A Monsieur Delville, frétre de la Mission, à Arras
Il énumère les qualités que doivent avoir les filles qui déshent être admises dans la Compagnie des filles de la Charité.
Paris, 18 janvier 1658.
Monsieur,
Si vous trouvez des filles saines et robustes, disposées pour la charité, de vie irréprochable, résolues de se bien humilier, de travailler à la vertu et de servir les pauvres pour l'amour de Dieu, vous pourrez leur donner espérance qu'elles seront reçues, et cependant nous donner avis du nombre, de leur condition, âge et quahtés. Il faut qu'elles aient pour le moins
(1) L'original de cette lettre se trouve à la maison mère de la Congrégation de la Mission. La signature seule est de la main du saint.
dix-huit ou vingt ans, et qu'elles apportent de quoi s'iiabiller pour la première fois avec leur linge et leurs petites hardes ; ensemble quelque argent pour s'en retourner, en cas qu'elles ne puissent s'accommoder à la manière de vie de cette petite Compagnie, ou qu'on ne les juge pas propres, etc.
29. — Â nos chers frères en Jésus-Christ, les prêtres, elercs ei coadjuieurs laïques de la Congrégation de la Mission.
17 mai 1658.
Salut en Notre-Seigneur,
Voici enfin, mes très cliers frères, voici les règles ou constitutions communes de notre Congrégation, que vous avez tant désirées et si longtemps attendues. Il est vrai qu'on a laissé passer trente-trois ans ou environ, qu'il y a que notre Congrégation est instituée, sans que nous vous les ayons données imprimées ; mais nous en avons usé de la sorte, tant pour imiter notre Sauveur Jésus-Christ en ce qu'il a commencé à faire plutôt qu'à enseigner, comme pour obvier à plusieurs inconvénients qui eussent pu naître de la pubhcation trop précipitée des mêmes règles ou constitutions, dont l'usage et la pratique auraient ensuite paru peut-être ou trop difficiles ou moins convenables. Or, notre retardement et procédé en ceci nous ont garantis, par la grâce de Dieu, de tous ces inconvénients, et ont fait même que la Congréga^tion les a peu à peu et suavement pratiquées, avant qu'elles aient été mises en lumière. Et en effet, vous n'y remarquerez rien que vous n'ayez depuis longtemps mis en pratique, même avec une sensible consolation de ma part, et une mutuelle édification de vous tous.
Recevez-les donc, mes très chers frères, avec la même affection que nous vous les donnons. Considérez-les, non comme produites par l'esprit humain, mais bien comme inspirées de Dieu, de qui tout bien procède, et sans qui nous ne sommes pas capables de penser quelque chose par nous-mêmes comme de nous-mêmes ; car, que trouverez-vous dans ces règles, qui ue serve à vous exciter et enflammer, ou à la fuite des vices, ou à
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r acquisition des vertus, et à la pratique des maximes évangéliques? Et c'est pour cela que nous avons tâché, autant qu'il nous a été possible, de les puiser toutes de Tesprit de Jésus- Clii'ist, et de les tirer des actions de sa vie, comme il est aisé à voir, estimant que les personnes qui sont appelées à la continuation de la mission du même Sauveur (laquelle consiste principalement à évangéliser les pauvres) doivent entrer dans ses sentiments et maxime^, être remplies de son même esprit, et marcher sur ses mêmes pas.
C'est pourquoi, mes très chers frères, nous vous prions et conjurons par les entrailles de ce même Sauveur Jésus-Chiist, de faire votre possible pour observer exactement ces règles, tenant pour certain que si vous les gardez, elles vous garderont, et vous conduiront avec assurance à la fin tant désirée, c'est-àdire, à la céleste béatitude, ainsi soit-il.