‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 9 sur 113 · LES LETTRES · texte numérisé non relu

LES LETTRES

publiait (1) quelques lettres inédites de saint Vincent à Mlle Le Gras ; voici ce qu'il dit :

Il n'est aucune de ces lettres qui n'exprime au naturel et sans artifice l'âme du héros de la charité ; aucune, par conséquent, ne saurait être indifférente pour un esprit attentif aux choses supérieures qui sont l'honneur de l'humanité et la plus pure fleur, la fleur divine de l'histoire... L'autographe... offre une preuve touchante de cette affection vive, mais rehgieuse et sévèrement réglée. Le saint avait écrit à la dernière hgne : je suis de toute Vétendue de mon affection. L'expression lui a paru trop tendre, il l'a effacée d'un trait de plume sous lequel on peut encore la déchiffrer, et il y a substitué la formule habituelle : en Vamour de Notre-Seigneur. Je ne devais pas passer sous silence ce trait de repentir caractéristique, ce scrupule de vigilance et d'austérité écartant un témoignage amical, qui n'aurait certes pu scandaliser ni la vénérable veuve, ni les contemporains, ni la postérité.

On peut voir aussi dans ce repentir la volonté de saint Vincent de donner une formation viiile à une âme inquiète et trop ardente. La sévérité du ton a donc ici, en même temps qu'une valem* chrétienne, le mérite d'une psychologie avisée et clairvoyante.

Simplicité, brièveté, austérité, voilà les caractères des lettres de saint Vincent à Louise de Marillac. Elles constituent un genre dont Bossuet se souviendra. L'autre genre, le genre tendre, délayé et fleuri, nous a donné des œuvres littéraires qui ne sont pas sans mérite. Mais la direction de conscience n'est pas de la littérature, et je crois bien que c'est saint Vincent qui est dans la vérité.

(1) Revue de Gascogne, mai 1887, p. 201-216.

LETTRES

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