Auteur de publications érudites sur la céramique
2. Le Poème des Champs, par M. Calemard de Lafayette. — Sainte-Beuve passait en ce moment en revue « un convoi de poètes », comme il disait, et il y faisait entrer tous ceux qui avaient quelque voix et droit au chapitre, sans trop s'inquiéter si la postérité ratifierait ses jugements. Il ne se croyait même aucun droit sur elle. Il ne s'enquérait, en vrai critique, que du présent. — Le curé des Vosges, dont parle Champflcury, était l 'abbé Constantin Roussel, un poète lakisto, dont j'ai moi-même
je ne connais pas. Ces poésies Barbares ' me laissent absolument froid, et M. Lacaussade m'a toujours ennuyé ; mais je donnerai certainement une églantine réservée à cet abbé inconnu qui, du fond de son presbytère, composant de touchantes poésies, me fait penser à ces silhouettes de ministres protestants poétiques, le ministre de Wakefîeld, par exemple. C'est une heureuse trouvaille que celle de ce curé des Vosges.
Dans ce même ordre de sentiments, où le cœur a plus de place que l'art, je me rappelle un certain poème sur les mères de famille, publié il y a quelques années chez Pion, par l'auteur d'un livre sur Marie- Antoinette. Il doit y avoir quelques pièces très remarquables; mais Sainte- Beuve doit le connaître. Rappelez-moi à son
publié, par la suite, un volume de vers, les Fleurs des Vosges (Librairie académique Didier et Q'). — Les articles de Sainte- Beuve ont été recueillis dans les Nouveaux Lundis, t. IL
1. Leconte de Lisle le lui rendait bien. Incompatibilités d'humeur. Un jour que jo rapportais chez Alphonse Lemcrre des épreuves des Salons de Champfleury, — un livre posthume lont j'ai procure l'édition, — l'auteur des Poèmes Barbares, labituellement là à ces heures, me dit : « Qu'est-ce que vous Faites avec ce... réaliste ? > — « Ce sont des Salons plus pasiionnés et plus vivants que ceux de Diderot », répondis-je, — < Je n'ai lu et ne lirai pas plus les uns que les autres », répliqua le poète dédaigneux. — Tant pis pour vous, pensai-je.
souvenir, je vous prie, mon cher Troubat. ... Je vais aujourd'hui courir à mes vieilles façades et à mes vieux marteaux de portes, que je n'ai qu'à regarder pour que mon roman se dessine.
Adieu et éorivez-moi bientôt.
A vous cordialement.
6 mai 1862.
Mon cher Troubat,
Je suis échoué à Marseille, où je reste forcément jusqu'à samedi soir pour mille raisons indépendantes de ma volonté : questions d'argent, de paquebot, niaiseries qui me font rester pour peu de chose et je perds un temps précieux.
Heureusement j'ai préparé une forte besogne à Toulouse, et j'y ai recueilli des matériaux solides. Mon roman était presque fait avant de partir de Paris, et, chose merveilleuse, la réalité n'a pas été au-dessous de ce que j'imaginais.
Il ne m'a manqué que des études de femmes du pays, et c'est fâcheux ; mais je suis capable de retourner exprès.
Carcassonneestune merveille, mais pur Wal-
SAINTB-BBUVE ET CHAMPFLEURY 195
ter Scott. Que diable peut-on faire aujourd'hui d'une ville gothique comine décor ? Il n'y a qu'un homme à qui ces choses sont utiles, M. Viollet- Le-Duc, que j'ai rencontré à l'hôtel et qui restaure la ville tout entière, comme il restaure aussi toute la vieille France. Demmin avait raison : Garcassonne et Pompéi.
Sans vouloir m'arrêterplus d'une nuit et d'une demi-matinée, je suis tombé le dimanche dans la famille Troubat, qu'on ne pouvait plus trouver, la ville *■ étant en Fair à cause de la foire. Après un séjour d'une heure et demie chez la marchande de tabac, enfin tout le monde est arrivé. Vous vous doutez si on a parlé de Sainte- Beuve et de Troubat. Nous avons soupe ; j'ai chanté l'éloge de Troubat sur mes meilleures cordes ; tout le monde est rassuré, je crois, sauf le père à qui il reste encore quelques vieux instincts positifs que j'ai essayé de combattre de mon mieux. Le petit frère est très gentil; votre mère est une excellente femme nerveuse à l'excès. Son bras vibrait quand je lui donnais le mien pour la conduire et qu'il était question de vous.J'aidû laisser chez la marchande de tabac et dans le pays un commencement de légende...