A Monseigneur Vévêque de Boulogne
Il le féhcite de son accord avec deux autres évêques et de son amour pour la sainte pauvreté.
De Paris, ce dernier d'octobre 1646..
Monseigneur,
Je rends grâces à Dieu de toutes celles qu'il vous fait, et par vous, monseigneur, aux âmes qu'il vous a commises, et généralement à toute son ÉgHse, et prie sa divine bonté qu'il la sanctifie de plus en plus.
M. de Villéquier a dit ici des merveilles de Mgr son évêque à la reine et à MgT le cardinal, de sorte que quand ils parlent des bons évêques, ils sont accoutumés de nommer Mgr de Bou-
(1) Mgr François de Perrochel, évêque de Boulogne de 1643 à 1675. Il était membre de la Conférence des mardis et ami de M. Olicr, qu'il accompagna en Auvergne dans les missions.
logiie et Mgr d'Alet. C'est ce qui fait, monseigneur, que je pense que vous userez de tous les moyens imaginables pour conserver cette bonne intelligence entre vous deux et, à cause de lui, avec ceux qui prennent connaissance de votre Hôtel- Dieu ; j'en ai dit mes petites pensées au bon M. l'abbé de Colugni, qui les vous pourra dire.
Votre dernière me fait mention de la surcharge que vous avez des pays conquis, et la difficulté d'y faire ce qu'il faut, attendu le peu de revenus ; j'en parlerai à la reine à ce qu'il lui plaise de vous assister d'ailleurs.
Quand je dis ici que vous faites vos \âsites, six personnes avec un cheval, cela étonne et donne de l'admiration à un chacun. Oh ! que l'évêque est riche qui attire l'admiration de tous ceux, non seulement qui voient, mais même qui entendent parler du trésor de ses vertus ! C'est un grand cas que le monde même fait, et publie plus estimable la sainte pauvreté d'un évêque qui conforme sa vie à celle de Notre-Seigneur, l'évêque des évoques, que les richesses, le train et la pompe d'un évêque qui possède de grands biens.
Ce que je dis, monseigneur, n'empêchera pas que je ne prenne occasion de représenter vos besoins dans les occasions.
Je me prosterne en esprit à vos pieds sacrés, et vous demande votre sainte bénédiction, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, etc. (1).
G. — A Monsieur Aimeras, suj^érieur, à Rome (2). Il lui donne quelques avis pour la conduite de sa maison.
10 mai 1647.
Monsieur,
Je loue Dieu de ce que vous voilà arrivé en parfaite santé, et le prie qu'il vous donne son esprit de direction pour celle de
(1) L'original de cette lettre est à Panniiigeii (Hollande), chez les Prêtres de la Mission. Elle est tout entière de la main de saint Vmcent.
(2) M. Aimeras remplaça M. d'Horgny comme supérieur de la maison de Eome jusqu'en 1651.
la Compagnie de delà. Oh ! monsieur, que je souhaite qu'elle soit éloignée de celles des maximes du monde et avec un entier abandon entre les bras de la providence de Dieu ! Quand je pense parfois à la conduite de la petite compagnie, j'ai une consolation toute sensible de ce qu'il me semble que l'on a tâché de suivre la même providence en toute sa petite conduite, en sorte que l'on ne s'appuie non plus sur les moyens humains que sur des roseaux ; et je vous puis dire, monsiem% que je n'y crois non plus qu'à notre ennemi ; et si la Compagnie m'en croit, jamais elle n'en usera autrement. Oh ! quel bonheur de ne vouloir rien que ce que Dieu veut, de ne faire rien que selon que la Providence en présente l'occasion, et de n'avoir rien que ce que Dieu nous a donné par sa providence !
L'esprit humain vous dira que ce n'est pas à Rome comme ailleurs ; qu'il faut s'insinuer, qu'il se faut rendre considérable, qu'il se faut autoriser, qu'il faut agir humainement avec les humains et se servir avec eux de moyens humains ; mais ne le croyez pas, monsieur ; toutes ces maximes portent à faux à l'égard d'une Compagm'e que Notre-Seigneur s'est suscitée, qu'il anime de ses maximes et qui prétend agir selon son esprit. Ce que je vous dis semble paradoxal : assm^ez-vous, monsieur, que l'expérience vous le fera voir.
J'écris à M. d'Horgny, et le prie de demeurer cet été auprès de vous pour vous aider de son assistance.
Je vous prie, monsieur, de lui avoir confiance, comme aussi aux bons avis que M. Portail vous laissera; mais, que dis-je, hélas ! monsieur, j'ai tort de vous fah'e prière, puisque je sais que par la gTâce de Dieu c'est votre esprit. J'aurais consolation de vous en pouvoir dire davantage ; mais voilà M. de Chalcédoine, qui m'attend là-bas, il y a près d'une heure. C'est ce qui me fait finir en me recommandant, prosterné à vos pieds en esprit et à ceux de la Compagnie, à qui, comme à vous, je suis du cœm' que sa divine bonté sait, monsieur, votre très humble serviteur.
Vincent de Paul,
indigne prêtre de la Mission (1).
(1) Une c.()i)ie de cette lettre se trouve ciii dossier du procès de béatitica-tion. (Archives de la Congrégation des lUtes.)