Champfleury allait voir ses amis, Courbet et Max Buchoa
Vas-tu un peu mieux, ma chère maman ?
N'as-tu pas soufiPert de ces orages qui sont venus s'abattre coup sur coup ? Pour moi je les ai ressentis vivement. Décidément ce sont des affaires de nerfs qui n'offrent pas grand danger, mais qui secouent évidemment la machine.
J'aurais besoin de vivre tranquille au moins six mois hors de Paris; mais il me faudrait une société si agréable que je désespère de rencontrer cet idéal.
Dis à papa que Je le remercie de ses encouragements ; mais quant à faire partager ses opinions aux prêtres, j'en désespère. Maintenant du reste j'en ai uni avec eux, je n'ai aucune acrimonie contre l'Église, sauf une certaine indifférence, et je vais passer à d'autres classes de la société...
9 août 1856.
Je t'écris de Besançon où je suis depuis quelques jours, ma chère maman. J'y ai reçu ta lettre qui m'est revenue de Paris, et elle m'aurait fait grand plaisir, si tu ne te plaignais toujours de tes douleurs d'entrailles. Je sais, hélas! combien ces douleurs plutôt continues que vives,
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abattent, rendent triste et désespéré ; depuis le mois de janvier elles ne m'ont quitté qu'à de rares intervalles ; mais je dois te dire qu'à Paris et même ici, il y a une légère influence cholérique due à ces grandes chaleurs, et qu'il est difficile de ne pas admettre que toutes ces tempêtes, ces inondations, ces maladies sur les fruits et les végétaux ne nous atteignent pas un peu.
Cependant j'ai repris bonne mine ici, et si j'ai le courage d'y rester pas mal de temps, je reviendrai à Paris bien portant, je l'espère. Il est vrai de dire que cette vie n'est pas fatigante, se promener, manger et dormir en compagnie d'amis. J'ai déjà rencontré des gens très aimables avec lesquels le hasard m'a mis en relations et chez lesquels j'ai passé trois ou quatre jours, dans de belles propriétés. Généralement on me craint un peu à cause de mes livres : on a peur que je n'étudie mes hôtes jusqu'au vif, voilà le premier mouvement ; mais cela passé on me traite à merveille. Bien mieux un certain baron de S. ..-J.., chez qui je viens de flâner quelques jours, m'offre de me faire défiler toute une galerie d'antiques, petite noblesse de province, que nous irions surprendre à domicile. Et ce sont ses beaux-frères, belles-sœurs, etc. I
De Besançon j'irai m'installer quelque temps à Salins, chez mon ami Buchon, revenu de l'exil ; de là j'irai à Montbéliard faire des études assez difficiles, et je retournerai chasser un peu et faire la vendange à Ornans'. Voilà mes projets ; puissent-ils s'exécuter sans accidents !
Si je me remettais tout à fait, et que le ministre voulût m'accorder ce que je demande, j'aurais l'intention d'aller passer l'hiver en Afrique pour vivre avec des militaires, et suivre une expédition; mais ceci est une grosse affaire à laquelle je n'ose trop penser ; j'ai besoin de sortir des mêmes personnages et de quitter un peu la province, et j'ai l'intention de peindre l'armée, puis la finance, etc., toutes classes que je connais à peine. Tu me demandes si on me permet de réimprimer mon roman ^ ; à Theure qu'il est, il est sous presse et il me semble difficile qu'on arrête maintenant une œuvre qui a eu tant de publicité par le journal ; mais ce ne sera pendant dix-huit mois qu'une édition de cabinet de lecture. J'en enverrai un exemplaire à mon père.
A l'heure qu'il est, fatigué de mes deux grands