Portraits contemporains , II, p
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bien réparé et la pièce a paru aujourd’hui dans toute sa fraîcheur et sa virginité. Les deux premiers actes m’ont paru, comme l’autre fois, charmans d’exposition, de développement, de causerie, larges et reposés, comme la base sur laquelle doit jouer et tournoyer le reste. Je voudrois cependant que vous pussiez décider vos acteurs à aller plus vite, à ne pas intercaler un geste entre chaque mot, à causer enfin selon l’esprit et le ton courant de leur rôle. Sinon peut-être quelques coupures au second acte seroient-elles nécessaires pour arriver moins lentement à l’action. Les troisième et quatrième actes me semblent admirables d’un bout à l’autre, d’un dramatique puissant, continu, contrasté, toujours croissant, — la scène de la maréchale et
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de Borgia, la venue des enfants, le maréchal et la jeune Italienne, puis les deux femmes aux prises, tout cela est d’un vrai, d’un déchirant, d’un sublime de passion qui amène les larmes — et comme toutes les scènes se composent, se suivent, s’opposent avec un redoublement d’effet de l’une par l’autre! Vous n’avez jamais rien fait de plus beau que cela. Le cinquième acte commence d’une façon charmante, pittoresque, et tout animée ; la fin, à partir du duel (et y compris le duel), est sublime, et tendre, et déchirante, digne des deux actes qui précèdent. Reste donc le monologue que je trouve trop long, d’une philosophie trop élevée dans un tel homme et dans un tel moment, — surtout ceci paroît tel aux spectateurs dont l’intérêt est pour la maréchale, pour les
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enfants, pour Borgia, pour la petite Italienne, pour tous enfin, excepté pour le maréchal auquel les Gentilshommes en s’en allant ont appliqué tant d’épithètes si justes. Il tient donc trop longtemps la scène seul, et ceci jette de l’incertitude dans le public et interrompt l’émotion qui ne se trouve plus ensuite à la hauteur de la dernière et si grande scène. Voilà mon avis bien sincère, mon cher ami ; mais je ne vous dis pas assez tous mes éloges du pathétique, du cœur, du vrai drame que je trouve dans votre ouvrage ; j’en ai été profondément ému.
Tout à vous.
i. Lettre inédite.
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Et Vigny de répondre presque aussitôt, du même élan :
31 juillet 1831.
« Il se passera bien du temps, mon cher ami, avant que j’oublie votre lettre sur la Maréchale cT Ancre, autant qu’il en faudra à tout lecteur de Joseph Delorme pour oublier ses beaux vers, toute une vie par exemple. Vous m’avez écrit du cœur et de la tête tout à la fois, et j’en ai été vivement touché. Vous n’avez pas jugé aussi sévèrement que moi cet essai, que je vous envoie sous sa seconde forme h Prenezle seulement pour ce qu’il vaut et comme marque de mon inviolable attachement.
1 . La Maréchale d’ Ancre venait de paraître (23 juillet) chez Gosselin.