Dans son étude sur M. Le Play, Noavesinx Landis, t. IX
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par M"" Michelet elle-même dans le Figaro d'hier sur son Chat.
C'est une petite malice de femme contre un rival S mais je n'ai pas peur, car je viens de lire les Mémoires d'un enfant. Toujours de la prose qui coule et de la prose de bas bleu.
Donc rien à craindre de ce côté, sauf toutefois la vente.
Il faut que je tâche de paraître premier.
Il faut aussi que le livre soit très bien ; c'est pourquoi, malgré vos travaux et vos tracas, je vous envoie les premiers placards que je vous prie d'annoter au crayon.
Voir surtout le texte grec *.
Enfin, conseils sur conseils, voilà ce que je souhaite — et sur les inutilités et sur le style, etc. I Tâchez de revoir vite. Vous remettriez le paquet bien enveloppé à mon adresse chez Rothschild, en priant qu'on le fasse parvenir le plus tôt possible...
A vous cordialement.
1. Ghampfleury préparait la publication de son livre sur les Chats.
2. Je ne me chargeais pas d'annoter le texte grec, mais j'avais recours au savant répétiteur dont se servait Sainte- Beuve, l'épirote Pantasidès.— J'ajoute avec fierté que Champ- Henry me dédia son livre sur les Chats.
5 janvier 1869.
Mon cher ami,
L'article de Sainte-Beuve publié par le Temps montre bien l'abâtardissement auquel conduit le journalisme officiel. Ainsi voilà une polémique en termes courtois avec un prêtre qui ne peut être publiée dans un journal indépendant! Ce pauvre Dalloz garde la marque du collier et il est à craindre que jamais le poil ne repousse à cette partie de son cou où était rivé le carcan. L'article est fort mesuré quoique piquant, et il est certain qu'il eût été une bonne fortune pour le Moniteur ; mais qu'importe ? il sera plus lu dans le Temps, mieux apprécié et poussera Sainte-Beuve à en donner d'autres sur des sujets actuels.
Du reste, les journaux, les quelques personnes que je vois sont d'accord sur l'effet de l'article. Je crois me rappeler maintenant que Pointel est tout à fait voué aux intérêts religieux ; il en a le droit, mais cela ne regardait pas Sainte-Beuve...
Le 4 janvier 1869, Sainte-Beuve venait d'entrer au Temps et d'y débuter par un article sur les Leçons
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de M. Paul Albert pour les jeunes filles, à la, Sorhonne, institution récente de M. Duruy. Cet article, Sainte-Beuve l'avait écrit d'abord pour le Moniteur universel, où il était revenu depuis un an, voulant bien marquer, avait-il dit à M, Paul Dalloz, directeur du Moniteur, qu'il ne se croyait pas dégagé de son traité, par l'expiration du caractère officiel qui n'avait pas été renouvelé avec lui. C'est de ce moment-là que le titre de Journal officiel fut donné à l'organe du gouvernement, M. Dalloz ayant intenté un procès qu'il gagna pour revendiquer le titre de Moniteur universel, qui lui appartenait en propre. Sainte-Beuve n'était pas fâché, au fond, de se séparer lui-même de l'officialité, ne voulant pas, dit-il à M. Dalloz, aller écrire sous certaines égides, de plus en plus contraires à ses tendances et à ses convictions philosophiques. Il voulait se rendre tout à fait libre, et il espérait justement le devenir davantage au Moniteur, qui n'était plus désormais qu'un journal officieux ; mais M. Paul Dalloz avait un associé, M. Pointel, qui demanda, dans l'arti- , cle de Sainte-Beuve, la suppression d'un passage, où j le critique relevait « un manque de goût » de l'évêque de Montpellier, M. Le Courtier, qui avait traité «d'étu- I diantes » (style du quartier Latin) les jeunes filles qui j suivaient les Leçons de la Sorbonne. — Sainte-Beuve, I piqué au jeu, retira son article, et l'envoya au Temps, où il parut modéré, un peu au-dessous du ton de ce journal d'opposition. — Sainte-Beuve y resta, et il y couronna sa carrière (ce fut sa dernière année) par u
série d'articles sur TalleyrandyJomini, etc., qu'il n'aurait pas pu écrire dans la presse officieuse, s'il y était resté, avec la même indépendance et liberté.
20 mars 1869.
... Dîné cette semaine chez Michelet avec toute la libre pensée : Renan, Taine, Robin, Henri Martin, Ghallemel-Lacour, Ferry, Etienne Arago, etc. Ma femme était très curieuse de tout ce monde. Il n'y avait avec elle que M"' Renan. C'était la dernière soirée. Taine est un naïf et quand on ne le prend pas au mot, il ne sait que dire. Avec Michelet, Renan est le plus fort ; il a une certaine chaleur qui fait croire qu'il croit ce qu'il dit. Le fond, conciliant et girondin.
Soirées agréables ; malheureusement appartement trop petit et trop bas. Ceux qui veulent écouter Michelet vont dans une petite pièce voisine où il se plaît à soutenir des thèses.
Renan admirateur de la prose de Baudelaire, et, ce qui m'a étonné, de son esthétique en matière d'art. J'ai refeuilleté le tout dernièrement, et, malgré mon amitié pour l'homme, je trouve bien peu d'idées, et cette lecture me laisse triste et vide.
4 avril 1869.
... Je n'aime pas cette querelle Colet-Karr, elle ne trompera personne. Elle eût beaucoup mieux fait de glisser sur les épisodes avec son Cousin. (Mais quelle rage de jeux de mots me pique ce matin ?) Dix lignes devaient suffire et encore c'étaient dix lignes de trop. La Muse a affaire à un vieux journaliste^ depuis longtemps usé^ qui ne demande qu'une polémique. Je ne sais si vous vous rappelez qu'après mon passage à Nice, où j'étais resté deux heures à causer amicalement avec lui dans son jardin, lui donn ant toutes les nouvelles de Paris dont il avait soif, cet animal m'empoigna dans les Guêpes : « J'ai reçu, dit-il, la visite de V apôtre du réalisme »,etc. Or, pas un mot n'avait été dit entre nous à ce sujet, et vous savez si j'ai jamais fait le métier de convertisseur. Mais Karr, en éreintant le réalisme et son prétendu apôtre, s'imaginait naïvement que je répondrais. Je le laissai tranquillement continuer ses Guêpes de province, et je suis certain que c'était le meilleur parti à prendre. Avec un journaliste on joue toujours le rôle du diable dans les conférences religieuses.
M°>® Louise Golet n'était pas femme à suivre ce conseil ; elle avait l'humeur belliqueuse, toujours sur la défensive. Alphonse Karr l'avait provoquée ; il avait réveillé une vieille querelle, celle du coup de couteau, donné... dans le dos par la Muse, qu'il avait gravement insultée dans les Guêpes. — M-^^ Golet avait eu, dans cette circonstance, le geste... tragique, plus apparent que réel ; si, au lieu de lever le bras, elle avait frappé directement, il est probable qu'elle n'aurait pas manqué son coup ; — mais, dans le moment même, en lisant l'article des Guêpes, où il était fait allusion à sa grossesse, elle était partie précipitamment de chez elle, emportant la première arme qui lui était tombée sous la main, — un long couteau de cuisine, — ets'était rendue rue Bréda, au domicile d'Alphonse Karr, où elle l'avait rencontré sur sa porte ; elle lui avait demandé un instant d'entretien, peut-être sans se faire connaître ; et comme il la priait de le suivre, et qu'il reprenait sa clef chez son concierge, il la vit, dans la glace, qui levait le couteau sur lui. — Ce n'était pas précisément le geste de Charlotte Corday. — Il se retourna et le lui retira des mains. Il se vengea, en donnant le dessin du couteau dans /es Guêpes. — En 1869, il revenait sur cette histoire du temps passé; M""" Golet alla prier Sainte-Beuve, dont Karr rappelait le rôle intermédiaire qu'il avait joué entre lui et le philosophe Cousin, ministre de l'Instruction publique, pour arrêter l'affaire, de se joindre à elle pour confondre le pamphlétaire ; mais Sainte-Beuve fut de l'avis de Champ-
fleury, et d'ailleurs sa santé lui interdisait toute polémique. M™« Colet lui en voulut, et se vengea, à son tour, de ses refus d'avoir jamais rien écrit sur elle, dans le volume intitulé : les Dévotes du grand monde. Sainte-Beuve y est bien arrangé, — moi aussi, par ricochet, bien que nous ne fussions pas plus des dévotes que du grand monde (moi du moins, très humble légataire chargé de reliques).
9 avril 1869.
Mon cher ami.
Nous sortons de Bienzi. Manque dechuteurs. Pour le public, quelques beautés. Déjà (l'opéra a 30 ans, je crois) se révèle une sérieuse nature de croyant à l'art et peut-être à la religion. Cela laisse le public un peu mou. Un grand bref d'excommunication avec accompagnement de cire à cacheter, placardé à la porte d'une église contre Rienzi, ne remue guère le public de 1869. Poème sans valeur et toujours avec ces maladroites redites de situations dont ne se rend pas compte Wagner. Rienzi aurait peut-être du succès sll était sifflé. Je propose le moyen à Pasdeloup; mais il croira que je me moque de lui.
J'ai fait lire l'article sur M""' Valmore à ma
femme ; cela l'a très émue. Ce second article est particulièrement très remarquable et je ne doute pas que Sainte-Beuve n'en ait reçu de vifs compliments. Cette existence si peu connue d'une femme délicate laisse un grand charme. Je comprends que ce brave Veyne ait ressenti une douce sensation en se trouvant si naturellement et si justement mêlé à cette biographie voilée. Le mot du maître le paie bien autrement qu'en argent de tant de dévouement aux souffrances des pauvres gens. Et certainement je crois que si sa carrière était à recommencer, il n'agirait pas autrement '.
Mai 1869.
Mon cher ami,
Il faut prendre garde de répandre des idées fausses dans les masses.
Je ne connais pas M. Pagézy; je crois pourtant qu'il défendait les intérêts commerciaux du Midi avec connaissance de cause, ce que ne pourra faire M. Picard, du moins avec autant
1. Dans ses articles du Temps sur Madame Desbordes-Valmore, Sainte-Beuve avait été amené, par une lettre de M"» Val more, à donner un éclatant relief au nom du « plus humain *, du c plus ami » des médecins, — le docteur Veyne.
d'insistance S Là-dessus, je suis ignorant ; mais je peux vous parler de M. de Jouvencel... Il me paraît regrettable que Renan n'ait pas été nommé à sa place. Quelle que soit sa modération, Renan pouvait traiter les questions religieuses et d'enseignement *.
Ne sachant pas s'il est utile qu'à cette heure l'empire soit renversé, je tiens pour les esprits pratiques et travailleurs qui, sans s'inquiéter de la forme du gouvernement, défendent des intérêts et se préoccupent du bien-être de la nation...
Vorges S 24 juillet 1869.
Mon cher ami.
Quelque temps avant mon départ, Gondinet m'écrivait (ce qui est fort rare de la part d'un
i . Ernest Picard fut nommé député, aux élections lé^slatives de 1869, à Montpellier, contre M. Pagézy, candidat officiel, maire de la ville.
2^ Renan s'était porté candidat en Seine-et-Marne, concurremment avecM.de Jaucourt, anciensecretairedeM.de Persigny, et Paul de Jouvencel, qui fut nommé.
3. Vorges-sous-Laon, où Ghampfleury passait l'été chez son frère, M. Edouard Fleury.
confrère) * qu'on attendait quelque chose de nouveau de moi au Palais-Royal et que la direction était on ne peut mieux disposée à mon égard. Cela prouve que mon essai de l'an passé * avait frappé jusqu'à un certain point les gens du théâtre ; mais quoi qu'en pense Veyne, qui me demandait un jour pourquoi je ne faisais pas un livre comme Gil Blas ou une pièce comme Sardou \ je ne me sens porté ni vers la scène, ni vers le roman.
Très fatigué et assez profondément depuis quelques années, il faut bien que ma plume subisse ces défaillances ; il m'est impossible d'entreprendre aujourd'hui une œuvre de longue haleine. Les Enfants, dont j'écris une page,
1, C'est que Gondinet, puisque l'occasion se présente de lui rendre ce témoignage, avait une supériorité de cœur, qui n'en faisait pas un confrère ordinaire.
2, Cet essai consistait en une comédie en trois actes, extraite de son roman : l'Avocat Trouble- Ménage, et précédée d'un prologue. Champfleury la fit imprimer, et tirer à 13 ou 15 exemplaires seulement. Elle n'était imprimée que d'un seul côté, à l'état d'épreuves. — Cet avocat Trouble-Ménage, dans la pensée du romancier, était Jules Favre.
3, Le docteur Veyne, qui avait le coup d'œil hippocratique si sûr, parlait de la littérature en homme du monde, dont ce n'était pas l'art ou le métier. On ne fait pas à volonté du Gil Blas ou du Sardou ; cela ne se commande pas, mais l'on suit sa voie propre, surtout quand on a un tempérament à soi comme Champfleury. Le succès est quelquefois au bout.
une demi-page à loisir, sont conçus sous des impressions nouvelles, dont je ne pourrai vous donner un aperçu que par des fragments, quand ils paraîtront ; mais encore là il faudrait pouvoir garder le livre un an en portefeuille, pour que ces divers morceaux représentent un tout satisfaisant *.
Après toutes sortes de diplomaties, j'arriverai sans doute la semaine prochaine à la conquête de monuments infiniment précieux pour l'histoire de la beauté. Ne riez pas ; les preuves en main, à mon arrivée, j'irai les montrer au cher maître, qui en régalera ses yeux. Je ne peux vous en dire encore davantage, tant j'ai peur d'échouer au dernier moment *.
L'article de M. Scherer ' sent un peu son pédant et son genevois. — N'est-il pas de Genève ? — Il ne me paraît pas s'être occupé suffisamment de poésie, mais j'affirme qu'il ne sait pas le premier mot de l'art. Cette trilogie
1. C'est bien ce qu'il fit. Les Enfants ne parurent qu'en 1872 (chez J. Rothschild, 13, rue des Saints-Pères).
2. La maladie et la mort prochaine de Sainte-Beuve (13 octobre 1869) empêchèrent sans doute cette intéressante communication.
3. Dans le Temps du 20 juillet 1869. — M. Edmond Scherer avait pu faire ses études à Genève, mais il n'était pas de Genève,
250 SAIXTB-BEUVB ET CHAMPFLEUHY
de Baudelaire, Courbet, Manet n'a aucune raison d'être. Courbet a donné des œuvres parfaitement saines et robustes. Manet a trouvé des moyens de rendre les objets visibles par des colorations nouvelles ; il peut ne pas trouver Télégance, il la cherche avant tout. Rien de commun ne les relie tous trois, sinon des questions d'âge pour les deux premiers, d'amitié pour le troisième.
Je trouve des duretés de mots qui ne sont pas à leur place dans cet article. Quelques-uns pourraient être de Barbey d'Aurevilly, quand il fait le matamore.
Certaines citations de Baudelaire me paraissent condamner M. Scherer. Il ne manque pas de choses bizarres dans ces quatre volumes; — rien que la dédicace au « Maître impeccable » eût suffi.
M. Scherer s'étonne à la fin de son article de se préoccuper de pareilles choses ; moi aussi je m'étonne autant que si moi-même demain je m'avisais de traiter des questions d'exégèse.
Banville dans son beau temps, Vitu même auraient tiré fort bon parti de cet article; mais les poètes n'ont pas de journaux, tout appartient aux chroniqueurs. Je vais cependant envoyer le journal à Duranty qui, s'il est dans un
de ses bons jours, a suffisamment de bec et d'ongles pour riposter.
...J'ai enfin lu à la campagne ce dernier livre {l'Homme qui rit), et je Tai lu tout entier. Nous ne devons pas être beaucoup en France de cette force. Deux ou trois chapitres dans le premier volume où se remarque la griffe du maître. Je ne sais comment qualifier le reste. C'est là dedans qu'il y a une décadence profonde et inexplicable. 11 eût été si facile à Hugo riche de ne pas publier un tel livre. Vers 1838 il existait un certain Xavier Forneret, dont on trouve quelquefois les livres sur les quais ; ils sont habituellement imprimés en gros caractères sur le/oZto des pages dont le ('^rso est blanc. Cet excentrique qui, dans vingt pages de folies, trouvait quelquefois une pensée à peu près ingénieuse, mais toujours maniérée, pourrait avoir écrit les quatre cinquièmes du roman d'Hugo. Ce n'est pas de la raillerie, mais une tristesse profonde qui vous envahit pendant cette rude lecture. Imaginez Hand'lslande{yaNGz-\o\is lu?) avecTaction dans le drame remplacée par Tamplification, l'énumération, la déclamation... Je m'arrête, car je deviendrais trop facilement pédant. Pour me résumer, c'est un de ces rares livres qui échappent à la critique; la décadence
de Lamartine n'était rien à côté de celle d'Hugo.
J'aime Hugo et le souvenir de ses beautés m'empêchera d'écrire jamais ce que je pense de son œuvre des derniers jours ; mais j'ai été pris plus d'une fois par Timpalience en lisant V Homme qui rit, et je l'aurais volontiers laissé de côté. Heureusement cette fois la somme d'étrangetés et de précieux est tellement débordante qu'il est impossible qu'elle ait une action sur la jeunesse et peut-être se fait-il que le pauvre Baudelaire porte la peine des terribles imaginations d'Hugo.
Mes plus affectueux compliments au cher maître. Ne lui montrez pas mon propre fatras ; je me suis laissé entraîner par la chaleur qui me chasse du jardin et j'en veux à M. Scherer de m'avoir rappelé l'Homme qui rit.
Ne vous ruinez pas, mon cher ami, en frais de poste en m'en voyant le livre sur les Femmes de M"' André Léo. Je connais cette dame ; elle est laide et ses livres manquent d'esprit. Elle a peut-être raison dans le fond ; sa forme lui donne tort. J'ai besoin de lire des choses amusantes et je vais relire les Aventures de Renard,
... Pardonnez-moi mon bavardage de campagne... Veuillez aussi m'envoyer le numéro de la Chronique illustrée où se trouve un dessin J
du tableau du foyer de l'Odéon, de Lazerges.
Je ne sais plus de quel projet d'article il s'agissait dans la lettre suivante, mais je la donne tout entière parce qu'elle me paraît aujourd'hui essentiellement utile et pratique. — On fera les réserves qu'on voudra sur la fin, d'une perspicacité qui est plutôt celle d'un presbyte que d'un myope, comme l'était Ghampfleury.
Verges, 9 août 1869.
Mon cher ami.
Pourquoi vous embarquer dans des frais avec G..., qui ne vous en saura aucun gré? Pensez que G..., marchand de vin, écrit aussi facilement que s'il faisait une facture, qu'il a engagé une polémique fort ennuyeuse contre Nieuwerkerke, qu'il est riche, qu'il trouve actuellement des enthousiastes de ses élucubrations, qu'il marche avec Monsieur Thiers, qu'on le pousse dans ce monde contre l'administration des Beaux- Arts, qu'il est tout petit, par conséquent vaniteux, que pour lui homme de lettres ne. veut rien dire puisqu'il est devenu lui-même si facilement homme de lettres, qu'il est de nature serré comme un marchand, qu'il ne vous tiendra aucun compte de voire temps, de vos découvertes, de vos frais...
-5t SAINTE-BEUVE ET CUAMPFLEURY
... Je ne vois pas que le sénatus-consulte soit autre chose qu'une abstraction pour les masses. Gela paraît une concession à la bourgeoisie, ie régime parlementaire, le droit (ï interpellation, très bons pour les G... Le peuple ne sait pas ce que c'est, et je Ten félicite '.
Reste à savoir qui triomphera de l'empereur ou des G... Si j'avais l'honneur de faire partie des G..., je craindrais fort d'être dévoré à mon tour par le socialisme.
L'empire renversé, les d'Orléans rétablis momentanément sur le trône n'empêcheront pas le socialisme de se produire. Et s'il dévore les G... et Monsieur Thiers, avouerai-je que je n'en serai pas mécontent, la race des êtres qui ne fondent rien m'élant indifférente?
Tous nous serons plus ou moins atteints par les crocs de la bête qui a faim ; je me laverai les mains de m'être occupé de politique...
24 août 1869. Mon cher ami,
... Je suis très content d'avoir pu trouver ce La Fontaine ; il sera sans doute la base d'un