A un éveque
Il le dissuade d'entreprendre un procès.
MONSEIGNEQE,
Au nom de Dieu, pardonnez-moi si je m'entremets en ces affaires ici, sans savoir si les ouvertures que j'ai faites vous agréeront. Il arrivera peut-être que vous en serez mal satisfait ; mais il n'y a remède, puisque ce que j'en fais n'est que par un excès d'alïection, de vous voir déchargé des soins et distractions que ces fâcheuses affaires vous peuvent causer, afin que vous puissiez vaquer avec plus de tranquiUité d'esprit à la conduite et sanctification de votre diocèse ; et pour cela, j'offre souvent à Dieu mes chétives prières.
Mais il y a une chose, monseigneur, qui m'afflige grandement, c'est que l'on vous a dépeint au conseil comme un prélat qui a
(1) Vraisemblablement Févôque de Caiiors, Alam de Sulminhac.
grande facilité à plaider, en sorte que cette impression y est entrée fort avant dans les esprits. Pour moi, j'admire Notrc- Seigneur Jésus-Christ qui a improuvé les procès, et qui néanmoins a bien voulu en avoir un et le perdre. Je ne doute pas, monseigneur, que si vous en avez quelques-uns, ce n'est que pour soutenir et défendre sa cause : et de là vient que vous conservez une grande paix intérieure parmi toutes les contradictions du dehors, parce que vous ne regardez que Dieu et non pas le monde : vous cherchez uniquement de plaire à sa divine Majesté, sans vous soucier de ce que les hommes diront ; dont je remercie sa divine bonté, parce que c'est une gTâce qui ne se trouve que dans les âmes qui lui sont intimement unies. Mais je vous dois dire aussi, monseigneur, que cette fâcheuse opinion du conseil pourra vous nuke en l'instance présente, et empêcher qu'on ne vous accorde ce que vous demandez.
39. — A Monsieur Codoing, supérieur, à Rome. li lui raconte les circonstances de la mort du roi Louis XJII.
15 mai 1643.
MONSIEUE,
H a plu hier à Dieu de disposer de notre bon roi, le jour auquel il avait commenté à l'être, il y a trente-trois ans. Sa Majesté désira que j'assistasse à sa mort avec nosseigneurs de Lisieux et de Meaux, son premier aumônier, et le Révérend Père Dinet, son confesseur. Depuis que je suis sur la terre, je n'ai vu mourir personne plus clirétiennement. H y a environ quinze jours qu'il me fit recommander d'aller le voir; et pour ce qu'il se porta mieux, le lendemain je m'en revins. Il me fit redemander, il y a trois jours, pendant lesquels Notre-Seigneur m'a fait la gTâce d'être auprès de lui. Je n'ai jamais vu plus d'élévation à Dieu, plus de tranquillité, plus d'appréhensions des moindres atomes qui paraissent péché, plus de bonté ni plus de jugement en une personne en cet état.
Avant-hier, les médecins l'ayant vu assoupi et les yeux
tournés, appn'liciuloront ([u'il ne dût passer et le dirent au Père confesseur, qui l'éveilla tout aussitôt et lui dit que les médecins estimaient que le temps était venu, auquel il fallait faire la recommandation de son âme à Dieu. Au même instant, cet esprit plein de celui de Dieu embrassa tendrement et long-temps ce bon Père et le remercia de la bonne nouvelle qu'il lui donnait ; et incontinent après, levant les yeux et les bras au ciel, il dit le TeDeum Jaudamus et l'acheva avec tant de fervem% que le seul ressouvenir m'attendrit tant à l'heure que je vous parle. Et pour ce que la cloche m'appelle qui m'empêche de vous en dire davantage, je finis en le recommandant à vos prières et à celles de la Compagnie.