‹ Sainte Bathilde, reine des FrancsChapitre 21 sur 30 · ENTRÉE DE SAINTE BATHILDE A CHELLES · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE SAINTE BATHILDE A CHELLES

une règle sage, pondérée, à laquelle l'expérience des siècles n'a rien ajouté d'essentiel. D'un coup il atteignit le point précis où la vie claustrale, toute spirituelle et rude à la nature, reste cependant facile, humaine et n'excède ni l'énergie de l'àme, ni les forces du corps.

Les monastères de vierges établis dans les villas ressemblaient aux abbayes de moines et avaient comme elles sous leur autorité les hommes libres, les affranchis ou les serfs qui peuplaient leurs domaines. Des immunilés diverses assuraient leur indépendance et leur puissance contre les prétentions des grands, des évêques et des rois eux-mêmes. Pour sauvegarder l'autonomie de son monastère d'Arles, saint Césaire donna aux religieuses seules le droit d'élire l'abbesse qu'on revendiqua aussi dans toutes les autres maisons (1).

L'organisation de ces saintes demeures était à peu près celle des monastères d'hommes : avec les différences imposées par le sexe, les coutumes, les exercices spirituels, les travaux étaient analogues. La jeune fille qui franchissait la porte des cloîtres de saint Césaire savait qu'elle ne s'ouvrirait plus pour elle désormais si elle était fidèle à l'appel divin (2j. Après une année de noviciat, sa décision était irrévocable (3). Dès cet instant elle appartenait au Christ à qui, en épouse oublieuse d'ellemême, elle consacrait sa vie entière, chacune de ses journées et toutes ses heures, dont une grande partie se consumerait dans la célébration d'une liturgie très longue qui ne le cédait en rien à celle de Colomban dans les

(1) ... omnea Chriato inspirante unanimiter sanctam et spiritalem

eligite iHecap. Keoulie sancti Csesarii, c. LXI ; apud BoUand.,

Januarii, t. II, p. 17.)

(2) « ... uaqxie ad mortem suam de moziasterio non egrediatur... » (Rcg. sancti Cmsarii, c. 2; BoIIand., Januarii, t. II, p. 12.)

(3) uni e senioribua tradita per anaum integrum in eo quo

Tenit habitu peraeveret. » {Ibid., c. 4; il/id., p. 12.)

offices nocturnes et la dépassait aux heures canoniales du jour (l).

Pendant les intervalles de la psalmodie sacrée la physionomie du monastère s'animait; les pieuses recluses, après avoir donné deux heures à la lecture privée, se livraient aux labeurs communs : la couture, la broderie, le filage et le tissage de la laine, les travaux domestiques dans lesquels elles se succédaient exactement (2).

La clôture qui les séparait du monde ne les en privait pas tellement que leurs parents et leurs amis ne les visitassent à de certaines heures, mais avec les précautions requises par la prudence (3).

Dans ladminislration de son monastère, l'abbesse était aidée par plusieurs de ses Sœurs, la prévôté ou prieure, la maîtresse des novices, la cellérière, la maîtresse de chœur, les infirmières, etc. (-4).

Dans la communauté ainsi ordonnée et gouvernée la pénitence nécessaire à toute vie religieuse et parfaite avait, sous des formes diverses, sa place au monastère : la pratique des vœux, les renoncements fréquents à la volonté propre, le travail quotidien, les longs offices du

(1) « ... ad tertiam psalmi duodecim cum alleluiaticis suis et antiphonie; très lectiones dicantur... liyinnus... ad eextam psainii ees, hymnus... lectiones... ad nonam... psalmi eex, cum antiphoua, hymnus, lectio et capitellum (suffrage; » {Ihid., c. 66, p. 17;. L'otflee du soir formé du Lucernarium et du Duodecima était de douze psaumes avec antiennes, leçons, hymne et quelques autres pièces: « Ad lucernarium directaneus (psaume) parTulus... très antiphonse, hymnus... et capitellum... Ad duodecimam... directaneus... sex sorores binos psalmos cum suis alleluiaticis dicant... antiphonas très, lectiones duas. » (Ibid., c. 67, p. 17.) Le nombre des psaumes à l'office de nuit variait avec la longueur des nuits. (Ihid., c. 67 et 69, p. 17, 18.) Cette ordonnance de l'office était, eu grande partie, empruntée à la liturgie de Lérina. (Ibid., c. 66, p. 17.)

(2) « ... duabus horis lectioni vacent: reliquo vero diei spatio faciant opéra sua... » {Ihid., c. 19; p. 13. Cf. c. 14, 16, p. 13.)

(3) « ... ut janua monasterii opportunis horis salutantibus pateat. » (Ihid., c. 38, p. 15.)

(4) <-' Praeposita " (Ihid., c. 12, p. 13) ; « ceJ'uria » (Ihid.. c. 30, p. 14); « formaria », « primiceria », « infirma»' ' » (c. 42, p. 15).

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