JUSTIFICATION DU TIRAGE
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« L'histoire est semblable à un portrait qui est d'autant meilleur qu'on ne cherche point à y représenter la beauté, mais ce qui se rapproche le plus de l'original. »
(Pallavicini : Histoire du Concile de Trente,)
« Ge n'est qu'en laissant s'écouler un long espace de temps que l'on arrive à connaître la personne qu'on étudie. »
(Sadi : Le Boustan.)
Je ne sais quelle impression laissera ce livre à ses lecteurs, mais, au moment de lui donner rexeatj^éprouve le besoin de résumer en quelques lignes mon opinion générale sur Sainte-Beuve.
Et d'abord ce n'est pas la fantaisie qui m'a fait diviser cet ouvrage en deux parties distinctes^encore qu'elles se complètent Tune par l'autre. Quand je l'entrepris, j'avais sur Sainte-Beuve deux ou trois idées préconçues qui m'étaient venues de divers côtés et un peu du sien, car il faut lui rendre cette justice que, contrairement à beaucoup d'écrivains, il ne s'est point embelli, tant s'en faut, pour en imposer à la postérité.
6 «AINTE-BEUVE
J'avais entendu dire, et je me suis fait Técho d'un de ces bruits dans un chapitre de mon livre sur Vigny^ qu'en politique, en religion et en littérature il avait tourné à tous les vents comme une girouette, et que, dans ses rapports avec ses semblables, il avait été aussi faux envers les hommes qu'inconstant envers les femmes; bref, qu'il avait trahi ou trompé tout le monde : les vivants et les morts, Tamitié et l'amour.
J'ai donc ouvert une enquête aussi sérieuse que possible pour savoir s'il méritait, et dans quelle mesure, la mauvaise réputation qu'on lui a faite, et c'est quand cette enquête a été finie que, pour mieux faire éclater la vérité, j'ai résolu de partager ce livre en deux tomes, dont l'un, consacré à Tesprit et aux idées de Sainte-Beuve, forme en quelque sorte le côté des hommes, et l'autre, consacré à ses mœurs, celui des femmes.
C'est qu'en effet, par un phénomène qui n'est pas du reste aussi rare qu'on pourrait le croire, l'esprit et le cœur, chez Sainte-Beuve, comme deux bêtes mal appareillées qu'on attellerait à une charrue, tirèrent toute sa vie chacun de leur côté. Autant son esprit était changeant, autant son cœur était fidèle. Et de ce que notre critique trahit une seule fois Tamitiépar amour, etTamour par gloriole et par haine, on aurait tort d'en conclure — comme je Tai fait un peu légèrement dans mon Vigny — qu'il trahit tout le monde. L'exception ne sera jamais la règle, quoiqu'elle la confirme d'après les grammairiens. Ce sontplutôt lesfemmesqui auraienttrahiSainte-Beuve,