ENTRÉE DE SAINTE BATIIILDE A QUELLES
jour et de la nuit imposaient déjà aux filles de saint Césaire une somme de mortifications considérable ; l'abstinence de la chair et les jeûnes multipliés qu'elles y ajoutaient les feraient marcher de pair, aujourd'hui, avec les religieuses des ordres les plus austères (1).
Au contact de cette règle, les coutumes de Luxeuil s'adoucirent, puis, à une époque qu'on ne peut préciser, la règle bénédictine évinça ses deux associées. Quand la reine Bathilde s'enferma dans les cloîtres de Chelles^ cette évolution était loin de son terme, mais les proportions dans lesquelles s'unissaient alors les codes monastiques des patriarches Benoît, Césaire et Colomban n'ont pas été indiquées par les chroniqueurs et les hagiographes aussi peu préoccupés de noter les institutions de leur époque que peu soucieux de décrire les habitations et les lieux oîi se mouvaient leurs personnages. Malgré ces obscurités et les inévitables changements survenus dans la vie des monastères de femmes depuis ce temps, il est assez facile de se représenter sainte Bathilde dans la carrière nouvelle qui s'ouvre devant elle parce que cette vie intime et cachée des cloîtres est restée identique dans ses principes constitutifs et la plupart de ses éléments secondaires.
(1) De la Pentecôte aux calendes de septembre il était loisible à chaque religieuse de jeûner si l'abbesse le jugeait bon. Mais du 1" septembre au 1" novembre et de l'Epiphanie au Carême le jeûne était de règle le lundi,. le mercredi et le vendredi; des calendes de novembre à Noël tous les jours de la semaine, excepté le samedi et les fêtes. Un jeûne de sept jours précédait l'Epiphanie. (Ihid., c. 67. p. 17.) Il faut joindre à ces jeûnes le Carême et les jeûnes d'Eglise que saint Césaire n'indique pas parce qu'ils obligeaient tous les chrétiens.
DERNIERES ANNEES ET MORT DE SAINTE BATllILDE
Vie religieuse et vertus de sainte Bathilde. — Mort de saint Wandrille, de saint Waldebert, de saint Frodebert et de Clotaire III. — Ébroïn fait roi Tnierry sans convoquer les grands. — Invasion de la Neustrie par Cliildéric II qui détrône Thierry III nt enferme Ébroïn à Luxeuil. — Unité de la monarchie franque sous Cbildéric II. — Douleur et maladie de sainte Bathilde. — L'hospice de Chelles. — Le gouvernement de Childéric II. — Puissance et chute de saint Léger exilé à Luxeuil. — Assassinat de Childéric II. — L'Austrasie fait retour à Dagobert II, fils de saint Sigebert. — Thierry III, roi de Neustrie. — Ébroïn et saint Léger sortent de Luxeuil. — Triomphe d'Ébroïn. — Supplices et mort de saint Léger. — Mort de saint Genès, évèque de Lyon. — Derniers jours, vision et mort de sainte Bathilde.
La reine Bathilde avait vu dans la révolution qui brisa son sceptre l'action de la Providence renversant comme avec la main les obstacles qui l'écartaient de la voie austère et rade des conseils évangéliques, rompant les attaches de famille au prix, il est vrai, des plus grands sacrifices et livrant à d'autres les suprêmes responsabilités du pouvoir.
Le rêve qui avait bercé les heures mélancoliques de sa
vie d'esclave se réalisait après quinze ans d'une existence glorieuse et enviée où les épreuves et les dangers n'avaient pas manqué, mais où l'histoire scrupuleuse ne» trouve pas une tache, pas une défaillance. Immédiatement la reine déchue se mit à l'œuvre de sanctification qui s'ofîrait; après le moment d'amertume et d'indignation signalé par son historien, elle se livra sans réserve au Seigneur qui l'avait tirée des périls du monde et de la Cour. D'ailleurs Bathilde était à l'âge où les résolutions vigoureuses sont aisées encore, où les facultés naturelles et l'expérience acquise s'harmonisent et produisent les efforts efficaces et les œuvres durables. Vraisemblablement elle avait plus de trente ans et moins de trentecinq, car Clovis II était mort huit ans auparavant dans sa vingt-cinquième année et il n'est pas probable qu'entre les deux époux la difïérence d'âge ait été considérable.
L'entrée de Bathilde à Chelles ne l'avait pas jetée dans un monde nouveau; car ses relations avec la communauté avaient été constantes et les séjours qu'elle avait faits dans l'abbaye très fréquents : « Souvent, dit son biographe, pendant qu'elle gouvernait le royaume, elle quittait la Cour pour visiter son pieux monastère (1). » L'alfeclion autant que l'attrait de la solitude l'y attirait. Entre les religieuses et leur royale bienfaitrice s'étaient formés des liens que la reconnaissance et la charité avaient singulièrement resserrés. Aussi trouvât-elle dans cette mutuelle sympathie les consolations dont elle avait besoin : « Elle aimait ses Sœurs, ajoute son historien, comme une mère ses filles (2). »
(1) « Cum adhuc rcgeret publicum palatium, et ipsa visitaret Buum sepe sanctum cœnobium. » {Vita sanctse Baltltildis. c. 11.
(Z) <■ Diligebat eorores ut proprias fllias. » (Vita sanctce BalthiJdis, c. 11 ; p. 496 )
Dès labord Bathilde vit clairement que les vertus qu'elle avait pratiquées sur le trône se fortifieraient et se développeraient dans le cloître, mais par des actes bien différents, et qu'une reine qui commande à des raillions d'hommes, distribue la justice, récompense ou punit, vit dans les fêtes de la Cour et le tracas des affaires politiques, n'est ni humble, ni pauvre, ni charitable, ni juste, ni modeste, ni obéissante, à la manière d'une religieuse au fond d'un monastère.
Pour atteindre la perfection dans des conditions si opposées, les moyens étaient tout autres : plus la sainte Reine avait été élevée dans le siècle, plus elle voulut s'abaisser dans le cloître, oublier l'éclat de sa couronne, être partout l'égale, et même l'inférieure, de ses Sœurs, trop assurée d'ailleurs qu'on la distinguerait toujours assez, qu'on se souviendrait sans cesse qu'elle avait été régente des royaumes francs et que la splendeur de l'abbaye restaurée était son œuvre. Aussi s"abîma-t-elle dans la pratique attentive de l'obéissance et de l'humilité : ^ Elle obéissait à l'abbesse comme à une mère et la servait en esclave très soumise », affirme son panégyriste (1). La règle de saint Césaire, comme celle de saint Benoît, imposait aux religieuses l'obligation de travailler à la cuisine à tour de rôle (2). Bathilde ne s'en exempta pas : « Elle donnait aux Sœurs un grand exemple d'humilité, dit son biographe, en les servant à la cuisine et en se chargeant des plus basses et plus répugnantes besognes de propreté (3). »
(1) « ... et sanctae abbatisaae earum obediebat ut matri et ministerium exhibebat eis ut vilisBima ancillula. » (Ihid.)
(2) " In omni ministerio corporali, tam in coquina, vel quidquid quotidianus esigit usus, vicibus sibi, excepta matre vel praeposita, succedere debent. » {Eeg. sancti Csesar., c. 14; BoU., Jan., t. II, p. 13) — Cf. Re(/. sancti Benedicti. c. 35.
(3) « Ita humilitatis magnas fortit€r exhibebat exemplum, ut ipsa quoque in quoquina minietraret sororibus et munditiae vilissinias,
La sainte reine apportait à ces travaux infimes la belle humeur et la bonne grâce qu'esclave d'Erchinoald elle avait mises à son service et à celui de ses compagnes de servitude : « Qui croirait, s'écrie le vieil hagiographe, qu'une créature élevée à une si haute puissance se soit abaissée à de si viles besognes si on ne savait qu'elle y était poussée par l'amour du Christ dont son cœur débordait (1)? »
La prière était la source vivifiante où Bathilde puisait les forces surnaturelles qui rélevaient jusqu'à son Sauveur ou l'inclinaient vers son prochain. « Chaque jour, ajoute son historien, elle était assidue à l'oraison, à la méditation des Écritures, mêlant ses larmes aux aspiralions de sa foi et de son amour (2). »
Un attrait particulier l'entraînait vers les œuvres de
etiam deambalationes stercorum, ipsa mundaret. » (Vita sanctœ Balthildîs, c. 11, p. 496.)
Les hagiographes de toutes les époques se sont plu à rapporter ces traits de vertu si bien que la critique historique a vu là un lieu commun hantant la plume de ces auteurs et passant de manuscrit en manuscrit. Encore que ce soit vrai de la vie de plusieurs saints à qui l'historien, dépourvu de documents authentiques, a prêté des vertus vraisemblables et dont il a orné la carrière d'épisodes merveilleux et empruntés, il reste aussi que les saints se sont très souvent inspirés des exemples de leurs devanciers, que la pratique des mêmes vertus dans les mêmes conditions d'existence se traduit naturellement par des actes semblables et que dans les cloîtres, à tous les moments de l'histoire, l'humilité, la charité, l'abnégation de soi, la pénitence, l'observation de la Règle, se manifestent par des pratiques analogues et très fréquemment identiques. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que des hagiographes véridiques, dignes de foi, se répètent ou parfois même se copient textuellement. Ainsi le doublet est souvent dans les actions même des saints avant de passer par la plume de leurs historiens. Si le panégyriste de la reine Bathilde, comme le remarque M. Krusch (Vita Balthildis, p. 496) s'inspire en quelque endroit de Fortunat, historien d'une autre reine devenue religieuse, sainte Radegonde, il le fait par un procédé littéraire que justifie la similitude de leur vie et auquel il ne manque qu'une référence pour être dans la note de notre temps.
(1) « Quis enim crederet, ut sublimitas tantœ potentiae, ita vilissimis administraret rébus, nisi ei hoc magnus Ohristi exigisset omnimodo plenissimus amor? » (Vita sanctx Balthildis, c. 11; p. 497.)
(2) « Insistebatque assidue orationi devota cum lacrimis et divinam sepius lectionem frequentabat. » (Ihid.)
charité et de miséricorde; on la voyait fréquemment au chevet des malades et des infirmes fl). Ces malades pour qui elle sollicitait les largesses ou les soins de l'abbesse Bertille n'étaient pas seulement ceux du monastère mais aussi des étrangers, des tenanciers des domaines de l'abbaye qui imploraient l'assistance de la reine détrônée. « L'abbesse accueillait toujours les demandes de sa royale compagne, car elles étaient, comme les apôtres, un même cœur et une même âme et s'aimaient tendrement dans le Christ (2). »
Bathilde aurait passé paisiblement les années de sa retraite dans la pratique des vertus monastiques et des bonnes œuvres, dans l'oubli des grandeurs évanouies et parmi les consolations divines si la destinée de ses fils et le sort des royaumes qu'elle avait gouvernés n'avaient excité ses plus incessantes et plus douloureuses inquiétudes. Entre le monde et le cloître, nulle cloison étanche narrêtait les nouvelles, aucune défense ne prohibait les visites des rois, ses fils, des évéques ou des grands du Palais qui gardaient de ses bienfaits un souvenir reconnaissant. Par là venait jusqu'à elle l'écho des violences commises par Ébroïn au nom d'une politique qui avait été la sienne mais qu'il poussait avec une vigueur, une cruauté qu'elle réprouvait. Et cependant la main du redoutable Maire n'avait pas encore porté les plus grands coups et ne s'était pas rougi du sang de saint Léger.
Tandis que Bathilde assistait impuissante aux excès de pouvoir de son ancien ministre, la mort lui enle-
(1) « ... consolationem vero continuam per sanctam exortationem et freciuentem visitationein infinnorum faciebat. » (Ihid.)
(2) " ... domna abbatissa bumiliter saepius suggerebat. Cujus petitioni, ipsa ut mater amabiliter cuneta praestabat. quia vere erat eis more apostolico cor unum et anima una, dum se invicem tenere ac plenissime diligerent in Christo. » (Itid.)
vait successivement quelques-uns des amis qu'elle s'était faits pendant son règne. Le 22 juillet 668, Wandrille, plein de jours, de travaux, de mérites, mourut en laissant à sa communauté des exemples et des leçons admirables : précieuses semences que la grâce de Dieu féconda, qui germèrent et s'épanouirent dans une magnifique floraison de sainteté (1). Puis, le 2 mai G70, se termina la longue carrière de l'abbé de Luxeuil, saint Waldebert, collaborateur de la sainte Reine dans la diffusion de la règle bénédictine parmi les monastères de l'empire franc (2). Enfin le 1«'' janvier 673, au pays de Troyes, s'éteignit saint Frodebert qui tenait de la munificence royale l'Ile Germanique où il avait élevé le monastère de Saint-Pierre-de-la-Celle (3).
Ces définitives séparations préparaient Bathilde à des sacrifices plus douloureux : en cette même année 673, son fils aîné Clotaire III, roi de Neustrie et de Bourgogne, mourut, sans postérité, à peine âgé de vingt et un ans. Cette fin prématurée frappait en elle la mère et la reine : il n'y a point d'apparence, en effet, que Clotaire ait trempé dans le coup d'Ittat qui la jeta bors du Palais et que de ce cbef leurs relations se fussent refroidies (4).
(1) Dans l'ancien bréviaire de Fontenelle (1535) on trouve les fêtes de 15 saints de l'abbaye : Wandrille, Ansbert, Gradulplie, Vulfran, Lambert, Wandon, Erembert, Eghinard, Godon, Bain, Gerbert, Condède, Ravenger, Gontard et Désiré. Le martyrologe romain fait mémoire des st.ints Wandrille, Ansbert, Vulfran, Ermeland, Hugues et Lambert. Le martyrologe hiéronymien mentionne les saints Wandrille, Landon, Ansbert, Vulfran, Bénigne, Ermeland, Lambert, Wandon, Erembert, Bain et Genès. Le monastère de Font-enelle revendique encore un certain nombre de saints moines et abbés qui en élèvent le total à 36.
(2) Sur la date de la mort de saint Waldebert, cf. Julien Havet, La date d'un manuscrit de Luxeuil. (Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. 43, p. 438.)
(3) Mas-Latrie place au 1" janvier 673 le décès de saint Frodebert (Trésor de Chronologie, p. 735), Le Cointe, en 669 (Annal. Franc, t. III, p. 616) et les Bollandistes " sub finem septimi 88eculi ». (Boll. t. I, Januarii, p. 505.)
(4) Une tradition veut même que Clotaire III ait été inhumé dans l'église de Chelles. (Leheuf, Histoire de la ville et du diocèse
La mort de Clotaire III eut pour le royaume neustrobourguignon des conséquences très graves car elle mit en question Tordre de succession au trône. Au décès de Clovis II et malgré la coutume franque, Bathilde n'avait pas partagé la monarchie entre ses trois fils, mais, comme on l'a vu, elle avait retenu sous le sceptre de Clotaire tous les peuples soumis à l'autorité des Mérovingiens. La prudence seule l'avait déterminée, plus tard, à détacher l'Austrasie de la Neustrie et à lui donner pour roi, son deuxième fils, Childéric.
A qui revenait le trône de Clotaire III? Ébroïn ne laissa pas à ses adversaires politiques le temps de discuter le cas : il intronisa le dernier-né de Clovis II, Thierry III, sans convoquer les grands (1). Ébloui par le succès, il écarta de la Cour ceux dont il redoutait Finfluence, et, bien plus, ne permit pas qu'on s'y présentât sans son autorisation.
Une prétention aussi exorbitante porta le mécontentement à son comble et suscita une tempête où sombra pour un temps la fortune du Maire neustrien : des grands de Bourgogne, qui venaient sans invitation à l'audience du nouveau roi, reçurent d'Ébroïn l'ordre de retourner sur leurs pas. Les Bourguignons indignés se rendirent en Austrasie pour offrir la couronne de Neustrie à Childéric dont les droits égalaient ceux de son frère. Le roi d'Austrasie envahit subitement les terres de Thierry, le détrôna et réduisit Ébroïn à se réfugier dans une église d'oîi par la protection de saint Léger, son principal
de Paris, t. II, p. 487; édit. Paris, Letouzey, 1883. — Dom Louis Racine, Histoire de l'athaîe roîale de N.-D. de Chelles, p. 24; manuscrit de la Bibliothèque Mazarine, n" 3380.)
(1) ... Hebroïnus... Theodoricum conTocatis optimatibus polemniter (ut mos est) debuisset sublimare in regnum, superbiae spiritu tumidus eos noluit deinde convocare. » (Vita sancti Leodegarii, c. III; Mabillon., A A. SS. 0. S. B.; saeculo JP, p. 652.)
adversaire, il fut tiré sain et sauf mais pour être tondu et enfermé dans l'abbaye de Luxeuil (1).
Thierry 111 subit un sort semblable : saisi par quelques grands qui coupèrent sa longue chevelure, le malheureux prince parut devant son frère, se plaignit de son injustice, en appela au jugement de Dieu et fut relégué dans l'abbaye de Saint-Denis (2).
Ainsi l'unité de la monarchie que la reine Bathilde avait constamment désirée était rétablie au prix d'une guerre fratricide; la paix et l'union qui avaient régné jusque-là entre les lils de Clovis II étaient rompues par les ambitions que la mort de Clotaire III déchaîna.
La malheureuse reine suivait avec angoisse les péripéties de ces discordes sanglantes où sa postérité menaçait de disparaître. Sa prière, unie au cri de ses souffrances, montait vers le ciel plus ardente, plus suppliante. Cependant, à son insu. Dieu la conduisait par l'aride sentier des épreuves et des purifications vers les sommets de la sainteté : le premier coup d'État d'Êbroïn, en brisant son sceptre, l'avait arrachée aux illusions des grandeurs; la mort de Clotaire III et la rivalité de ses deux derniers fils la privaient à cette heure des joies légitimes et des consolations de la famille; enfin la ruine de sa santé va rompre bientôt les dernières entraves de la chair et de la nature et la jeter,
(1) « Cumciue multitudo nobilium qui ad Begis novi properabaut occursum, maudautc Hebroïuo itinciùs accepisseut repudium ; iuito in commune consiiio, relicto co omnes expetunt Hildericum ejus fratrem juuiorem... Agnosccns tyraniius (Kebroïnus) suum lioc facinus perpetratum, ad eccleaiae confugit altare... Episcopis tune quibusdam intercedentibus, et prsecipue interventu antistitis Leodcgarii eum non interflciunt, sed Luxovie monasterio dirigitur in exsilium... » (Ihid.)
(2) « Sed cum Rex (Hildericus) ab eo (Theoderico) interrogaret, quid de se agere vellet; ille vero hoc solum quod injuste fuerat de loco regni dejectus, judicem sibi Deum cœli est exspectare professua. Tune ad monasterium aancti Martyris Diouysii residere est JU88U8. » (Ihid.)
itmà
résignée, sanctiûée, aux pieds de son Dieu crucifié.
« Balliilde, dit le vieux panégyriste, commença à soufïrir de si grandes douleurs d'intestins que sans le secours des médecins elle en fût morte. Cependant c'était au céleste Médecin qu'elle s'abandonnait entièrement. Dans la parfaite tranquillité de sa conscience elle ne cessait de rendre grâces à Dieu des soulïrances qu'elle endurait. Toujours bonne et avisée, elle assistait ses Sœurs et leur donnait par ses bons offices un exemple admirable d'humilité et de pitié. Elle se préoccupait de la prospérité du monastère et en traitait souvent avec son abbesse. Ainsi voulait-elle qu'on entretint de bonnes relations avec le roi, la reine et les grands du Palais, qu'on leur fit de petits présents, des offrandes d'eulogies, selon la coutume, afin que la maison qu'elle avait élevée à la gloire de Dieu ne perdît rien de sa renommée, mais, au contraire, qu'elle fût plus chère et plus précieuse à ceux qui l'aimaient : aussi bien est-il écrit : Il faut avoir une bonne réputation auprès des étrangers(l). »
« Elle désirait surtout que l'abbesse, mère du monas-
(1) « Cœpitque ipsa domna Balthildis corpore infirmari et visceruni incisione, pessimo infirmitatis vitio, graviter laborare, et nisi medicorum studia subvenissent, pêne deficere. Sed niagis ipsa ad caele^tem medicum semper fldem habebat de ealute sua. Ipsa vero sancta conscientia et pia non cessabat Deo gratias agere de sua castigatione et bona et astuta miuistrare consilia semper et humilitatis magnae exemplum ex miniaterio suo sororibus ostendere formam pietatis. Et couferens sepe cum matre monasterii, ut et regem reginam et proceres cundigno honore cum eulogiaa semper visitarent, ut erat consuetudo, ut ipsa domus Dei bonam famam, auam coeperat, non amitteret, sed amplius semper in affeetu caritatis cura omnibus amicis atque validius in Dei nomine permaneret in dilectione, ut scriptum est : Opertet et testimonium habere bonum ab bis qui foris suut. » (Vita sanctse Balthildis, c. 12; p. 497.) L'auteur de la seconde Fie nomme « ileos » la maladie dont souffrit sainte Bathilde et qui était peut-être une inflammation de l'intestin grêle. (Tita altéra sanctse Balthildis, c. 12; 3/. G. H., Script., t. II, p. 497) — Pendant les premiers siècles le mot Eulogie a désigné parfois l'Eucharistie, puis bientôt après les pains offerts et bénits à l'autel et d'auti'ee mets bénits par le prêtre, enfin de simples présenta.
tère, continuât pour l'amour du Christ, le service des pauvres et des voyageurs comme il existait alors, avec les mêmes soins et la même miséricorde (1). » Ces derniers mots révèlent l'existence de Ihôtellerie spacieuse que les grandes abbayes de femmes, à l'exemple des monastère d'hommes, entretenaient, hors de la clôture, dans les bâtiments extérieurs. Les pèlerins, les pauvres, les malades et les infirmes y recevaient les soins de quelques serfs de l'abbaye surveillés et dirigés probablement par les moines chapelains de Chelles. Cet hospice, créé par la reine Balhilde aux portes de son abbaye et sous son autorité, fut supprimé ou plutôt transformé en 1725 par l'abbesse Louise- Adélaïde d'Orléans qui en confia les revenus aux Dames de Nevers pour soigner, à domicile, les malades de Chelles et tenir une école de petites filles (2).
Pendant deux ans, sainte Bathilde vit réalisé l'un des plus importants projets de son gouvernement^ puisque le triomphe de Childéric II avait reformé l'unité de la monarchie franque. Mais en même temps les grandes familles qui avaient le plus soufiert de la politique de la reine déchue et d'Ébroïn exigèrent de Childéric le retrait des ordonnances qui permettaient au roi de choisir ses comtes où il lui plaisait et de les déplacer à son gré.
Que chacun, décréta Childéric II, suive la loi et la coutume de son pays comme on taisait sous les anciens comtes, que les administrateurs des cités ne passent pas
(1) « Et precipue pauperum curam et ospitum cum summo studio pro miscricordia et dilpctione in ipeis semper impendi, pro Christi amorcque salutis monita sancta ipsa mater monasterii audita alaeri ac leto animo adimpleta omuia. » (Vita sanctx Baltliildis, c. 12; p. 498.)
(2) Torchet. Histoire de l'A bhayc royale de Chelles, t. II, chap. IV, p. 146.
d'une province dans une autre et que personne, à l'exemple d'Ébroïn, ne s'empare du pouvoir au détriment de ses pairs afin que ceux-ci puissent être appelés au gouvernement des affaires publiques (1).
Cette ordonnance rétablissait l'édit de 614 et mettait en cause la puissance et l'existence même de la mairie du Palais telle que l'avaient faite les événements et la politique persévérante des maires (2). A travers les lignes du décret royal percent l'influence du parti burgonde et ses prétentions à l'indépendance. Tandis que l'Austrasie et la Neustrie avaient accepté l'ingérence des Maires du Palais dans le gouvernement, la Bourgogne ne s'y était résignée qu'à demi. L'aristocratie burgonde, ancienne, puissante, remuante, n'accepta jamais de bon gré aucun intermédiaire entre elle et le roi. Aussi la victoire des Austrasiens et des Bourguignons assura-t-elle la prépondérance politique au véritable chef de l'aristocratie burgonde, saint Léger, en dépit de linfluence du maire austrasien, Vulfoald, sur le roi Childéric. Ainsi s'expliquent et l'hostilité de ce décret royal contre la mairie du
(1) « Interea Hilderico regi expetunt universi, ut talia daret décréta per tria quae obtinuerat régna, ut uniuecu jusque patriae legem vel cousuetudinem observaret, sicut antiqui judices conservavere, et ne de una provîncia rectores in aliam introirent : neque uUus ad instar Hebroïni tyrannidem asaUmeret, et post modum sicut ille contubernales suos despiceret: sed dura mutua sibi successione culnunis habere cognoscerent, nullus se alii anteferre auderet. » (Yita sancti Leodegarii, c. IV; Mabil., 2. S. 0. S. B.; saeculo II'\,p. 653.) Il n'est pas aisé de mettre ce passage au point car les fermes dont se sert l'auteur ne sont pas toujours assex précis : ainsi le mot « provincia » désigne peut-être la « cité », le « pays » ou même plus vaguement toute la région avoisinante. Il n'est pas difficile de reconnaître dans les « Judices » les comtes, administrateurs des cités puisque la distribution de la justice était une de leurs fonctions et que d'ailleurs on les trouve désignés sous ce titre. Par contre, les « rectores » qui gouvernaient les provinces au temps de l'Empire ne nous semblent pas autres, ici, que les comtes mérovingiens. Cependant M. Vacandard dit que ces « rectores » étaient « probablement les maires ». (Cf. Vacandard, Vie de saint Ouen, ch. X, p. 266.)
(2) Edit. de Clotaire II, an. 614; cf. D. Bouquet, Historitr.s des Gaules, t. IV, p. 118.
Palais et les prétentions des grands au gouvernement direct de la monarchie.
Il manqua à Childéric II les qualités de chef d'État qui avaient brillé en sa sainte mère aussi bien que la sagesse de s'inspirer de ses exemples et de recourir à ses conseils. Il régna despotiquement, gouverna au gré de ses passions, au hasard de ses impressions et en fut la victime (1).
Piqué des remontrances de saint Léger, il l'éloigna du Palais où il l'avait appelé et le renvoya à Autun. Toutefois les ennemis politiques du prélat avaient les yeux fixés sur lui : comme il donnait l'hospitalité à l'un des fonctionnaires royaux, Hector, patrice de Marseille, qui se rendait à la cour pour y soutenir un procès contre l'évèque de Clermont, saint Prix, ils les accusèrent de conspirer contre le roi. Sans autre preuve, Childéric exila saint Léger à Luxeuil et fit mettre à mort le patrice Hector (2).
D'autres excès de pouvoir lui aliénèrent le cœur de ses fidèles : il poussa l'imprudence jusqu'à faire attacher à un poteau et fustiger, sans jugement, un Franc nommé Bodilon. Celui-ci, avec quelques affidés, le surprit dans la forêt de Livry où il chassait et le tua ainsi que sa femme, la reine Blichilde, et leur fils, le prince Dagobert (3). Le maire du Palais d'Austrasie s'enfuit
(1) Erat enim ipae Childericus levis nimis, omnia nimis incauto peragebat... » (Liber. Hist. Franc; M. G. H., Scriptorum, t. II, p. 318.)
(2) « Hildericum coepit arguere, cur consuetudines patrias Quaa eoneervare praeceperat tam subito immutasset. » (Vita sancti Léo deoarii, c. IV; Mabillon, A A. SS. 0. S. B., saeculo IP, p. 653.)
« Hector ibidem est interfectus... » Ibid., c. V, ilîid., p. 653. — (Leodegariua) per consilium tune optimatum vel episcoporum jubetur iuterim duci Luxovio monastcrio... » (Ihid., c. VI, ihid., p. 654.)
(3) <■ Bodilo super eum cum reliquia quam plures aurrexit, insidiaturos in regem ; in Lauconiia silvam una cum regina ejus prœgnante... » (Chron. Fredcg. continuât., c. 2; M. G. H., Script.,
alors et, par une bien tardive justice, rendit le trône d'Âustrasie au fils de Sigebert, Dagobert II, que Grimoald avait exilé en Irlande et que l'évêque d'York, saint Wilfrid, avait traité avec de grands égards (1). Enfin un enfant de Childéric II échappa au massacre et régna plus tard sous le nom de Chilpéric II.
. Après cette horrible tragédie, Thierry III recouvra les royaumes de Neustrie et de Bourgogne; il quitta Tabbaye de Saint-Denis et prit la direction des affaires; puis, parce que déjà les rois Francs n'avaient plus Taulorité suffisante pour choisir d'eux-mêmes le maire de leur Palais, il accepta l'élu des grands, Leudésius, fils d'Erchinoald (2).
Bientôt le bruit de la mort de Childéric II pénétra dans le cloître de Luxeuil. A cette nouvelle, Ébroïn et saint Léger sortirent de l'abbaye bourguignonne et, tandis que celui-ci se rangeait à l'avis des grands qui avaient choisi Leudésius, celui-là prenait un parti tout différent. Sur le conseil de son ami saint Ouen, il se souvint des promptes décisions de la reine Frédégonde, ramassa à la hâte un grand nombre de ses partisans et envahit la Neustrie au nom d'un certain Clovis III qu'il afûrmait être le fils de Clotaire III i^3i. L'armée royale, campée sur les bords
t. II, p. 169. Cf. Vita sancti Lamherti, c. V; Mab., AA. SS. 0. S. B., sœculo Iir, p. lia, p. 421; Lih. E. Franc, C. Xl.\ , M. G. H., Script., t. II, p. 318.) Childéric fut enterré à Saint-Germain-des-Prés avec sa femme et son fils; leurs tombeaux furent retrouvés en 1643.
(1) " Post annorum circulum amici et propinqui ejus viventem (Dagobertum), et in perfecta setate florentem a navigantibus audientes, misère nuntios suos ad beatum Wilfridum episcopum, petentes ut eum de Scottia et Hibernia ad se invitasset, et sibi ad regem emisisset. » (Eddi, Tita sancti ^yilfridi, c. XXVII; Mabillon, A A. SS. 0. S. B., saeculo IV°, pars la, Append., p. 649.)
(2) '" Vulfoaldus quociue per fugam vix evasit, in Auster reversua. Franci autem Leudesio filio Erchonaldo, in maiorum domato palacii elegerunt. » (Liter. Hist. Franc, c. 45, p. 318; M. G. H., Script., t. II, p. 318.)
(3) " Denique acceperunt quemdam puerulum (Chlo loveum) quem Chlotarii fuisse confinxerunt filium hune in partibua Austri
de l'Oise, à Pont-Sainte-Maxence, surprise en pleine nuit par la Iroupe d'Ébroin, fut mise en déroute et, en partie, massacrée. Le roi Thierry III et Leudésius échappèrent pour un temps aux poursuites de leur terrible adversaire qui rejoignit le premier à Crécy, où il fit la paix avec lui. Enfin il atteignit le second et le tua(l).
Débarrassé du maire de Neustrie, Ébroin prit sa place, rétablit sur le trône Thierry III, abandonna complètement le prétendu Clovis III et songea à se défaire de saint Léger contre lequel il remuait au fond du cœur des haines accumulées. Déjà une troupe de ses partisans commandée par un seigneur de Champagne, le duc Waimère, était en Bourgogne, assiégeant Autun. Léger se livra à ses ennemis pour éviter la ruine de la ville. A peine fut-il entre leurs mains, qu'ils lui crevèrent les yeux.
Ébroïn n'osa pas d'abord condamner à mort Tévêque dont l'intervention avait sauvé sa vie deux ans auparavant, mais il le relégua dans une forèt^ puis l'accusa d'avoir trempé dans le meurtre de Childéric II et le fît mutiler horriblement. Saint Léger, les yeux crevés, les lèvres et la langue coupées, fut remis aux mains d'un noble Neustrien, le duc Waninge. Celui-ci, à son tour, le confia à sainte Hildemarque, abbesse du monastère de Fécamp, où le malheureux prélat fut traité avec une vénération et une charité sans mélange. Bientôt même,
aecum levantes in regnum. » (Vita sancti Leodegarii, c. 8; Mabil., A A. SS. 0. S. B., Bseculo IP. p. 657.)
(1) " De Docte consurgens, commoto exercitu. usque Isra (Oise) fluvium venieiis, interfectis custodibus, ad sanctam Maxenciam Isra transiit; ibi quos repperit de insidiatoribus suis occidit. Leudésius una cum Theuderico rege et sociis tiuam plurimis per fugam evasit; Ebroïnus eos persecutus est... Quo acto Leudesium interflcit; ipse principatum sagaciter recepit. « (Liber. Hist. Franc, c 45; M. G. H.; Script., t. II, p. 319.)
guéri de ses blessures, il paya les bons soins des religieuses par ses enseignements et, malgré sa cécité, il monta chaque jour à Tautel.
Le dévouement des moniales de Fécamp et la guérison de révêque d'Âulun déplurent à Ébroïn : pour en finir avec son ancien rival, il convoqua une assemblée d'évêques neustriens, traduisit devant eux le pontife aveugle et derechef l'accusa de régicide. Condamné malgré ses protestations d'innocence et dégradé par ses pairs, il fut mis à mort sur l'ordre du vindicatif maire le 2 octobre 677 (1). L'assassinat juridique de saint Léger a souillé la mémoire d'Ébroïn plus que toutes les violences de son inflexible politique; il a livré son nom à l'exécration des âges postérieurs, parce que, vaincu, prisonnier, mutilé, aveugle, l'évêque d'Autun n'était plus même un adversaire et qu'ainsi ce crime suprême était sans excuse.
Ce meurtre suivit de deux ans l'assassinat de Childéric II. Les descendants de la reine Bathilde et plusieurs de ses amis disparaissaient ainsi dans des drames affreux qui ajoutaient à la douleur de la perte l'horreur de leurs sanglantes péripéties. L'évêque de Lyon, saint Genès, son ancien aumônier, lui restait, mais, retranché, en quelque sorte, dans sa ville épiscopale d'où il sortait rarement; à peine l'avait-on vu à une assemblée d'évêques tenue dans une villa royale de la Neustrie (2). Il
(1) Les historiens primitifs se sont appesantis sur les mauvais traitements subis par saint Léger. Ils sont, ici, ramassés et pressés. (Cf. nta gancti Leodegarii, c. X, XI, XII, XIII, XIV, XV; Mab., AA. SS. 0. .S'. B., saeculo IP, p. 658 et seq. ; ihid. Altéra Vita ah Ursino, c. IX et seq., p. 671 et seq. Cf. Boll., t. I, Octobris; Cf. Dom Pitra, Vie de saint Léger, c. XIX et suiv., p. 322 et suiv. ; Vacandard, Vio do saint Oiicn, c. X, p. 272. M. Vacandard met en 677 la mort de saint Léger; Mabillon et les Bollandistes en 678.)
(2) Cette villa que Pardessus (Diplomata, n' 387; t. II, p. 178) après Mabillon (De re diplomatica, p. 469-70), Brequigny (Table
avait à redouter les ressentiments d'Ébroïn à qui il avait résisté victorieusement dans le temps même où saint Léger succombait à Autun ; vainement l'armée de W'aimère avait assiégé Lyon ; elle avait fui devant les habitants de la ville et du plat pays (1).
D'ailleurs, saint Genès touchait à sa fm qui arriva peu après et précéda d'une année celle de sainte Bathilde que tant de deuils et de souffrances préparaient à la félicité du ciel (2).
Dieu l'en avertit, assure son premier biographe : .< Comme le jour de sa glorieuse mort approchait, elle eut une vision remarquable. Devant l'autel de la Vierge Marie elle vit une échelle dont le sommet atteignait le ciel ; elle-même la gravissait acompagnée par les anges du Seigneur. Cette révélation montrait clairement que ses mérites, sa patience, son humilité la porteraient sans tarder jusqu'au trône du roi éternel. Bathilde pensa que le moment arrivait de quitter son corps pour aller au ciel où elle avait placé ses plus précieux trésors.
« Elle ordonna donc de cacher celte vision aux Sœurs et à l'abbesse pour ne pas les attrister, mais elle en profila sagement : elle vécut avec plus de piété et de joie
des diplômeB, chartes, etc., t. I, p. 67), D. Bouquet (Hist. des Gaules, t. IV, p. 659), appelle « Marlaco » Marlacus, que les Bollandistes (t. I, Novemb., p. 355), l'abbé Lebcuf (Histoire du diocèse de Paris, t. III, p. 116), A. Jacobs (Géographie de Grégoire de Tours, p. 217), Maassen {M. G. H., Concilia, p. 223) nomment Maslacus, Maslaco ou Massolacus a été identifiée différemment. Mabillon la place à Morley (Meuse) (Ann. henod., t. I, p. 541), D. Pitra (Vie de saint Léger, p. 359) après Pagi (Ann. Eccles. a Baronio, t. XI, p. 608) et D. Bouquet, à Marly-le-Roi (Seine-et-Oise), Lebeuf et Jacobs, à Masiay près de Sens. Les Bollandistes et Maassen ne l'identifient pas.
(1) « Sed manu valida populi undique coUecti urbem hanc maximam Deo pracsule non permiserunt irrumpere. » (Vita sancti Leodegarii, c. 11; Mabil., AA. SS. 0. S. B., saec. IP, p. 659.)
(2) Aprèa le concile de « Maslacum » tenu en 678 ou 679 et avant la mort de sainte Bathilde en 680, probablement le 1" novembre 679.
surnaturelle et s'abandonna au Christ-Roi dans la prière,
rhamililé et la contrition - 1). » Ce passage et quelques autres font croire que la reine déchue occupait dans le monastère un appartement assez indépendant de la demeure commune pour qu'elle pût dissimuler à son abbesse et à ses Sœurs Tétat précaire de sa santé, comme aussi recevoir les visites de ses proches, de ses amis et de quelques solliciteurs, courtisans attardés de sa fortune passée. Elle avait aussi près d'elle plusieurs compagnes, moniales et servantes, à qui elle se confiait comme à des amies très sûres ou dont elle recevait les soins; mais, à cette exception près, elle observait en vraie religieuse la règle entière de l'abbaye (2).
L'attention qu'elle mettait à cacher la gravité de sa maladie n'était pas telle que la communauté n'en sût assez pour s'affliger : «Sainte Bathilde consolait l'abbesse Bertille et les moniales en leur disant qu'elle guérirait, mais elle taisait, ajoute le pieux panégyriste, ce qu'elle savait de sa fm prochaine qui survint peu de temps après et inopinément i^S). »>
(1) « At vero, jam propincinante glorioso ejus obitu, Visio praeclara ei fuit ostenaa. Scala enim erecta et stans ante altare eanctae Marias, cujus culmen cœlum contingeret, et quasi angelos Dei commitautes, ipsa domna Balthildis ascenderet per eam, ut ex hac revelatione patenter daretur intelligi, eo Quod sublimia ejus mérita, patientia et humilitas eam ad celsitudinem aeterni Régis et ad premii coronam citius exaltandam perducerent. Qua etiam ipsa domna visione comperta cognovit, se ciuantotius e corpore esse migraturam et illuc, ubi jam olim thesaurum optimum reconderat, perventuram. lUud vero silere a sororibus precepit ut... sororibus vel matre monasterii ipsa visio non indicaretur, eed potius ipsa pia et alacri mente magis ac magis sancta insistere prece et semetipsam cum cordis contritione humiliter cœlesti Régi Domino Jesu Christo commendare attentius. » {Vita sanctx Balthildis, c. 13, p. 498 et seq.)
(2) « Ut vera monacha sub intégra religione beatam vitam féliciter consumavit. » (Vita sanctx Bathildis, c. 19, p. 507.)
(3) " Et occulto exhortabatur semper vel consolabatur domnam Berthilanem et sorores, eo quod ipsa jam aliquantulum ab infirmitate sua convalesceret meliue, et dissimulabat venturam maestitiam de transitu suo, quod magna postea et subitanea eis contigit. » (Ihid., c. 13, p. 499.)
Quand les dernières crises se produisirent, « elle sentit qu'elle touchait au terme de sa vie, dit Thistorien contemporain. Elle éleva son âme vers le ciel. Assurée de son salut et de la récompense qui l'attendait, elle défendit à ses compagnes d'avertir les autres Sœurs et surtout l'abbesse Bertille, alors très malade, de peur qu'elle ne mourût de tristesse (1). »
Auprès d'elle était une enfant, sa filleule, âgée de sept ans et nommée Radegonde selon le témoignage tardif du narrateur de la translation de sainte Bathilde, sous le règne de Louis le Débonnaire (2). Quelle était cette enfant que Bathilde reçut au jour de son baptême et qu'elle aima jusqu'à ne pas vouloir s'en séparer à l'heure de la mort (3)? Peut-être une de ces captives anglosaxonnes ou bretonnes arrachées comme elle à sa patrie, qu'elle rachetait en grand nombre et plaçait si volontiers dans les monastères. Quoi qu'il en soit, « elle souhaita, dit son historien, qu'elle partît avec elle de ce monde ; aussitôt l'enfant mourut et la précéda dans la tombe. Alors seulement Bathilde se signa, leva les yeux et les mains vers le ciel et son âme s'échappa paisiblement des liens du corps. Aussitôt une lumière divine remplit la chambre de son éclat. Sans aucun doute sa glorieuse et sainte âme fut reçue avec allégresse, comme elle le méritait, par le chœur des anges et par son saint et lidèle ami,
(1) Cum vero ipaa domna sensit proximum finem euum, tune mous ejus sancta ad cœlum erecta est. Certaque facta de beatitudinis retributionis magno premio, vehementcr prohibnit secum consistentibua. ut alias sorores hoc iiullatenus iiinotcscerent, uec domna abbatissa, ouse valde et ipsa infirmabatur, ne illa pariter periclitaretur ob magnitudinem tristitiae. » (Ihid., p. 500.)
(2) ■< Et erat aliqua quidem tune infantula, sua flliola... » (TTjiiL, p. 500.) — « Quae septimo aetatis suœ anno, nomine Radegundis, ab hoc saeculo migraverat. » {Translat. sanctae Falthildis, c. 9; Bolland., Januarii, t. III, p. 364.)
(3) >> Quam ex fonte sacri baptismatis Busceperat. » (Vita altéra mnctse Balthildis, c. 14; M. G. H., Script., t. II, p. 500.)
TévêqueGenès (1). » Or ce jour était le troisième avant les calendes de février, 30 janvier 680 (2).
Telle fut la mort tranquille et sainte de cette femme éminente qui connut toutes les extrémités delà fortune: esclave obéissante, charitable, bienveillante, sans bassesse ni ambition, reine sage, habile, pieuse, régente éclairée, réformatrice prudente, politique aux vues larges, enfin religieuse humble, soumise, oublieuse d'ellemême, Bathilde fut à sa place partout, modeste au milieu des grandeurs, forte sous les coups de l'adversité et doucement résignée aux volontés divines.
Aussi son panégj'riste la compare-t-il aux meilleures reines des Francs et lui donne-t-il la préférence : « Rappelons, dit-il, qu'il y a eu dans le royanme des Francs quelqus nobles reines, vraies servantes de Dieu : Clothilde d'abord, épouse du premier Clovis, nièce de Gondebaud, qui convertit à la foi chrétienne son glorieux époux encore païen et avec lui beaucoup de Francs ; elle bâtit à Paris Téglise Saint-Pierre, celle de Saint-Georges àChelles, dans le petit monastère de vierges, d'autres enfin qu'elle dota généreusement [3). Ce fut ensuite la reine Vultrogothe (4), mariée au roi Childebert, la consola-
(1) " Tune consignans se confidenter et pios oculos ac sanctis manibus ad cœlum erectis, sancta illa anima a corporis vinculo in pace soluta est, statimque divinua splendor in ipso cubiculo clarissime corruscavit. Et sine dubio ab angelorum choro, vel obviante amico suo fidelissimo quondam domno Genesio episcopo, gloriose ipsa sancta anima recepta est, ut magnum ejus exigebat meritum. » (Ihid., p. 501.)
(2) " Cujus sacer obitus sanctaque ejus sollempnitas cœlebratur 5 kal. Feb. » (Ihid., c. 19; p. 507.)
(3) « (Chlodoveus) sepultusque in basilica sanctorum Apostolorum quam cum Chrodechilde regina ipse construxerat. » (Greg. Tur.. Hist. Franc, lib. II, c. 43; M. G. H., Script., t. I, p. 106.)
(4) La reine Vultrogothe, veuve de Childebert, fut exilée avec ses deux filles par son beau-frère Clotaire.
« Vultrogotham vero et filias ejus duas in exsilium posuit (Chlotarius). » (Ihid., 1. IV, c. 20, Script., t. I, p. 157.) — Fortunat lui a consacré une pièce de vers. (Carminum, 1. VI, 6; M. G. H; A^^ct. Ant., t. IV., par. la, p. 146.)
trice des pauvres et le soutien des moines. Vint dans le même temps la très fidèle servante de Dieu, la reine lladegonde, épouse du roi Clotaire I", que la grâce de l'Esprit-Saint avait embrasée au point qu'elle quitta le roi, son mari encore vivant, pour se donner au Christ sous le voile religieux, comme on peut le voir dans ses Actes (1).
« Cependant quelle considération ne mérite pas la reine Bathilde pour les grands bienfaits qu'elle a répandus en notre temps, que nous reconnaissons comme son œuvre personnelle et dont nous avons renouvelé le souvenir ici en quelques mots. Enfin, bien loin de penser que Bathilde fut inférieure à ces reines, nous croyons qu'elle les a surpassées, car, après avoir fait de grandes œuvres, elle rechercha la perfection évangélique, porta le joug entier de h religion comme une véritable moniale et acheva heureusement sa sainte vie (2). »
(1) Sainte Eadegonde, fille de Berthaire, roi de Thuringe, fut emmenée en captivité après la destruction du royaume de Thuringe par les armées franques. Elle échut à Clotaire I" qui l'épousa plus tard. Cependant ce prince ayant fait mettre à mort le frère de la sainte, la vie commune devint impossible aux deux époux. Aucun enfant n'était né de ce mariage, fladegonde obtint de Clotaire la permission de quitter le Palais et de prendre le voile : « Dirccta igitur a rege veniens ad beatum Medardum Novomogo, Supplicat instanter ut ipsam mutata veste Domino consecraret. » Fortunat. {Vita Radeoundis, n" 12; M. G. H., Àuct. Antiq., t. IV, p. lia, p. 41.) Saint Médard de Noyon l'ordonna diaconesse: « Manu superposita consecravit diaconam » (ibid.) Sainte Eadegonde fonda ensuite le monastère de Sainte-Croix, à Poitiers. Le mariage de Clotaire I*' et de Eadegonde avait été parfaitement légitime, la rupture le fut également. Elle n'était pas un divorce, mais une simple séparation par consentement mutuel. La discipline actuelle ne permettrait pas ainsi à un des époux d'entrer en religion, l'autre restant dans le monde, mais, à cette époque, le droit canonique n'avait rien fixé sur ce point qui ne fut précisé que plusieurs siècles après. (Vita sanctœ Bathildis, c. 18. p. 506.)
(2) <t EecolimuB quidcm in Praiicorum regno nobilis et Dei cultricis fuisse aliquas reginas, Chrodehilde Chlodoveo quondam antiquo rege rcgina, nepte Gundebalde rege, quae virum suum fortisBimum et paganum, et tam ipsum per sanctam exortationem quam et pluree ex Francis scjniores, traxit ad christianitatem et ad fidem catholicam eos perduxit et secclesias in honore sancti Pétri Parisius et sancti Georgii in cœnobiolo virginum in Kala prima construxit. Et af\a qnam plura pro mercede conpendii in
282 CUAPITRE XV
Balhilde avait ordunué de cacher sa mort le plus longtemps possible à son abbesse malade, mais d'avertir aussitôt les évêques des royaumes qu'elle avait gouvernés. De Chelles ou même du Palais, des courriers porteurs de la funèbre nouvelle furent dépéchés aux prélats de Neustrie, de Bourgogne et peut-être d'Austrasie. Il était impossible que le décès de la pieuse reine demeurât secret dans le monastère : « A peine fut-elle morte, raconte sonhagiographe, que les Sœurs qui étaient auprès d'elle éclatèrent en sanglots, puis, selon ses ordres, elles dissimulèrent la vérité à la communauté et la firent savoir aux évêques pour qu'ils recommandassent son àme à Dieu. Bientôt cependant l'abbesse et les autres religieuses apprirent le douloureux événement et se lamentèrent d'une fin si subite, si imprévue; elles regrettèrent amèrement de n'avoir pas assisté à sa mort. Au milieu des larmes, des gémissements et des prières, elles demandèrent au Christ-Roi d'introduire son âme auprès de la Vierge Marie et parmi les saints. Elles procédèrent ensuite aux funérailles très solennellement M). »
houore sanctorum condidit et muneribus pluris ditavit. Et pariter de Ultrogoda fertur, regina Cliildeberto christianissimi régis, eo Quod coiisolatrix fuisset pauperum et servorum Dei vel monachorum adjutris. Xee non et de Dei valde fldelissima famula Radegunde regina. Chlotarii quondam anterions régis regina, (luam tanta sancti Spiritus suceenderat gratia, ita ut vivum relinqueret conjugem et se Christo domino sub sacre velamine consecraret et multa bona ut Christo sponso perageret, quae in actibus ejus leguntur.
Sed tamen illud considerare libet de hae, unde hic agitur, de domna Balthilde, qui nostris peracta sunt temporibus ejus multa bona, et que optime novimus ab ipsa gesta fuisse. De quibus hic pauca de pluribus commemoravimus et ea non putamus inferiorem meritis fuisse illis prioribus, sed potius multo magis eas in sanctis studiis precessisse cognovimus. Que post multa bona quœ gessit usque ad evangelicam perfectionem voluntarise s? sanctae obedientiœ tradidit et ut vera monacha sub intégra reiigione beatam vitam féliciter cousumavit. » (Vita sanctœ Balthildis, c. 18-19; p. 506 et 507.)
(1) ■! Et hoc ita paulisper sorores ille, comitante doloris gemitu contiguerunt et, ut ipsa jusserat, sub silentio, ita tamen ut soli tantum sacerdotes, qui ejus beatissimam animam Domino com-
Selon les rites et les coutumes, le corps de sainte Bathilde lavé et vêtu, le visage découvert, fut porté dans l'église abbatiale au chant des psaumes et des cantiques sacrés, puis enfermé dans le sarcophage de pierre, sous le pavé de l'église, d'où on le retira un siècle et demi plus tard quand on le transporta dans la basilique de Notre-Dame, bâtie par Gisèle (1). Les témoins de cette translation trouvèrent-ils auprès de ces restes vénérables les bijoux et les insignes royaux qui accompagnaient dans leur dernière demeure les princesses mérovingiennes? Rien ne permet de le penser (2); ainsi il reste à croire que la reine, devenue une sainte religieuse, voulut être ensevelie comme ses Sœurs, confirmant par un dernier acte d'humilité le jugement de son historien (3) : « Elle a laissé à la postérité un grand exemple d'humilité, de patience, de mansuétude et de charité. Sa miséricorde était sans bornes, sa conduite pleine de pru-
mendarent, illis est denuntiafum. Quam rem postea cognoscens abbatissa et cuncta congregatio, cum magno fletu requirentes, quomodo sic subito et improvise, nec sibi cognita esset exitus ejus hora, et quasi rapta fuisset ab eis gemma illa omnibus desiderabilis... Cum inmenso doloris gemitu fientes... commendaverunt ejus sanctam animam pio régi Christo, ut ipse eam in sanctae Mariœ choro vol sanctorum consortio perduceret, et ut tune erat decus ipsius, sepelientee eam cum magno honore et multa reverentia. » {Vita sanctx Balthildis, c. 15, p. 501, 50?.^
(1) La vie de saint Ansbert signale ces antiques usages: « Cum vero post lavationem sacri corporis ad induendum illiid ventum esset... " {Vita sancti Ansherti, c. 35; MabiUon, AA. SS. 0. S. B., Bsec. IP, p. 1013.)
(2) Historia Translationis sav.cta; Balthûdis, 4; Boll., t. III, Januarii, p. 363.
(3) " Reliquid sanctum exeraplum sequentibus humilitatis et patientiEB, mansuctudinis et plenissim/e dilectionis stiulium immoque infinitae misericoruiae astutaeque prudenti?» vigilantiam et confessionem puritatis, et ut cuncta per consilium et nihil sinn commcatu omnino esset facicndum, sed teraperata et rationahilia fieri universa. Hanc pietati.? regulam consodalibus exemplum sanctissimum dcreliquit, pro quibus nunc sanctis virtutibus et multo plurea sanctis suis meritis recepit magni premii coronam sibi oiiiii a Domino repositam et modo perfruitur inter angelos in conspectu Pomini et sponsi sui cum candidato virginum grege, quod desideravit, inmensum ac sempiternum gaudium. « (Vita sancta: Bathildis, c. 16; p. 502.)
dence, sa vie très pure. Elle ne faisait rien sans conseil, ni permission et tentes ses actions étaient marquées au coin de la modération et de la raison. Elle fut pour ses Sœurs un modèle très parfait : ses vertus et ses mérites sont couronnés dans le ciel où elle reçoit de son divin Époux, parmi les anges et les vierges, le bonheur infini et éternel qu'elle avait désiré. »
LE TOiMBEAU DE SAINTE BATIIILDE
Guérisou d'un démoniaque. — Meurtre de Dagobort II. — Guerre entre l'Austrasie et la Neustrie. — Assassinat d'Ébroïn. — Sainte Marie deSoissons. — Translation de sainte Bathilde sous Louis le Débonnaire. — L'incendie de Chelles au treizième siècle. — Fêtes instituées en l'honneur de sainte Bathilde. — Guérison miraculeuse le 13 juillet 1631. — Reliques de la sainte reine données à Corbie en 1647. — Confrérie de sainte Bathilde. — La Révolution détruit les dernières œuvres de la sainte : Corbie et Chelles.
Après la cérémonie des funérailles, l'abbesse Bertille renouvela les demandes de prières adressées aux évéques et obtint de plusieurs églises qu'on fît mémoire de la reine défunte tous les jours au sacrifice de la messe (1).
Tandis que les suffrages se multipliaient pour elle dans les églises du royaume, Dieu faisait éclater ses mérites à son tombeau. Son pieux historien affirme
(1) " Tune domna Bertila abbatisaa... commendavit sanctis eacerdotibuB et per plures secclesias, ut ejus esset eancta memoria in sacris oblationibua assidue facienda. » (Vita ganctœ Brilthildis, c. 15; p. 502.)
286 CUAPITRE XVI
que « les malades et les démoniaques y recouvraient la santé et la paix par la puissance divine et l'intercesssion de la sainte. Ainsi fut délivré d'un démon l'esclave d'un évêque de Provence, Leudegandus, venu àTabbaye avec son maître. Ce malheureux, cruellement tourmenté, était parfois si furieux que ses compagnons ne pouvaient le maîtriser et se garer de ses coups qu'en le tenant pieds et poings liés. On le conduisit devant le sépulcre; il y fut terrassé et comme mort, mais, aussitôt guéri par la grâce divine, il se leva, se signa, rendit grâces à Dieu et s'en retourna sain et sauf 1 '. »
Les guérisons obtenues près du tombeau de sainte Bathilde et signalées par les chroniqueurs passèrent inaperçues au milieu des troubles politiques et des luttes sanglantes survenus à cette époque dans l'empire des Francs. Dagobertll, roi dAuslrasie depuis le meurtre de Childéric II, avait été assassiné, le 23 décembre 679, quelques semaines avant la mort de sa lante la reine Ba-
(1) « Et nunc ad declarandum fidelibus sublime ejus meritum divina pietas ad sacrum ejus sepulchrum plura perfecit mirabilia, ita ut quisQuis inibi febre correptus seu a dem^onio vexatus vel dentium dolore contritus cum fide accesserit, ilico per divinam virtutem et per ejus sanctam intereessionem, statim depulsa qualibet morborum peste, eani atque ineolomes in Dei nomine exinde procedunt ut et modo nuper de aliquo puero manifeste contigit. Veniens autem ex partibus Provinciœ quidam venerabilis vir Leudegandus episcopus, amicus et fidelis monasterii Kalensis. Cujus puerum ita sevissimus démon arripuit, ita ut contineri a sociis non possit, nisi ejus manus pedesque conligassent, eo quod nimia sevitia dilaniaret quos contingere poterat. Qui dum ad locum sacri sepulchri sociorum manibus delatus fuisset atque in pavimentum projectus velut semivivus, conterritusque divino pavore ilico sevissimus démon obriguit atque conticuit, et divina virtut-e protinus fugatus, ab eo dicessit. Et protinus erigens se puer atque consignans et Deo gratias agens, incolomis ad suos atque sobrius revertitur. " {Tita sanctœ BaJthiJdis, c. 16, 17; p. 503.) On ignore quel était le siège de l'évêque Leudegandus. Mabillon ( Tita sanctœ BaUhildi.?, c. 17; A A. SS. 0. S. B.; saec. 11°, p. 750) et les auteurs du GaUia christiana (t. XII, col. 702) se sont demandé si on ne devait pas l'identifier avec Leodrandus, évêque de Tarentaise, mais, remarque M. Duchesne, le texte ne dit pas que Leudegandus fut évêque de Tarentaise. (Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, t. I, p. 237, n. 7.)
Ihilde, par les grands Austrasiens partisans des Pépin (1 ). Le trône vacant revenait de droit à Thierry III^ alors seul descendant mâle de Clovis. Mais le duc Pépin et son frère Martin, maîtres de l'Austrasie, jaloux de son indépendance, plus jaloux encore de leur autorité, se souciaient peu de reconnaître le roi Thierry (:2j. D'autre part, Ébroïn tendait toujours au but qui avait été celui de sainte Bathilde, la restauration de la monarchie franque sous un seul sceptre. L'occasion était bonne, car le gouvernement de Neustrie avait le droit pour lui; on le savait en Austrasie et on s'y préparait à la guerre. Elle éclata bientôt : les ducs Pépin et Martin à la tête de l'armée austrasienne se heurtèrent à Bois-Royal de Fays, près de Laon, aux troupes neustriennes et furent battus. Pépin s'enfuit précipitamment pendant que son frère,
(1) Dagobert II, assassiué à Stenay, en 679, par les granûs d'Àustrasie, raconte l'historien Eddi : " Dagoberto rege per dolum ducum et consensu episcoporum (quod absit) insidiose occiso " inta sancti }\iJ;frîdi, c, 31; Mabil., AA. SS. 0. S. B., sœc. IV" para la, p. 653) fut honoré comme martyr, « selon l'usage de ce temps " ajoute Mabillon. {Ihid., praef. n° 208, p. XCVII.) Un manuscrit du martyrologe d'Adon, longtemps conservé au monastère de Saint-Laurent de Liège, contient au 23 décembre, la mention nécrologique de ce prince: Eodem die passio eancti Dagoberti régis Francorum qui quadam die pergens veuatum in saltu Vuavrensi, plenus Spiritu Sancto, in loco qui dicitur Scortias, tribus minibus distante a fisco Sataniaco, in quo ipse morabatur, a filiolo suo, nomine Joanne, decimo kalendas Januarii martj'ratus est, et ab Angeiis deportatua est ad societatem sanctorum martyrum. » (Henachon., De trihus Daoohertis diatriha, 1. III, c. 9, p. 191.) — M. Vacandard (Vie de saiyit Ou<n, p. 285-286) pense « que la légende de l'assassinat du roi par son filleul « filiolo .■•uo Joanne, a été imaginée après coup, pour écarter les soupçons qui pesaient sur la famille des Pépin devenue souveraine. » Nous avons fait, plua haut (ch. VIII), une remarque semblable au sujet de Grimoald et des catalogues des rois Francs dressés à l'époque de Charlemagne ou de Louis-le-Déljonnaire. Huguenin {Histoire du rovaumo d'Austrasie, ch. X, p. 449 et suiv.) accepte les données du manuscrit de .Saint-Laurent, c'est-à-dire le meurtre de Dagobert par son filleul, inconnu d'ailleura.
(2) Huguenin fait de Martin le cousin du duc Pépin {Il-id., p. 449), mais un calendrier publié par Chevalier tient les deux princes pour frères: ■' XI kalend. (Februarii) Sancti Blidranni... quo tempore Pipinus Ansegelli filius, et Martinus frater ejus, Auatrasiorum regnum aub rege diaponebant. » (JJagiolooium Vicnncnsc, p. 2 dans ■■ Documents relatifs au Dauphiné ". t. II.)
poursuivi par Ébroin, s'enfermait dans la ville de Laon(l). Le maire de Neustrie ne s'attarda pas à un siège long et hasardeux : il s'avisa de suite d'un stratagème perfide pour s'emparer du prince vaincu. Il lui dépêcha deux prélats, Agilbert et Réole, métropolitain de Reims, qui l'invitèrent à se rendre à la villa d'Écry où il était campé. Au nom d'Ébroin ils lui jurèrent la vie sauve, mais sur des châsses d'oîi l'astucieux maire du Palais avait enlevé les reliques. Avec quelques fidèles, le duc Martin se livra aux évéques, complices peut-être inconscients de la ruse d'Ébroin. Aussitôt arrivés, les Austrasiens furent mis à mort malgré la foi jurée (2).
Ébroïn n'avait plus qu'à profiter de sa victoire et du meurtre qui l'avait suivie pour ramener à l'obéissance de son souverain légitime le duc Pépin et rétablir la monarchie de Dagobert et de Bathilde. La mort l'arrêta. L'impitoyable ministre dont la main avait si facilement versé le sang périt à son tour sous le fer d'un assassin. Un palatin, fonctionnaire du fisc royal, le franc Ermenfroid, coupable peut-être de quelques malversations, avait vu ses biens confisqués et sentait sa vie en danger. Il prévint le coup qui le menaçait, s'aposta, un dimanche, près du Palais, à l'heure matinale où Ébroïn se rendait à l'office des laudes, se jeta sur lui, le frappa de son épée et s'enfuit en Auslrasie (3).
(1) « ... Contra quoa Theudericus et Ebroinus cum hoste occurrunt; loco noncupato Lucofao... » (Liher Hist. Franc, c. XLVI; Script, t II, p. 320.) Lucofao, Boys-Eoyal de Fays, près de Laon.
(2) « ... Persecutus eum Ebroinus, veniens Eclïrego villa ad Lauduiium Clavato (Laon) nuntius dirigit Aglibertum ac Reolum Remensis urbis episcopum, ut, flde promissa, in incertum super vacuas capsas eacramenta falsa dederunt. Qua in re illae credens eos, a Lauduno Clavato egressus cum sodalibus ac sociis, ad Echrego veniens, illic cum suis omnibus interfectua est » (Chronic. Fredeg. contin. [3], Script., t. II, p. 170). La. villa Ecliregum s'est appelée depuis Ecry et maintenant Asfeld (Ardennes).
(3) " Nam cuidam optimati, qui tune functionem fiscalem minlstravit, inventa occasione eousque intulit spolium, donec pêne
L'assassinat d'Ébroïn avait suivi de quelques mois la mort delà reine Ballulde; il fut l'occasion de pourparlers et de négociations entre Pépin et le roi Thierry III. Le duc dAustrasie donna des otages au nouveau maire du Palais de Neustrie, Warathon, et la paix fut conclue entre les deux royaumes qui restèrent séparés jusque sous le règne des derniers descendants de sainte Bathilde, Thierry IV, arrière-petit-flls de Thierry III, seul roi de la monarchie franque sous l'autorité effective de Charles-Martel, etChildéric III, petit-fils de Childéric II, dépouillé, en 752, par Pépin le Bref de l'ombre de royauté qu'il semblait posséder (1).
La mort de sainte Bathilde et celle d'Ébrom marquèrent Iheure où la décadence de la dynastie mérovingienne se précipita sans retour. La Régente et son ministre avaient lutté de concert, mais en vain, pour retenir le sceptre trop lourd de Dagobert dans les mains débiles de ses descendants dégénérés. Enfin la dernière tentative d'Ébroïn avorta comme les précédentes, parce que depuis longtemps les tendances des peuples occidentaux allaient à l'énervement du pouvoir souverain, à l'émieltement et à la destruction de la vieille organisation romaine, à l'anarchie d'où sortit la société féodale.
auferret omne ejus praedium : insuper minabatur etiam mortia periculum. Cernens autem vir... obflrmat animum atque ad ejus osliiim ante luccm observât egressurum. Dies autem agebatur domi nica, ideoque processurus erat ad Matutinorum solemnia... prosiliene gladio, eum percussit in capite. » [Vita sancti Leodeaarii, c. 16; Mabil., AA. SS. O. S. B., saec. IP, p. 664.) — « Ebroinum (Ermenfredus) interflcit atque ad Pippinum in Auster fugiens evasit. » (Lib. Uist. Franc, c. 47; M. G. H., Krusch, Script., t. 11% p. 321. Cf. Frcdcg. contin., c. 4; ihid., p. 170.)
(1) « Accepit ipse Waratho inter haec obsides a prœdicto Pippino, et pacem cum eo iniit. » {Lib. UiH. Franc, c. 17; ihid. p. 321.)
Thierry IV régna de 721 à 737. — Après un interrègne de 5 ans, Childéric III fut fait roi par les princes Carloman et Pépin: " llildricus Ee.\ Francorum, viro inclyto Karlomauno Majori domus, rectori palatio nostro, qui nos in solium regni instituit. » Diploma Childerici III pro monasteriis Stabulensi et Malmun- «liirensi 'Pardessus, DipL, t. II, p. 387; DLXXV.i
Ainsi que la reine Balhilde, Ébroïn se survécut dans une œuvre de pure piété : une charte de saint Drauscius, évéque de Soissons, rappelle, en effet, que le redoutable Maire, « homme illustre et de bonne vie », et sa femme Leutrude fondèrent, pour une communauté de vierges, l'abbaye de Sainte-Marie de Soissons (1^.
La création de ce monastère n'a pas réhabilité la mémoire d'Ébroïn, tandis que de Corbie et de Chelles, comme de deux foyers, la renommée de sainte Bathilde a rayonné et s'est répandue dans les contrées qu'elle avait gouvernées. Il semble cependant que le silence se soit fait peu à peu sur la tombe de la sainte reine jusqu'au jour où l'empereur Louis le Débonnaire vint à Chelles, en 833, visiter l'abbesse Hégilvige, veuve de Welf, duc des Bavarois, et mère de l'impératrice Judith (2).
Le pays de Chelles était comme un domaine de famille pour les premiers Carolingiens : ils y possédaient la villa qu'avaient eue les Mérovingiens dès le commencement de la domination franque, et l'abbaye alors gouvernée par la belle-mère de l'empereur l'avait été pendant plus de vingt ans par Gisèle, sœur de Chaiiemagne.
L'empereur Louis, édifié de la sainte vie de la reine Bathilde, conseilla aux moniales de transporter son corps de la vieille église Sainte-Croix, où. il était un peu oublié, dans la basilique de la Vierge-Marie élevée par l'abbesse Gisèle. Un grand nombre de clercs et de moines assistèrent à cette translation solennelle; le sarcophage fut
(1) « Et Quia bonaa vitœ inluster vir Ebroinus major domas ejusque inlustris matrona Leutrudis... » {Charta Drauscii epiécopi. Pardessus, Dipl., CCCLV; t. II, p. 138. Cf. Vita sancti Drauscii, D. Bouquet, t. III. p. 610.)
(2) « ... Venit Kala monasterium, ubi venerabilis abbatissa Hegilwich genitrix Judith imperatricis... prjœerat. » tTranslatio sanctœ Balthildis, 0. I; MabUlon. AA. SS. 0. S. B., saec. IV% para la p. 428. — Boll., t. III Januarii, p. 362.)
ouvert : « Le corps de sainte Bathilde apparut intact comme s'il avait été enseveli le jour même », affirme le narrateur de la translation (1). Dès ce moment, les longues psalmodies des religieuses retentirent auprès du corps, dans l'église Sainte-Croix, jusqu'à ce que l'évoque de Paris, Erkanrad, l'eût fait déposer près du maitre-autel de la nouvelle église (2). Pendant que le corps de la sainte était ainsi exposé, des faits miraculeux se produisirent dont le bruit attira un grand nombre de pèlerins et de curieux. L'empereur marqua par la donation de la villa de Coulombs sa dévotion à sainte Bathilde et la part qu'il prenait à la joie commuq^ (3).
Puis quatre siècles passèrent, sans histoire, de cette année 833 à 1226 où la basilique construite par l'abbesse Gisèle et une partie des bâtiments furent détruits par un incendie. La communauté lirait de ses domaines la vie de chaque jour, mais il lui était impossible de réparer seule un dommage aussi grand : les moniales durent solliciter la charité publique. Elles le tirent à la manière de leur temps : avec l'autorisation de l'évéque de Paris et la recommandation des abbés et des abbessesdela région, les reliques de la sainte Reine furent portées à travers le royaume. Les aumônes recueillies aidèrent à la reconstruction de l'église : après plus de six cents ans, Bathilde semblait rebâtir la maison qu'elle
(1) « ... At iUi... fodere cœperunt... sarcophagum aperientes, ipsum eanctum corpus ita post multa annorum curricula sanum et inco* lume repererunt, quasi ipsa die sepulturse traditum fuisset. (Ihid., c. 3; p. 429.)
(2) '< Episcopus Erkandradus... cum caterva clericorum venit... Peracta oratione... mox venerabile corpus contingunt in ecclesiam geriitricis Dei... ac rétro altare medianum condigno posucrunt » (Ihid. c. 7 et 8; p. 430.)
(3) « ... villam Colon cum omni integritate, sitam in pago Meldicd, cidem in translatione eanctissimi ejus corporis contulit (Ludovi-
cus) {Ihid., c. 7, p. 430). La villa Colon est devenue un village
de 600 habitants: Coulombs, canton do Lizy-sur-Ourcq (Seine-et- Marne).
avait aimée sans mesure et où son culte était fidèlement conservé (1 1.
Sa fête, en effet, y était célébrée le 30 janvier, suivant un rite qui n'était pas celui de Tordre bénédictin (2). Une cérémonie particulière sajoutait, depuis des siècles, à la fonction liturgique : un châtelain du voisinage, le seigneur de Monlferneil, dont la terre avait été inféodée à l'abbaye de Chelles, y venait, ce jour-là, en personne ou par procureur, offrir un cierge qui servait ensuite au temps pascal. L'abbesse et les moniales se présentaient à la grille du chœur tandis que le bailli de la justice abbatiale faisait appeler par trois fois le seigneur de Montferneil dont le' représentant muni de sa procuration déclarait s'il voulait user du droit de porter le cierge devant la châsse de sainte Bathilde, puis, sur l'abandon qu'il en faisait, le cierge du seigneur de Montferneil était remis à la communauté (3}.
Une seconde fête, celle de la translation, célébrée le 17 mars, rappelait la reconnaissance du corps de Bathilde faite par l'abbesse Hégilvige et l'évéque Erkanrad (4).
A ces deux solennités consacrées uniquement à son
(1) Cf. Lebeuf, Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. II, p. 486; Torchet, Histoire de l'ah'baye royale de Chelles, t. I, p. 125.
(2) « On conserve parmi les manuscrits de l'abbaye de Sainte- Geneviève, à Paris, un livre d'office écrit au douzième siècle au plus tard, à l'usage du monastère de Clielle, par lequel il paroît que les plus grandes solennités étoient suivant le rit du diocèse. Il y a aux premières vêpres de sainte Bathilde cinq antiennes et cinq psaumes, avec un grand répons. A Matines neuf leçons, neuf répons; de même au jour de saint Georges et à celui de saint Denis. Mais à la saint Benoît, il y a douze leçons. Le chant de ce livre est sans clef et sans lignes, ce qui en montre l'antiquité. » (Lebeuf, Eist. du diocèse de Paris, t. II, p. 490.) — Voir à l'appendice G le test-e de cet office. Le manuscrit qui le contient est un ■' Sanctoral »; il est conservé à la bibliotnèque Sainte-Geneviève sous le n° 1270.
(3) Lebeuf, Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. II, p. 544 et suiv.)
:4) Mabil., A A. SS. 0. .S'. B., sœc. 1V° pars la, p. 431. Une leçon fautive reproduite dans divers manuscrits a fait penser qu'il y avait eu plusieurs translations de sainte Bathilde. (Cf. Boll., t. III, Januarii, p. 362.)
culte la communauté ajoutait, le dimanche après le 11 juillet, la fête des reliques conservées à l'abbaye : En 1544, les moniales de Chelles avaient renouvelé les châsses principales de leur trésor, celles de sainte Bathilde, de sa filleule Radegonde, de sainte Bertille et de saint Genès, évêque de Lyon, car les anciennes, au témoignage d'un document inséré dans le cartulaire de l'abbaye, « étaient toutes rompues et despecez de tous côtés... (1). » Les nouvelles, au contraire, « étaient enrichies de pierres précieuses... On y voyait des agates d'une beauté remarquable, sur lesquelles les caprices de la nature avaient admirablement représenté des monstres marins (2). « L'évêque de Paris, le cardinal Jean du Bellay, ordonna que le souvenir de cette reconnaissance des reliques serait perpétué par une solennité devenue depuis la fête principale de Chelles (3).
Au siècle suivant, elle fut l'occasion d'une guérison instantanée signalée par Mabillon et Baillet (4) : « Il arriva, dit l'abbé Lebeuf, un miracle éclatant le 13 juillet 1631, sur six religieuses de Chelle. Ces six dames, nommées Margueritte Robert, Magdelene Beaussan, Marie Le Roy, Geneviève Camus, Catherine Pinson, Bathilde de Buval, avoient été atteintes depuis deux ou trois ans de certaines maladies qui leur causaient des convulsions extraordinaires et violentes. Elles devinrent comme furieuses, se jettant à terre, se frappant la tête contre les murs sans néanmoins en demeurer blessées ou marquées, et faisant diverses autres actions,
(1) Cartulaire de Chelles, t. I, ad calcem, cité d'après Torchet. Histoire de l'aihaye de Chelles, t. I, p. 263.
(2) Cartulaire de Chelles, ihid.; Torchet, ihid., p. 265.
(3) Lebeuf, Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. II. 490; Torchet, ihid., p. 366.
(4) Mabillon, De Translatione sanctse Bathildis; prol. n° 2; AA. SS. 0. S. B., sœc. IV pars la, p. 427; Baillet. Les Vies des Saints, t. II, p. 428.
souffrant des incommodités comme si elles eussent été obsédées ou ensorcelées. Mais aussitôt qu'on eût ouvert la châsse de sainte Bathilde et qu'on la leur eût fait toucher, elles furent guéries sans avoir ressenti depuis aucun reste de leur maladie (1). »
Un an après, l'archevêque de Paris, François deGondi, fit prendre sur cet événement les informations d'usage, puis il permit d'en faire mémoire le 13 juillet par une leçon ajoutée à l'office du jour (2).
Quelques années plus tard, en 1647, l'abbaye de Chelles céda à celle de Corbie une partie de la mâchoire de sainte Bathilde, car la grande abbaye picarde ne possédait aucune relique notable de sa fondatrice. Chelles et Corbie étaient unis par des liens intimes : la sollicitude attentive qui avait pourvu à l'accroissement de l'une avait présidé à la naissance de l'autre, et quand les hôtes de ces pieuses retraites méditaient les jours lointains de leur histoire primitive, un même visage de femme, calme, pur, auréolé de sainteté, illuminait leur pensée. Depuis trente ans environ, Corbie appartenait à la congrégation de Saint-Maur. Le Prieur qui la gouvernait, Dom Mathieu Jouault, avait rempli la même fonction au prieuré de Chelles; ce souvenir aidant, il obtint des moniales les reliques auxquelles la communauté et la population de Corbie firent un accueil mémorable (3).
(1) Lebeuf, Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. II, p. 489 et euiv.
(2) Lebeuf, ibid., p. 490.
(3) Torchet, Histoire de l'ahhaye de Chelles, t. II. p. 14; Corblet, Hagiographie du diocèse d'Amiens, t. IV, p. 172 et euiv. — On conserve à Corbie le procès-verbal de la réception de ces relictues, le 30 mars 1647. A la Kévolution ces reliques disparurent; cependant quelques parties très minimes existent encore à Bray-sur- Somme et à Mailly. Déjà au douzième siècle, l'abbé de Corbie, Jean de Bouzancourt, avait reçu de Chelles quelques cheveux de la sainte et la moitié de son voile. L'abbaye de Saint-Wandrille possède de cea mêmes cheveux et une partie du crâne, prise dans le pariétal droit.
Enfin, un bref de Clément XI du 27 mars 1719 révèle l'existence d'une confrérie de Sainte-Bathilde érigée dans l'église abbatiale (1).
D'âge en âge les rares événements où la sainte fondatrice de Corbie est en cause ont conduit ce récit jusqu'au dix-huitième siècle dont la fin vit la ruine de ses plus durables œuvres. Le 7 janvier 1791, les biens de l'abbaye furent mis en vente, puis, à l'automne de l'année 1792, la dernière abbesse de Chelles, Madeleine de Sabran, et ses filles se séparèrent. Le silence se fit dans ces lieux d'où pendant plus de onze siècles la prière de l'Ëglise était montée vers le ciel. Des agents du district départemental prirent l'argenterie et les pierres précieuses du monastère; des châsses du trésor ils ne laissèrent que le bois et le 1er.
Les gens de Chelles s'émurent des confiscations qui dépouillaient de leur dernière gloire les restes de leurs saintes patronnes. Les registres municipaux gardent le souvenir des plaintes formulées à ce jiropos : « Le citoyen procureur de la commune a fait l'observation tendant au rétablissement des châsses de sainte Bathilde et de sainte Bertille; il a été arrêté à l'unanimité que les châsses seraient rétablies, et que les fonds nécessaires pour ce travail seront pris sur les fonds de la fabrique, et qu'en cas qu'il ne s'en trouve pas assez, on prendra les arrangements nécessaires (2). »
Cette délibération est du 3 janvier 1703. Un contrat qui en futlasuilemontre aussi que tout n'était pas révolution dans les préoccupations du peuple à la veille même de la Terreur : « Fa'we une châsse dite de sainte Bathilde ; le coffre qui renferme les reliques de la dite sainte sera
(1) Torchet, ihid., p. 115.
(2) Torchet, Histoire de l'ahhaye de Chelles, t. II, p. 255.
de bois de chêne, de 26 pouces de longueur, sur treize de largeur, hauteur vingt-un pouces. Sur la dite châsse il sera mis, sur le dôme, à genoux sur un nuage, la représentation de sainte Bathilde, les mains jointes, habillée en religieuse et en cheveux et en habit court, figure de face; un ange à genoux en terre, tenant une échelle, et un autre ange tenant un sceptre à la main. De l'autre côté de la sainte, le dit coffre sera garni de douze colonnes cannelées. Le dôme sera garni de deux vases garnis de flammes; le tout doré d'or jaune, et pour le prix de la somme de cent-cinquante livres (1). »
Le même acte stipulait des conditions analogues pour la châsse de sainte Bertille. Quel fut le sort de ce pieux projet? Vraisemblablement les châsses furent faites et livrées à la fabrique de Chelles (2). Ainsi la Révolution respecta le corps de sainte Bathilde dont la plus grande partie est dans le trésor de la paroisse de Chelles, tandis qu'elle anéantit ses œuvres les plus chères. Pendant plus de onze cents ans elles avaient résisté victorieusement à l'usure du temps; en quelques mois l'impiété révolutionnaire les dépouilla, les dévasta, les détruisit. Mais si les institutions monastiques ne reçoivent à leur naissance aucune promesse d'immortalité, elles ont une longévité qui en est l'image et, souvent à la voix de Dieu, elles surgissent rajeunies des ruines sous lesquelles la main des hommes les avait ensevelies.
(1) Torchet, ihid.
(2) « Nous ignorons, dit M. Torchet, curé de Chelles, 1 époque précise où elles furent livrées. Celles que nous possédons actuellement (1889) sont conformes aux modèles du contrat, sauf quelques modifications postérieures. Les images de sainte Bathilde et de sainte Bertille, qui ne se trouvent plus sur le dôme, y étaient encore en 1826. comme le constate le procès-verbal de vérification des reliques dressé par M. Pruneau, chanoine honoraire de la cathédrale de Meaus et directeur du petit séminaire de Châage. »
Saint Genès a-t-il été Moine de Fontenelle?
Une tradition veut que saint Genès ait été moine de Fontenelle et peut-être prieur du monastère, ou pro-abbé, sous l'autorité du fondateur saint Wandrille. Les Bollandistes (Act. S. S., 1. 1, Novembris, p. 352) voient l'origine de cette opinion dans une lecture fautive du chapitre xxv, de la seconde Vie de saint Wandrille {Act. S. S., t. V. Julii, p. 280) et soupçonnent Symphorien Ghampier (1472- 1.539), médecin et écrivain lyonnais, d'en être l'auteur. {Ecclesiœ Lugdnnensis Hierarchia, Lugduni, 153^, d'après les Bollandistes t. I. novemb., p. 352.)
Gette faute de lecture est-elle vraiment l'origine de la tradition, ou celle-ci se perd-elle dans la nuit du passé? La conclusion des Bollandistes est qu'on ne peut assurer que saint Genès ait été moine de Fontenelle : « Sed neque satis constat monachum incœnobioFontanellensiumquam fuisse Genesium. »
Les documents historiques et liturgiques qui jettent quelque lumière sur le problème ne sont pas à l'avantage de cette tradition.
A. du Moustier, sur la foi des pièces repoussées depuis par les Bollandistes comme entachées de l'erreur de Champier, fait de saint Genès le prieur, ou le pro-abbé, de saint Wandrille. (^Neustria pia, p. iSj, Rothomagi, i6G'i.)
Le martyrologe bénédictin de Dom H. Meynard (1629) faille saint, abbé de Fontenelle.
Par contre, la première Vie de saint Wandrille ne le cite pas (Mabillon, AA. SS. O. S. B., saeculo 11°, p. 5o'3; Bolland., t. V. Julii, p. 9.65), tandis que la seconde le désigne simplement comme Tévèque de Lyon auquel succéda saint Lambert, abbé de Fontenelle. (Mabillon, ibid. , p. 522; Bolland., ibid., p. 280.)
Le « Gesta Abbatum Fontanellensium » composé par un moine de Fontenelle que Pertz fait vivre au temps de Louis le Débonnaire et qui nous a transmis l'histoire des premiers siècles de l'illustre abbaye ne le nomme pas. (Pertz, M. G. H., Script., t. IL, p. 270.)
Deux manuscrits du douzième siècle du martyrologe hiéronymien delà recension de Fontenelle, celui de Lucques (Bibliothèque du Chapitre, n° 618) et celui de Vallombreuse (Bibliothèque Laurentienne, n° 33i, Florence) qui sont des copies retouchées de l'exemplaire donné par saint Wandon, abbé de Fontenelle, à son monastère, font mention de saint Genès comme évèque de Lyon : « Lugduno Galliae civitate depositio sancti Genesii episcopi et confessoris. » 11 semble que si le saint avait été moine de Fontenelle ces manuscrits, issus de Fontenelle, en porteraient le souvenir. (Bolland., t. IL novemb., J.-B de Rossi, Mariyrologiam Hieronymianum, p. xviii, xix, i38.)
Un autre martyrologe, manuscrit du treizième siècle, de la Bibliothèque de Bologne, publié en 1902, note au i^"" novembre : « Ipso die, deposicio sancti Genesii, Lugdunensis episcopi. » (Martjrologe de la sainte Eglise de Lyon, publié par J. Condamin et J.-B. Vanel, Lyon, 1902; p. loi.)
Un calendrier de l'abbaye de Fontenelle contenu dans le manuscrit U. 69 de la bibliothèque de Rouen et imprimé
par la « Revue Mabillon » (Février 1906, p. 32i) ne le nomme même pas, le manuscrit est du treizième ou du quatorzième siècle.
Le missel manuscrit de la même abbaye, « MissaleFontanellense » (Bibliothèque du Havre, ms. 827, A. 3o), du quinzième siècle ne lui consacre ni messe, ni mémoire.
Un moine de l'abbaye de Fontenelle, Dom Guillaume La Vieille, trésorier du monastère, mort en i53i, n'assignait aucune place à l'aumônier de sainte Bathilde dans « l'Arbre des Saints » de rabba}e, peint, sur ses ordres, dans le cloître; il ne le signalait pas davantage dans son « Registre des chartes et escriptures du prieuré de Marcoussis » où il énumère une quarantaine de saints et de vénérables personnages du monastère. (Cf. P. Sauvage, Saint Wiiljran Rouen, 1876.)
Quelques années après, en i535, les religieux de Fontenelle faisaient imprimer leur bréviaire « Breviarium regalis cœnobii sancti Wandregisili fontinellensis » dont un exemplaire est à la bibliothèque Bodléienne, à Oxford. Aucun office, aucune comméraoraison n'est consacrée à saint Genès.
Toutefois, l'office de ce saint évêque fut célébré à Fontenelle pendant un demi-siècle environ, de i653 à 1717. Le culte des saints de l'abbaj'e fut l'objet de longues controverses entre les religieux de la congrégation de Saint- Maur ; on peut les lire dans le manuscrit des PP. Toustain et Tassin, O. S. B. : Histoire de V abbaye de saint Wandrille. (Bibliothèque de Rouen, mss. Norm., Y, 119.) Un règlement du chapitre général de la congrégation de Saint-Maur tenu en 1720 termina les controverses sans rétablir le culte de saint Genès.
Le silence des plus anciens monuments impose une conclusion, celle des BoUandistes : il n'est pas établi que l'évoque de Lyon, saint Genès, ait été morne de Fontenelle; mais comme la preuve définitive, sans appel, n'a pas été produite, le procès n'est pas clos.
Évêques qui prirent part au Concile de Chalon-sur-Saône
Métropolitains :
Candericus, évêque de Lyon
Landalenus, — Vienne
Audoenus (s^Ouen), — Rouen
Armentarius, — Sens
Vulfoledus, — Bourges
Donatus, — Besançon (i)
(1) Nous comptons saint Donat de Besançon au nombre des métropolitains encore qu'il ne soit pas certain que Besançon eût à ce moment le titre de métropole qu'elle avait eu précédemment et qu'elle avait recouvré au temps de Charlemagne. Cependant la signature de saint Donat est accompagnée de la formule employée par les métropolitains et différente de celle des simples évêques.
il. A. Longuon note que Mayence en 748, Cologne, Besançon, Tarentaise, Embrun avant 811 et Ais entre 811 et 828, reprirent leur rang de métropole. {Atlas historique de la France, p. 34.)
Évoques
Rauracus,
Deodatus,
Pappolus,
Palladius
Feriolus,
Bertoaldus,
Audo,
Malardus,,
Leusus,
Aurilianus,
Baudorneris,
Protasius,
Insildus,
Clarus,
Gradus,
Florentinus,
Aetherius,
Magnus,
Betto,
Potentissimus,
Arricus,
Glaudus,
Licerius,
Petrunius,
Bertofredus,
Elegius,
Deocarius,
Leborius,
Chairibonus,
Amalcarius,
eveque
de Nevers Mâcon Genève Auxerre Autun Langres Orléans Chartres Troyes Vence Tarentaise Sion Valence Grenoble Chalon Belley Embrun
Saint-Paul-Trois-Chcàteaux
Gap
Lausanne
Riez
Garpentras (i)
Vaison
Amiens
Noyon
Antibes
Maurienne
Goutances
Séez
(1) Liceriua avait sigué cpiscopus ecclesie Vindausccnsis. Venasque est une commune de l'arrondieement de Garpentras où les évèquea de ce diocèse résidaient fréquemment et dont ils prenaient volontiers le titre.
Launobodis, évêquc de Lisieux Ragnericus, — Evreux
Betto, — Lillebonne (i)
Belto, abbé, représentant Lalinus, mé-
tropolitain de Tours.
Ghaddo, archidiacre, représentant Sellappius,
évêque de Nantes.
Germoaldus, abbé, représentant Audobertus,
évêque de Paris.
Paternus, abbé, représentait Félix, évêque
de Limoges.
Chagnoaldus, abbé, représentant Chadoaldus,
évêque du Mans.
Bertolfus, abbé, représentant Reoterus,
évêque de Rennes.
(1) Il n'y a jamais eu de siège épiscopal à Lillebonne qui appartient au diocèse de Rouen. Betton fut vraisemblablement le coadjuteur de saint Ouen. (Cf. Vacandard, Vie de saint Otien, p 138-139.)
Diplôme de fondation de l'Abbaye de Corbie (657-661, 23 décembre)
Ce diplôme et les suivants du même roi et de Thierry III ont été publiés plusieurs fois dans les collections de documents historiques de Sirmond (Concilia antiqiia Galliœ), de Lccointe (Annales ecclesiastici Francorum), de Hardouin {Concilia), de Labbc {Concilia), des Bénédictins, auteurs du Gallia Clirisliana, de D. Bouquet {Recueil des historiens de France), de Pardessus {Diplomata), de Pertz {Diplomata, dans Mon. Germ. Historica). Nous donnons les textes réédités par M. Levillain {Examen critique des chartes de Corbie).
Jusqu'ici ces actes avaient été généralement tenus pour authentiques par les diplomatistes et les savants; M. Krusch les rejette, au contraire, parce qu'il y trouve des termes et des tournures de phrase qui n'appartiennent pas au style mérovingien {Vita Ballhildia; M. G. H., script,, t. II, p. 477)- Celte sentence a été récusée par M. Levillain qui adopte le sentiment des érudits énumérés
ci-dessus {Examen critique des chaînes de Corbie, passim). L'autorité de M. Krusch, incontestée sur tant de points, paraît bien ici en défaut. Ces diplômes, dont les originaux sont perdus et qu'on connaît par des copies prises plusieurs siècles après la rédaction de l'acte primitif, ont subi d'inévitables altérations : tantôt le scribe a changé un mot, une incise, une phrase démodés et tantôt il a suppléé des passages détruits par le temps; d'autres fois un copiste lettré a mis en style plus élégant les morceaux trop barbares. Généralement de semblables accidents n'intéressent pas la substance même du diplôme primitif et les copies gardent encore assez de notes caractéristiques qui déterminent l'âge de la pièce et affirment son authenticité.
Hlotharius, rex Francorum vir (is) inlustribus. Ad mercedem nostraminDei nomine credimuspertinere quicquid pro anime sainte locis sanctorum conferimus, ut ibidem perhenniter proficiat, ut gloriam Deo auxiliante habere mereamur. Igitur dum nos et precelsa genitrix nostra, domna Baldehiidis regina, monasterio v (iro) rum in honore sancti Pétri et (sancli) Pauli, princip (um) apostolorum et sancti Stephani protomartiris super fluvium Somna, in loco qui dicitur Gorbeia quem Guntlandus quondam posséderai et ad ficum nostrum pervenerat, ubi preest venerabilis vir Theodefridus abba, per œternum luminis edificare precepimus ut monachi sub sancta régula ibidem debeant conversare, scilicet cognoscat strenuitas vestra, quod nos ipsa villa Gorbeia ad ipsum monasterium cum adjacentias suas in integrum seu et alias villas nuncupautis Folieto (i), Gentilla (2), Gipiliaco (3), Forciaca (4) villa vel reliquas adjacentias
(1) Fouilloy, canton de Corbie (Somme).
(2) Gentelles, canton de Sains (Somme).
(l) Chipilly, canton de Bray-sur-Somme (Somme). (4) Forceville, canton d'Acheux (Somme).
earum ad integrum, Albiniaco (i) cum adjacentias vel appendiciis suis, quantum ibidem fiscus noster tenuit ad integrum in pago Ambianense seu et Monciaco (2), Walliaco (3), Bellirino (4) cum adjacentias earum in pago Atravelense, cum adjacentias earum immoque et villa que vocalur Teraplum Martis (5) sitam in pago Ambianense ad integrum cum pagena de silva de foreste nostra Widegonia, hoc est per loca denominata : a fine Caslainse (G) usque in Dominico Laico (7) per Ficca Siderude (8), per Cervorum Marcasio (9), per Bagusta (10), per via publica usque Fraudehario Exsarto (11); similiter et portionem in loco qui vocatur Taceaco (12) quem Frodinus (i3) de Hursino (i4) dato pretio compara vit et ad fisco nostro ipse Frodinus in compensationem pro alla re dédit, in ipso pago Ambianense, a die prœsenli sub intégra emmunitate absque introitum judicum visi fuimus concessisse. Proinde per hanc praeceptum specialius decernemus (ordenandum quod in perpetuum volemus) esse mansurum, ut tam ipso loco Corbeia, quam et suprascriptas villas una cum terris, domibus, mancipiis, edificiis, vineis, silvis, pratis, pascuis, farinariis, adjunctis appendicias vel quod ibidem videtur aspicere, pars ipsius raonasterii vel omnis congregatio in sua dominatione percipiat sub intégra emmunitate absque introitum judecum ad possedendum, aut omnis congregatio de ipso monasterio valeat possedire vel dominare. Et nullus quilibet de
(1) Aubigny, canton de Corbie (Somme).
(2) Monchy-aux-Bois, canton de Beaumetz-les-Loges (Pas-de-Calais).
(3) Wailly, canton d'Arras (Pas-de-Calais).
(4) Beaurains, canton d'Arras (Pas-de-Calais).
(5) Talmas, canton de Domart (Somme). (h) Lieu indéterminé.
(7) Lieu indéterminé.
(8) Fieffés, canton de Domont (Somme).
(9) Lieu indéterminé.
(10) Lieu indéterminé.
(11) Hérissart, canton de Domart (Somme). ("12) Thésy-Glimont, canton de Sains (Somme).
(13) Peut-être Chrodinue, référendaire de Clotaire III.
(14) Peut-être Ursinus, référendaire de Clotaire II.
judicebus nec ad ipso monasterio, nec ad homines suos, nec in curtes suas, quicquid a die présente ibidem conlulenius, et quod a nobis aut a succedentebus domnis régis vel a Deo timentis hominebus inibi fuerit coUalum nec ad causas audiendum nec frida exigendum, nec niansiones facienduni, nec paratas requirendum, nec nullas redebutiones requirendum, in villas superius nominatas, quicquid tempore présente veditur possedire aut adhuc, ut dixemus, a nobis vel a succedentebus régis vel a Deo timentis hominebus inibi addetum vel delegatum fuerit, ipsa judiciaria potestas non présumât ingredere, nisi sub intégra immunitate pars ipsius monasterii vel omnis congregalio ibidem consistentis absque introitum judecum, ut dixemus, sub intégra emmunitate possidere valeat vel dominare. Et ut hec preceptio cessio nostra perhennis temporibus firmiorem optineat vigorem, nos et precelsa genetrix nostra, domna Baldechildis regina, signaculis manus nostri eam subter decrevimus afïirmare.
Diplôme de Clotaire III
Eterpigny, 23 décembre 661.
Chlotarius, rex Francoruni, viris inlustribus, omnibus agenlibus laiu prtesentibus quani futuris. Cognoscat magnitudo scu industria vestra, pro mercedes nostre augnientum et divino intuitu, talem, actoribus seu discursoribus monasterii virorum Gorbeia, queni domna et genetrix nostra Baldcchildis regina suo opère construvit, pra'Slitisse bene(iciuiîi, ut quocienscuinque monachi missi vel discursores ipsius monasterii partibus provintite vel per reliqua loca ad cappas comparandas aut reliqua oportunitate ipsius monasterii exercendum, seu cellario fuerint egressi mercandum, in quibuslibet locis vel territuriis, seu porluria, ubicunique consuetudo, telloneo, pontateco, rodalico, ceterasque rcdebutiones fiscus noster discursoribus seu iter agentibus exigere consuevit, habcant hoc monachi de jam diclo monasterio G )rbeia consistentes, tam pnesentes quam futurum inibi advenientes, in omnibus indullum simulque concessum; ea scilicet ralione,
ut neque vos, neque juniores aut successores vestri, nullo uniquam tempore de ea, quod superius continetur, ad monachos aut missos vel discursores ipsiusmonasterii exigera nec requirere nuUis locis nulJisque ordinibus infra termino ree:ni nostri exigere non prœsumatis; sed. ut super habetur insertum, habeant ipso benefîcio jara dicli monachi sancte congregationis Corbeia monasterio et adores eorum ex nostralargitate munificentiaconcessum siniulque indultum, quo potius deleclat ipsa sancta congregatione pro ipso beneficio pro stabilitatem regni nostri Domini misericordiam exorare. Et ut hec preceptio firmior habeatur et per tempora conservetur, nos et preecelsa genetrix nostra, domna Baldechildis regina, inanus nostri signiculis subter eam decrevimus adfîrmare.
Vidrehadus jussus optolit.
Signum glorioso domino Chlothario rege.
Signum prœcelse Baldechilde regine.
Data sub die XXIII mensis Decembris anno V regni nostri, Stirpiniaco. In Dei nomine féliciter.
Cf. Levillain, Examen critique des chartes de Corbie, p. 219; Pardessus, Diplomata, 33^, t. II, p. ii5, d'après un autre texte.
Diplôme de Chilpéric II
Compiègne, 29 avril 716.
Le roi Chilpéric II, à la demande de l'abbé Sébastien, conQrme le diplôme de Glotaire III et la confirmation de Childéric II qui accordaient à l'abbaye de Corbie certains revenus en nature de la douane de Fos et une « Iractoria » pour les officiers chargés de les toucher.
Chilpericus, rex Francorum, viris inlustribus, omnibus agentibus, tam presentibus quam et futuris. Quicquid in luminaribus locis sanctorum vel pro oportunitate servorum Dei concidemus, et que parentes nostri pro eorum mercide concesserunt, pro nostris oraculis confirmamus, ad mercidem nobisvelpro stabilitate regni nostripertinere confidimus. Igitur religiosus et venerabilis abbas de monasterio cognominante Gorbeia qui ponitur in pago Ambianense, quem praecelsus avunculus noster Chlodecharius quondam rex vel domna et ava nostraBaldechildis quondam regina, ob amorem Chrisli in lionore sanctorum
Pétri et Pauli, principes Aposlolorum, et sancti Stephani martyris vise fuerunt conslruxisse, ad nostram accessit presentiam cliiuentiœ regni nostri sugessit, eo quod prefatus avunculus noster Chlottarius quondam rex seo etiam dicta ava nostra domaa Baldechildis regina, unde lumenaria monachis ibideru consistentis habere deberont, de tulloneo de Fossas annis singulis ad ipso monasterio concesserunt:hoc est:oleolib. Xmilia, garo modios XXX, pipere lib. XXX, cumino lib. CL, cariofde lib. II, cinnarao lib. I, spico lib. II, costo lib. XXX, dactilibus lib. L, krigas lib. C, amandolus lib. C, pistacias lib. XXX, olivas lib. C, hidrio lib. L, cicer lib. CL; oridia lib. XX, auro piiuento lib. X: seoda pelles X, cordevise pelles X, carta tomi L; ita ut tolonaria qiii post toloneo Fossense agere videbatur, anno illatione hec oiunia ad missus ipsius monasterii, qui inde directi ftierint, dare et adiinplire, imraoque et evectione ad ipsus missus, qui hoc exigeri ambularent, perpetualiter absque renovata tracturia annis singulis dare precipeiuus; hoc est : viredus sive paraveridus decem, panis nitedus decem, sequentes vegente, vino modius I, cervisa mod. II, lardo lib. X, carne ponda vegente, cassio lib. XII, pisus lib. XX, capro I, puUus V, ova X, oleo lib. II, garo lib. I, piper uncia I, cimino uncias II, sal, acetuni, olera, lignum suflicienler. Hec omnia superius memorala locis convenientebus annis singolis eisdem, tam eunlil)us quam redeuntibus, absque mora dare et adiniplere deberitis; etiani ad revertenduni carra XV de loco in loco pro loca consuetudinaria, usque quod ipse cellarius ad ipso monasterio proveniebat, eis dare deberitis, quaiiter pro eoruni mercide absque dispendio ipsius monasterii deberet provenire. Unde et ipsa prescriptione subscripto avunculo nostro Chlodechario necnon et ava nostra Baldechilde rCgina, seo et confirraatione domno et genitore nostro Ghilderigo quondam rege, ipse venerabilis Sebastianus abba nobis in présente ea hoc protulit relegenda, vel se
ex lioc pre manebus habere afïirmat. Sed pro firmitate slucliiiiu pctiitipse doninus Sebaslianus celsitudine nostra, ul hoc circa ipso vel ipso monastcrio Corbeia, aut successores suos, vel ipsa congregatione, que in ipso luonasterio consistere videntur, pro noslra auctoritate plenius in Dei nomine coniirmare vel coacedere deberenius. Cujus pclilionc gratanle animo pro mercedis nostre compendium, vel pro reverentia ipso sancto loco, ita prestitisse vel confirmasse seu et ad nostro précepte concessisse vel conîirniasse cognoscite.Precipientes enira, ut ipso cellareo de jam diclo tuUeneo Fossense, seo et ipsas tractuas, inspectas ipsas preceptionis memoratis principebus, sicut pro easdcm declaratur, pro hanc noslra auctorelate, plenius in Dei nomine confirmatuni, tullonarie quam et reli(pii judicis subscripto cellario ad missus ipsius monasterii dare et adimolere procuretis, etiam dam in loco fuerint deniorate, suprascripta prebenda eis dare studeatis. Immoque et reliqui judicis pro locis convenienlibus de constituta evectione tam carrale quam navale, seu et suprascripta prebenda, eisdem omnimodis noslris et futuris leraporebus absque mora vel delationc dare et adimplere annis singulis faciatis, qiialiler nobis pro bene- (icium integram et perpetualem debeat prevei)ire raerci- (Icm. Et ut hec preceptio firmior habeatur vel per tempera conservilur, manus nostras subscriptionebus subter eam decriveums roborare.
Data sunt sub die III Kalendas Maii, anno primo regni nostri, Compendium. In Dei nomine féliciter.
Cf. Levillain, Examen des chartes de Corbie, p. 235 ; Pardessus, .D//)/oma<a, n" 5oi, t. II, p. 3oS.
Essai de Restitution de la Charte de Berthefridus conférant l'Immunité ecclésiastique et un Droit limité d'Élection à l'Abbaye de Corbie.
6 septembre ^64, Captonnaco (iicu non identiflé).
In noniine sanctœ et individuae Trinitalis. Dominis sanctis et surami culminis apice pontificalis cathedfa* spécula praesidentibus in Ghrislo fratribus, Nivoni (i), Genesio (2), Elhoaldo (3), Emmoni (4), Audoni (5), Audomaro (6), Audoino (7), Audeberto(8), Burgundofaroni (9), item Audeberto (10), Drauscioni (ii), Berthefridus (12), muuere superni largitoris Ambianensis ecclesiae episcopus prœsumit mittere salutem. Licet nos antiquaregulœ constituta salubri observatione custodire conveniat, tamen ulili provisione tractantes constitnimus, ut quod sacris deiiberalionibiis ron derogat, inlrepida
Evêques (1) de Eeims, (2) Lyon, (3) Genève, (4) Sens, (5) Orléans, (6) Térouanne, (7) Rouen, (8) Cambrai, (9) Meaux, (10) Senlis, (11) Soissons, (12) Amiens.
observatione conservelur. Et quia gloriosissimus domnus Hlotarius rex (i), necnon et priecelsa dorana Ballhildis regina, divino inluminati auxilio, monasterium suo opère, Christo praesule, in loco nuncupante Corbeia cons- Iruxerunt, religiosam petitionem nostris auribus patefecerunt quae viscerali pietatis affeclu ita cor intresecus voluntati eorum mollivit, ut pelita non concedere aut carte libentissime non implesse, noster duntaxat animus inreligiosum fore putaret. Sancto igitur amore succensi nostrie vilitatis extreraitalem petierunt, ut et nos et vestra fraternitas consentientes, pro reverentia Sanctorum Pétri et Pauli apostolorura et saneti Stephani protomartyris, qui ob gloriosum ac triumphale votum pro amore Christi coronam martyrii consecuti sunt, ad prœdictum monasterium in eorum honore constructum privilegium concedere deberemus, licet sancta Garthaginensis synodus a bonœ meraoricc Bonifacio (2), ejusque coepiscopis facta, vel ipsius sacerdotis epistolae ad Liber (at) um (3) porrecta; non prohibeant monachos sub privilegio proprio residere; vel saneti Augustini prteclari doctoris libri {De vita et moribus clericorum) doceant monachos sub quiète regulariter viventes, absque inquietudine clericorum vel episcoporum residere. Quod nos considérantes, dum et canonica institutio de bac re nos non prœjudicat vel ideo supra dictas domnus et prœdicta domna dum se patrocinio tara et in prtcsenti vita quam et in fulurum, pra-fatorum sanctorum plenissima devolione tradiderunt, ut eis ubique apud clementissimum et omnipotentem Dominum eorum intercessio prtebere dignetur adminiculum vel pro reverentia tantorum martyrum, seu prout monachi ibidem degentcs sub régula sanctorum patrum quieli conversari possint, hoc privilegium plena volunlale concessisse vel induisisse visisumus. Nec nos hoc propria* deliberalionis inslilutum poslerilas aîslimet decrevisse,
(1) Clotaire III. (2) Evêque de Carthage. (3) Diacre de Carthage.
cum etiam antiquiora vel in novo tempore raonasterio propria privilégia sint consecula, ex quibus vel pauca dum longum est orania evolvere nominemus, Agaunensium (i), quod velut islud regio est niunere ditatum, et Lirinensium (2), vel basilica domni Marcelli (3), immoque et raonasterium Luxoviense (4), hoc videntur habere concessum et omnem libertatem sunt consecuta; et ita a succedentibuscustoditur ut quicquid ibidem ofîertur, ipsi abbates vel raonachi ibidem deservientes, absque conlrarietate vel repetitione libère cum Dei adjutorio hoc possideant. Ergo antedictis principibus poslulationem sociam libentissime annuentes, sic ab omnibus decretum est ut, qutecumque prsedicto monasterio vel monachis sub libertale evangelica, regio munere, seu a quibuslibet christianis, in agris, mancipiis, vineis, silvis, auro, argento vel veslibus vel quibuslibet speciebus ad pra^dictum monasterium perlinentibus conlatura sunt, sepe dictum monasterium vel monachi ibidem degentes vitse nostrfe temporibus seu successorum noslrorum, libère oplineant et sub omni libertate vel emunitate possideant. Et cum abbas fueril de saeculo isto evocatus, quem unanimiter congregatio ipsius monasterii ex semetipsis bonum et dignum elegerint, data auctoritate a prsefato principe vel ejus successoribus, a nobis vel successoribus nostris, absque ullo commodo secundum sanctos canones ordinetur. Nec episcopus,nec archidiaconus aut quœlibet alia persona ordinator ecclesice Ambianensis, aut quodcumque de eodem monasterio sicut de reliquis parochiis, usurpare aut commutare, aut aliquas res auferre, vel species quae ad ipsum monasterium sunt conlatœ déferre ad civitatem audeat, ut de j^erfecta quiète valeant ipsi monachi, qui ad prsefatum monasterium deserviunt, duce Domino, per tempora exultare, et, sicut antedicta monasteria, sub libertate vivant, ut pro
(1) Saint-Maurice en Valais, (2) Saint-Honorat de Lérins, (3) Saint-Marcel de Chalon-sur-Saône, (4) Saint-Pierre de Luxeuil.
statu ecclesiie et salute reguni vel stabilitale regni et tranqiiillilate palrite valeaut plenius pium Dominum exorare. Illud etiam addi placuit, ut ipsi monachi sub régula sancti Benedlcti vel sancti Colunibani conversare et vivere debeant. Quod si (quis ex nobis) calliditate aut cupiditate prœventus fuerit et ea qute sunt superius comprehensa tenierario spiritu violare praesumpserit, tribus annis pœnitentiam dislrictissime agat a communionc fratrum sequestratus. Et nihiloniinus hoc privileglum Christo prolegente qui et adjuvet illud conservantes et dissipet illud destruere cupienles, perpetim maneat incorruplum. Quam deflnitionem constitutionis nostra;, ut noslris et fuluris teniporibus valitura sit, manus nostrje subscriptionibus roboravimus et coepiscopos dominos et fratres nostros rogamus ut Ipsum in omnibus confirniare debeant,
Berthefridus peccator episcopus boc privilegium a me factum relegi, consensi et subscripsi.
Genesius acsi peccator episcopus hoc privilegium consensi et subscripsi.
Audoenus episcopus hoc privilegium consensi et subscripsi.
Audomarus ( )
Burgundofaro ( )
Audebertus acsi peccator episcopus hoc privilegium consensi et subscripsi.
Factum hoc privilegium sub die octavo idus septembris, anno YIl régnante Clotario rege, Gaptonnaco in palatio publico.
Siggo in Dei nomine diaconus hoc privilegium scripsi et subscripsi.
Cf. Levillain, Examen des chartes de Corbie, p. 227; Pardessus, Diplomala, n" 345, t. II, p. 126.
Office propre de sain'e Bathilde en usage à l'Abbaye de Chelles, tiré du « Sanctorale », manuscrit de cette Abbaye (XI- siècle), conservé actuellement à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (n"^ i270, f" 61). — Fragments d'anciens offices en usage à Gorbie et tirés de divers manuscrits de la bibliothèque d'Amiens.
IX VIGILIA NOBILISSIM.tE BALTILDIS REGlNyE
Ad Vesperas. Ant. — Magna vox laude sonora te decet per omnia quo poli corea gaudet aucla tali conpare terra plaudat &resultet digna tanta sanctissima, o sacra Baltildis regina, nostra vota suscipe(i).
(1) Les mots aucta tali aTaient été mal lue par le copiste criii écrivit adta talim. Il a été facile de rétablir le texte parce que cette antienne qui est rythmée a été empruntée, ainsi que quelques autres pièces, à un office plus ancien, celui de saint Lambert: " Magna vox laude sonora Te decet per omnia, Quo poli chor^a gaudet Aucta tali compare ; Terra plaudit et résultat Digna tanto praesule; O sacer Lantberte Martyr, Nostra vota suscipe i.. Elle a été aftribuée à Fulbert de Chartres (Migne, t. CXLI, col. 344), mais à tort, car l'auteur des répons de l'office de saint Lambert, Etienne, évéque de Liège, mourut en 920, un demi-siècle avant Fulbert de Chartres (Gesta Episcoporum Leodiensium, Migne, t. CXXXIX, col 1084). Cf. Baumer, Histoire du Bréviaire, trad. Biron, t II, p. 76.
Ant. — Orbitasolaris praescntia gaudia confert reginae exiiniae Baltildis gesla rcvolvens.
Ant. — Ista subjecta erat ferventi pectore Christo moribus eximia & vita clara in alla.
Ant. — Ista fuit ad tempus Glodovei régis in aula dilecta cunctis & voci famine dulcis.
Ant. — Regina Ghristi Baltildis hodie exultât in cœlis & conlaudatur in terris : nos ubique exoramus clenientissinie ut in convivio ubi epularis epulemur : tu, Domine, dona nobis cuni illa consorcium in sempiternum.
Cap. — Sapientia vincit malitiam.
il Sanctam Domini electam Balthildem ditatam honoribus sanctimoniae inlustratam commerciis parsimoniae plebs Galliae Syon pariter congregata reginam sibi lieri adclamavit. — y Regalis etiam celsitudo ac procerum mulliludo. Rcginaïu.
Y/niins. — Inter triumplios nobiles.
y Elegit eara Deus &. praeelegit eam.
Alla. — Magnus Dominus ab Angelis et omni creatura laudabilis qui beatam Balthildem de gente Saxonum Iransvexit ad Galliam : quae sic mortali régi nupsit invita ut in cœlis immortali iungeretur in saecula.
Coll. — Omnipotens sempiterne Deus, da nobis in feslivitate béate Baltilde congrua devotione gaudere : ut et polentiam tuam in ejus transitu laudemus & provisum nobis percipiamus auxilium. Per.
Invitatorium. — yElernum trinumque Deum laudemus «!s: unum qui slbi reginam Balthildem transvexit in œthera sancta. Venite.
Ant. — Laudem Deo dicamus qui de Iransmarinis parlibus advocavit Balthildem inclitam & precio venundalam.
Ant. — Recepta est autem a principe Francorum sub cujus ministerio adolescens honestissime conversabalnr.
Ant. — Conversallo namque sanctae Balthildis cunctis
adillirabilis complacebat tam principi quam & omnibus eius ministris.
y Specie tua.
LECTIO I
Benedictus Dominus qui vult omnes homines salvos ficri et ad agnilionem suae veritalis pervenire, qui & operalur omnia in omnibus velle & perlicere, quod bonae volunlalis optaverunt adimplere. Et ideo merito ipsius laus in omnibus quae fecit canenda est. Nec non & in Sanctorum meritis sive virtutibus glorificanda, quem de parvis effîcit magnos, imoque de stercore élevât pauperem, ut sedeat cum principibus, et gloriae solium teneat : sicut in bac venerabili Deique cultriee domnaBallhetilde regina, cuius hodie exultantibus animis festa colimus, ad mullorum augmentum fidelium complelum esse cernimus. Quae siquidem beata de partibus transmarinis divina prcvidentia depredata, et vili precio sed incomparabili commercio venundata : hue advenit ipsa preciosa & optima Dei margarita : atque a principe quodam Francorum viroque clarissimo Erchenalda, qui tune palatium gubernabat, constat esse receptam. In cuius ministerio ipsa adolescens ita decentissime conversata est, ut honesta ejus convcrsatio & admirabilis condicio tam principi quam & omnibus ejus ministris complaceret. Erat enim benigna animo & moribus omnibus pudica, sobria, prudens & cauta, nulli machinans malum. Non levis in eloquio, non praesumptuosa in verbo, sed cuncla opéra sua honestissimo moderabatur ingenio. Claro namque sanguine, licet alterius genlis serviret obsequiis, progenita Saxonum demonstrabatur.
li Hodiernam sollempnitatem in commemoralione sanclae Balthildis célébrantes oranms Domine ut ipsius intercessione adjuvemur in ca;lestibus. — 5' Preciosa margarita nobis reddidit mare, quae advenlu suo lœtifîcavit Galliam.
LECTIO II
Erat itaque forma corporis grata & omni aspectu décora, vultu hilaris & incessu gravis. Talemque se in omnibus ut eam decebat exhibuit, quo praedicto judici principum gratissime placerai & gratiam in oculis ejus inveniret. Gui instituit ut sibi ia cubiculo pocula porrigeret, et ut pincerna honestissima saepius praesens in ministerio ejus adstaret. De cujus dignitatis gratia nullam habuit extollentiam, sed potius in humilitate fundata, omnibus erat suis consodalibus obediens atque amabilis, honore congruo ministrans senioribus ita ut de earum pedibus calciamenta detraheret et ipsa tergeret manibus hac dilueret aquam quo ad lavandum afferet & veslimenta earum festinanter pararel. Et hoc absque murmure, bono & pio animo exercebat. Ex qua ejus nobili conversatione maxima ei inter socias laus atque amor adcrevit. Et in tantum felicem faraam promeruit ut pro matrona quam supradictus Erchenaldus princeps morte interventa amiserat, compiacuisset denuo eidem principi Balthecildem honestissimam virginem in thoro matronali sibi sociare. Quare coinperta jam illustrata divina gratia virgo beala latenter se & studiose ab ejus subtraxit aspectibus.
^ Prudens virgo honores vanos fugiens & humilitatem diiigens conabatur humanum devitare torum ut mereretur ad caelestem pervenire sponsum. — y Nutu Dei dum ducis refugit nuptias, in salutem popuU ad régis pervenit copulam. Conabatur.
LECTIO III
Cum Itaque vocarelur ad principis cubiculum secreto se ut sagax puella abscondit in angulo domatis : et superiecit sibi viles panniculos ita ut neiuo pularet illic aliquem latere potuisse. Atque ut [)rudens «Se astuta virgo iam
tune honores vanos fugiens, humilitatera ac castitatem diligens, temptabat ut poterat humanum devitare thorum, quatinus mereretur ad spiritalem caelestemque pervenire Sponsuni. Sed illuc procul dubio augebatur divina providenlia, ut ipse princeps eandem tune quaesitam minime inveniret, quatinus ad conjugium sibi aliam sotiaret. Postquam vero isdem dux alteri nupsit, tam Baltheeildis puella quaesita est et inventa, sed a praedicto principe minime est contacta. Nutu vero divino factum esse creditur ut quae principis nuptias devitaverat, postea Chlodoveum Dagoberti quondam régis filium, in coniugium aeeiperet, et merito humilitas ad altiorem gradura eam adtolleret. In quo divina dispensatio eamdem honorare decreverat, ut dum ministrum régis contempserat, ad régis copulam perveniret, atque ex ipsa regalis progenies procederet.
i^ Venerabilis regina ita regni vehebat sarcinam ut se principibus ostenderet piam saeerdotibus liliam, juvenibus ae minoribus oplimam matrem. y Erat amabilis omnibus stirpe regia subveniens pauperibus & se cunctis praebens admirabilem. Saeerdotibus. Gloria.
IN SECUNDO NOCTURNO
Ant. — Erat benigna animo & moribus conspicua prudens & pudica aspectu décora & in sanctis actibus fulgebat gloriosa.
Ant. — Fundata siquidem in humilitate poUebat & cou' sodalibus obediens & amabilis manens inter ceteras complacebat Deo.
Ant. — Miro affeetu sororibus serviebat pauperum euram gerens in omnibus quapropter a cunctis diligebatur adtentius.
5' Diffusa est gralia.
LECTIO IV
Quod ideo pcractum est sicut omnibus palet, ut ipsa quae erat ex regali progenie regiani sumeret copulam regalemque gigneret sobolciu. At ipsa collata sibi adeo prudentie gralia, vigilanli studio & régi obteinperabat domino et principibus & ostendebat ut matrem, sacerdotibus ut filiam, iuvenibus sive adolescentibus ut piam nutricem. Eratque amabilis omnibus, diligens sacerdotes ut patres, monachos ut fratres, pauperes ut domesticos, pcregrinos ut filios, quia & ipsa peregrina fuerat amplexabatur. Viduis, orphanis, & pupillis subsidia vitae ministrabat, *!v: omnibus omnino debilibus opem ferebat. Principum honorem conservabat, consiliaque eorum congrua retinebat. luvenes quoque ad religiosa sludia excrconda semper commonebat. Ac régi humililer assidueque pro ecclesiis & pauperibus suggerebat. Jam enim sub seculari habitu Christo minislrare cupiens, frequentabat orationem colidie, commendans se cum iacrimis Christo régi cœlesti. Gui ipse rex pius consulens, iuxta (idem & devotionem ejus ut plenius haec quae mente conccperat perliceret, venerabilem virum Genesium abbalem ac sublevamen, ac in supplemento adiutorii contulit. Per cuius manus minislrans ipsa sacerdotibus & pauperibus pascebat egenos «^ induebat vestibus nudos, studioseque sepelire ordinabat mortuos. Dirigebat quoque per ipsum ad cenobia virorum ac sacrarum virginum auri vel argcnti non modica munera. Quae oninia isdera Dei famulus Genesius qui postea Christo largiente LugdunoGalliae est ordinatus episcopus suscipiebat, tune enim in palatio Francorum crat assiduus. Per eum siquidem ut diximus ipsa bcala mater Balthecildis una cum régis Clodovei impcrio, de cujus prosperitate ac sanitate indelicicnter sollicita eral, suggereule etiam praediclo Dei lamulo,
muitis pauperibus loca per diversa pro vita régis largis simam distribuebat eleniosinam.
il Factum est autem ut per eam Dominus simoniacam heresim destrueret quae pravo usu raaculabat ecclesiam ita ut qui darent pecuniam pervenirent ad episcopatus apicem. 5' Sancta ergo hoc nefas reppulit ut nullus pro percipieiidis gradibus concurreret sponte. Quae pravo.
LECTIO V
Igitur appropinquante domnae Baltechiidis obitu, visio praeclara et ei conveniens fuit ostensa. Scala siquidem erecta videbatur astare ante altare santae Mariae, cuius culmen caelum contingebat, & quasi secuni Angelos Dei comitantes benignos, cum ipsis eadem 'sancta Baltechiidis sécréta ceeleslia penetrare conspexit. Vere beata, cuius itineri angeli comités erant. Ecce scala, quia dum viveret erexit ad cœlum ; ecce sotii angeli, quos bonis operibus inhaerendo, adquisivitin terra amicos. Ecce gradus scalae, omnestranscensos, pervenit ad Ghristum diu ^desideratum, qui ascendit super omnes calos. Ex hac ergo revelatione patenter datur intelligi, quod super eius mérita patientia videlicet & humilitas, ceteraeque quas toto animo dilexerat virlutes, eam ad celsitudinem aeterni régis & ad praemii coronam citius remunerandam perducturae erant. Quam ipsa sancta mater compertam visionem, cognovit se quantotius e corpore esse migraturam, & illuc ubi iam olim thesaurum recondiderat obtimum esse perventuram. Hoc vero silere a sororibus quae consciae huius mirabilis visionis fuerant, praecepit ne matri monasterii vel cuique sorori haec visio manifestaretur, ne magis tristitia defice* rent, donec evocatio divina animam eius sanctam a corpore susciperet.
4 Inter sanctarum virtutum opéra Calense cenobium Dec sacratum edificavit cui matrem spiritalem praeposuit
& sub iussione alterius inibi transire vilam disposait. y In quo ipsa venerabilis sub reli^ione manere decrevit & id iuxta voluni dévote complevit. Et sub iussione,
LECTIO VI
Inter hœc ilaque gaudia posita, pia et alacri mente magis ac magis insistere prsecibus cœpit & semetipsam cum cordis contritione, huniiliter cœlesti régi Domino Jesu Christo, commendare attentius non destitit. Occultabat autem in quantum poterat vim dolofis, sed exortabatur ac consolabatur domnam Berlilam reliquasque sorores edocens se aliquantulum ab infîrmitate qua nimium gravabatur convalescere, dissimulans venturam ut poterat Iristitiam, quae postea ab his qui de vita eius 'confortabantur subito & insperata advenit. Curaque jam ipsa felix & sancta mater corporis sui sensisset linem esse solvendum, ilico mentem sanctam sicut seniper cum raanibus & oculis ad cœlum erigens, conditorem suum anîmam quam creavit ut ipse reciperet oravit, ne de ea gauderet ininiicus, qui omnibus bona volentibus semper est infestus. Gregem quoque eiusdem sancti cœnobii. ut ipse aeternus Pater a faucibus rugientis leonis erue^'et deprecabatur, & ut fluxus vel fluctuslabentis seculi impolluto calle transiret exorabat, qualinus vasa quae sibi sacraverat, a sordidissimis drachonis squamis erepta, munda & immaculata raundis angelis quibus caslitas semper amica est, coaptaret.
Il Igitur sancta cenobia diversis dilatans donis usque ad basilicas beatorum apostolorum Pétri & Pauli & pauperibus urbicis plura ac larga sepius direxit munera. 5'. Ipsa vero piissimo afteclu diligebat sorores ut proprias iilias. Et pauperibus.
IN TERTIO NOCTURNO
Ant. — Pro Dei amore temptabat devitare thorum principis & Deus qui élevât humilem copulavit eani coniugio régis.
Ant. — Sub reginae habitu Christo serviebat ardentius & orationi insistens cuni lacrimis se comniendabat Deo.
Ant. — Praeclara Ghristi famula post perfectain iustitiam migravit ad caelestia cum candidate choro percipiens magni praeniii coronam.
LEGTIO VII
Gerta denique facta de beatae retributionis praemio, virtute qua potuit, prohibait sibi consistentes, ne aliis sororibus foris degentibus hoc innotescerent, sed neque domnae abbatissae quae valde infîrmabatur, ne forte mole magnitudinis tristitiae absorta, vita & corpore periclitaretur. Habebat praeterea ipsa domina Baltechildis quamdam infantulam quam ex fonte sacri baptismatis susceperat, supra quam apud misericordiam Altissimi fudit preces, quatinus tandem ipse ante se reciperet, ipsaque eam infantulam tumulare cernerel. Quod & celeriter obtinuit. Nam eadem hora anima infantulae a corpore exivit, et ut beata Baltechildis postulaverat, ad tumulum eam praecessit. Post haec consignans se confldenter, & pios oculos ac îsanctas manus ad cœlum elevans, sanclam illam animam a corporis vinculo in pace resolvit. Statim autem divinus splendor in ipso cubiculo clarissime choruscavit, et cum ipso lumine ab angelorum choro obviante sibi fidelissimo amico Genesio scilicet episcopo, qui visus est astantibus inter agmina angelorum alîuisse, gloriosa & sancta illa anima est recepta, atque ut magnum eius exhigebat meritum, remigio aiarum eorumdera angelorum
AI'PENDICE G 327
ac manibus in cœlum elevata, gaudet sine fine cuni electis & sanctis omnibus raansura. Paulisper autem sorores quae aderant, quaeque talibus divinis misteriis intererant, doloris gemitura cum repressione lacrimarum ut ipsa iusserat silentio conticuerunt, & tantura sacerdolibus qui eius beatissimam aniniam licet ipse eam haberet receptam, Domino commendarent secreto denuntiaverunt.
^ Propinquante gloriosae sanctae ^Balthildis obitu fuit ei praeclara visio ostensa vidit enim scalam erectam ante altare Dei Genitricis cuius culraen cœlum contingeret.
5* Et quasi ipsa per eam heta ascenderet angelis Dei se cum gHudio comitantibus. Cuius culmen.
LECTIO VIII
Cuius sanctum obitum continue venerabilis abbatissa Bertila & cuncta congregatio cognoscens cum magno fletu accurrentes, requirere cœperunt redarguendo, quod eis cognitam non fecissent, exitus tantae matris tantaeque beatae animae horam,ut & ipsae his misteriis intéressent, quibus se dicebant cum participatione luminis & claritate angelorum aliae présentes fuisse. Dolebant quoque gravataegeniitu, quod non quasi immutata, sed tanquam rapta fuisset abeisdesiderabilis gemma omnibusque gratissima, omnesque obstupefactae pariter, prostratae sunt ilico super humum. Et multis ibi profusis lacrimis cura immenso doloris gemitu pio Domino gratias agentes eumque collaudautes, commendaverunt eius sanctam animam ipsi régi Christo, quatinus isdem dévote quem dilexerat, in consortis suae matris sanctae & virginis Mariae cui corde & opère servierat, ac in collegio sanctorum omnium quos honoraverat consotiaret. Sicque ut decentissimum erat . cxcubias condignas agentes, in ecclesia sanctae crucis quamipsaafundamentis construxerat, corpus bcalissimuai porlavenint, «S: mciilohonjrc smuninquercvcrcnliuiljideui
sepelierunt. Tune venerabilis Bertilaabbatîssa studio pietatis sollicita, conimendavit sanctis sacerdotibus undique adiacentibus, ut eius sancta memoria in sacris orationibus sive oblationibus esset assidue facienda, quod nuncusque locis in diversis condigne celebralur. Reliquid ergo sanctum sequentibus exeiuplum humililatis & patientiae, mansuetudinis & plenissimae dilectionis studium, immoque* inflnitae caritatis & misericordiae bonum astutiam vigi liamque prudentiae, confessionem puritatis & cordis contritionem,
i^ In ascensione scalae declaratum est eo quod sublimia ejus mérita patientiae «S: humilitatis eara ad celsitudinem aeterni régis & ad praemii coronam citius exaltandam perduceret. y. Qua visione comperta cognovit se quantocius de corpore migra turara. Et ad praemii.
LECTIO IX
Docuit quoque ut nullus temere vel praesumptuose aliquid definiret, sed omnia cum consilio esse facienda, temperato & rationabili sermonediscretionis, sciens scriptum, omnia fac cumconsilio, & posl factumnonpœnitebis. Hanc bonitatis regulam consodalibus, & exemplum sanctissimum beatis reliquit matribus, pro quibus exempli sancti virtutibus, & multo amplius meritorum honoribus, recepit magni praemii a Domino sibi coronam repositam, ac perfruitur modo inter angelos ante conspeclum Domini repromisso sexageno merito, quod desideravit serendo ac metendo, immenso & sempiterno gaudio. Igitur ad declaranda fidelibus sublimia eius mérita, ad sacrum ubi eius membra quiescunt sepulchrum, plura per suam famulam efRcit Deus miracula, ita ut quisquis inibi febre correptus aut a daemonio vexatus,vel doloredentium contrilus, seu aliarum infirmitatum laqueo depressus cum fide accès serit ilico per divinam virtutem & eius sanctam interces-
API'ENDICE G 329
sionem depulsa qualibet morbi peste sanus et incolumis in Dei noniine exinderedeat, quodnuper in quodam puero manifeste factura esse constat. Veniens namque ex partibus prpvintiae quidam venerabilis vir Leudegangus episcopus, amicus familiarissimus monasterii Kalensis, eius puerum ita saevissimus daemon arripuil, utcontineri a sotiis nuliatenus posset, nisi eius pedes manusque nodis lenacissimis colligarentur. Quia ob nimiam saeviliae duritiam, omnes quos contingere poterat, denlibus & ungulis dilaniabat. Qui dum ad locum sacri sepulchri sotiorum manibus fuisset delatus, atque in pavinienlum proiectus veluti semivivus, conterritus ilico divine pavore sevissimus daemon oLriguit atque conticuit, ac Dei virlute per intercessionem bealissimae Baltechildis protinus fugatus ab eo discessit. Et erigens se statim puer atque consignans, & Deo gratias agens, incolumis ad dominum suum sociosque revertitur. Et quem antea reverebantur ne eos morsibus attrcctaret, iam amplexibus astringunt dulcibus, & vitœ reslitutum gaudent.
1^ Beata Balthildis cura laudibus orans obitum suum expectans confidenter oculis ac manibus ad cœlumereclis sanctam animam a corporis vinculo in pace resolvit. y Splendor divinus in cubiculo sanctae choruscavit quem choros angelorum meruit habere susceplores. Sanctam animam.
IN MATUTINIS LAUDIBUS
Ant. — Beata Balthildis post quam angelica visionera meruit de corpore se migraturam praescivit & ubi thésaurus corporis recumberel agnovit,
Ant. — Cum vcro iam sensisset dissolutionem corporis imminere sanctam mentem in ca;lestibus erigebat confidens se Deum visuram & de retribulione praemii gavisuram.
Ant. — Tune consignans se confidenter oculos ac manus ad cœluni erexil & sancta eius anima a corporis vinculo soluta est.
Ant. — Splendor adniirabilis in sanctae cubiculoclarissinie choruscavit quae sine dubio ab angelorum choroest recepta.
Ant. — Ad sepulchruni sanctae delatus daemoniacus puer virtute divina &domnae Balthildis meritisprotinussanatus discessit.
In Evangelio. Ant. — Post praeclara omnium virtutura opéra usque ad evangelicara perfectionem voluntarie se sancto proposito subdidit & ut vera Dei famula sub sancta religione beatam vitam féliciter consummavit.
Ad Vesperos in Evangelio. Ant. — Preciosamargaritaa Saxonum gente veniens laeliflcavit Galliam quae Galensi quiescens monasterio cum Ghristo régnât in cœlo imperpetua iocunditate.
L'hymne que nous reproduisons n'est peut-être pas celle qui est indiquée auxpremières vêpres. Les pièces de cette sorte ont été souvent remaniées. Celle-ci est tirée d'un bréviaire de Soissons du quatorzième siècle. (Cf. Dreves, Lilurgische Hymnen, t. XI, p. 85.)
HYMXUS
Inter triuuiphos nobiles, Praeclari Ghristi milites Tendentes ad œtherea ^terna ferunt prœmia.
Fuit Balhildis oplima Gœlestis régis famula, Quœ regnavit in Francia.
Favente Dei gratia.
Haec femina laudabilis, Et honorata ruerilis, Moribus qute poUet sanctis, Sic triumphat cura Angelis.
Forma quoque egregia Et mente subtilissima, Electa est a Domino Ex génère Saxonico.
Quse peregrina venerat, Régi Francorum nupserat, Quam Deus magna gratia Vocavit ad cœlestia.
Diligens certe Dominum Ex corde devotissimo, Ghristi vero pauperibus.
Ut mater erat omnibus.
Frequentabat ecclcsias Orans Deum cuni lacrimis; Vigiliis, jejuniis Inhœrebat assiduis.
Sub régis namque copula Ut femina devotissima Quajsivit régi optimo Jesu adhaerere Domino.
Abjecit vana omnia, Concupivit tetherea.
Nunc possidet cœlestia ^terni régis prœmia
Conlemnens mundi gloriam Menteque devotissima Post perfeclam juslitiam Migravit ad cœlestia.
Cujus per sacra mérita Facit Deus miracula, Ad ejus sacros cineres Plures curantur débiles.
Gloria clementissimo Deo Patri et Filio, Una cum Sancto Spiritu In sempiterna sœcula.
Entre la quatrième et la cinquième leçon la légende est interrompue : la mort de Glovis II, la déchéance et l'entrée à Ghelles de sainte Bathilde sont passées sous silence. Un « lectionnaire » de Gorbie contemporain du « Sanctoral » de Ghelles comble une partie de celte lacune. Ge manuscrit (Amiens, n" i43, {° iSg) contient huit leçons de la vie de sainte Bathilde dont les six premières correspondent aux quatre premières de l'office de Ghelles. Nous donnons les deux dernières.
LECTIO vil
Interea dominus rex Ghlodoveus vir ejus, gratia evocante divina, septimo decimo regni suianno rébus exemptus humanis migravit a seculo. Relictaque sobole filiorum cum matre suscepit ilico post eum filius ejus Ghlotarius rex francorumregnum. Et suff"ragantibus precellentissimis principibus Chrodoberto episcopo Parisiaco, et domno Audoeno Rotomagensi, seu et Ebroino majore domus cum reliquis senioribus vel ceteris quam pluribus regni honorem querentibus, regnum francorumin pace constituitur. Austrasii quoque pacifico ordine faciente domna Baltechilde, per consilium quidem seniorum, receperunt Ghildericum filium ejus regem in Austrasiam. Factique sunt Burguiidiones et Franci ex illo tempore uniti. Et credimus quia,
APPENDICK G 333
Deo gubernante, juxla domne Balthechildis magnam fidem, accidil utipsa tria régna que antea dissedebant discordia tune inter se tenerent pacis concordiam.
LECTIO VIII
Factum est preterea per eam nutu Dei, exortantibus sanctis sacerdotibus, ut heresis symoniaca que pravo usu maculabat tune ecclesiam Dei dando, scilicet contra instituta canonum, pro adipiscendis et conferendis episcopatu vel presbiteratu seu reliquorum gradibus premiorum niunera catholicis viris penitus pelleretur, et hoc impium nefas prohiberetur ne ullus presul pro percipiendis vel dandis sacris gradibus daret aliquid aut perciperet. Ordinavit etiam immo per eam Dominus, ut et alia pessima et impia consuetudo cessaret pro qua multo plures homines lilios sucs magis mori quain nutrire obtabant, dura de eis videbaut exactiones publicas que ex antiqua consuetudine malaingerebantur accipere, unde gravissimum rerura suarura patiebaotur dampnum. Quani nequissime cupiditatis avaritiaiu ipsa pietate plena, pro mercede eterne retributionis prohibait et ut in perpetuura dampnaretur legibus tradidit. Ex quo facto copiosa ei valde merces a Domino reddita manct. Quis enim valet enarraVe quanta et quam magna commoda pro religiosorum cenobia virorum sacrarumque virgirmm, largiendo intégra predia et silvarum aditus ad cellulas seu monasteria construenda concessit. Cui etiam non videbatur liberalitas magnarum rerum quam per diversa cenobia conferebat ad votum sui desiderii esse sufficiens si non et ipsa inter ceteras et peculiares Dei casas, monasterium construeret quod celum esset aspiciens. Pro qua re quasi jam pelagus seculi calcans cenobium Kale sanctimonialium virginum, in pago Parisiaco, unda cicumtluente Materne fluiuiiiis, decentissime edificavit.
La lin de la légende était lue au réfectoire selon la coutume encore observée par les Chartreux pour les sermons et les homélies commencés à Matines.
La bibliothèque d'Amiens possède deux autres manuscrits liturgiques de l'abbaye de Gorbie où se trouve, mais mutilé, l'office de sainte Bathilde. Tandis qu'à Chelles il était de neuf leçons à la manière du rite romain, à Corbie il était de douze leçons, selon le rite monastique, avec les psaumes et les cantiques du Commun des saintes Femmes.
Le plus ancien de ces manuscrits (n° iio) appelé « Antiquum Breviarium » est de la fin du douzième siècle. L'hymne n'offre rien de particulier à la sainte, elle a dû être employée pour d'autres offices :
H Y MX us
Annue Christe seculorum domine Nobis per hujus tibi cara mérita Ut que te coram graviter deliquimus Hujus solvantur gloriosis precibus.
Salva Redemptor plasma tuum nobile Signatum sancto vultus tui lumine Ne lacerari sinas fraude demonum Propter quos mortis exsolvisti precium.
Dole captivos esse tuos servulos Absolve reos, compeditos érige Et quos cruore redemisti proprio Rex bone, tecum fac gaudere perpetim.
Sit tibi Jesu benedicte Domine Gloria virtus honor et imperium Una cum Pâtre Sanctoque Paraclito Cum quibus régnas, Deus, ante secula.
Amen.
APPENDICE ti 335
L'Invitatoire est celui de l'oflice de Chelles : Eternum, etc. Les antiennes des matines et des laudes, encore qu'elles ne soient pas toutes du Commun des saintes Femmes, sont connues, pour la plupart. Les leçons des deux premiers nocturnes appartiennent à la légende de Chelles, Enfin aux vêpres il n'y a qu'une antienne pour les quatre psaumes selon un usage assez général de cette époque, aux jours de fête.
La collecte est : Presta, quaesumus, omnipotens Deus,ut béate Balthildis soUempnia recensentes merilisipsius protegamur et precibus. Per Dominum, etc.
Le manuscrit est déchiré en plusieurs endroits.
Le second manuscrit (n" ii6) «Magnum Breviarium» est de la fin du quatorzième siècle ou du commencement du quinzième. L'hymne, la collecte, l'invitatoire, les psaumes sont ceux de 1' « Antiquura Breviarium ». Les leçons très courtes n'offrent aucun intérêt; d'ailleurs elles s'arrêtent avec la septième, car le feuillet qui contenait le reste a été arraché du manuscrit.
Plusieurs antiennes et répons sont rythmés : des lettres majuscules marquent, dans notre texte, le commencement de chaque vers.
A vêpres une seule antienne pour les psaumes :
Gloriosa jam per orbem Rutilât sollempnitas. Qua celestem sumpsit vitam Regina Baltechildis, Luce vernans speciosa, Turmas interangelicas. Cujus nos Jhesu bénigne lam tuere precibus Ut cum illa te laudare Possimus per secula Seculorum. Amen.
A Magnificat. — Filie Jherusalem venite et videte Balthildem cum corona qua coronavit eam Dominus in die promocionis de throno Gallie ad thronum glorie.
Au premier nocturne :
A ni. I. — Nobilissimis Saxonum natalibus orta velud luciCcr Balthechildis enituit.
Anl. IL — Ne puerili cederet levitati sancte meditacioni studens documentis sanctis suum prebuit auditum.
Ant. m. — Pudore bono repleta Dei famula principis thorum quasi nefas abhorruit.
Ant. IV. — Tanto namque feliciorem se esse credebat quanto acriora carnis incendia pia longaniraitalecertasset evincere.
Ant. V. — Pro ineffabili gratia preminentium virlutum regi Ghlodoveo féliciter est nupta.
Ant. VI. — Gioriam mundi sprevit post mortem sui conjugis etideo meruit provehi ad regni apicem gubernandum.
i^ I. Altos genlis saxonice Balthildis orta sanguine Novo decoris sydere Fines illustrât Gallie. — f Depredata ac vendita Erchenoaldo principi. — Novo.
lî II. Ornabant hanc nostram exulem fides, genus, castitas atque fervens caritas. — y Liliabat ejus formam morum elegancia. — Atque.
i^ III. Sponsa volens fieri Gonjugis altissimi Dévote mens exulis Thorum sprevit principis. — f Gastitatis araatorem Jhesum amans dulcius. — Dévote.
i^ IV. Audivi vocem de celo venientem : Venite omnes virgines sapienlissime oleum recondite in vasis vestris dum sponsus advenerit. — 5' Media nocle clamor factus est : Ecce sponsus venit. — Oleum (i).
Au deuxième nocturne :
Ant. I. — Satagebat igitur orphanorum ac ecclesiarum regni curam gerere ac sumptu suo monasteria regia de novo construere.
Ant. II. — Gorbeiam itaque fundandam egregie ejus precibus ab omni subjectione Bertefridus pontifex emancipavit. •
Ant. III. — Adest multitudo devotorum pontificum qui tali previlegio subscribentes sanxerunt ne quis posterorum contra tam celebrem donacionem venire presumeret.
Ant. IV. — Sanctitate quoqueinsignemsanctimonialium gregem in Kale cenobio a se facto locupletavit.
(1) Ce répons appartient également à « l'Antiçtuum Breviarium ».
Ant. V. — Inler quas Baltechildis ceu mistica larapas deposilis regni curis dévote refulsit.
Ant. VI. — Inter cararura lacrimantia verba sororum spiritus emigrans nïox lucis in arce choruscat.
il I. Audiens rex Chlodoveus Faniain sancle virginis Duxit eam in uxorera Spe future sobolis, — y Ula licet votum virginitatis haberet tamen consensit. — Spe.
i^ II. Subliinala plus quara ante Cor habebat humile. Tanto alta sanctitate, Quanto gradus culmine. Nani licet negociosis Interesset populis Mente tamen fixa polo Eininebat seculo. — Tanto.
i^ III. Vere felicem Galliara, que talem ac tantara meruit habere reginam. — y. Erat autera...
Les ofTices de Clielles et de Corbie qui précèdent ont été publiés avec le concours des RR. PP. DomR. Andoycr, prieur de Saint-Martin de Ligugé, et H. Vautier, moine de Saint- Wandrillc.
Office de sainte Bathilde, 30 janvier, tiré du Propre de l'Abbaye de Corbie, édité par la Congrégation de Saint-Maur en 1677. Les Hymnes sont de Mabillon. (Dom Tassin, Histoire littéraire de la Congrégation de Saint-Main\ p. 220.)
AD VESPERAS
Aniiph. — Ecce Regibus cum reliquis de Laudibus. Psalmi, Capitulum et Rep. brève de Communi nec Vir ginum, nec Martyrum.
HTM.NUS
Antiqua ïempli fabrica, Bathildis olim gloria.
Tuam Bathildem gloriam Gaelo receptam praedica.
Surrexit icter Saxones, Exorta reguni linea, Mores bibit fideliura Inter profanos incolas.
Nutu superno perditis Captiva facta Barbaris, Honore salvo vendita Erchenoaldo serviit.
Pudica virgo principis Fugit thorum, divinitus Servata Régis nuptiis Vita sacravit regiani.
Excelsa jungil infimis, Austera laetis computat, Spreta corona temporum • Ambit coronas ceelitum.
Jesu, tibi sit gloria Per quem Iriutnphant Principes Gum Pâtre et almo Spiritu In sempiterna seecula. Amen.
y Specie tua, etc.
i^ Intende, prospère, etc.
Antiph. ad Magna. — Ista est Bathildis regibus venerabilis, quam ubique magnifîcant opéra pietatis : quae templa Deo condidit, cul Deus templum gloriœ reservavit. Alléluia.
Oratio. — Deus qui inter regales delicias et raundi illecebras sanctam Bathildem, virtute constantiae roborasti ; quaesunius ut ejus intercessione fidèles tui lerrena despiciant, et ad ca;lestia semper aspirent. Per Dora.