‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 46 sur 113 · AMonseigyieurVévêqîiecVAcqs{l · texte numérisé non relu

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Il lui écrit au sujet d'un bénéfice et d'un établissement dans son diocèse.

2 octobre 1647.

Monseigneur,

J'ai reçu avec une plus grande joie, comme toujours, l'honneur qu'il vous a plu de me faire part de votre accommodement avec messiems de votre chapitre et prie Notre-Seigneur qu'il cimente cette union de celle dont il est et s^era éternellement uni à son Père, et prie sa divine bonté qu'il fasse le même à l'égard de M. de Poyanne (2). Le bénéfice d'Orthez est toujours là, quoique j'en aie parlé au dernier conseil; Notre-Seigneur en dispose comme et quand il lui plaira. M. de Vignolès de Béarn et ses amis font instance pour un sien neveu, et un autre Béarnais, secrétaire du prince Casimir, cardinal de Pologne, le demande et avec gi'ande instance, et partage l'esprit de celui qui y peut tout (3).

L'affection que vous, monseignem-, me témoignez avoir pour l'étabhssement d'une Mission dans votre diocèse, par la plupart de vos lettres m'y a fait penser plus sérieusement depuis votre dernière que j'ai reçue dans ma retraite en laquelle je suis encore, et me fait vous proposer, monseigneur, savoir si un petit prieuré que nous avons à deux heues d'Orléans pourrait servir à cet étabhssement, soit que M. le curé de Poy ou quelque autre de là voulût permuter et s'en pût accommoder. Il consiste en une ferme où il y a deux fermiers dont chacun a deux charrues de labour pour environ quatre cents arpents de terre qui sont en une pièce tout à l'entour. Le service que vous en pourrez

(1) Mgr Jacc|ues Desclaux, évêque de Dax, de 1639 à 1658.

(2) Le marquis de Poyanne, d'une illustre famille du Béarn, la famiUe de Baylens, qui habitait le château de Poyanne, à quelques lieues de Dax. Henri IV, pendant son séjour en Béarn, faisait de fréquentes visites au château de Poyanne.

(3) Du cardmal Mazarin*

retirer, ce sera d'avoir des missions depuis la Toussaint jusqu'à Pâques, dans le diocèse où vous, monseigneur, les enverrez; et les ordinands, si vous ordonnez que nul ne sera reçu aux saints ordiTS, qu'il n'ait passé six mois pour le moins dans votre séminaire. Dans quinze ans vous aurez la consolation de voir que votre clergé aura changé de face, s'il plaît à Notre-Seigneur de donner sa bénédiction sur son œuvi^e, et de n'avoir pas égard à la chétiveté des ouvriers. Mgr de Caliors en use de la sorte, sans qu'il lui en coûte rien ; chaque ecclésiastique paye sa pension selon la taxe que mon dit seigneur ordonne ; ils ne payent que cent hvi'es ou quarante écus par an. Aussi n'y a-t-il pas province en France oii l'on vive à meilleur marché qu'en ce lieu-là, où il est nécessake d'y consommer tous les vivi'es ; il n'y a point de transport du tout. Ce qui pourra coûter, ce sont les bâtiments et l'ameublement, s'il y en a à Burgiosse (1), ou là où vous, monseigneur, les établirez. Quant à l'entretien des missionnaires, il me semble qu'il ne monte qu'à seize ou dixhuit cents hvres. L'on m'a dit que la cure de Poy vaut mille Hvres ; peut-être que les messes qui se diront à Burgiosse pom'ront sufiu'e au surplus.

Voilà, monseignem", mes petites pensées sur ce sujet que je vous propose à l'aventure, parce que vous me faites l'honnem' de me commander d'y penser.

Je viens de me ressouvenir que M. Sanguinet, curé d'auprès de Tartas, m'a dit qu'il avait quelque pensée de s'en venir demeurer à Paris ; il me semble que l'on me le mande de là : si la cure vaut celle de Poy et est de votre diocèse, peut-être sera-t-il bien aise d'en traiter. Je vous dis ceci à l'aventure, monseigneur, et que vous n'avez personne sur la terre à qui Dieu ait donné plus d'estime et plus d'affection pour vous qu'à moi, qui suis en son amour, etc.

(1) Burglose (qui s'écrivait alors Burgiosse), lieu de pèlerinage à la sainte Vierge, où saint Vincent s'était rendu avec sa famille en 1623. Cette fondation n'eut lieu qu'en 1706.

Aux dames de la Charité.

Il promet un échange de mutuelles prières. — Quelle conduite à tenir à l'égard des œuvres en ces circonstances critiques ? — S'il est nécessaire, emprunter pour faire face aux nécessités les plus pressantes.

11 février 1649.

Mesdames,

La providence de Dieu m' ayant éloigné de vous (1), je ne laisse pas de vous voir souvent au saint autel et de vous offrir, vous et vos familles, à Notre-Seigneur, dans la confiance que j'ai que votre charité demande à Dieu miséricorde pour moi. Je vous supplie très humblement, mesdames, de me faire cette grâce et de vous assurer que, s'il plaît à Dieu d'avoir égard aux prières que je lui offre et continuerai de lui offrir incessamment pour vous, que vous serez consolées et protégées de sa spéciale protection, dans les communes afflictions dont il plaît à sa divine Majesté de nous éprouver. Vous aurez pu savoir, mesdames, comment Dieu m'a donné l'occasion d'aller visiter les maisons de notre petite Compagnie, oîi je m'en vais avec dessein de revenir lorsque l'état des choses le permettra. Que ferons-nous cependant, mesdames, des œuvres que le bon Dieu vous a commises, particuhèrement de la Charité, de l'Hôtel- Dieu et des pauvres enfants trouvés? De vérité il semble que les misères particuHères vous dispensent du soin des pubhques, et que nous amions un bon prétexte, devant les hommes, pour nous retirer de ce soin ; mais certes, mesdames, je ne sais pas comment il en irait devant Dieu, lequel nous pourrait dire ce que saint Paul disait aux Corinthiens qui se trouvaient en pareil accessoire (2) : « Avez-vous encore résisté jusqu'au sang? » ou pour le moins avez-vous encore vendu une partie des joyaux que vous avez? Que dis-je, mesdames, je sais qu'il y en a plu-

(1) Après l'échec de sa tentative à Saint-Germahi, Vmcent de Paul, suspect aux Frondeurs, n'avait pas pu rentrer à Paris et il visitait les maisons de la Mission.

(2) Cas.

sieurs d'entre vous (et je crois le même de tant que vous et qui avez fait des charités, lesquelles seraient trouvées très grandes non seulement en des personnes de votre condition, mais aussi en des reines ; les pierres le diraient si je m'en taisais ; et c'est pour l'excellence de vos cœurs incomparablement charitables que je vous parle de la sorte. Je me garderais bien d'en user ainsi à l'endroit d'autres personnes moins animées de l'esprit de Dieu que vous êtes. Mais que ferons-nous donc? Il semble qu'il est à propos de mettre en question, mesdames, s'il est expédient que vous fassiez la grande assemblée qu'on avait proposée ; quand? où? et comment? H y a des raisons pour et contre. H semble : 1° qu'elle se doit faire, à cpaise que c'est l'usage d'en faire une environ ce temps-ci ; 2^ les besoins étant extraordinaires, il semble que les moyens d'y remédier doivent être aussi extraordinaires, comme ceux d'une assemblée générale. Contre cela, il semble qu'elle ne soit pas de saison présentement à cause du trouble dans lequel on est, qui inquiète les esprits et refroidit la charité; peut-être que plusieurs dames appréhendent de s'y rendre, et que celles qui s'y trouveront, si elles n'ont une charité qui passe le commun, s'entre-froidiront les unes les autres ; et puis Mme la princesse (1) n'y étant pas, ni Mmes d'Aiguillon et de Brienne (2), il semble qu'il y aurait quelque chose à souhaiter, surtout si l'on pensait à faire quelque changement en la substance de l'œuvi'e. Voilà, mesdames, le pour et le contre qui me tombent dans l'esprit présentement : vous examinerez cela, s'il vous plaît, à la plurahté des voix. Mme la duchesse d'Aiguillon me dit, lorsque je partis de Saint- Germain, ou m'a écrit depuis, que la reine lui avait dit qu'elle enverrait quelque chose pour les pauvres enfants trouvés ; je ne sais si eUe l'a fait. J'ai prié M. Lambert de leur envoyer un peu de blé, et j'ai écrit à ]\Ime la présidente de Lamoignon, afin qu'elle ait agréable de s'employer vers messieurs de la ville pour donner escorte au blé, au dedans et au dehors de la ville ; je ne sais non plus ce qui en a été fait ; si cela n'est exécuté, je prie l'un et l'autre, par celle-ci, de faire ce qu'il faudra pom* cet effet. Et parce que cela ne suffit pas, voyez, mesdames, s'il est à propos d'emprunter, comme officières de la charité, quelque somme de deux ou trois mille hvi'es, pour subvenir aux besoins plus pressants. J'écris à M. Lambert qu'il s'obhge aussi en

(1) La priiicesse Charlotte de Moiitmoreiic}^ princesse de Coudé.

(2) Mme de Brienne, femme du ministre d'JÊtat.

== LETTRES POLITIQUES, 1643-iG53 = 111

votre nom ; que si l'on a peine à s'obliger, il est expédient de faire un effort chacun de nous à cet effet : en ce cas, je prie M. Lambert de faire ce qu'il faudra de notre part. J'avoue, mesdames, que ce que je dis est un peu chargeant ; mais cela serait encore plus vrai, si je le disais à des personnes moins charitables que vous. Après tout, je prie Notre-Seigneur qui préside les assemblées qui se font en son nom, comme la vôtre, qu'il vous fasse connaître ce qu'il désire de vous en cette occasion, et vous fasse la grâce de l'accomphr.

Ces gTandes froidures m'ont retenu en ce heu et le feront encore jusqu'à ce que le temps soit adouci ; alors j'espère partir pour le Mans ou pour Angers, ou pour tous les deux : j'espère recevoir là le résultat de votre assemblée, si M. Lambert ne me l'envoie ici par un exprès. Je prie Dieu cependant qu'il bénisse et sanctifie de plus en plus votre même assemblée et vos chères personnes. Je suis en l'amour de Notre-Seigneur, mesdames, votre, etc.

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