‹ Saint Vincent de Paul;Chapitre 93 sur 113 · Au frère Jean Parre, de la Mission, à Saint-Quentin · texte numérisé non relu

Au frère Jean Parre, de la Mission, à Saint-Quentin

Il lui annonce la signature de la paix. — H est chargé par les dames de s'occuper prmcipalement de la restauration des églises ruinées et de fournir aux pauvres des instruments, pour la moisson.

De Paris, ce 12 juillet 1659.

Mon cher Frère,

J'ai reçu votre lettre du 7 et les images de Notre-Damede-la-Paix, dont je vous remercie. Je prie le Fils et la Mère,

que vous servez en ce lieu-là, de vous honorer de leur protection et d'inspirer aux âmes la véritable piété, qui suppose la bonne vie.

J'ai fait savoir à Mgr de Noyon, que vous vaquerez dix ou douze jours à ce qu'il vous a ordonné.

Mme Fouquet nous a dit que la paix est assurément faite, et que le roi d'Espagne en a signé les articles. Elle a désiré que je vous le fasse savoir, pour en consoler la pauvi-e frontière.

On veut faire un effort pour aider les églises plus désolées à être mises en état qu'on y puisse célébrer avec quelque décence. On vous prie donc de voir celles qui ont plus besoin de cela, et oii il ne faudra que peu de chose ; car on ne prétend pas donner beaucoup.

Vous êtes prié aussi d'aider les pauvres gens à gagner leur vie, en ce temps-ci, en leur donnant quelques outils pour travailler à la moisson. On dit qu'entre les éghses ruinées, celle d'Avançon, proche Rethel, l'est tout à fait, et on vous la recommande particuhèrement.

Mme de Labidière a payé les trois quartiers des cinq cents livres qu'elle avait promises pour des messes à dire par des pauvres prêtres de la frontière. Je pense que vous avez cidevant touché vingt-cinq livres pour le premier quartier. Vous pouvez maintenant prendre vingt-cinq écus pom^ les autres trois quartiers, et les tirer sur Mlle Viole. Vous aurez soin, s'il vous plaît, de faire acquitter ces messes-là.

Quoique j'aie mandé à M. Bourdin, grand vicaire de Noyon, que vous aiderez dix ou douze jours à construke la chapelle et à faire tout ce qu'il faut, vous pourrez pourtant y demeurer davantage, si besoin est ; et les dames laissent à votre discrétion d'y employer le temps que vous jugerez à propos, et d'en paitir lorsqu'il sera requis, pom' aller ailleurs assister les pauvTcs et visiter les assemblées des dames, et puis retourner à cette chapelle, si votre présence y est utile. Je suis, en Notre-Seigneur, votre, etc.

xVFFAIRES DIVERSES, 1654-1660 = 227

33. — Alt frère Jean Pane, de la Mission (1), à Saint-Quentin,

Il lui clomie ses instructions pour les secours qu'il y aura à distribuer aux plus pauvres paysans et aux églises sans ressources. — Il lui demande quand il compte pouvoir faire sa retraite.

De Paris, ce 9 août 1659.

Mon cher Frère,

J'ai reçu vos lettres des 29 juiUet et 5 de ce mois. Je ne doute pas que vous n'ayez bien à souffrir, et qu'on ne vous contredise et qu'on ne vous chagrine. Je prie Notre-Seigneur qu'il soit votre force pour réduire tout à son honneur. Je n'ai rien à vous dire quant au service que vous rendez à Dieu et à la glorieuse Vierge, en la commission que Mgr de Noyon vous a donnée, sinon que vous pouvez encore continuer d'en avoir soin, autant que votre principal emploi vous le permettra, au sujet duquel je vous dirai, comme Mlle Viole vous a déjà écrit, que l'on destine quelque petite chose pour aider quelques pauvres gens à semer quelque petit morceau de terre ; je dis les. plus pauvres, qui sans ce secours ne pourraient pas le faire. On n'a pas pourtant rien de prêt, mais on fera quelque effort pom* amasser au moins cent pistoles pour cela, en attendant qu'il soit temps de semer; on vous prie cependant de voir en quels endroits de Champagne et de Picardie il se trouvera de plus pauvres gens qui aient besoin de cette assistance, je dis le plus grand besoin. Vous pourriez leur recommander en passant de préparer quelque morceau de terre, de le labourer et fumer, et de prier Dieu qu'il leur envoie quelque semence pour y mettre, et, sans leur rien promettre, leur donner espérance que Dieu y pourvoira. On voudrait faire aussi que tous les autres pauvres gens qui n'ont pas de terres gagnassent leur vie (tant hommes que femmes), en donnant aux hommes quelques outils pour travailler, et aux filles et femmes, des rouets et de la filasse ou de la laine pour

(1) L'original de cette lettre se trouve à la maison mère de la Congrégation de là Mission. La signature seule est de la main du saint.

filer, et cela, aux plus pauvres seulement. A cette heure que voilà la paix, chacun trouvera à s'occuper, et les soldats ne leui' ôtant plus ce qu'ils auront, ils pourront amasser quelque chose et se remettre peu à peu; et pour cela, l'assemblée a pensé qu'il faut les aider à ce commencement, et leur dire qu'il ne faudra plus s'attendre à aucun secours de Paris. Voyez donc, mon cher fi'ère, oii sont ces pauvres gens qui ont plus de nécessité d'être aidés pour la dernière fois, et ce qu'il faudrait à peu près pour cela ; connue aussi pour couvrir les éghses découvertes et ruinées, seulement à l'endroit de l'autel, pour y pouvoir dire la sainte messe avec quelque décence : j'entends les éghses où les habitants sont dans l'impuissance de les remettre en cet état, et qui ne dépendent point d'aucun chapitre ou abbaye ou seigneur dîmier, qui sont obhgés à les entretenir ; car c'est à eux à faire ces réparations, et si vous nous mandez qui sont ces patrons bénéficiers et communautés avec les noms des paroisses oii seront telles éghses désolées qu'ils sont tenus d'entretenir, on les en fera solhciter.

Tout cela vous obhgera d'aUer et de venir pour reconnaître où sera la véritable nécessité, pour en envoyer les mémoires, afin qu'on puisse fake quelque petit fonds pour y remédier. On n'a encore presque rien d'assuré, comme je vous ai cht ; mais on fera quelque effort quand vous nous am^ez mandé ce qu'il faudra à peu près qui soit absolument nécessaire pour ces trois choses-là : les semences, les outils et les réparations.

Pour votre retraite, quand la pourrez- vous venir faire? Est-elle incompatible avec le soin de la chapelle et les autres choses que vous avez à faire, dont je viens de vous parler? Laisserez-vous tout là, pour vemr vous recolhger, ou si vous remettrez votre retraite jusqu'à ce que tout cela sera fait? Je vous prie de me dire votre avis. Je suis, en l'amour de Notre- Seigneur, votre, etc.

34. — A ma sœur Mathurine Guérin, fille de la Chanté. Il lui annonce la mort de M. Portail et la maladie de Mlle Le Gras.

3 mars 1660.

Ma chère Sœur,

J'ai reçu votre lettre et ma bonne part à votre peine. H est vrai que le bon Dieu nous a ôté le bon M. Portail, qui décéda le 14 février, et que Mlle Le Gras était alors en grand danger et l'a été depuis. Ce sont de rudes coups pour votre petite Compagnie, mais venant de la main paternelle de Dieu, il faut les recevoir avec soumission et espérer de sa bonté que les filles de la charité profiteront de cette visite ; c'est lui qui les a- appelées, et ce sera lui qui les maintiendra ; il ne détruit jamais son œuvre, mais il la perfectionne ; et pourvu qu'elles soient fermes en leur vocation et fidèles en leurs exercices, il les bénira toujours en leurs personnes et en leurs emplois. Je vous prie, ma sœur, de continuer de votre côté à bien faire votre office et à demeurer en paix ; si vous le faites, vous serez plus agréable à Dieu qu'en faisant autrement. Grâces à Dieu, mademoiselle se porte mieux, sa grande maladie a été une grande inflammation sur le bras gauche, auquel il a fallu faire trois incisions, et la dernière se fit avant-hier; elle souffrit beaucoup, comme vous pouvez penser, et quoiqu'elle n'ait plus de fiè^^e, elle n'est pas pourtant tout à fait hors de danger, à cause de son âge et de sa faiblesse. On fait ce qu'on peut pour la conserver; mais c'est l'ouvrage de Dieu qui, l'ayant conservée depuis vingt ans contre les apparences humaines, la conservera encore autant qu'il sera expédient pour sa gloire. Nous vous donnerons avis, ma sœur, de ce qui arrivera de cette fâcheuse maladie, ainsi qu'aux autres sœurs éloignées. Je vous prie derechef d'être en repos pour l'événement, parce que le contraire trouble l'âme et déplaît à Dieu ; il gouverne toutes choses avec sagesse et avec amour, et demande de nous une entière et amoureuse résignation à sa conduite ; certes, c'est le grand secret de la vie spirituelle de lui abandonner tout ce que nous aimons, en nous abondonnant nous-mêmes à tout ce qu'il veut, dans une parfaite

confiance que tout en ira mieux; c'est pour cela qu'il est dit que tout tourne à bien à ceux qui servent Dieu. Servons-le donc, ma sœur, mais servons-le selon son gré, et laissons-le faire, il vous tiendra lieu de père et de mère, il sera votre consolation et votre vertu, et enfin la récompense de vos travaux. Priez-le pour moi, qui suis en son amour, ma sœur, votre, etc.

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