‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 53 sur 113 · A Monsieur d'Horgny, à Rome · texte numérisé non relu

A Monsieur d'Horgny, à Rome

Sur la doctrine du jansénisme.

Paris, 25 juin 1648.

MONSIEUE,

Votre dernière lettre dit deux choses : l'une que nous donnons des emplois trop considérables à nos frères coadjuteurs, et l'autre, que nous avons mal fait de nous déclarer contre les opinions du temps.

Je vous dirai, monsieur, pour le premier, que je remercie très humblement Notre-Seigneur de ce qu'il vous fait faire attention à la conduite de la Compagnie ; et vous prie de continuer, quoiqu'il me semble que nous ayons raison d'en user comme nous faisons, à l'égard des deux points ci-dessus.

H n'y a en toute la Compagnie que notre frère Alexandi'e (1) qui ait la recette et la mise entre les mains, que nous lui donnâmes quand nous envoyâmes M. Gentil au Mans, et cela, faute d'un prêtre qu'on pût apphquer à cela; et il s'est acquitté de cet emploi en sorte qu'il y a sujet d'en louer Dieu.

Ce bon frère Nicolas (2), que vous me marquez de la maison de Crécy, n'avait pas l'argent entre les mains, quoiqu'on vous l'ait dit. L'argent se garde là dans un coffre à deux serrm^es, dont M. Tournisson avait l'une et son assistant avait l'autre ; et il en va de même partout, notamment oii M. Portail a fait la visite. Cela n'empêche pas que nous ne mettions cet emploi entre les mains d'un prêtre dans quelque temps, et que nous ne fassions attention à ce que vous me dites. Je pense que ce qui trouble les ordres par les frères, vient de ce qu'on les tient trop ba?. Saint Frctuçois ordonna que les frères laïques auraient voix à l'élection des gardiens ; mais les Capucins et les Kécollets ont ôté cela, et c'est ce qui désespère ces pauvres frères et qui

(1) Alexandre Vérone, né à Avignon le 15 mai 1610 ; reçu à Paris le 22 juillet 1630. Sa vie a été pubhéc sous ce titre : le Miroir des frères coadjuteurs.

(2) Frère Nicolas, né en 1603 ; reçu à Paris le 13 novembre 1643.

les oblige de s'en plaindre au pape. Le Fils de Dieu traitait ses apôtres d'amis, quoiqu'ils ne fussent pas encore prêtres ; et nous voulons traiter les nôtres de serviteurs, quoiqu'il soit vrai de dire que la plupart ont plus de vertu que la plupart d'entre nous, pour le moins plus que moi !

Quant au second point qui concerne la faute que nous avons faite de nous déclarer contre les opinions du temps, voici, monsieur, les raisons qui m'y ont porté.

La première est celle de mon emploi au Conseil des choses ecclésiastiques, dans lequel chacun s'est déclaré contre : la reine, M. le cardinal, M. le chancelier et M. le pénitencier. Jugez de là si j'ai pu demeurer neutre. Le succès a fait voir qu'il était expédient d'en user de la sorte.

La seconde raison est celle de la connaissance que j'ai du dessein de l'auteur de ces opinions nouvelles, d'anéantir l'état présent de l'ÉgHse et de la remettre en son pouvoir. H me dit un jour, que le dessein de Dieu était de ruiner l'Église présente, et que ceux qui s'employaient pour la soutenir le faisaient contre son dessein ; et comme je lui dis que c'étaient pour l'ordinaire les prétextes que prenaient les hérésiarques comme Cal vin, il me repartit que Calvin n'avait pas mal fait en tout ce qu'il avait entrepris, mais qu'il s'était mal défendu.

Le troisième a été que j'ai vu que trois ou quatre papes avaient condamné les opinions de Baïus, que Jansénius soutient, comme avait fait aussi la Sorbonne, en l'année 1560 ; et que la plus saine partie de la même faculté, qui sont tous des anciens, se déclarent contre ces opinions nouvelles ; et que notre Saint- Père a condamné celle des deux chefs (1) qu'on voulait étabhr avec mauvais dessein.

Et la quatrième, que je mets ici la dernière, outre plusieurs autr-es, est ce cjne dit Célestin, pape (Epist. 2, ad Episcopos Gcdliœ), contre quelques prêtres qui avançaient quelques erreurs contre la grâce, et lesqitels ces évêques avaient condamnées. Ce bon pape, après les avoir loués de s'être opposés à la doctrine de ces prêtres, dit ces mêmes paroles : Timeo ne connivere sit, hoc tacere; timeo ne illi ma gis loquantur qui permitiunt illis taliter loqui; in taWbus causis non caret suspicione taciturnitas, quia occuneret veritas, si falsitas displiceret; merito namque causa nos respicit, si sileniio faveamus errori. Que si

(1) L'hérésie qui donne deux chefs à l'Église, saint Pierre et samt Paul.

Ton me dit que cela est vrai à Tégard des évêques, et non pas à celui d'un particulier, je réponds que, vi'aisemblablement, cela s'entend non seulement des évêques, mais aussi de ceux qui voient le mal et qui, en tant qu'il est en eux, ne l'empêchent pas.

Voyons maintenant de quoi il s'agit. Vous me dites que c'est du livre De la fréquente communion (1) d'Arnauld ; que pour la première partie, vous l'aviez lue par deux fois, et que peutêtre que le mésusage que l'on fait de ce divin sacrement a donné lieu à cela.

H est \Tai, monsieur, qu'il n'y a que trop de gens qui abusent de ce divin sacrement, et moi n^sérable plus que tous Tes hommes du monde, et je vous prie de m'aider à en demander pardon à Dieu. Mais la lecture de ce livre, au lieu d'affectionner les hommes à la fréquente communion, en retire plutôt. L'on ne voit plus cette hantise des sacrements qu'on voyait d'autres fois, non pas même à Pâques. Plusieurs curés de Paris se plaignent de ce qu'ils ont beaucoup moins de communiants que les années passées. Saint-Sulpice en a trois miEe de moins ; M. le curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, ayant visité les familles de la paroisse, après Pâques, en personne et par d'autres, nous dit dernièrement qu'il a trouvé quinze cents de ses paroissiens qui n'ont point communié, et ainsi des autres. L'on ne voit quasi plus personne qui s'en approche les premiers dimanches du mois et les bonnes fêtes, ou très peu et guère plus dans les rehgions (2), si ce n'est aux Jésuites encore un peu. Aussi est-ce ce qu'a prétendu feu M. de Saint-Cyran pour discréditer les jésuites. M. de Chavigny disait ces jours passés à un intime ami, que ce bon monsieur lui avait dit que lui et Jansénius avaient entrepris leur dessein, pour désaccréditer ce saint ordre-là à l'égard de la doctrine et de l'administration des sacrements. Moi-même, je lui ai ouï tenir, quasi tous les jours, quantité de discours conformes à cela.

Dès que M. Arnaud, qui a donné son nom à ce Hvre, vit l'opposition qu'il rencontra de plusieurs côtés sur le sujet de la pénitence publique, et sur celle qu'il voulait introduire avant la communion, il s'exphqua à l'égard de cela de l'absolution simplement déclaratoire ; mais quoi qu'il en soit, il y reste encore des erreurs, à ce que nous dit dernièrement M. le

(1) Pubhé en 1643.

(2) Communautés religieuses.

= LETÏRES SUR LE JANSÉNISME, 1643-1653 = d25

grand maître de Navarre, qui est un des plus savants du siècle, comme aussi M. le pénitencier Bail, MM. Cornet et Coqueret, qui étaient assemblés céans pour ces sortes d'affaires ; et que cette déclaration est captieuse et contient quantité de choses qui ne valent guère mieux que ce qu'il dit dans le premier livre. Ce qu'il dit que l'Eglise, ayant, au commencement, pratiqué la pénitence pubHque avant l'absolution, avait toujours affection de rétablir cet usage, et qu'autrement elle ne serait pas la colonne de vérité, toujours semblable à elle-même, mais une synagogue d'erreurs, cela, monsieur, ne porte-t-il pas à faux?

L'Église qui ne change jamais, dans les choses de la foi, ne le peut-elle pas faire à l'égard de la discipHne, et Dieu, qui est immuable en lui-même, n'a-t-il pas changé ses conduites à l'égard des hommes? Notre-Seigneur, son Fils, n'a-t-il pas quelquefois changé les siennes, et les apôtres les leurs? A quelque propos cet homme dit-il donc que l'Éghse serait en erreur, si elle ne retenait l'affection de rétabhr ces sortes de pénitences qu'elle pratiquait au passé? Cela est-il orthodoxe?

Quant à Jansénius, il le faut considérer ou comme soutenant les opinions de Baïus, tant de fois condaimiées par les papes et par la Sorbonne, comme je l'ai dit, ou comme soutenant d'autres doctrines qu'il traite là dedans. Quant au premier, n'avons-nous pas obhgation de nous tenir à la censure que les papes et ce docte corps ont faite de ces opinions-là, et de nous déclarer contre?

Quant au reste du hvre, le pape défendant de le lire, le conseil des choses ecclésiastiques n'a-t-il pas dû conseiller à la reine de tenir la main à ce que le pape Urbain VIII a ordonné s'exécute ; et faire profession ouverte de se déclarer contre les opinions de Baïus censurées, et contre ces sortes de nouvelles opinions de ce docteur, qui soutient hardiment ceUes que l'Église n'a pas encore déterminées touchant la grâce.

Vous me dites par la vôtre, que Jansénius a lu dix fois toutes les œuvi'es de saint Augustin et trente fois les traités de la grâce, et qu'il n'y a pas d'apparence que les missionnaires se mêlent de juger les opinions de ce grand homme.

Je vous réponds à cela, monsiem^ que d'ordinaire ceux qui veulent établir de nouvelles doctrines sont hommes fort savants, et qu'ils étudient avec grande assiduité et application les auteurs desquels ils se veulent servir ; qu'il faut avouer que ce prélat était fort savant, et qu'ayant le dessein que j'ai dit, de désaccré-

120 = SAINT VINCENT DE PAUL. — ClIAP. V =--

diter les jésuites, il a pu lire saint Augustin le nombre de fois que vous me dites ; mais cela n'empêche pas qu'il ne soit pu tomber dans l'erreur, et que nous ne serions pas excusables d'adhérer à ses opinions, qui sont contraires aux censures qui ont été faites contre sa doctrine. Les prêtres ont obhgation de ne pas adhérer et de contredire la doctrine de Calvin et des autres hérésiarques, quoiqu'ils n'aient jamais lu les auteurs sur lesquels ils se sont fondés, non pas même ces hvres.

Vous me dites de plus que les opinions que nous disons anciennes sont modernes ; qu'il y a environ soixante-dix ans que Mohna a inventé les opinions qu'on dit anciennes, touchant ce différend. Je vous avoue, monsieur, que Mohna est l'auteur de la science qu'on dit médienne (1), et qui n'est, à proprement parler, que le moyen par lequel on fait voir comme cela se fait et d'où vient que deux hommes qui ont pareil esprit, mêmes dispositions, pareil degré de grâce pour faire les œuvres de leur salut, et que néanmoins l'un le fait, l'autre ne le fait pas, l'un est sauvé et l'autre se perd. Mais quoi ! monsieur, il ne s'agit pas de cela qui n'est pas article de foi ; la doctrine qu'il combat, que Jésus-Christ est mort pour tout le monde, est-elle nouvelle? N'est-elle pas de saint Paul et de saint Jean? L'opinion contraù'e n'a-t-elle pas été condamnée au concile de Mayence et en plusieurs autres contre Godescalcus (2)? Saint Léon ne dit-il pas, dans les leçons de Noël, que Notre-Seigneur est né pro liber midis liominihus, et la plupart des saints Pères ne tiennent-ils pas ce langage-là? Le concile de Trente, en la session sixième {de Justificatione, chapitre II), n'apporte-t-il pas les paroles de saint Jean sur ce sujet : Hune proposuit Deus fropitiatorem per fid.em in sanguine ipsius pro peccaiis nostris; non solum autem pro nostris sed etiam pro toiius mundi? Et au troisième {Verum etsi ille pro ovânibus mortuus est), il dit ensuite qu'encore que cela soit ainsi : Non omnes tamen mortis ejus leneficium recipiunt, sed ii dumtaxat quil)us meritum passionis ejus commiinicatur. Après cela, monsieur, dirons-nous cette doctrine nouvelle? dirons-nous encore nouvelle celle qu'il combat, contre la possibilité de l'observance des commandements de Dieu, contre

(1) Moyenne.

(2) Godescalc, célèbre hérésiarque bénédictin, né à Malyence vers 808; mort au monastère de Haut-VUhers le 30 octobre 867. Ses doctrines en faveur de la prédestination agitèrent pendant un quart de siècle rÉghse d'Occident,

les saints canons du même concile et de la même session qui disent que : Si quis dixerit, Dei prœcepta liomini etiam justificato, et sut fjratia constituto, esse ad ohservandum impossiMia, anathema sit.

Et celle que vous dites, monsieur, qu'il nous importe peu de savoir s'il y a des grâces suffisantes ou si elles sont toutes efficaces, est-ce une opinion nouvelle? N'est-elle pas contenue dans le second concile d'Orange (chapitre XXV)? Voici, monsieur, les paroles de ce concile, par lesquelles vous verrez, sinon les mots propres de grâces suffisantes, pour le moins l'équivalence du sens. Eoc etiam secundum fidem catliolicam credimus quod accepta per laptismum gratia, omnes baptieati, Cliristo auxiliante et coopérante, quœ ad salutem pertinent, possint et deteant {si fideliter lalorare voluerint) adimplere. Et quant à ce que vous dites, qu'il vous importe peu de savoir cela, fe vous prie, monsieur, de souffrir que je vous dise qu'il me semble qu'il est de gTande importance que tous les chrétiens sachent et croient que Dieu est si bon que tous les chrétiens peuvent, avec la grâce de Jésus-Christ, opérer leur salut ; qu'il leur en donne les mov^ens par Jésus-Christ, et que cela manifeste et magnifie beaucoup l'infinie bonté de Dieu.

On ne peut non plus dire nouvelle l'opinion de l'ÉgHse qui croit que toutes les grâces ne sont pas efficaces, puisque l'homme les peut refuser (chap. IV, de Jiistificatione).

Vous dites que Clément VIII et Paul V ont défendu que l'on dispute des choses de la grâce ; je vous dirai, monsieur, que cela s'entend des choses qui ne sont pas déterminées, comme le sont celles que je viens de dire, et pour les autres qui ne sont pas déterminées par l'Eghse. Pourquoi Jansénius l'attaque-t-il? Et en ce cas, n'est-il pas de droit naturel de défendre l'Éghse et de soutenir les censures fulminées contre?

Vous dites que ce sont des matières d'école ; il est vrai de quelques-unes, et quoique d'autres soient telles, faut-il pour cela se taire et laisser altérer le fond des vérités par ces subtilités? Le pauvre peuple n'est-il pas obhgé de croire, et par conséquent d'être instruit des choses de la Trinité et du Saint- Sacrement qui sont si subtiles?

Voilà, monsieur, ce qui me vient en l'esprit, pour vous faire voir les raisons que nous avons de nous être déclarés en ce rencontre contre les opinions nouvelles, contre lesquelles je n'en vois point, sinon deux, dont l'une est le sujet de craindre qu'en pensant arrêter ce torrent des nouvelles opinions, l'on

n'enflamme davantage les esprits (à quoi je réponds que, si cela était, il ne faudrait point s'opposer aux hérésies, à ceux qui nous veulent ravir la vie ou le bien, et que le berger ferait mal de crier au loup lorsqu'il voit qu'il est ])rès d'entrer dans la bergerie) ; l'antre est celle de la prudence qui est purement humaine, étant fondée sur le : Que dira-t-on?... on se fera des ennemis! 0 Jésus, monsieur, ah! n'advienne que le ^missionnaire ne défende pas les intérêts de Dieu et de l'Église pour ces chétifs et misérables motifs qui ruinent les intérêts de Dieu et de son Éghse et remplissent d'âmes les enfers !

Oui, mais direz-vous : faut-il que les missionnaires prêchent contre les opinions du temps, et le monde qu'ils s'en entretiennent, qu'ils disputent, attaquent et défendent à cor et à cri les anciennes opinions?

Ah f* Jésus, monsieur, nenni !

Voici comme nous en usons : jamais nous ne disputons de ces matières, jamais nous n'en prêchons, ni jamais nous n'en parlons dans les compagnies, si l'on ne nous en parle ; mais si on le fait, on tâche de n'en parler qu'avec le plus de retenue que l'on peut; excepté M. G. (1), qui se laisse emporter un peu par son zèle, ce à quoi je tâcherai de remédier. Dieu aidant. Quoi donc ! me direz-vous ; défendez-vous qu'on dispute sur ces matières? Je réponds que oui, et qu'on n'en dispute point céans du tout.

Mais quoi ! désirez-vous qu'on n'en parle point à la Mission de Rome ou ailleurs? — C'est à quoi je prie les officiers de tenir la main, et de donner pénitence à ceux qui le feront, si ce n'est au cas que j'ai dit.

Et pour ce que vous me dites, monsieur, qu'il faut laisser chacun de la Compagnie hbre de croire de ces 'matières ce qu'il lui plaira; ô Jésus, monsieur, il n'est pas expédient qu'on soutienne diverses opinions dans la Compagnie ; il faut que nous soyons toujours parfaitement unis, autrement nous nous déchirerions tous les uns les autres dans la même Compagnie. Et le moyen de s'assujettir à l'opinion d'un supérieur? Je réponds que ce n'est pas au supérieur qu'il se soumet, mais à Dieu et au sentiment des papes, des conciles, des saints ; et si quelqu'un ne voulait pas déférer, il ferait mieux de se retirer,

(1) M. Gilles, auquel saint Vincent fait allusion, enseignait la théologie à Saint-Lazare. Après avoir trop manifesté ses opinions, il fut envoyé à la maison de Crécy.

et^ la Compagnie de l'en prier. Beaucoup de compagnies de l'Église de Dieu nous donnent l'exemple de cela.

Les Carmes déchaussés, dans leur chapitre qu'ils tinrent l'année passée, ordonnèrent que leurs professeurs en théologie enseigneraient les opinions anciennes de FÉgHse, et agiraient contre les nouvelle?.

Chacun sait que les Révérends Pères jésuites en usent de la sorte, comme au contraire la Congrégation de Sainte-Geneviève ordonne à leurs docteurs de soutenir les opinions de saint Augustin, ce que nous prétendons faire aussi en expliquant saint Augustin par le concile de Trente, et non le concile par saint Augustin, parce que le premier est infaillible et le second ne l'est pas. Que si l'on dit que quelques papes ont ordonné que l'on croie saint Augustin à l'égard des choses de la grâce, cela s'entend, au plus, des matières disputées et résolues alors ; mais, comme il s'en fait de temps en temps des nouvelles, il faut s'en tenir pour celles-là à la détermination d'un concile qui a déterminé toutes choses selon le vrai sens de saint Augustin, qu'il entendait mieux que Jansénius et ses sectaires.

Voilà, monsieur, la réponse à votre lettre, laquelle je n'ai point communiquée à qui que ce soit, ni la communiquerai jamais ; je vous dis de plus que je n'en ai parlé à qui que ce soit et que je ne me suis fait aider par personne au monde en ce que je vous dis, ce que vous jugez bien par mon chétif style et par mon ignorance qui ne paraît que trop. Que s'il y a quelque chose qui semble au-dessus de cela, je vous avoue, monsieur, que j'ai fait quelque petite étude touchant ces questions, et que c'est le sujet ordinaire de mes chétives oraisons.

Je vous supphe, monsieur, de la communiquer à M. Aimeras et à ceux de la Compagnie que vous le jugerez à propos, afin qu'on voie les raisons que j'ai eues d'entrer dans les sentiments anciens de l'Éghse, et de me déclarer contre les nouvelles, afin aussi que nous fassions tout ce qui sera en nous pour être : cor unum et anima una, en ce fait comme en tout le reste. Je vivrai dans cette espérance, et aurais une affliction que je ne vous puis exprimer, si quelqu'un, quittant les vives sources des vérités de l'Église, se fabriquait des citernes d'opinions nouvelles, du danger desquelles il n'y a guère personne qui ait été mieux informé par Fauteur que moi, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

P.-S, — J'ose vous dire, monsieur, que M. Ferret s'ctant

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embarrassé dans ces opinions nouvelles, il a dit à M. le curé de Saint-Josse (1), que ce qui l'en a retiré, c'est la fermeté qu'il a vue en ce misérable pécheur contre cela, dans deux ou trois conférences que nous avons eues sur ce sujet. C'est M, le curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qui fut reconnu d'abord qu'il revint d'Alet, par un chacun dans ces opinions, desquelles il est à tel point hors de ces sentiments, qu'il a proposé à M. de Saint-Josse qu'il faut que nous fassions quelque manière de cong-régation secrète pour défendre les vérités anciennes. Je vous supphe de tenir ceci secret.

Je n'ai point eu le loisir de hre ma lettre et je ne l'ai osé faire transcrire ; vous au.rez peine à la hre ; excusez-moi (2).

17. — A Monsieur cVEorgmj, prêtre de la Mission, à Rome. Au sujet des nouvelles doctrines.

Orsign}^, 10 septembre 1648.

Monsieur,

J'ai reçu la vôtre, du 17 août, qui est pour achever de répondre aux miennes touchant les diversités d'opinions, celle-ci étant à l'égard du hvre de la communion; pour réponse à laquelle je vous dirai, monsieur, qu'il peut être (ce que vous dites) que quelques personnes ont pu profiter de ce Hvre en France et en Itahe ; mais que d'une centaine qu'il y en a peut-être qui en ont profité à Paris, en les rendant plus respectueux en l'usage de ce sacrement, il y en a pour le moins dix miUe auxquels il a nui en les retirant tout à fait.

Que je loue Dieu de ce que vous en usez comme je fais, qui

(1) Abelly, plus tard évêque de Rodez.

(2) Cette lettre, ainsi que cehe du 19 septembre, furent publiées pour la première fois en 1726 par le Journal de Trévoux. « Quoique j'aie lu beaucoup de lettres du saint, dit Collet, je n'en ai lu aucune de lui où il y ait autant de feu et de vivacité. » (Vie de saint Vincent, t. l^', p. 529, édition de 1748.)

est de ne point pai'ler de ces choses en la famille, et de ce qu'elle va son train à Eome comme ici !

H est vrai, ce que vous dites que saint Charles Borromée a suscité l'esprit de pénitence dans son diocèse, de son temps, et l'observance des canons d'icelle et que c'est ce qui mutine le monde contre lui, et même de bons reh'gieux, à cause de la nouveauté. Mais il n'a pas constitué la pénitence en quoi que ce soit, la satisfaction à se retirer de la sainte confession et de l'adorable communion, si ce n'est aux cas portés par les canons que nous tâchons d'observer en cas des occasions prochaines, des inimitiés, des péchés pubhcs ; mais il est bien éloigné de ce qu'on dit qu'il ordonnait des pénitences pubhques pour des péchés secrets, et de faire la satisfaction avant l'absolution, comme le livre dont il est question prétend le fah^e.

Venons au particuher. H est vrai, monsieur (quoi que vous me disiez du livre de la Fréquente communion), qu'il a été fait principalement pour renouveler la pénitence ancienne comme nécessaire pom' entrer en grâce avec Dieu ; cai', quoique l'auteur fasse quelquefois semblant de proposer cette pratique ancienne seulement comme plus utile, il est certain néanmoins qu'il la veut pour nécessaire, puisque par tout son hvre il la représente comme une des gTandes vérités de notre rehgion ; comme la pratique des apôtres et de toute l'Église durant douze siècles, comme une tradition immuable; comme une institution de Jésus-CMst, et qu'il ne cesse de faire entendre qu'il est obhgé de la garder et d'invectiver continuellement contre ceux qui s'opposent au rétabhssement de cette pénitence. D'aillem's, il enseigne manifestement qu'anciennement il n'y avait point d'autres pénitences, pour toutes sortes de péchés mortels, que la pénitence pubhque, comme on le voit par le troisième chapitre de la deuxième partie, où il prend pour une vérité l'opinion qui porte qu'on ne trouve dans les anciens Pères, et principalement dans TertuUien, que la pénitence pubhque en laquelle l'Eghse exerçât la puissance de ses clefs ; d'où il s'ensuit, par une conséquence très claire, que M. Arnauld a dessein d'étabhr la pénitence pubhque pour toutes sortes de péchés mortels, et que ce n'est pas une calomnie de l'accuser de cela, mais une vérité que l'on tire aisément de son livre, pourvu qu'on le hse sans préoccupation d'esprit ; et vous, monsieur, me chtes que cela est faux. Vous êtes à excuser parce que vous ne saviez pas le fond des maximes de l'auteur de toutes ces doctrines, qui étaient de réduire l'Éghse en ses premiers

usages, disant que l'Église a cessé d'être depuis ces temps-là. Deux des coryphées de ces opinions ont dit à la Mère (1) de Sainte-Marie de Paris, laquelle on leur avait fait espérer qu'ils pourraient attirer à^ leurs opinions, qn'il y a cinq cents ans qu'il n'y a point d'Église ; elle me l'a dit et écrit.

Vous me dites, en second lieu, qu'il est faux que M. Arnauid ait voulu introduire l'usage de faire la pénitence avant l'absolution pom' les gros pécheurs. Je réponds que M. Arnauid ne veut pas seulement introduire la pénitence avant l'absolution pour les gTOS pécheurs, mais il en fait une loi générale pour tous ceux qui sont coupables d'un péché mortel, ce qui se voit par ces paroles tirées de la seconde partie, chapitre VIII :

« Qui ne voit combien ce pape juge nécessaii'e que le pécheur fasse pénitence de ses péchés, non seulement avant que de communier, mais même avant que de recevoir l'absolution? »

Et un peu plus bas, il ajoute :

« Ces paroles ne nous montrent-eUes pas clairement que^ selon les règles saintes que ce grand pape a données à toute l'Église, après les avoir apprises dans la perpétuelle tradition de la même Église, l'ordre que les prêtres doivent garder dans l'exécution de la puissance que le Sauveur leur a donnée de lier et de déher les âmes, c'est de n'absoudre les pécheurs qu'après les avoir laissés dans les gémissements et dans les larmes, et leur avoir fait accomphr une pénitence proportionnée à la qualité de leurs péchés. » -

n faut être aveugle pour ne pas connaître par ces paroles et par beaucoup d'autres qui suivent, que M. Arnauid croit qu'il est nécessaire de différer l'absolution pour tous les péchés mortels, jusqu'à l'accomphssement de la pénitence ; et en effet, n'ai-je pas vu faire pratiquer cela par M. de Saint-Cyran, et ne le fait-on pas encore à l'égard de ceux qui se Uvrent entièrement à leur conduite? Cependant, cette opinion est une hérésie manifeste.

Pom- ce qui est de l'absolution déclaratoire, vous me dites qu'il n'a point besoin que de son premier livre pour faire voir le contraire, et m'alléguez trois ou quatre autorités pom^ cela. Je réponds que ce n'est pas merveiUe que M. Ai'nauld parle quelquefois comme les autres cathoHques, il ne fait en cela qu'imiter Calvin qui nie trente fois qu'il fasse Dieu auteur du péché,

(1) La supérieure de la Visitation.

quoiqu'il fasse ailleurs tous ses efforts pour établir cette maxime détestable que tous les catholiques lui attribueut.

Tous les novateurs fout de même : ils sèment des contradictions dans leurs livi'es, afin que, si on les reprend sur quelques points, ils puissent s'échapper en disant qu'ils ont dit ailleurs le contraire. J'ai ouï dire à feu M. de Saint-Cyran que s'il avait dit des vérités dans une chambre à des personnes qui en seraient capables, que passant dans une autre, oii il en trouverait d'autres qui ne le seraient pas, il leur dirait le contraire. 11 ajoutait que Notre-Seigneur en usait de la sorte et recommandait que l'on fît de même.

Comment est-ce que M. Arnauld peut soutenir sérieusement que l'absolution efface véritablement les péchés, puisqu'il enseigne, comme je viens de le montrer, que le prêtre ne doit point donner l'absolution au pécheur qu'après l'accomphssement de la pénitence, et que la raison principale pour laquelle il veut qu'on observe cet ordre est afin de donner le temps au pécheur d'expier ses crimes par une satisfaction salutaire, comme il le prouve amplement dans le chapitre II de la seconde partie ? Un homme judicieux qui veut qu'on expie des péchés par une satisfaction salutaire, avant que de recevoir l'absolution, peutil croire sérieusement que les péchés soient expiés par l'absolution?

Vous me dites que, pour ce que M. Arnauld dit que l'Éghse retient dans le cœur le désir que les pécheurs fassent pénitence selon les règles anciennes, que la pratique ancienne et nouvelle de l'Église sont toutes deux bonnes ; mais que l'ancienne est meillem-e, et qu'elle étant une bonne mère, qui ne respire que le plus grand bien de ses enfants, leur désire toujours le meilleur, au moins dans son cœur.

Je réponds qu'il ne faut point confondre la disciphne ecclésiastique avec les désordi'es qui se peuvent rencontrer. Tout le monde blâme ces désordres ; les casuistes ne cessent de s'en plaindre et de les remarquer, afin qu'on les connaisse ; mais c'est un abus de dire de ne point pratiquer la pénitence de M, Arnauld, que ce soit un relâchement que l'Église tolère ce relâchement avec regret. Nous n'avons pas grande assurance de la pratique d'Orient dont vous parlez ; mais nous savons que, par toute l'Europe, on pratique les sacrements de la manière que M. Arnauld condamne, et que le pape et tous les évêques approuvent la coutume de donner l'absolution après la confession, et de ne point faire pénitence pubhque que pour

des péchés publics. N'est-ce pas un aveuglement insupportable de préférer, en une chose de telle conséquence, les pensées d'un jeune homme qui n'avait aucune expérience dans la conduite des âmes lorsqu'il a écrit, à la pratique universelle de toute la chrétienté?

Si la pratique de la pénitence publique a duré en Allemagne jusqu'au temps de Luther, comme vous dites, ce n'a été que pour les péchés pubhcs ; et personne ne trouve mauvais que cette pénitence soit rétabhe partout, puisque le concile de Trente l'ordonne expressément. Et quel rapport a l'ordonnance de saint Ignace, que vous m'alléguez aussi, avec la conduite de ceux qui éloignent tout le monde de la communion, non pour huit ou dix jours mais pour cinq ou six mois, non seulement les grands pécheurs, mais de bonnes rehgieuses qui vivent en une grande pureté, comme nous avons appris de l'épître de M. de Langres (1) à M. de Saint-Malo (2) ! Ce n'est pas s'arrêter à des pointillés que de remarquer des désordres si notables, et qui ne tendent qu'à la ruine entière de la sainte communion ; et tant s'en faut que des gens de bien doivent mc':tre en pratique ces maximes si pernicieuses qu'ils ont juste sujet de les mépriser et de concevoir mauvaise opinion de ceux qui les autorisent.

Saint Charles n'avait garde de les approuver, puisqu'il ne recommande rien tant, dans ses conciles et dans ses actes, que la fréquente communion, et qu'il ordonne plusieurs fois de grièves peines contre tous les prédicateurs qui détournent les fidèles directement ou indirectement de la fréquente communion ; et jamais l'on ne trouvera qu'il ait étabh la pénitence pubhque ou l'éloignement de la communion pour toutes sortes de péchés mortels, ni qu'il ait voulu qu'on mît trois ou quatre mois entre la confession et l'absolution, comme il se pratique très souvent, et pour des péchés ordinaires, par ces nouveaux réformateurs ; de sorte qu'encore qu'il puisse y avoir de l'excès à donner facilement l'absolution à toutes sortes de pécheurs, qui est ce que saint Charles déplore, il ne faut pas conclure de là que ce grand saint approuvât les extrémités dans lesquelles M. Arnauld s'est jeté, puisqu'elles sont entièrement opposées à quantité d'ordonnances qu'il a faites.

(1) Mgr de Langres, Sébastien Zamet, de 1615 "à 1655.

(2) Mgr de Samt-Malo, Ferdinand de Neufville de Villeroy, 1647-

Quant à ce qu'on attribue au livre de la Fréquente communion de retirer le monde de la fréquente hantise des saints sacrements, je vous réponds qu'il est véritable que ce Hvre détourne puissamment tout le monde de la hantise fréquente de la sainte communion et de la sainte confession, quoiqu'il fasse semblant, pour mieux couvrir son jeu, d'être fort éloigné de ce dessein. En effet, ne loue-t-il pas hautement dans sa préface, page 36, la piété de ceux qui voudraient différer leur communion jusqu'à la fin de leur vie, comme s'estimant indignes de s'approcher du corps de Jésus-CMst, et n'assure-t-il pas qu'on satisfait plus à Dieu par cette humilité que par toutes sortes de bonnes œuvres? Ne dit-il pas au contraire, dans Je chapitre II de la troisième partie, que c'est parler indignement du roi du ciel que de dire qu'il est honoré par nos communions, et que Jésus-Chiist ne peut recevoir que de la honte et de l'outrage par nos fréquentes communions, qui se font selon les maximes du père Mohna, chartreux, qu'il combat par tout son hvi'e sous l'apparence d'un écrit fait à plaisir? De plus, ayant prouvé par saint Denis, dans le chapitre IV de la première partie, que ceux qui communient doivent être entièrement purifiés des images qui leur restent de leur vie passée par un amour divin pur et sans aucun mélange ; qu'ils doivent être unis parfaitement à Dieu seul, entièremicnt parfaits et entièrement irréprochables ; tant s'en faut qu'il ait aucunement adouci ces paroles si hautes et si éloignées de notre faiblesse (les ayant données toutes crues), il a toujom's soutenu, dans son hvfe de la Fréquente communion, qu'elles contiennent les dispositions qui sont nécessaires pour communier dignement. Cela étant, comment se peut-il faire qu'un homme qui considère ces maximes et ce procédé de M. Arnauld,, puisse s'imaginer qu'il souhaite avec vérité que tous les fidèles communient fort souvent? Il est certain, au contraire, qu'on ne sam-ait tenir ces maximes pour véritables, qu'en même temps l'on ne se trouve très éloigné de fréquenter les sacrements ; et pour moi j'avoue franchement que si je faisais autant d'état du Hvi'e de M. Ai"nauld que vous en faites, non seulement je renoncerais pour toujours à la sainte messe et à la communion, par esprit d'humihté, mais inême j'aurais de l'horreur du sacrement, étant véritable qu'il le représente à l'égard de ^ceux qui communient avec des dispositions ordinaires que l'Eghse approuve connue un piège de Satan et comme un venin qui empoisonne les âmes, et qui ne traite tous ceux qui en approchent en cet état de rien

d3{) = SAINT VINCENT DE PAUL— ClIAP. Y =

moins que de chiens, de pourceaux et d'antéchiists. Et quand on fermerait les yeux à toute autre considération pour remarquer seulement ce qu'il dit en plusieurs endroits des dispositions admirables sans lesquelles il ne veut pas qu'on communie, se trouvera-t-il homme sur la terre qui ait si bonne opinion de sa vertu, qu'il se croie en état de pouvoir communier dignement? Cela n'appartient qu'à M. Arnauld, qui, après avoir mis ces dispositions à un si haut point qu'un saint Paul eût appréhendé de communier, ne laisse pas de se vanter par plusieurs fois, dans son apologie, qu'il dit la messe tous les jom^s ; en quoi son humihté est aussi admirable qu'on doit estimer sa charité et la bonne opinion qu'il a de tant de sages directeurs, tant sécuhers que réguHers, et de tant de vertueux pénitents qui pratiquent la dévotion, et qui les uns et les autres servent de sujet à ses invectives ordinaires.

Au reste, j'estime que c'est une hérésie de dire que ce soit un grand acte de vertu de vouloir différer la communion jusqu'à la mort, puisque l'Eghse nous commande de communier tous les ans. C'est aussi une hérésie de préférer cette humihté prétendue à toutes sortes de bonnes œma'es, étant visible que pour le moins le martyre est beaucoup plus exceUent ; comme aussi de dire absolument que Dieu n'est pohit honoré par nos communions et qu'il n'en reçoit que de la honte et de l'outrage.

Comme cet autem^ éloigne tout le monde de la communion, il ne tiendra pas à lui que toutes les éghses ne demeurent sans messe; pour ce qu'ayant vu ce que dii le vénérable Bède, que ceux qui laissent de célébrer ce saint sacrifice, sans quelque légitime empêchement, privent la très Sainte-Trinité de louange et de gloire, les anges de réjouissance, les pécheurs de pardon, les justes de secours et de grâces, les âmes qui sont en purgatoire de rafraîchissement, l'Éghse des faveurs spirituelles de Jésus-Christ, et eux-mêmes de médecine et de remède.

Il ne fait point de scrupules d'apphquer tous ces effets admirables aux mérites d'un prêtre qui se retire de l'autel par esprit de pénitence, comme on le voit dans le chapitre XL de la première partie : il parle même plus avantageusement de cette pénitence que du saint sacrifice de la messe. Or qui ne voit que ce discours est très puissant pour persuader à tous les prêtres de négliger de dire la messe, puisqu'on gagne autant sans la dire qu'en la disant, et que l'on peut dire même, selon les maximes de M. Arnauld, qu'on gagne davantage? cai', comme il relève l'éloignement de la communion beaucoup au-dessus

de la communion même, il tant aussi qu'il estime beaucoup plus excellent Féloignement de la messe que la messe même.

Et la morale de tout ceci est que ce nouveau réformateur n'éloigne les prêtres et les laïques de l'autel sinon sous ce beau prétexte de faire pénitence ; mais pour savoir en quoi il met cette grande pénitence, qu'il estime si avantageuse aux âmes, il paraît en paroles expresses dans la préface (p. 18) que, de toutes les rigueurs de l'ancienne discipline, il n'en garde quasi autre chose que la séparation du corps du Fils de Dieu : qui est la partie la plus importante selon les Pères, parce qu'elle représente la privation de la béatitude, et la plus aisée selon les hommes, parce que tout le monde en est susceptible.

M. Ai^nauld pourrait-il montrer plus manifestement que son Mvre n'a été fait qu'à dessein de ruiner la messe et la communion, puisqu'il emploie toute l'antiquité pour nous prêcher la pénitence (dont jamais je n'ai vu faire un seul acte à l'auteur de cette doctrine ni à ceux qui l'assistaient pour l'introduire), et qu'après toutes ces fanfares, il se contente qu'on ne communie point? Certes ceux qui Msent son hvi'e et qui n'y remarquent pas ce dessein, sont du nombre de ceux dont parle le prophète : Oculos liabent et non videhunt; et je ne comprends pas comment, vous, monsieur, pouvez accuser les adversaires de M. Arnauld de ruiner la pénitence, puisqu'on se plaint au contraire, avec raison, de ce que cet auteur a fait des efforts extraordinaires pour prouver cju'il était nécessaire de faire de longues et rigoureuses pénitences avant que de communier et de recevoir l'absolution, et qu'en même temps il a déclaré en paroles expresses (afin que personne n'en prétende cause d'ignorance) qu'il ne réserve autre chose de l'ancienne pénitence que Féloignement de l'autel. ■

Voilà, monsieur, la réponse que je fais à votre lettre, avec tant d'empressement que je n'ai pas le loisir de la rehre.

Je m'en vas en ce moment célébrer la sainte messe, afin qu'il plaise à Dieu de vous faire connaître les vérités que je vous dis, et pour lesquelles je suis prêt de donner ma vie. J'aurais beaucoup d'autres choses à vous dire sur ce sujet, si j'en avais le loisir. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous les dise lui-même ; je vous prie de ne me pas faire réponse sur ce sujet, si vous persévérez dans de telles opinions.

Je suis, monsieur, en Famour de Notre-Seigneur, etc.

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