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DEUXIÈME VERSION

L'ombre en mon cœur s'est épanchée, Sous mes prospérités cachée La douleur pleure en ma maison ; Un ver ron^^^e ma grappe mûre ; Toujours un tonnerre murmure Derrière mon vague horizon (1).

Et, tout en chantant son amie, Victor Hugo la mêlait de us en plus à son existence. Il était le fleuve, elle était la rière; leurs eaux s*en allaient à la mer ensemble, en réfléchisit les mômes rives, les mêmes nuages et le même ciel. De mps en temps, la rivière se fâchait bien un peu contre le mve, car elle était jalouse et n'aurait pas voulu d'autre aient qu'elle dans son lit, mais le fleuve était si impétueux, volontaire, qu'il l'entraînait avec lui malgré tout. Elle avait.

i)Dans les Chansons des Rues et des Bois, il est telle pièce que Victor igo a faite deux fois : par exemple, la Princesse d'Orange, en reçard de "^lle il a écrit : « Fait sur commaude de madame Juju. » Voici la prestrophc dr la première version :

Mai dans les bois recèle i^es amours innocents; Des amours innocents L'homm(; en est 1 étincelle; Des amours innocents La femme en est l'encens.

d'ailleurs, tant de raisons de l'aimer et de se montrer clémente! il y avait entre eux tant de points de contact, tant d'affinités naturelles!... Ai-je dit que Juliette adorait les bibelots, les vieilleries, les objets d'art ancien et toutes les curiosités ? Quand Victor Hugo bii eut découvert cette passion, ce fut un nouveau prétexte pour l'emmener partout en vojag-e, et il n'eut jamais à le reg*retter. Elle s'entendait comme personne à dénicher dans l'arrière-boutique des brocanteurs la statuette ou le magot chinois que convoitait Victor, et revenait, les bras chargés, de toutes leurs excursions à travers h France, en Belgique ou sur les bords du Rhin. Passait-ellf devant une cathédrale gothique, elle y voyait tout de suite C( que Victor y cherchait; parfois même elle y trouvait ce qu lui avait échappé. Ainsi, un jour qu'elle traversait le parvis d< Notre-Dame en compagnie du poète et d'Auguste Vacquerie elle s'écria tout à coup : « Mais ces tours, savez-vous bien, moi cher maître, qu'elles forment la lettre initiale de votre nom? ; Le mot ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd. Vacquerie ei fit le vers superbe : j

Les tours de Notre-Dame étaient l'H de son nom. jl

Et quant à Victor Hugo, je crois bien que c'est depuis c;jour-là qu'il fit entrer cet H monumental dans tous les sujet! décoratifs sortis de sa plume de peintre ou de son ciseau dlÉ ] menuisier. Lorsque vous irez visiter le musée de la placBjj, Royale, arrêtez-vous devant la grande cheminée rouge fetjBji incrustée d'or, ou devant quelques panneaux et certains cadreft^^., qu'il exécuta lui-même pour l'appartement de Juliette à GueiB| nesey : vous y verrez se dresser glorieusement les deux poteau " de cette lettre symbolique ! (( Lui toujours! lui partout! )) [i

ni

Cependant, les événements se précipitaient, qui allaient boij

APPENDICE

leverser toute la vie du grand poète. Au lendemain de la révolution de Juillet, en i833, il écrivait à Sainte-Beuve, qui se vantait de Tavoir « déroyalisé » :

(( Nous aurons un jour une république et, quand elle viendra, elle sera bonne. Mais ne cueillons pas en mai le fruit qui ne sera mûr qu'en août; sachons attendre. »

Or, elle arriva cette République, un matin de février (le mois de prédilection d'Hug-o), lorsque personne ne l'attendait, et le chef de l'École romantique fut une de ses premières victimes : le roi Louis-Philippe l'avait nommé pair de France, en 1845 ; sa chute le rendit à la vie privée et l'obligea, par mesure d'économie, à quitter son appartement de la place Royale. Il alla, quelque temps après^ habiter au n» 87 de la rue de La Tour-d' Auvergne, pendant que de son côté Juliette cmigrait cité Rodier.

Mais il n'était pas homme à se désintéresser de la chose publique. Les lauriers de Lamartine l'empêchaient-ils de dormir? On l'a dit, je n'en crois rien. Toujours est-il qu'après ivoir hésité entre la réaction, qui l'avait envoyé à la Gonsti- "ante, et le parti républicain dont il avait recueilli, après les MjLirnées de Juin, quelques proscrits, il embrassa la cause de la Piépublique pour lui demeurer à tout jamais fidèle.

Vint le coup d'Etat. Cette fois, ce fut l'exil avec son cortèg-e • Ilî maux et d'humiliations de toute nature. Caché pendant «luclques jours chez Juliette, — où, d'ailleurs, il ne courait aucun risque (nous savons aujourd'hui, par les mémoires de M. de Maupas, que, malgré ses appels à la révolte, on ne

)iilait pas l'arrêter), — il quitta Paris, le 11 décembre, sous ' blouse et avec les papiers d'un ouvrier, que lui avait proiirés son beau-frère, Victor Foucher ; il arriva à Bruxelles,

Le 9 janvier 1802, un décret du Président de la République prononçait son expulsion du territoire français, en même linips (jue celle de soixante-six anciens députés à l'Assemblée législative. Peu de temps après, il écrivait à sa i'cmme, qui

2 68 s.\î\^tk-br;uve

était restée à Paris pour vendre aux enchères publiques tout leur mobilier (i) :

(( Vis d'économie. Fais durer l'argent que je t'ai laissé... (( Je vis, moi, pour cent francs par mois, voici le devis par jour :

Loyer i )>

Déjeuner (une tasse de chocolat). . . . )) 5o

Dîner i 25

Feu » 25

(( Cela fait quatre-ving't-dix francs par mois ; le reste (dix francs) est pour la blanchisserie, les pourboires, etc. A nous deux, Charles, nous dépenserons donc deux cents francs par mois !»

Il ne parlait pas de Juliette, qui l'avait rejoint à Bruxelles et qui, naturellement, vivait sur son maig-re budget. Mais Juliette eut à ce moment-làun mouvement héroïque. Envoyant la ruine de son ami, elle sentit qu'elle lui serait dorénavantune charge trop lourde : elle lui offrit spontanément, généreuse- ment, de sortir de sa vie pour le laisser tout entier à ses devoirs. Et voici l'admirable lettre qu'elle adressa à son cher Victor, après qu'il l'eut embrassée et retenue auprès de lui :

« Bruxelles, 27 décembre, mercredi, après-midi, trois heures et quart.

«Ne te préoccupe pas de moi, mon pauvre bien-aimé, car je ne t'aime jamais mieux et avec plus de sécurité que lorsque je te sais occupé de tes devoirs de famille et du soin d'assurer la

(i) Cette vente eut lieu les 7 et 8 juin 1862. Le i5, Déranger écrivait à M. et Gauchois-Lemaire : «... Hier, j'ai été voir Hugo; Dieu, quelle maison mise au pillage I quelle ruine I ils ont reçu bien des marques de sympathie, et ce mobilier s'est bien vendu ; toute cette famille va se transporter à l'étranger : cela serre le cœur; quand et comment reviendront-ils? — Ce qui m'afflige, surtout, c'est la position de fortune personnelle de Lamartine; je ne connais rien de plus triste. » (Lettre inédite.)

APPKND1CI-:

mquilllté et le bonheur de ta femme et de tes enfants; conle-loi tout entier à ta conrag-euse et dig-ne femme, tout le iiips (le son séjour ici. Ne lui épargneaucune des distractions iqui peuvent la reposer des cruelles épreuves qu'elle vient de supporter, fais de ma résignation et de mon courage, de ma ioatesse et de mon dévouement une sorte de litière douce et ,i)lle qui lui adoucira les aspérités du chemin tout le temps i u elle passera avec toi ; donne-lui toutes les consolations et lies les joies que tu pourras, prodigue-lui tous les respects et Iles les affections qu'elle mérite etne crains pas devoirjamais 0 bout de ma confiance et de ma patience... (i). »

Le lendemain, elle lui disait encore :

Je hâte de tous mes vœux l'arrivée de ta femme dans Fesince qu'elle t'apportera de bonnes nouvelles. La tranquillité ton esprit fait la sérénité de mon âme... (2). » hi'on s'étonne après cela que Victor Hugo ait refusé de se irer d'elle, qu'il Tait installée à deux pas de chez lui à Guer-

V et que Mf"^^ Victor Hugo, elle-même, instruite de toutes marques de dévouement qu'elle avait données à son mari, liai par l'accepter, et, faisant violence à ses sentiments, lui ' tendu la main comme à une amie !

Mme Victor Hugo, me disait naguère un de ceux qui l'ont tiquée dans l'intimité, avait une âme d'enfant; elle était i e et bonne, adorait son mari et lui passait toutes ses laines. On sait qu'elle le tira plusieurs fois de fort mauvais . notammefit lorsqu'il fut pris en flagrant délit avec madame i d. C'est elle qui désarma l'époux outragé et parvint à sous- ! 0 les deux coupables au pire châtiment qui était le scanpublic (3). Elle avouait ingénument d'ailleurs qu'elle n'é-

Loltre in«'(lite.

, Id.

I^'affaire n'cQ fit pas moins p^rand bruit, comme le prouve le passage nit d'une lettre (jue Ghoi)in adressait à sa sœur, le 20 juillet i845 :

.. (Jue vous dirai-je de I*aris? Albert [Albert Grzymala, un émiçré lais, ami de CliopinJ me dit seulement — ce que les journaux avaient lié sans citer de nom — l'aventure arrivée il y a (juinze jours à Vie-

tait point faite pour être la femme de Victor Hug'o, — ce doni se sont aperçus tous ceux qui ont lu attentivement les Lettre'^ à la Fiancée^ — et que Mme Drouet le comprenait beaucoufh mieux qu'elle, — ce qui ne l'a pas empêchée de raconter s^j '^ vie d'une façon charmante, en « témoin » qui glisse sur Wji défauts et ne fait valoir que les qualités. I

Ainsi donc; il vint un jour où, du consentement tacite de s£;! î femme, Victor Hugo eut publiquement deux foyers : Haute! » ville-House, où il prenait ses repas du matin avec Adèle, et h maison d'en face, autrement dit celle de Juliette, où il prenai généralement ses repas du soir, quelquefois avec ses fils. E tous les amis de France qui venaient le visiter, après avoir salu respec tueusement la reine de la main droite, allaient présente leurs hommages à la reine de la main gauche. Cela renversi évidemment toutes les idées reçues en matière de morale : mais comme disait Sainte-Beuve, poésie et morale n'ont jamais fai bon ménage ensemble, et les grands hommes ont assez l'habitude de se placer au-dessus des règles et des convenancej sociales. D'ailleurs, l'amour excuse bien des choses, le tempi aussi, et j'imagine que Victor Hugo répondait d'avance au3 gens pudibonds ou bégueules que ses façons de vivre pouvaient scandaliser, lorsqu'il adressait à Juliette, au mois d( septembre 1864, les beaux vers que voici :

Quant deux cœurs en «'aimant ont doucement vieilli,

tor Hugo. M. Biard, peintre d'histoire pas trop fameux, très laid, avaii une jolie femme que M. Hugo séduisit. M. Biard les surprit en flagran délit, de sorte que Hugo fut obligé de montrer, à celui qui voulait l'arrêterij sa médaille de pair de P>ance, afin qu'on le laissât momentanément eil repos. M. Biard voulait faire un procès à sa femme, mais tout s'est réduij* à une simple séparation. Hugo a filé pour quelques mois en voyage i Mi^e Hugo (très magnanime) a pris M^^^ Biard sous sa protection et Ju liette, cette actrice de la PortCrSaint-Martin, célèbre il a y une dizaine d'an nées, qui est entretenue depuis longtemps par Hugo, malgré M"»" Victo Hugo, ses enfants et sa poésie sur la moralité de la famille, cette Juliette;., dis-je, est partie avec lui. Les mauvaises langues parisiennes sont satisfaijp ~ tes : elles ont de quoi s'exercer. Mais il faut avouer que l'histoire es amusante. Ajoutez à cela que M. Hugo en est à sa cinquième croix, el * qu'à chaque occasion il pose pour la gravité et se présente comme supérieuM^l au reste des humains. » [Souvenirs inédits de Chopin.) npK

APPCNDICE

Oh! quel honhcur profond, intime, recueilli! Amour ! hymen d'en haut, ô pur Hen des âmes ! Il garde ses rayons même en perdant ses flammes. Ces deux cœurs qu'il a pris jadis n'en font plus qu'un; Il fait, des souvenirs de leur passé commun. L'impossibilité de vivre l'un sans l'autre; Juliette, est-ce pas V cette vie est la nôtre ! Elle a la paix du soir avec l'éclat du jour Et devient l'amitié tout en restant l'amour.

M. Albert Lacroix, Téditeur des Misérables, se faisait donc des scrupules tout à fait superflus le jour où, pour fêter leâ soixante ans du maître, il hésitait à inviter à un banquet en son honneur les deux femmes qui se partageaient sa vie. Temprunte l'anecdote à M. Adolphe Brisson.) Ce fut, du reste, M^ne Victor Hugo qui Tenhardit la première en lui disant qu'elle ne voyait aucun inconvénient à ce qu'il invitât M'"^ Drouet.

— (c Mais vous, Madame? Je tiens par-dessus tout à votre présence.

— (( Vous pouvez compter sur moi .

— (( C'est promis?

— « Je vous le jure.

« Ainsi fut fait. La vénérable M'"^ Lacroix a gardé jus-

Bi*au moindre détail de ce repas mémorable. M"^° Hugo, Drouet, étaient assises à droite et à gauche de l'aml^tryon. L'entretien, un peu froid au début, ne tarda pas à ^*animer. Chacun se mit à Taise. Mais, quand vint le dessert, léger frisson secoua les convives. W^^^ Victor Hugo l'était levée, sa coupe de Champagne en main, et, promenant autour d'elle ses regards mélancoliques, souriant de son sourire un peu las, elle porta la santé de M"^° Drouet.

— « Les mots qu'elle prononça, — s'écrie M"^° Lacroix, — je ne saurais les redire. Ce n'était qu'une phrase. Et c'était exquis. Elle y mit exactement ce qu'elle y devait mettre, sa pudeur, î:a dignité fière, sa tendresse, et la mansuétude, et la

clémence qu'elle accordait aux faiblesses du g^énie (i). »i| Six ans après, le 27 aodt 1868, M"^^ Victor Hugo, malade, || presque aveugle, mourait à Bruxelles. Juliette, qui était un H peu plus jeune qu'elle, et dont les cheveux étaient blancs comme 1 neige depuis près de trente ans, fit tout ce qui dépendait d'elle ii pour que Victor Hugo ne sentît pas trop son absence. | Est-ce à dire, comme ne craint pas de l'avancer M. Paul | Chenay, que (c son arrogance s'en accrut »? Nullement, car| elle était sans morgue, et Victor Hugo avait raison de protester |^ que (( ceux qui n'aimaient pas M^^ie Drouet n'étaient plus ses i amis )).

Juliette n'avait jamais eu d'autres amis que les siens et s'était fait un devoir, dès le premier jour, de les défendre contre lui-même en toute occasion. On peut consulter là-dessus M. Paul Meurice.

Il n'est pas vrai, non plus, qu'elle ait profité de la disparition de M™*^ Victor Hugo pour mieux soigner ses propres intérêts (2). Elle n'avait rien à elle que la petite maison que le poète lui avait achetée à Guernesey et les meubles curieux dont il Tavait garnie. Elle était bien trop occupée de la gloire de son seigneur et maître (3), pour songer à amasser de l'argent. Qu'en aurait-elle fait^ d'ailleurs?

Quelques années avant de mourir, Victor Hugo, craignant de partir le premier et ne voulant pas la laisser dans l'embarras, exprima le désir de lui faire une donation de trois cent mille ;

{i) Le Roman d'un Roman : — Les MisèrabUs . [Le Temps àii 28 février 1902.)

{2> Il aurait fallu, d'abord, qu'elle tînt les cordons de la bourse, et chacun sait que le poète ne les confiait à personne. A la fin de sa vie surtout, il était peu prodigue : M-^^ Drouet avait peine à obtenir l'argent dont elle avait besoin pour renouveler Je linge et la garde-robe du grand homme.

Qu'on me permette, à ce propos, un témoignage personnel. Un jour que j'avais l'honneur de dîner chez lui, Victor Hugo, en se mettant à table, s'aperçut que sa serviette était toute trouée. Et de rire, et de la mettre devant son visage en faisant : « Coucou 1 »

— Que voulez- vous, Monsieur, — dit M^ae Drouet, en montrant ses dents blanches, — votre linge fait C()mme nous, il vieillit tous les jours I

(3j Le musée de la place Royale contient une vitrine où Juliette a réuni une foule de petits objets, moitié souvenirs et moitié reliques, ayant appartenu à Victor Hugo. b

APPLNDlGE

rancs. Le chiffre, débattu devant ses futurs exécuteurs testalentaires, leur parut un peu ^tos, à elle aussi. Ils ne savaient as alors, Victor Huço non plus, ce qu'il possédait au juste, 'ils avaient su — et c'est M. Paul Meurice qui alla un jour Mi informer de sa part — qu'il avait plus de trois millions MM. de Rothschild frères, ils n'auraient soulevé aucune lion. Dans l'ig-norance où il était de sa fortune réelle, ils lui lèrent le conseil de constituer par testament à M"^^ Drouet Je rente viagère de vingt à vingt-cinq mille francs. Elle ne i fut jamais servie, puisque c'est elle qui mourut la première. Il lui écrivait une fois :

(c Toutes les nuits, avant de m'endormir, je demande à Dieu :iN ma prière que tu ne manques à aucun jour de ma vie, et !)rès notre mort (ensemble) il nous réunisse dans son éterienheureuse (i). »

ne devait pas l'exaucer. Malade du cœur depuis longs et s'efforçant de cacher son mal pour ne pas effrayer son re ami, elle s'alita, un jour, pour ne plus se lever et mou- ; II mai i883.

i rois mois auparavant, le 16 février, Victor Hugo traçait les iiières lignes que voici sur le « Livre de l' Anniversaire )) :

>iii, ce livre contient ma vie et la tienne. En écrivant sur ce . il me semble que j'ajoute des heures sacrées à nos douces s et de l'éternité à notre existence. Dieu nous regarde d'un 'ni, je le sens ; vois comme il fait beau, on dirait que le i veut être des nôtres et que notre humble fête d'ici-bas lie grande fête là-haut. Je le crois ; si je me trompe, ce ' I pas dans le fond, car le fond est le vrai. Je t'aime est le <l mot. Dieu le dit à la création, la création le lui redit. Je mon ange adoré. Commençons la cinquantième année par ce mot divin : Je t'aime (2) ! »

a' fut enterrée à Sainl-Mandé, dans le vieux cimelière, à

l.f'tlrc iiu'clilc.

1 ragment inédit.

274 S\IVTE-BEUVE

côté de sa fille. Si jamais vous avez la curiosité d'aller visiter sa tombe, demandez le monument d'Armand Garrel : elle en est proche. Rien, d'ailleurs, ne la désig-ne à l'attention du public. EUeest faite de deux pierres plates entourées d'un gviU lag*e ordinaire. Sur Tune on lit: Claire^ 1826-18^6^ et ces quatre vers de Victor Hug"o extraits de la pièce vui du livre VI des Contemplations :

Voilà donc que tu dors sous cette pierre grise I j} Voilà que tu n'es plus, ayant à peine été !

L'astre attire le lys, et te voilà reprise, ?':| 0 vierge, par l'azur, cette virginité î

L'autre ne porte aucune inscription et a l'air d'attendre quelqu'un.

Ici gît !... point de nom, demandez à la terre I

On peut bien appliquer à la tombe de Juliette ce beau vers de Lamartine, puisque, tant que la lang-ue française vivra, son nom volera sur les lèvres humaines, mêlé à celui du g-raad poète qui l'a rendu immortel.

\ il)

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