rome
Cinq maximes fondamentales et essentielles de l'existence de la Congrégation.
Août 1631
Monsieur,
Vous devez faire entendre que le pauvre peuple se dainne, faute de savoir les choses nécessaires à salut et faute de se confesser. Que si Sa Sainteté savait cette nécessité, elle n'aurait point de repos qu'elle n'eût fait son possible pour y mettre ordre ; et que c'est la connaissance qu'on en a eue, qui a fait ériger la Compagnie pour, en quelque façon, y remédier. Que pour ce faire, il faut vivre en congrégation et observer cinq choses comme fondamentales de ce dessein : 1^ de laisser le pouvoir aux évêques d'envoyer les missionnaires dans la partie de leur diocèse qu'il leur plaira ; 2° que lesdits prêtres soient soumis aux curés oii ils ii*ont faire la mission, pendant le temps d'icelle; 3^ qu'ils ne prennent rien de ces pauvres gens, mais qu'ils vivent à lem^s dépens ; 4° qu'ils ne prêchent, ni catéchisent, ni confessent dans les villes où il y a archevêché, évêché ou présidial (1), excepté les ordinands et ceux qui feront les exercices dans la maison; 5^ que le supérieur de la Compagnie ait l'entière direction d'icelle ; et que ces cinq maximes doivent être comme fondamentales de cette Congrégation.
Notez que l'avis de M. Duval (2) est qu'il ne faut point que l'on change rien du tout au dessein dont je vous envoie les mémoires ; baste pour les paroles ; mais pour la substance, il faut qu'elle demeure entière, autrement l'on n'y pourrait rien changer ni ôter, qui ne portât un très grand préjudice. Cette pensée est de lui seul, sans que je lui en aie parlé. Tenez-y donc
(1) Présidial, nom affecté à certams tribunaux de deuxième instance créés par Henri II (1551).
(2) M. Duval, docteur de Sorbomie, conseiller et confesseur do samt Vincent, mort le 9 septembre 1638.
ferme, et faites entendre qu'il y a longues années que l'on pense à cela et qu'on en a l'expérience, etc.
H lui parle des exercices des ordinands h Paris et de leur utilité (1).
Monsieur,
Mgr l'archevêque (2), conformément à la pratique ancienne de l'Église, en laquelle les évêques faisaient instruire chez eux durant plusieurs jours ceux qui désiraient être promus aux ordres, a ordonné que dorénavant ceux de son diocèse qui auront ce désir se retireront, dix jours avant chaque ordre, chez les prêtres de la Mission, pour y faire une retraite spirituelle, s'exercer à la méditation si nécessaire aux ecclésiastiques, faire une confession générale de toute leur vie passée, faire une répétition de la théologie morale, et particuHèrement de celle qui regarde l'usage des sacrements ; apprendre à bien faire les cérémonies de toutes les fonctions des ordres, et enfin s'instruire de toutes les autres choses nécessaires aux ecclésiastiques. Us sont logés et nourris pendant ce temps-là, et il en résulte un tel fruit, par la grâce de Dieu, qu'on a vu que tous ceux qui ont ces exercices mènent ensuite une vie vraiment ecclésiastique, et même la plupart d'entre eux s'appHquent d'une manière toute particuhère aux œuvres de piété, ce qui commence à être manifeste au pubUc.
(1) Ces exercices commencèrent à Beauvais en 1628. Saint Vincent les établit peu après à Saint-Lazare. Et l'ordomiance dont il est question dans cette lettre est du 21 février 1631.
(2) Mgr l'archevêque de Paris, Jean-François de Gondi.