A Monsieur Ozenne, supérieur , à Varsovie
Il le félicite des dispositions des missionnaires au sujet des repas à prendre en ville. — Il confirme la nouvelle du rappel des missionnaires français de Rome. — Il envoie le règlement de la Charité. — Il recommande de ne pas envoyer de lettres trop grosses.
De Paris, ce 12 mars 1655.
MONSIEUK,
Je rends grâces à Dieu de ce que les affaires de votre cure seront bientôt en tel état qu'il n'y restera plus que notre présentation pour l'achever, de laquelle j'attendrai le projet que vous me faites espérer.
J'oubliais devons dire que j'ai reçu à la fois deux de vos lettres des 4 et 11 févTier. L'une et l'autre me parlent des occasions que vous avez d'aller manger en ville, et la dernière d'une conférence que vous avez faite pour voir les raisons que vous avez de vous y bien comporter pour l'édification des externes, les fautes qu'on y peut faire et les moyens de les éviter. Vous ajoutez que la Compagnie a dit merveille sur ce sujet, ce qui montre qu'elle est bien résolue d'y honorer désormais la sainte modestie de Notre-Seigneur, ou que, par crainte de ne le pas faire assez, eUe a de l'aversion à se trouver à tels convives, dont je rends grâces à Dieu. Je vous dirai ime autre fois mon sentiment sur ce sujet.
Il est vrai que notre maison de Eome est dans un état de souffrance, ainsi que vous l'avez appris par la gazette de cette cour-là ; c'est pour avoir reçu chez elle Mgr le cai'dinal de Retz (1)
(1) « Nous avons sujet de rendre grâces à Dieu de ce qui vient d'être fait au sujet de Mgr le cardinal de Retz, que la Mission de Rome a reçu chez elle : 1" en ce que nous avons fait en cela un acte de reconnaissance, ayant ordonné au supérieur de la Mission de Rome (M. Berthe) qu'il eût à recevoir à la Mission mondit seigneur le cardinal ; et enfin, en deuxième lieu, de ce qu'on a encore mis en pratique un autre bel acte d'obéissance, en obéissant au commandement du roi, lequel, n'étant pas satisfait des conduites de mondit seigneur le cardinal de Retz, a trouvé mauvais qu'on l'eût reçu chez nous, à
par commandement du pape, avant que d'avoir connaissance de la défense que le roi avait faite de communiquer (1) ; lequel, a^^ant trouvé mauvais cet acte d'obéissance envers Sa Sainteté et de recomiaissance envers notre archevêque et bienfaiteur, a fait faire commandement à M. Bertlie et à nos prêtres français de sortir de Rome et de s'en revenir en France : comme ils ont fait ; en sorte que le même M. Berthe est maintenant en France ou sur le point d'y arriver par pure obéissance. Je lui avais écrit quïl vous allât \àsiter (2) sans qu'il vînt ici, et s'il s'y était disposé ; mais la Providence en ayant ordonné autrement, in nomine Domini : nous verrons quand et par qui nous vous ferons visiter.
Cependant je remercie Notre-Seig-neui* de la paix dont vous jouissez au dedans et au dehors, et du progTès que chacun fait en la langue du pays...
P.-S. — Mlle Le Gras a amené à notre parloir le petit chien que l'on envoie à la reine. Il aime tellement une des sœurs de la Charité qu'il ne regarde seulement pas les autres, ni qui que ce soit ; et dès qu'elle passe la porte il ne fait que se plaindre et n'a point de repos : cette petite créature m'a bien donné de la confusion, voyant son unique affection poiu' celle qui lui donne à manger, me voyant si peu uniquement attaché à mon souverain bienfaiteur et si peu .détaché de toutes les autres choses. Vous pourrez assurer Sa Majesté que les filles en auront un très gTand soin.
Rome, ce qui lui a donné sujet de mander au supérieur de ladite maison de la Mission de Rome et à tous les prêtres missionnaires français qui y étaient de sortir de Rome et de s'en venir en France ; et voilà que le supérieur est déjà arrivé ici. » (Répétit. d'oraison du dimanche, 5 avril 1655.)
(1) Le secrétaire avait écrit en avait faife.
(2) Mots raturés, f avais dessein de vous le renvoyer de Rome.
198 = SATNT VINCENT DE PAUL. — CITAP. VI
J2. ^ A Sff' Majesté la reinp de Pologne.
Il lui fait ses condoléances à l'occasion des troubles de l'État. — Il lui apprend les prières publiques ordonnées par l'assemblée du clergé et la disposition des prélats de voter des subsides. — ■ Il regrette que quelques missionnaires se soient attiré la disgrâce de la reine.
3 mars 1656.
Madame,
Je ne me suis point donné Fhonnenr d'écrire à Votre Majesté depuis qu'il a plu à Dieu de lui faire part de la croix pesante dont il a chargé le Roi des rois, Noire-Seigneur Jésus-Clirist son Fils, pour ce que j'ai appris le parfait usage que Votre Majesté en fait, et que pour l'ordinaire la consolation des hommes renouvelle la douleur et ne l'adoucit pas ; mais maintenant que j'apprends que le bon Dieu a pris les armes pour Votre Majesté contre ses ennemis, ceux du roi et de son Etat, je n'ai pu m' empêcher de témoigner à Votre Majesté l'incomparable consolation que j'en ai, qui est certes des plus sensibles que j'en puisse recevoir en ce moment, tant pour l'intérêt de votre État que pom ce qui regarde celui de l'Église de Jésus- Christ, son épouse, qui souffre dans la personne de Votre Majesté ; et c'est ce que la plupart des gens de bien voient, et ils s'en affligent.
Nosseigneurs les prélats sont si touchés (tant de cela que de l'étabhssement de cinq cents prêtres qui se sont étabhs dans ce royaume) depuis la mort du feu roi, qu'ils ont ordonné en leur assemblée, qui se tient à Paris, de se mettre tous dans la pénitence pour demander à Dieu le remède à tant de maux dont l'Église est menacée. Ils jeûnèrent tous le vendredi et le samedi avant le mardi gras, et commencèrent l'oraison des quarante heures aux Augustins, oii deux d'entre eux assistèrent alternativement, en la présence du saint Sacrement, pendant les trois jours suivants, et y célébrèrent la sainte messe en même ordre ; et trois d'entre eux prêchèrent aussi alternativement chacun son jour et mirent ordre que leurs laquais fussent catéchisés pendant ce temps-là; et cela s'est fait avec tant de dévotion
par mesdits seigneurs les prélats que chacun a avoué n'avoir rien jamais vu de semblable, ni plus de modestie en la procession. Tout cela, madame, donne sujet d'espérer que Notre-Seigneur rétablira son épouse en sa première splendem- et Votre Majesté en son état. J'ai parlé à quantité d'entre eux de contribuer de secours temporel à cet effet, et ai trouvé la plupart dans ce sentiment et dans la résolution de le proposer à leur assemblée ; nous verrons comme il plaira à Dieu d'en disposer. J'ose bien assurer Votre Majesté que je ne perdi'ai pas d'occasion d'y servir, tout cliétif que je suis, et il n'y aura que mes péchés qui en empêchent l'effet.
J'ai eu grande affliction du retom' des missionnaii'es de Votre Majesté dans l'appréhension que j'ai qu'ils aient donné sujet à Votre Majesté de les renvoyer ; et peu s'en est fallu que j'en aie renvoyé quelqu'un d'entre eux. Je remercie très humblement Votre Majesté, madame, de la bonté incomparable qu'elle continue à ceux qui sont restés de delà, et prie Notre-Seignem' qu'il soit sa récompense et qu'il me fasse digne de mériter la gTâce qu'elle me fait de me souffrir en la qualité de son très humble et très obéissant serviteur (1).