DÉPART
L'an passé, c'était fête au toit de Thirondelle.
Tout chantait dans son nid, tout chantait dans son cœur ;
Les petits au soleil battaient g^aiement de l'aile
Et de leurs cris d'amour saluaient le Seigneur.
C'était beau. Dans le cercle un rossig'nol prit place ; Peut-on croire avec lui que les printemps sont courts ! L'hiver était caché. Rien ne disait sa trace : On pensait que l'été devait durer toujours.
L'hirondelle disait : (( Oh ! que la vie est douce ! (Le cœur de l'hirondelle est si faible à l'espoir !) Voyez ! Les blés viendront, Dieu sourit, Therbe pousse. Nous voilà réunis pour aimer et tout voir.
(( Oh ! celte fois enfin la nature est constante ! Nos cœurs ont trop souffert pour se tromper encor, Tout s'émeut, tout renaît sous une main puissante, Salut ! c'est le bonheur avec ses rayons d'or. »
Mais Toraçi'e est venu. La paisible couvée A vu fondre l'hiver au milieu de ses jeux ; Et puis dans l'ouragan mainte plume enlevée, Sanglante, a tournoyé sous le vent furieux.
Le grand souffle a brisé le nid, seule richesse
De la pauvre famille éperdue ; et les bois,
Etonnés et noircis d'une prompte vieillesse,
iX'ont plus qu'un sombre écho pour répondre à sa voix.
Maintenant elle part. Pauvre déshéritée ! r^'est aux sohiils lointains qu'elle se traîne encor. Plus d'ori(ueiI, plus de chant, l'aile aux vents agitée, Dans le deuil des chemins tente un tremblant essor.
Ils s'en vont. Un beau jour vaut-il ce qu'il leur coûte! Le rossignol a fui. Tout est sombre, ils s'en vont ;
Et leur vol inég'al hésite sur la route
Où Dieu qui les regarde a dit : Ils souffriront !