CHAPITRE I
LE FIEF DEUPOCATIERE
SOMMAIRE : Description de ce fief. — La paroisse de Sainte- Anne-de-la-Grande-Anse. — François Follet de la Combc- PocalJère. — Mnrie-Anne Juchereau, première seigneuresse de la Pocatiére. — Description par Bouchelte. — Premiers colons. — Leurs démêlés avec les seigneurs.— Affaires de successions.— Notaires.
La paroisse de Sair»te-Anne-de-la-Pocatièrc forme la limite ouest du JDeau comté deKamouraska. C'est une de nos vieilles paroisses ; elle est devemie surtout importante depuis la fon-| dation d'un collège et d'une école d'agriculture, q Un journal, spécialement dédié à la classe agri- ^ cole, y a vécu pendant trente ans.
Formant une anse de trois lieues d'étendue, les terres de Sainte- Anne se prolongent vers le sud jusqu'aux premiers contreforts de la chaîne des monts Alléghanys, et sont arrosées au nord par les eaux du fleuve Saint- Laurent. L'endroit est charmant, la nature diversifiée. Plusieurs petites montagnes très abruptes, que l'on dirait semées comme à plaisir pour rompre la monotonie de la plaine qui s'étend de Test à l'ouest, presque à perte de vue, reposent l'œil du tou' riste. Ces espèces de pics, apparemment taillés d'un seul bloc, ont leurs noms particulier8 : ici, c'est le mont Salomon, aux formes arrondies, la montagne à l'Ours ; là, c'est la montagne à Boutot et la montagne du Royaume ou du Collège.
i DE LA POCATIÈRE
M. Arthur Cnsgrain a iHiesé dans un poème intituliS " ia Grande-Tronciarte"jUne description Hsseï curieuse de cette puroiBse où tant do jeunes gens ont vécu de la vie coIJégiale, depuis soixante-dix ans :
C'est un ancicQ qui parle :
" Oh I que f Dime, Siinte-Anne, Ji levait lot gnind* boit 0&, IcOourB de cODgt, nous ill^ioni chaque iSt I ECtecnambnDinlTona, tes ibruplea montagnei gui H font ai Jolie «itre touui ampiLgn^ '.—
-w"'ÏÏ«tol"toî pVm,' là"" le mont S-'ornôo"",™" LA-bai, >a " ctp Mirlin ", noua taisions la compote,
Et tal.callè£e airof, aitbi dana Ici i apioi, Que j'aime ton balcon, tes luperbcB jardius 1 Bt loD jeu de TKlolte aaeia sur la " graod'bulte "t
Lacatei<ivegJiu:ei Anoui Klissioni l'IiiiEr.
Et juaqu'i ce K'an'' tr<>u qu'oD appelait " l'Bnfei". Puia, au rcclier «oliln, " U Csbuie dee lées ■', Sur laquelleoncontaltUnldeblatcueiliefl^Bl --. Et pni>«iKare, la " iu,", noti* boa lie, U-baa, 'Où iBi grande allaient'Toir les épouv BoDîs;«la> I
la paroisse de Sainte-Anne est tout entière comprise dans le fief de la Pocatière qui fut concédé, le 29 octobre 1672, par l'intendant Talon, à Mafio-Anne Juchereau, Teuve de François Follet de !a Combe- Pocatière, capitaine rél'ormé au régiment de Carignau et marëclial dei Ic^ia. Ce fief comprenait une lieue et demie de frontj le long du neuve, et autant de profondeur. Le titre de concrssion comportait que liario- Anne Jucliereau tiendrait feu et lieu sur ses *"-"es, et que, dana tout contrat avec ses tenans, ceux-ci s'obligeraient à résider dans l'ansur leurs propnétéa de fraîche acquisition.
arie-Anne Juchereau ajouta son nom de bape au iîcf de la Pocatière, en supprimant le
SAIKTE- AKNÏ -DE-LA-POCATièRE
nom de famillede son défunt mari. C'est ainsi que fut fonnd le titre du fief de " Sainte- Anne de la Pocatière," Quant à la paroisse même, on la désigna tout d'abord sous la nom de " Sainte- Anne-de-la-Grande-Anse ''\
Bouchette décrit ainsi cette seigneurie :
" La seigneurie de la Pocatière, dans le comté de Coruwallis, est située €ntre Saint-Roch des Aulnaics et la seigneurie de Rivière-Ouelle ; «lie est bornée en front par le Saint-Laurent, et au fond par le township non arpenté d'Ixworth ; elle a une lieue et demie de largeur sur autant de profondeur ; elle fut accordée, le 29 octobre 1672, à la demoiselle de la Combe ; c'e?t à présent la propriété de M. Schmidt (Smith). Il règne une si grande ressemblance entre plusieurs concessions de cette partie, que la deseription de Tune peut presque servir pour toutes : le sol de celle-ci est tr^ fertile et produit du grain de toute espèce; la plupart des lots sont dirigés par un bon système d'agricul* ture et bien peuplé ; le terrain vers les montagnes est d'une bonne qualité, mais aucune partie n'est en labour. Entre autre beau bois de consirufclion, elle produit d'excellent pin ; elle est arrosée p^ le grand ruisseau, et par plusieurs autres courants d'eau qui font marcher des moulins à grain et des scieries. Elle contient une église qui est entourée de plusieurs maisons très agréablement situées sur le bord de la rivière. Outre la route principale, il y en a quelq^ues autres qui conduisent en différentes directions dans les seigneuries de Saint-Roch et de la Rivière-Ouelle ; elles sont toutes bien entretenues," 2
ÏO SAINTE-ANNE-DE-LA-POCATIÈEE.
M. Bouclïette écrirart eett^ topographie err 1815, par conséquent çlus d'un siècle et dcms après cjue Talon eut fait la concession de la seigneurie à la vtwve de François Poil et. Il est Hiutile de dire que la paroisse de Sainte-Anne' avait considérablement piogressé durant cetter longue période. Les terres avaient été défrichées un peu partout, mais principalement le long du fleuve, où elles »embl^ei>t plus fertile».
La colonisation fut lente à se produire dan& j \ ee fief éloigné de Québec d'^envipon vingt lieues^ loin de toute communication facile. En lôSé* on n'y trouve encore que cinq fanaille», prob»blement détachées du groupe de la Rivière- Ouelle, où If» colons venant de la côteBeaupréou de l'île d'Orléans abordaient avec pin» de facilité, avec les goélettes qui les transportaient eux et leur bagages. Aussi pouvons-nous établir, Èans craindre de nous tromper beaucoo|3, que les premières familles établies à la Rivière- Ouelle fournirent les plus anciens habitants de Sainte-Anne. Au nombre de cfs familles devaient figurer les Lizotte, les Ouellet, les Mar^ tin, les Roy, les Dionne, les Guy, les Bouchard> les Lagacé. Les archives de Sainte-Anne font^ défaut avant 171d. Il nous a donc été impossible de recourir à cette source. Quoi qu'il en soit, led premiers habitants s'établirent le long du fleuve, vers le haut du fief en approchant de Saint-Roeh. Voilà ce qui explique pourquoi l'on bâtit la première église ou chapelle si loin du centre du fief se%neurial. Peu à peu la colonisation gagna vers l'est, monta sur le coteau qui domine la vallée langeant le grand fleuve. A la fin du siècle dernier, le centre de la population 80 trouvait déplacé : il y avait plus de
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.*S3lINTE-ANNE-<nE-LA-P0CATlÈBE H
feinilles ^u <î€titre «qu'aux extrfeiit^ô de la par a*ois«e. L^^lise suivit le gros de la populatioii, ^t on lacciiïstruifiit^ Tendroit où elle^e trouve anaintenant. • Il tstaii&ez rare que Ton puisse «ij>i:^l€r un ^canblabJe cas ôe déj lacement dans l'histoire de nos paroisses canadiennes.
Ccmmej^irtout ailleurs, les seules difficultés <iui ^ suivirent, furent entre seigneurs et censitaires. Les Edits et ordonnances rapportent plusieurs cas où rimcndant dut intervenir pour régler les diffîtrends/inénie ceux qui survenaient •entre habitants.
Augustin Roy 4it Lauzi^, Joseph Hayot et ^n nommé Saint- Amant, trois habitants de -Sainte- Annexa vaient obtenu du «eigoeur la cessession et jouissance -de la péch eaux marsouins, «depuis l'aivnée 1758 (17 février). Tout alla bien 4iu début, <mai8 un de l^urs voisins, du nom d'Antoine Gagnon, s-avlsa un jour de tendre une éche A. inp^f^^iii J4 pour son propre compte, en
ce de -sa propriété. C'était leur causer un ,grand tort. Or, ledit <jiagnon n'avait point obtenu au préalable la permission de tendre sa pêche. Il .avait bien, en jéalité, comme les autres censitaires de la Pocatière, acheté un certain lot de terre, ^mais dans Paete de vente il ^'était oullement question de pêche. L'intendant Hocquart maintint Boy et les autres dans leurs privilèges, et Gagnon fut condamné à se tenir tranquille^ à payer les frais de la contestation.
Ceci se passait ffi 1746. Huit années après, «c'est-à-dire en 1764, Jean-Baptiste Duwiont se plaignait -à rintendant Bigot, par une requête «n honne et due forme, de ce que le seigneur refusait de lui donner un titre de concession pour wne terre qu'il avait achetée de Louis Lauzier^
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qui lui, Pavait eue du seigneur D'Autenil, le 1^ juillet 1731. Le billet de concession était soua seing privé et conçu en ces termes :
*^ Je concède à Louis Loziers upe habitation de quatre arpents de front sur quarante-deux de profondeur, au second rang joignant François Paradis, aux charges, conditions et redevance» des autr< s habitants de ce rang, dont il prendra contrat en forme, et tu donnera grosse au seigneur à ses dépens.
A la Pocatière, le seize juillet, mil sept cent trente-un.
Signé " Dauteuil."
A la suite de ce billet était la cession de Louis Lozicr, en faveur de Du mont, en date du vingtdeux mai mil sept cent cinquante-deux.
Signé PoRLiER, Prêtre pour le dit Lozier qui déclare ne savoir signer.
L'intendant condamna D'Auteuil à donner le titre requis par son censitaire Dumont.
Il était asBfZ fréquent de rencontrer le nom du curé dans les affaire» civiles de leurs paroissiens. Comme il n'y avait pas de notaire à Sainte-Anne, le curé était quelquefois chargé de remplir sa fonction. Ainsi nous voyons, en 1738, M. Tabbé Gastonguay faire une élection de tutelle aux mineurs de Joseph Dubé. procéder à l'inventaire de leurs biens, et décider ensuite s'il ne leur serait pas plus profitable de vendre leur terre que de la leur conserver. Marie* Ursule Morin était restée veuve, en 1734, avec deux enfants. Elle était pauvre, bien qu'elle eut une terre de quatre arpents de front. Mais cette terre était presque inculte, et la veuve de Dubé n'avait pas les moyens de la cultiver.
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Puis il y avait à payer les rentes aux seigneurs. Il valait donc mieux, pour elle et ses enfants, vendre sa terre que la garder.
En 1736, le même M. Gaston^ay procédait à une élection de tutelle aux mineurs de Jean Mignot dit Labrie et de MarieJ-Anne Dubé. Il faisait en même temps l'inventaire doR bieî'S, pour les partager entre les co-héritiers de la veuve Mignot, afin de régler les contestations survenues entre les enfants du premier mariage de -Mignot et ceux du second.
Dans les commencements de la paroisse, il n'y avait qu'un notaire résidant à la Rivière- Oueile, le notaire Janeau. C'est lui qui était chargé de recevoir les avis des parents pour les élections de tutelle, pour administrer le serment et faire les inventaires dans les seigneuries de Kamouraska, Rivière-Ouelle et Grande- Anse. Nous trouvons, à cet effet, une ordonnance en date du 17 février 1728, portant que le tuteur et le subrogé tuteur et autres parents de Marie- Anne Pelletier, mineure, s'assembleront chez le sieur Jannot, notaire, à l'effet d'accepter la succession de feu Noël pelletier, son père, ou d'y renoncer.
Nous trouvons à Sainte- Anne plusieurs noms de famille que l'on a cru de bonne noblesse, comme les Courberon d'Amour, les Boisbrillant de la Durantaye, les Bourgelas de Gênes, les de Courcy. En 1874, M. le curé Paradis célébrait le mariage de Charles Bourgelas et de Malvina de la Durantaye. Notons en passant que " noblesse ",ici est loin de signifier " richesse ".
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