‹ Sainte-Beuve et ChampfleuryChapitre 29 sur 44 · I. Titre d'un volume de Champfleury · texte numérisé non relu

I. Titre d'un volume de Champfleury

que du Vatican \ Arriverai-je au Vatican ? Arriverai-je même à Rome ? Mon passeport n'a pas été visé pour les Etats Romains... About a gâté les affaires des gens de lettres, et la singulière politique actuelle, qui mène le pays Dieu sait où, ne fait pas courir au-devant des Français. Quoique ne m'occupant pas de politique, j'ai peur d'être inquiété et arrêté. Notez que je n'ai pas une seule lettre de recommandation pour Rome. J'écris ce soir au Père Cahier ^ qu'il m'envoie une lettre pour le Père Garucci; mais tout cela est bien vague...

Les articles de Sainte-Beuve ont du succès à Toulouse, très démocrate, à cause des Jeux Floraux... Les passions sont vives dans ce Midi rétrograde... La majeure partie des écrivains prête la main à la réaction ; sous une forme aimable, Sainte-Beuve a donné d'excellents conseils à M. Galemard, que je connais, mais qui

1. Champfleury préparait en ce moment son Histoire de Caricature antique.

2. Le Père Cahier, un savant jésuite de la rue des Postes, que Champfleury consultait pour ses publications sur l'Histoire de l'art populaire, notamment sur la légende du Juif-Errant' sans craindre le rapprochement avec le roman célèbre d'Eugène Suc, dont les jésuites, comme on sait, font les frais. Le Père Cahier était trop érudit pour y attacher la moindre importance.

est réellement trop arriéré dans ses campagnes du Velay. La province est toujours sous le coup de ses frayeurs de 1848 ', et 89 reste comm^ une époque de massacre. Voilà pourquoi le livrde Victor Hugo {les Misérables) est utile el voilà pourquoi aussi il faudra montrer la Révolution aimable, grâce à l'art symbolique... Autant les adversaires de 89 sont violents, autant il faut se montrer calme, souriant et poli *.

Adieu, je bavarde, à vous cordialement.

Saiate-Beuve, avec son flair plein de pénétration, avait deviné, à de certaines réserves timides, que je n'avais pas habituellement avec lui, qu'une crise aiguë traversait la vie de Ghampfleury, dont je l'entretenais continuellement ; et il m'avait posé quelques questions bienveillantes et discrètes au sujet d'un projet de mariage, qu'il soupçonnait être la cause de mon silence embarrassé, depuis quelques jours. J'avais informé

1. Ghampfleury reprend ici la propre expression de Sainte- Beuve : « Telle est ma réponse aux endroits polémiques du livre qui se ressentent trop dss luttes de 1848 et que je vouh drais voir disparaître de ce doux poème... » (Le Poème dt Champs). (Nouveaux Lundis, t. II.)

2. Ghampfleury couvait et mûrissait de longue date son Hia toire des faïences patriotiques sous la Révolution, et c'est quoi fait allusion ce qu'il dit de l'art symbolique.

Champfleury de la consultation de Panurge, où le maître s'était inquiété de sa fortune, de son avenir, et c'est ce dont il le remerciait dans la lettre suivante :

Héricy, 30 août 1862.

...Présentez mes amitiés à Sainte-Beuve et dites-lui bien que je ne comptais pas sur une réponse. Je le remerciais de l'intérêt qu'il me portait, et c'est moi qui me regarde comme son débiteur. Je sais bien par ses beaux articles sur Waterloo ' quel effrayant travail se cache sous ces deux articles. Raconter une bataille comme celle-là, il serait plus facile de la gagner...

Septembre 1862.

... Je pars lundi pour Bruxelles, invité à un banquet que donnent les éditeurs de Victor Hugo *, et rien au monde ne peut m'empêcher d'aller serrer la main à l'homme qui le premier a eu une action sur mon avenir.

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