A Monsieur Dit Coudray, à Rome
Il le dissuade de faire une nouvelle traduction de la Bible. — Importance de travailler à l'instruction du pauvre peuple.
25 juillet 1634.
Monsieur,
Je vous supphe de ne pas vous arrêter à la proposition qu'on vous fait de travailler à la version. Je sais bien que la Bible syriaque en latin servirait à la cuiiosité de quelques prédicateurs, mais non que cette version, certes, comme je pense, au
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gain des âmes du paiivi-e peuple, auquel la Providence de Dieu vous a prédestiné de toute l'éternité. Il vous doit suffire, monsieui', que pai* la grâce de Dieu vous avez employé trois ou quatre ans pour apprendre l'hébreu et que vous en savez assez pour soutenir la cause du Fils de Dieu en sa langue originaire et confondre ses ennemis en ce royaume. Représentez-vous donc, monsieur, qu'il y a des millions d'âmes qui vous tendent les mains et vous disent ainsi : « Hélas ! monsieur Ducoudray, qui avez été choisi de Dieu de toute l'éternité par la Providence de Dieu pour être notre second rédempteur ; ayez pitié de nous qui croupissons dans l'ig-norance des choses nécessaires à notre salut et dans les péchés que nous n'avons jamais osé confesser, et ^qui, faute de votre secom's, seront damnés. »
Écoutez, s'il vous plaît, monsieur, que mon cœur dit au vôtre, qu'il se sent extrêmement pressé du désir de s'en aller ti-availler et de mourir dans les Ce vernies, et qu'il s'en ira, si vous ne venez bientôt dans ces montagnes, d'oii l'évêque crie au secom^s, et dit que ce pays, qui a été autrefois des plus dévot du royaume périt maintenant de malefaim de la parole de Dieu.
2 h-. — A Monsieur Portail, dans les Gévennes.
Il lui recommande l'humilité, en lui montrant la nécessité et les avantao;es de cette vertu.
Paris, 1er iii^j x{335^
MoNSIEUIt,
Parlons de la troisième lettre que vous m'avez écrite ; certes, monsieur, elle m'a consolé plus que je ne puis vous dire pour la bénédiction qu'il a plu à Dieu de donner à vos chétifs catéchismes et aux prédications de M. Lucas, que vous me dites bonnes et à tout ce qui s'en est suivi. Oh ! monsieur, qu'il a été bon que vous ayez été humihé, d'abord pour ce que pour l'ordinaire il n'en arrive autrement dans le progrès, et que c'est de la sorte que Notre-Seigneur prépare ceux desquels il désire se
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servir utilement. Et lui-même, combien a-t-il été humilié dès le premier ab'ord de sa mission. Comme extrema gaudii luctus occupât, aussi est-il dit à ceux qui travaillent dans l'angoisse et la pressure que tnstiiia eorum vertetur in gaudium; aimons ce dernier et craignons le premier. Et au nom de Dieu, monsieur, je vous prie d'entrer dans ces sentiments, et M. Lucas aussi, de ne rien prétendi'e de vos travaux, que honte, qu'ignominie et enfin la mort, s'il plaît à Dieu.
Un prêtre ne doit-il pas mourir de honte de prétendre à la réputation dans le service qu'il rend à Dieu, et de mourir dans son lit ; qui voit Jésus-Christ récompensé de ses travaux par l'opprobre et le gibet ! Ressouvenez-vous, monsieur, que nous vivons en Jésus-Christ par la mort de Jésus-Christ et que nous devons mourir en Jésus-Christ, par la vie de Jésus-Christ, et que notre vie doit être cachée en Jésus-Clnist et pleine de Jésus- Clnist ; et que, pour mourir comme Jésus-Christ, il faut vivre comme Jésus-Christ. Or, ces fondements posés, donnons-nous au mépris, à l'opprobre, à l'ignominie, et désavouons les honneurs qu'on nous rend, la bonne réputation et les applaudissements qu'on nous donne, et ne faisons rien qui ne soit à cette lin. Ti'availlons humblement et respectueusement : qu'on ne défie point les ministres en chaire, qu'on ne dise point qu'ils ne sam'aient montrer aucun passage de leurs articles de foi dans la sainte Ecriture, si ce n'est rarement et dans l'esprit d'humihté et de compassion ; car, autrement. Dieu ne bénira point notre travail. L'on éloignera les pauvres gens de nous. Ils jugeront qu'il y a eu de la vanité en notre fait, et ne vous croiront pas. L'on ne croit point un homme pour être lien savant, mais parce que nous l'estimons bon et l'aimons. Le diable est très savant, et nous ne croyons pourtant rien de ce qu'il dit, parce que nous ne l'aimons pas. Il a fallu que Notre- Seigneur ait prévenu de son amour ceux qu'il a voulu fake croire en lui ; faisons ce que nous voulons, l'on ne croira jamais en nous, si nous ne témoignons de l'amour et 'de la compassion à ceux que nous voulons qu'ils croient en nous. M. Lambert (1) et M. Soufflier, pom* en avoir usé de la sorte, ont passé pour des saints en l'un et l'autre parti, et Notre-Seigneur a fait de grandes choses par eux. Si vous en usez de la sorte. Dieu bénira vos travaux ; sinon, vous ne ferez que du bruit et des fanfares,
(Ij Lambert, iiù en 1G06, parcisse de l'roussel, diocèse d'Amiens, reçu en août 1629, prêtre en 1631, fit ses vœux en 1642.
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et peu de fruit. Je ne vous dis pas ceci, monsieur, pour ce que j'ai su que vous eussiez fait le mal que je vous dis, mais afin que vous vous en gardiez et travailliez constamment et Imnihlement dans l'esprit d'humilité.