CHAPITRE II
LES lHISSi€MNAmES DE U GRAIDE'ANSE
SOMMAIRE : Sainte-Anne à l'état de mission jusqu'en 1749 — Desservie par les missionnaires de la Riviétt -Ouv lie jusqu*en 1725.- Premiers missionnaires fixés dans la pa> roist>e. — Pren iére et seconde église dans le haut de Saiaie- Anne. — Don du terrain par le seigneur d*Auteuii.
Dans les premiers leinirfi, il n'y avait qu'un eeul missionnaire pour subvenir aux besoins spirituels des habitants, depuis la Eivière-du- Sud jusqu'à la Grandt-Anse et même plus audelà sur le littoral du grand fleuve. Ce fut tout d'abord M. l'abbé Thomas Morel, prêtre du séminaire des Missions-Etiangères de Québ(c ; il administrait les sacrements, et il lédigeait les actes de baptêmes, mariages eisépultures, pour les consigner ensuite aux registres de Notre- Dame-de-Liesse de la Rivière-Ouelle. Ainsi faisait au début le missionnaire chargé de la desserte de la côte de Beaupré et de l'île d'Orléans : de retour à Québec il entrait aux registres de la paroisse les actes des baptêmes, etc., qu'il avait faits au cours de sa tournée pastorale.
A côté de M, Morel, missionnaire de la côte sud, setrouTe aussi le nom de M. l'abbé Pierre-Benoit Duplein, qui alternait de temps à autre avec son confrère. Mgr de Saint-Valier nous a laissé dans
son " PJan général de l'état de» missions du Canada ", dressé en 1685-87, un aperçu de ce qu'était ak rs cette nnitsion : " Le Père Morel^ dit-il, âgé de 48 ans, est le plus vieux curé de eannagne. Sa sollicitude pastorale s'étend sur plusieurs paroisses naissantes, de la Kivière-du- Loup à la Rivière-du-Sud, distance estimée à 20 lieu f s, et le nombre total de s€b paroissien» €st de 328 âmes. Il administre les secours spirituels à l'unique habitant de Camourasca, il visite les 8 familles de la Bouteillerie et les 5 familles delà Combe, (l) De là il se rend à la seignt urie de Saint-Denis, qui renferme 2 maisons et 11 âmes."
Donc, en 1*385, il n'y avait encore qu'un seul missionnaire et encore résidait-il à Québec.
Maie, Tannée suivante, Tévêque nomma un missionnaire avec résidence à la Rivière-Ouelle : ce fut le Frère Nicolas Cadart. Les missionnaires attachés à la paroisse de Notre-Dame-de- Liesse de la Eivière-Ouelle continuèrent à desservir Sainte- Anne-de la-Grande-Anse jusqu'en 1715. Ce furent le Frère Emmanuel Jumeau (1689-90) l'abbé Pierre Francheville (1590-91) et l'abbé Jean-Bernard de Réqueleyne (1691-1715). Il va sans dire que les actes de l'état civil étaient -enregistrés pêle-mêle, ceux de Sainte- Anne à côté de ceux de la Rivière-Ouelle ; on y trouve même des baptêmes faits au Cap-Saint- Ignace.
Enfin, en 1715, arriva à la Grande- Anse un prêtre fixe, lequel, par un singulier retour de»
(i) Ces cinq familles étaient les suivantes : Guillaume Lizot- Anne Peletier î Jean Grondin-Xainte Mignot ; René Oueliet- Thérèi>e Mignot; Ncël Pelletier- Madeleine Mignot; Jean I*ellctier-Anne Langlois.
16 s AINTE- ANNE-DE- LA- POCATIÈRE
événements, était chargé de la paroisse de la Rivière-Ouelle. Ce prêtre s'appelait J cques de Lesclaches : il signait ** Missiimuaire de la Grande-Anse ". C'est lui qui ouvrit les registres de la paroisse ; son premier acte (1) date du 8 février 1715. M. de Lesclaches résida trois ans à Sain te- An ne. Il était né en 1670, et avait f té ordonné à Québec, le 7 octobre 1714. Il quitta Sainto-Anne pour devenir chapelain de FHôpital-Général de Québec. Eu 1734, il acceptait la lourde charge des missions acadicfnnes. Puis il vint mourir à l' Hôpital-Général, le 31 octobre 1746 et il y fut inhumé..
M. Nicolas-Joseph Chasles succéda, en 1718, à M. de Lesclaches. 11 avait été ordonné le 20 février 1717. 11 demeura à Sainte-Anne de janvier à octobre 1718, puis il fut nommé à la cure de Beaumont, où il finit ses jours le 23 mars 1754. Comme son prédécesseur en otïice, il était tenu d'étendre son ministère aux habitants de la Rivière-Ouelle.
Vint ensuite à Sainte- Anne (2) M. Philippe- Pierre Sauvenier de Coppin, ordonné le 5 septembre 1717. Il avait d'abord agi comme missionnaire à Kimouski. L'on voit dans un acte fait à la KivièreOuelle, qu'il prend le titre de ** Missionnaire de Liesse et " curé " de Sainte- Anne et de ses dépendances ". Cependant il n'était pas curé de Sainte- Anne, dans l'acception propre du mot. L'on constate, en effet,
(i) C'est l'xcte de baptême de M. Anne Grondin, fiUe de Sébastien Grondin et de M. -Anne Pineî.
L.e premi< r mariag-e fut célébré le lo novembre 1718, et la première sépulture insctite aux registres date* du ler octobre
(a) Novembre 171S.
qu'il n'y avait pas encore de cuié titulaire à la Grande-Anse. Ainsi le comporte un Arrêt du Conseil d'Etat du Roi, du S mars 1/22, confirmant le Eèglement établi par Vaudreuil, Bégon et Mgr de fc^aint-V allier en date du 20 septembre 1721, disant : '* Et sera la paroisse de la Pocatière desservie par voie de mission, jusqu'à ce qu'il y ait un nombre suffisant d'habitants pour fournir à l'entretien et subsistance d'un curé ". M. ?auvenier de Coppin, ayant quitté Sainte- Anne en 1719, (1) ne pouvait donc prendre le titre de curé à rencontre d'un règlement portant la date du 20 septembre 1721, c'est-à-dire, ) ostérieur de deux années à la date de son départ de Sainte-Anne. Ce prêtre retourna bientôt en Fiance d'où il était venu.
Puisqu'il y avait des missionnaires fîx^s à Sainte-Anne, Ton est en droit de se demander où était située l'église ou la chapelle destinée au culte public. A venir jusqu'à Tannée 1735 il n'y eut qu'une pauvre chapelle en bois^ et elle était placée dans le haut du fief, à environ soixante arpents ou troisquarts de lieue à l'ouest de l'église actuelle ou du village. Ce choix indique assez que le gros de la population s'était porté, comme nous l'avons vu, plutôt vers Saint- Koch des Aulnaies. L'on a cru pendant longtemps que l'on avait construit à ce même endroit deux chapelks. D'autres cependant, de la génération j)ré8ente, se basant sur une tradition plus ou moins saine, prétendent qu'il n'y eut qu'une seule église dans le haut de la paroisse. Or, la vérité est qu'il y eut deux églises à cet endroit : la première dut être construite vers 171d à l'arrivée de M. de Lesclaches ; la seconde
(i) Odobrc.
fut érigée en 1735, comme nous le verrons plus tard, laquelle fut partiellement incendiée en 1766, sous M. Porlier.
Ce fut le Frère Maurice Imbault qui recueillit îa succession de M. Sauvenier do Coppia (novembre 1719). Il desservait en même temps la Kivière-Ouelle, lorsqu'en 1734 M. l'abbé Duchouquet vint prendre charge de cette dernière paroisse. De même que les Erèrts Cadart et Jumeau, le Frère Imbault appartenait à Tordre des Récoliets, qui, depuis 1670, remplissaient un peu partout les fonctions curiales. Ce dernier demeura à Mainte- Anne pendant douze ans (1719-31), et il conserva beaucoup d'aflection pour ses anciens paroissiens. Il y revint à plusieurs reprises, alors qu'il était supérieur de son ordre à Québec. Son dernier acte au registre, en date du 4 octobre 1731, porte sa signature avec le titre de supérieur des Récollets.
M. Louis-Bernard GasUnguay succéda, en 1731, (novembre) au Frère Imbault. Ce fut sous son administration que fut construite une nouvelle église à proximité de la première chapelle. L'acte de donation du terrain en avait été dressé dès 1725, sous seing privé, par M. D'Auteuil, Tun des seigneurs de la Pocatière. Cet acte est ainsi formulé :
" Je, soussigné, reconnais avoir donné, comme par le présent biliet je donne l'espace de teiTe qui €st depuis le grand chemin vis-à-vis la pointe de rocher qui forme l'enfoncement de terre où est présentement placé l'ancien presbytère, et cinq arpents ou environ qui vont jusqu'à un fosset qui traverse le grand chemin sur lequel il y a un pont^ prenant pour ligne droite le rhumb de vent qui couvre la face du nou-
8AINTE-ANNE-I)E-LA-P0CATIÈEE 19
veau presbytère et la profondeur jusqu'au pied du coteau qui borne renfoncement du dit terrain, et ce premièrement pour construire Téglise lorsqu'on Ja bâtira de pierre ".
La nouvelle église fut bénie le 25 juillet 1735, comme on peut s'en assurer par l'acte suivant, que l'on trouve inséré aux archives de Sainte- Anne :
" Aujourd'hui vingt-cinq juillet mil sept cent trente-cinq a été bénite la nouvelle église en pierre de Sainte-Ani5e par Je Révérend Père Simon Foucault, missionnaire du Cap-Saint- Ignace, en notre présence missionnaire de la dite église.
Gastonguay, Ptre ".
Comme on le voit i^ar cet act, M. Gastonguay n'était que missionnaire de la Grande- Anse ; par conséquent il n'y avait pas encore de curé titulaire.
M. Gastonguay contribua de sa bourseà l'érection de cette église. L'on constate, en effet, qu'en 1739, lors d'une assemblée de la paroisse convoquée et présidée par M. Pierre de Miniac, archidiacre et vicaire-général, que M. Gastonguay, pour en venir à un règlement de compte avec sa paroisse, renonce à toute réclamation ultérieure, se déclarant payé intégralement.
M. Gastonguay resta sept ans â la tête de la paroisse de Sainte-Aune ; il desservait aussi Saint-Boch. Il eut pour successeur M. Charles Duchouquet, qui quittait la Rivière-Ouelle, où il résidait depuis 1734. Celui-ci signait " Missionnaire de Sainte-Anne et de Saint-Roch ".
En 1741, il bénit une cloche pour son église. Voici l'acte qu'il a dressé à cet effet : ** Ce jour
d'huy, neuf juillet mil sept cent c^uaratite et un a été bénite par nous prêtre missionnaire de Sainte-Anne la cloche de Sainte- Anne à qui on a donné le nom de Charles-Louis. Le parrain a été le sieur Dupéré, marchand, et la marraine mademoiselle Louise de Moulevin, femme du sieur Desjardins, qui ont signé avec nous.
J. Dupéré Duchouquet, Ptre '\
Ce Jean Dupéré était fils de Michel Dupéré, tonnelier, de Québec. Il se maria, le 23 janvier 1747» avec Marie-Catherine Lizot (Lizotte).
Parmi ses gendres on trouve des Martin et des Miville. Quant à Louise de Moulevin, femme de Desjardins, nous n'avons pu la retracer nulle part. Les Mouvelin portaient aussi le nom de Colombe.
Cette cloche a existé jusqu'en 1836, alors qu'elle fut cassée accidentellement. On la remplaça en 1837 par une autre du poids do trois cent trente livres, laquelle fut bénite le 9 novembre, comme Tacte suivant Tattcste :
" Ce .jourd'hui neuf novembre dix huit cent trente sept. Nous vicaire général et curé do 1» Rivière-Ouelle, avons béni suivant les rites ordinaires de la Sainte Eglise, une cloche du poids de 330 livres. L'honorable Amable Dionne, seigneur de cette paroisse, et Dame Catherine Perreault, son épouse, étant parrains, sous le nom d'Amable, Charles, Catherine, les présents du parrain et de la marraine outre le trousseau ordinaire sont élevés à soixante quinze piastres et demi, le prix de la cloche est de deux schellings la livre. En foi de quoi nous avons
signé la présenle reconnaissance après 1rs susdits seigneur et seigneuresse les jours et an que dessus.
. A. DiONNE
Catherine Perbeault Dionne L. M. Cadieux, Ptre, V. G. ".
Cette cloche fut donnée à la paroisse de Saint- On^sime par la fiibiique de Sainte- Anne, le 27 septembre 1857. On Tavait remplacée en 1856 par trois autres qui existent encore. La bénéaiction en fut faite, le 23 décembre, par M. le grand-vicaire Antoine Langevin, curé de Saint- Basile de Madawaska.
M. Duchouquet partit de Sainte-Annë en 1749 yourlacnre de Saint-Pierre, rivière du Sud, et il mourut le 12 février 1779,à Lachenayo, qui fut sa dernière cure.
Telle a été la série des premiers missionnaires de la Grande-Anse, de 1685 à 1749, c'est-à-dire pendant soixante-quatre ans. Après eux commence l'ère des curés titulaires, dont le premier sur la liste est M. Pi erre- Antoine Porlier, qui devait fournir une longue carrière comme pasteur, surtout à Sainte- Anne où il vécut vingtneuf années, les plus belles et les plus brillante» de sa vie.
22 6AINTK-ANNE-DE-LA-P0CATIÈRE