IN MEMORIAM
ET
De tous les romantiques, Alfred de Vigny fut peut-être le plus maltraité par Sainte-Beuve. Son génie, sa personne, le critique n’épargna rien. Il s’acharna sur lui avec une malveillance que la mort du poète ne désarma pas et qui serait inexplicable s’il n’en avait donné le mot : c’est que Vigny et lui étaient d’anciens amis. Il a même tenu à produire ses preuves.
IO
LETTRES DE SAINTE-BEUVE
En réponse, dit-il, à un reproche posthume du Journal d'un poète , où l’auteur se plaignait que Sainte-Beuve le connût mal, celui-ci imprime des extraits d’une correspondance témoignant au contraire de leur intimité.
On trouvera ici le reste de cette correspondance : les lettres du critique adressées naguère à l’ami qu’il a tant abîmé. Ces lettres, conservées par les héritiers de Vigny, furent retrouvées dans ses tiroirs. Elles étaient classées soigneusement de sa main, avec quelques autres documents et textes qui s’y rapportent : le manuscrit de la Consolation à Alfred de Vigny , deux ou trois brouillons de réponses. Sur le dernier billet de la liasse, le poète écrivit une date. Puis il serra le tout dans une double chemise de papier écolier, avec le titre : Lettres de M. Sainte-Beuve.
En les exhumant aujourd’hui, je n’ai garde d’y chercher la vengeance du poète. A quoi bon de vaines représailles. L’amitié a ses brouilles, ses méprises, ses douleurs à peine moins émouvantes que celles de l’amour. Enfin
A ALFRED DE VIGNY
elles résultent ici d’une crise profonde qui, dans le même temps, décidait bien diversement des destinées du grand critique et du plus original parmi nos grands poètes : les pages suivantes ne sont qu’une étude de psychologie littéraire.