‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 74 sur 113 · A Monsieur Ozenne, supérieur, *à Varsovie · texte numérisé non relu

A Monsieur Ozenne, supérieur, *à Varsovie

Il réfute les vaines terreurs accréditées à l'occasion d'une éclipse de soleil.

De Paris, ce 11 septembre 1654.

Monsieur,

Vos chères lettres me donnent toujours sujet de rendre grâces à Dieu ; je le fais par celle-ci au sujet de toutes les bontés incomparable;^ du roi et de la reine envers votre petite famille. Oh! monsieur, que je prie Dieu qu'il sanctifie de plus en plus Leurs Majestés et bénisse leur royaume pour l'amour d'eux ; nous prions Dieu incessamment pour elles.

Béni soit Dieu, monsieur, de ce que votre union s'avance par le zèle et la sage conduite du bon M. de Fleury ; je vous supplie, monsieur, de le saluer de ma part et de lui faire un renouvellement des offres de mon obéissance.

Je ne vous dis rien de M. Zelazewski, sinon que je le recommande à Notre-Seigneur de tout mon cœur, et que je serai consolé d'apprendre comment il a pris la lettre que je lui ai écrite.

Je vous ai déjà écrit que nous cherchions commodité d'envoyer les deux sœm"s de la Charité ; on nous a parlé d'une qui ne me revient pas, c'est avec un huguenot qui s'en va de delà.

(1) L'original qui est à Paris à la maison mère de la Congrégation a été mutilé par des déchhures. M. Coste m'a communiqué le texte que je pubUe.

Je vous prie, monsieur, d'assurer la reine que nous ne perdrons pas un moment pour cela.

J'estime que M. Guiilot et nos frères sont déjà arrivés ; je vous prie de les embrasser de ma part.

Nos astrologues de deçà assurent le public qu'il n'y a rien à craindre du côté de l'éclipsé. J'ai vu M. Cassandieux (1), qui est un des plus savants et des plus expérimentés du temps, qui se moque de tout ce que l'on a fait craindre, et en donne de très pertinentes raisons, comme entré autres celle-ci, que nécessairement il arrive une éclipse de soleil tous les six mois, soit en notre hémisphère ou en l'autre, à cause du rencontre du soleil et de la lune en la Hgne échptique, et que si l'échpse avait cette malignité que vous me marquez par les mauvais effets dont on nous menace, que nous verrions plus souvent la famine, la peste et les autres fléaux de Dieu sur la terre. Il dit de pins que si la privation de la lumière du soleil, venant de Fentreposition de la lune entre nous et le soleil, faisait ce mauvais effet à cause de la suspension des bénignes influences du soleil sut" la terre, il s'ensuivait que la privation de la lumière du même soleil pendant la nuit produirait des effets plus malins, à cause que cette privation dure plus longtemps et que le corps de la terre est environ un tiers plus épais que celui de la lune, il s'ensuivrait que cette échpse qui se fait la nuit, serait plus dangereuse que celle qui est arrivée le 12 août de cette année, et infère de là, avec raison, que cette échpse n'est point à craindre ; et en effet je pense bien que les esprits savants en l'astrologie ne s'en mettent guère en peine, et bien moins encore ceux qui sont instruits à l'école de Jésus-Chiist qui savent que l'homme sage dominahitur astris. Voilà, monsieur, tout ce que je vous puis dire pour le présent. Sinon que notre frère Ducourneau est toujours dans le même danger, et que Dieu a disposé de M. Ponchin, prêtre du séminaire d'ici. Je recommande ce mort et ce vivant à vos saintes prières, et suis en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

(1) Ne faut-il pas lire Gassendi?

L'original de cette lettre se trouve à Cracovie dans la maison provinciale de la Congrégation de la Mission. La signature seule est de la mam du saint.

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