A Monseigneur le cardinal de Retz
Monseigneur,
J'ai sujet de penser que c'est ici la dernière fois que j'aurai l'honneur d'écrire à Votre Éminence, à cause de mon âge et d'une incommodité qui m'est survenue, qui peut-être me vont conduire au jugement de Dieu. Dans ce doute, monseigneur, je supplie très humblement Votre Éminence de me pardonner si je lui ai déplu en quelque chose. J'ai été assez misérable pour le faire sans le vouloir, mais je ne l'ai jamais fait avec dessein. Je prends aussi la confiance, monseigneur, de recommander à Votre Eminence sa petite compagnie de la Mission qu'elle a fondée, maintenue et favorisée, et qui étant l'ou^T^age de ses mains, lui est aussi très soumise et très reconnaissante comme à son père et à son prélat ; et tandis qu'elle priera Dieu sur la terre pour Votre Eminence et pour la maison de Retz, je lui recommanderai au ciel l'une et l'autre, si sa divine bonté me fait la grâce de m'y recevoir, selon que je l'espère de sa miséricorde et de votre bénédiction, monseigneur, que je demande à Votre Éminence, prosterné en esprit à ses pieds, étant comme je suis, à la vie et à la mort, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.
(1) Saint Vincent prépara les deux lettres suivantes pendant une grave maladie, comme pour dire adieu et rendre ses derniers devoirs aux deux bienfaiteurs à qui sa Congrégation était la plus obligée.
36. — Au Révérend Père de Gondy, prêtre de VOratoire, père de Mgr le cardinal de Retz.
9 janvier 1659.
Monseigneur.
L'état caduc où je me trouve, et une petite fièvre qui m'a pris, me fait user, dans le doute de l'événement, de cette précaution en votre endroit, monseigneur, qui est de me prosterner en esprit à vos pieds, pour vous demander pardon des mécontentements que je vous ai donnés par ma rusticité, et pour vous remercier très humblement, comme je fais, du support charitable que vous avez eu pour moi, et des innombrables bienfaits que notre petite Compagnie, et moi en particuHer, avons reçus de votre bonté. Assurez-vous, monseigneur, que s'il plaît à Dieu de me continuer le pouvoir de le prier, je l'emploierai en ce monde et en l'autre, pour votre chère personne et pour celles qui vous appartiennent, désirant être au temps et en l'éternité, votre, etc.