Eudore Soulié, conservateur du Musée de Versailles
3. Cette scène a bien pu se passer au dîner Magny, dont Théophile Gautier, Paul de Saint- Victor et Eudore Soulié faisaient partie.
tion réelle et non intéressée de la génération actuelle pour le maître?
J'ai toujours dit que l'auteur de Fortunio et de Mademoiselle de Maupin était un parfait garde national. Ceci sera amusant à montrer plus tard, et quand les cordons du masque seront coupés, on verra en peinture un élève et admirateur de Rioult ; et peut-être l'enthousiaste d'Hugo ne l'a-t-il été que comme ces jacobins terribles de la Révolution — par crainte.
Répondez-moi si je dois vous attendre le dimanche, 11 ou 12 de septembre.
A vous cordialement.
A HippoLYTE Lucas
Merci, mon cher confrère, de l'article que vous avez consacré dans le Siècle à la Caricature *. Je n'ai eu communication du journal qu'aujourd'hui. L'irrégularité de la publication
1. Champfleury publia, en 1865, ses deux premiers volumes de l'Histoire de la Caricature, la Caricature antique et la Car icature moderne.
de vos feuilletons, la difficulté de lire les journaux chaque jour, font que j'ai dû oublier plus d'une fois de vous remercier de la sympathie avec laquelle vous portiez mes livres à la connaissance du public.
Vous êtes un critique consciencieux, et c'est pourquoi il est fâcheux que vous n'ayez pas votre jour, afin que vos amis, — et vous vous en faites de tous ceux dont vous critiquez les œuvres, — n'oublient pas vos cordiales intentions.
A bientôt, mon cher confrère, j'irai vous porter un gros volume qui n'est que grave, où s'il n'y a pas progrès, vous trouverez des tendances nouvelles.
Mille amitiés et remerciements.
A Charles Joliet
Juillet 1866.
Mon cher Joliet,
L'adresse était bien exacte sur mon carnet chez moi, et je ne comprends pas que la lettre ne vous soit pas parvenue .
J^en reviens à l'Envers d'une campagne S qui, à mon sens, est un des rares jolis livres de ce temps-ci, où la bonne humeur n'est pas commune.
Point de prétentions, ce qui également est rarissime.
Ce ne sont que des notes, mais derrière les notes on voit l'homme, un aimable compagnon.
Mon cher Joliet, vous ne referez pas deux fois ce livre, et comme vous l'avez fait une fois, il doit vous être compté.
Savez-vous qu'ils sont rares les livres où l'auteur ne pose pas? Stendhal est irritant avec ses prétentions à la simplicité. M.Taine est un cuistre en débauche qui parle d'art qu'il ne soupçonne pas; et vous avez eu le bon esprit, immense qualité, de ne pas parler peinture.
En revanche, il y a deux petits chapitres sur les Italiennes que tout le monde doit vous envier, tant ils sont vrais (quoiqu'ils puissent être arrangés), j'entends vrais selon l'art dans ses relations avec la nature.
Continuez ainsi, mon cher Joliet : prenez garde au didactique du roman-feuilleton, voire
1. L'Envers d'une campagne, Italie, 1859, in-12, 1866. Paris, Albert Lacroix, Librairie internationale.
même de la nouvelle, telle que la comprennent les parfaits directeurs de revues.
Moquez-vous des bâtards, des coups de pistolet comme dénouement, laissez de côté la peinture, le ragoût et la truculence aux gens qui n'ont pas deux idées dans la tète, étudiez de plus en plus ce xviii" siècle qu'on a mis un peu trop de côté ; faites aimer Voltaire, Diderot, Desmoulins, tous ceux qui ont eu le diable au corps, la manie de ne pas penser comme les autres, — et prenez garde de vous laisser dévorer par le journalisme.
A vous cordialement.
Au MÊME
15 août 1866.
Mon cher Joliet,
Je viens de donner à Meurice votre nom et votre adresse, afin de vous faire attacher à la collaboration d'un grand ouvrage de luxe relatif à Paris *.
1. Il s'agissait de Paris-Gaide, VArt, La, Vie, en 2 volumes, publié pour l'Exposition de 1867, par A. Lacroix, Librairie internationale. Charles Joliet donna dans le volume: La Vie, Les Ressources d'un bachelier de province à Paris.
304 SAINTE-BEUA'E ET CHAMPFLEURT
J'espère sous peu vous en dire davantage^ à moins que vous ne receviez un mot plus direct. A vous cordialement.
A Edmond Gondinet
23 mai 1869.
Merci, mon cher Gondinet, d'avoir pensé à moi, car votre nouvelle pièce * m'a fort amusé.
Vous avez acquis maintenant une sûreté d'exécution très rare dans ce temps-ci, et la connaissance des nœuds dramatiques fait que vous pouvez aborder les sujets les plus difficiles.
Ce qui m'a plu particulièrement est le retour du Palais-Royal à la gaieté naturelle, sans traces de l'épilepsie, dont semblent avoir besoin les compositeurs de Técole d'Offenbach.
Vous êtes jeune et arrivez à l'heure où le public se lasse du rôle de singes dans les cocotiers, que les comédiens étaient obligés de forcer encore pour produire quelque effet ;
1. Gavant, Minard et C'', venait d'être représenté pour la première fois, sur le théâtre du Palais-Royal, le J7 avril 1869.
VOUS devez aider puissamment à la réaction qui se prépare, car vous êtes armé d'esprit et d'observation.
Je crois avoir lu que vous prépariez une pièce avec Labiche. A vous deux vous devez faire une merveille \
A vous bien cordialement.
Au BARON ErNOUF
5 décembre 1872.
Mon cher Ernouf,
J'ai toujours prétendu garder ma liberté de penser plus encore avec mes amis qu'avec mes adversaires, et je ne crois pas avoir beaucoup changé depuis une vingtaine d'années.
Vous défendez l'empire contre des attaques bien innocentes. Je croyais avoir suffisamment prouvé en divers endroits des Souvenirs*,
1. Ce fut Le plus heureux des trois, représenté sur le théâtre du Palais-Royal, le 11 janvier 1870.
2. Le baron Ernouf avait publié un article sur les Souvenirs et Portraits de jeunesse de Champfleury.
par divers faits, combien j'avais été arrêté dans mon développement. Fallait-il dire les longs mois d'abattement où je me demandais si je devais quitter la littérature pour prendre une profession quelconque ? Et cela par la gêne qu'on imposait à ma pensée.
Les Billault, les Sérurier,les La Guéronnière et leurs agents, tous besogneux, affamés d'argent, faisant profession de foi de spiritualisme, un masque pour cacher leurs vices et leurs bassesses, méritaient la corde, et la révolution a été vraiment aimable de les laisser tranquilles.
Ne me croyez pas toutefois si sanguinaire. Je demande la liberté pour l'exercice de mon art, et me rappelant les souffrances peu morales par lesquelles j'ai passé, vous admettrez peutêtre que je n'ai pas eu à me louer de l'empire.
Le réalisme ne se préoccupait pas de questions sociales et religieuses. Baudelaire était un mystique, Wagner que j'ai défendu dans la mesure de mes forces, Test également. Ce que je suis et désire rester, c'est d'être libre et indépendant dans la façon de présenter .nés idées.
Je me perds un peu à vous suivre défendant Proudhon. Lisez ce curieux dernier volume de Sainte-Beuve sur l'homme, et s'il n'en résulte pas l'opinion que l'auteur des Lundia ne voyait
cet écrivain violent que hors de ses livres, c'està-dire dans ses correspondances, je reconnaîtrai volontiers mes torts. Admettriez- vous par hasard le Communisme intellectuel que Sainte-Beuve, qui voulait absolument faire patte de velours n'a pas relevé avec l'indignation que commandait une telle aberration * ?
Pour moi je condamnerais volontiers un criminel lettré à ne lire pendant deux ans que du Veuillot et du Proudhon. S'il ne sortait pas de prison la tête vide, le cœur affadi par l'accumulation de tant d'injures hors de propos, alors je le mettrais dans les mains de M. Barbey d'Aurevilly.
Tous esclaves, ces gens, esclaves d'un système, d'un parti, et je me gare des gens qui ont « le col pelé ».
Je voulais vous remercier, mon cher Ernouf, du bien que vous dites de mon livre. Je me suis arrêté aux broussailles au lieu de suivre les grandes routes. Je ne crois pas que nous partagions les mêmes idées ; nous pouvons nous rencontrer toutefois souvent sur le même terrain. Vous êtes un adversaire si courtois qu'on
1. Il est à remarquer que l'étude de Sainte-Beuve sur Proudhon est restée inachevée, et qu'au point où il l'avait laissée, il n'avait pu s'occuper encore du Communisme intellectuel.
a plaisir à ferrailler à propos de l'art et de la philosophie.
J'ai soutenu des polémiques avec des esprits autrement prévenus, qui profitaient de la divergence d'opinions pour s'attacher aux défauts. Vous mettez en lumière les rares qualités d'un homme qui cherche et cherchera toujours la vérité. Que peut-on souhaiter de mieux * ? A vous bien cordialement.
A Philippe Burty
Paris, 28 septembre 1874.
Mon cher Burty,
Merci de m'avoir envoyé Tarlicle de la République. Il est bon : on ne me Pavait pas fait connaître. Il n'en a pas été de même pour celui concernant la Manufacture : les corridors en retentissaient. Je n'ai pas à discuter vos appréciations ; toutefois, certains points ne sont pas exacts. Renard n'a rien à voir avec les dessins
1. Cette lettre est extraite de l'Amateur d'autographes, janvier et février 1890, page 29.
des montures. La question des pâtes n'est pas traitée historiquement, et mon prédécesseur n'a rien à revendiquer dans cette application d'un procédé de la Chine. Une conversation ne peut être invoquée dans une revendication de brevet d'invention et d'adaptation. Des documents imprimés officiels pourraient être invoqués au besoin par les ayants droit.
Mais ces polémiques ne me regardent pas et je n*ai qu'à vous savoir gré du rendu-compte d'un livre qui a été d'une exécution fort pénible. La guerre, la Commune, les Napoléon, la Restauration, sans compter des familles comme celle de Gambacérès et de Talleyrand, qui n'aiment pas qu'on regarde de trop près dans le passé de leurs aïeux, m'ont plus que gêné. Des gravures à l'aide desquelles on peut arrêter un volume, à la fantaisie d'un commis quelconque, sont un danger permanent pour ces sortes d'ouvrages, et je n'ai pu dire tout ce qui, avant nos désastres, eût passé plus facilement.
Voici le dossier Delacroix, qui a déjà passé sous vos yeux. Je vous serai très obligé de ne pas le garder plus d'un mois, car il ne m'appartient pas. Vous le feriez déposer à la Gazette des Beaux- Arts, à mon adresse, et je vous prierai de
310 SAINTK-BEUVE ET CIIAMPFLEURV
me faire savoir, par un mot, le jour où je pourrai le reprendre '.
Bien à vous .
A Jules Assézat
Sèvres, le 28 septembre 1875.
Mon cher Assézat,
La divulgation de ma trouvaille du rapport de l'examinateur de la pièce de Diderot jeta, paraît-il, quelque trouble dans les régions administratives, chargées de veiller aux destinées de la Comédie-Française. Enlevé par Camille Doucet, alors que je passais rue de Rivoli. — « Le ministre d'Etat, me dit-il, me demande des détails sur cette comédie de Diderot. Vou-
1. Burty a écrit au bas de cette lettre, concernaat les lettres de Delacroix qui lui avaient été confiées; «J'avais eu seulement communication des lettres de la toute jeunesse, 1816 à 1820, et de celles écrites du Maroc, que j'avais copiées et publiées dans la Gazette des Beaux-Arts et dans la Revue de Paris. Le reste était dans les mains de M. Piron, qui n'a pas dû s'en servir. Cette fois j'en ai copié 25 nouvelles, quelques-unes très longues, entre autres celles écrites d'Angleterre, du plus vif intérêt; j'y ai passé un jour et la moitié de deux nuits, presque sans interruption. »
lez-vous m'accompagner chez M. Fould ?» Nous montâmes aussitôt chez le ministre et je lui dis jue je n'avais rien à ajouter à ce que j'avais imprimé dans ma Gazette, mais que je comptais bien poursuivre ma campagne en l'honneur de Diderot. M. FoulJ ajouta quelques mots de [•emerciement pour l'intérêt que je portais au Théâtre-Français, et l'entretien en resta là.
Vous vous rappelez avec quelle naïveté j'avais entrepris la Gazette de Champjleury, les iriolentes polémiques qui m'abasourdirent, les srolées de bois vert que distribuait votre jouraal le Réalisme et les ruades que j'en recevais de toute part, quoique étranger à votre publication. Peu disposé à perdre mon temps en querelles littéraires, je m'arrêtai après le deuxième numéro de ma petite Revue ; au milieu de ces troubles, je n'avais pourtant pas tout à fait oublié la comédie de Diderot. J'essayai d'intéresser à l'œuvre du philosophe M"" Plessy. A-lors très occupée du prince Napoléon, elle ne répondit pas à ma lettre. J'avais jeté les yeux ^ur un comédien consciencieux, habile à composer les figures historiques, M... (je ne me rappelle plus son nom) ; il lut la brochure et me îa rendit peu enthousiasmé. Je rencontrais alors .quelquefois Got dans un manège où j'apprenais
à monter à cheval, comme un curé de campagne. Got me demanda à lire la comédie ; il vit bien qu'il y avait là-dedans quelque chose mais le résultat fut qu'il perdit cette brochure pare. D'un autre côté, Edouard Thierry, à qui je parlai de l'aflaire, ne parut pas s'intéresser à mettre en scène cette amusante comédie et j'en, restai là, renforcé dans mon idée que toute tentative dramatique d'un homme qui n'en fait pas métier est destinée à se jouer dans un tiroir, et que le mal que je me donnais pour Diderot aboutirait finalement à quelques coups de bâton de plus qu'il m'était indifférent de recevoir pour , mon propre compte, mais non pour le compte , d'un autre ; qu'il valait mieux rester tranquille désormais, et ne pas troubler indûment la «mai-j son de Molière ».
Voilà, mon cher ami, tout ce qui est relatif] à Est-il bon ? Est-il méchant ?
Quant aux renseignements que vous me demandez, je cherche et je fais chercher; d'ici peu vous aurez une réponse.
A vous cordialement et bon courage dans votre entreprise'.
1. Jules Assézat avait entrepris la publication de la grande édition des Œuvres complètes de Diderot (chez les éditeurs Garnier frères), que la mort l'empêclia de poursuivre. On sait W\ i
A Maurice Tourneux
13 septembre 1876.
Monsieur,
Documents inédits, recherches, rectifications, notes, correspondance, je les ai prodigués à mon ami Assézat, quoique au début je me fusse bien aperçu qu'il traînait une charrette trop lourdement chargée.
Les éditeurs, MM. Garnier, sans se préoccuper de ma part de coopération et du temps que de grand cœur j'avais consacré au succès de leur entreprise, ont refusé à Assézat un exemplaire de Diderot qui m'était bien dû. Notez que j'offrais en outre un article à un moment donné.
Gela, je n'ai pu l'oublier et quoiqu'il m'en coûte de ne pas répondre, suivant mon habitude, à l'appel d'un écrivain qui cherche des renseignements positifs, je vous prierai de vous reporter à la lettre écrite à Assézat à propos des portraits, lettre qui devait être suivie d'autres, car j'en ai retrouvé, sur mon bureau, une interrompue par l'annonce de sa mort.
avec quelle conscience elle a été continuée et menée à bonne fin par Maurice Tourneux ,
La question des MM. Garnier mise de côté, croyez-moi, mon cher confrère, votre bien dévoué en toute autre circonstance.
A Philippe Burty
Sèvres, 25 janvier 1878.
Mon cher Burty,
C'est dans la Revue de Paris, sous la direction de rinfortuné La Madeleine, qu'a paru le Delacroix conspirateur. Si vous n'aviez pas le numéro, je peux vous prêter le mien.
J'espère vous voir d'ailleurs dimanche à la réunion pour Daumier.
Vous m'avez offert jadis quelques notes bibliographiques et courtes sur Monnier ; je vous en serai très obligé à l'heure qu'il est, car je termine un assez gros volume par une sorte de Bibliographie de l'œuvre imprimée et dessinée. A vous cordialement.
LETTRES A DIVER3 315
Au MÊME
Paris, le 7 décembre 1878.
Mon cher Burty,
Avant d'entrer dans le cœur de votre volume, je dois dire que tout d'abord j'ai été froissé de la mention si brève accordée à M°" Pierret ', qui vous avait permis, au début, de vous servir de cette correspondance de Delacroix, si précieuse pour tout ce qui concerne sa jeunesse ; et sans y attribuer plus d'importance, je crois que mon nom eût pu figurer au nombre de ceux que vous citez qui ont facilité votre travail, car sans mon insistance et l'assurance de la mise en ordre de ces papiers, vous n^en auriez pas eu communication à nouveau.
Par votre âge, vous avez davantage connu le Imonde servante, accaparant à son profit le grand artiste célibataire. La « fidèle Jenny » est une [légende ; l'enthousiasme de ce filou de S... en est une autre. Tous deux s'entendaient et se comprenaient, étant de la même essence. On
1. M"" Pierret était la belle-mère de Champfleury ; son mari, Bf. Pierret, avait été Tun des meilleurs amis d'Eugène Del a croix, et M"« Champfleury était la filleule du grand peintre Klle figure même parmi les enfants, dans le célèbre tableau de la Médée qui est au Musée de Lille.
comptait sur les dépouilles du mort ; et tout ce qu'il y a de bas dans la nature humaine était mis en œuvre par ces deux créatures.
Voilà une note qui manque à votre volume, surtout quand vous traitez si sommairement les relations et les amitiés de jeunesse.
Je n'ai pas démêlé cela à moi seul; mais ma liaison avec Villot jusqu'à ses derniers jours, les nombreuses traces de relations quotidiennes de Delacroix avec la famille Pierret,la candeur et le détachement de tout intérêt de cette famille, m'ont mis à même de voir clair dans cette exploitation du grand peintre par sa servante.
Un mot eût suffi ; vous l'avez oublié. J'espère qu'en revenant sur ces études, vous rendrez plus justice à des femmes qui ont tout fait pour vous être agréables.
Ceci dit, je reconnais que le volume se présente bien, qu'il offre une source de documents, de notes et qu*il dépasse les ouvrages qui l'ont précédé-
A vous cordialement.
P. S. — Les deux plaquettes sur Balzac vont vous être envoyées.
Au MÊME Paris, le 9 décembre 1878.
Mon cher Burty,
Votre volume, par son développement et son importance, m'avait fait croire à un travail complet et à une édition définitive, et c'est pourquoi je vous avais, sous le premier coup, fait part du froissement personnel que la famille Pierre t pouvait redoubler encore.
Je ne me rappelais pas les détails publiés, il y a bientôt deux ans, dans le volume in-18 ; il sera ma justification auprès de ces dames, comme il est la marque de vos souvenirs avec elles, et j'aurai soin de ne leur communiquer ces deux ouvrages qu'ensemble.
Sans entrer dans ces misères qui attendent tout célibataire, fùt-il un homme de génie, toutes ces cupidités, cet accaparement, cette garde et ce quasi-ensevelissement d'un homme avant sa mort, vous avez toute qualité pour l'indiquer sans trop appuyer. C'est la leçon que donne la nature à ceux qui échappent à ses lois : la nature ne connaît pas d'artiste, elle connaît des ! hommes et je crois que Sainte-Beuve, toutcéliba- ! taire païen qu'il fût, eût indiqué cette nuance.
Sous un mois vous recevrez V Henry Monnier
dans lequel, naturellement, je vous fais intervenir à diverses reprises.
A vous cordialement.
Au MÊME
Sèvres, 9 juillet 1880.
Mon cher ami,
Dans la correspondance de Delacroix que vous avez publiée et, me dit-on, augmentée dans j l'édition in-18, avez-vous souvenir de quelque passage relatif à l'illustration du Faust ? (Entre 1827-1828.)
J'avais dans l'esprit que Gœthe avait répondu une lettre à Delacroix ; mais je ne trouve pas ce renseignement dans l'édition de M. Stapfer, publiée chez Motte. Est-ce une imagination de ma part ?
Je vous serais bien obligé de me répondre un mot à ce sujet, et je vous en remercie d'avance.
Avez-vous re çu le cinquième et dernier volume de V Histoire de la Caricature sous la Réforme et la Ligue ? Comme toujours, j'ai donné votre nom et votre adresse chez Dentu.
A vous cordialement.
A Maurice Tourneux
Sèvres, le 11 février 1881.
Mon cher confrère.
Je travaille à un livre bizarre quej'émiette dans les Revues, les Images Romantiques...
Mes documents sont très nombreux et il m'en est arrivé un hier que je ne connaissais pas, une vignette lithographiée, à la plume, signée Eiig. Forest, {Lith. de Dezouche, faubourg Montmartre). Si je me rappelle bien, M. Forest est votre parent, et je vous serais très particulièrement obligé si vous vouliez bien lui demander à quel livre romantique se rapporte le sujet suivant :
Une dame en robe blanche passe ses bras au cou d'un monsieur en pantalon blanc, qui montre des papiers (peut-être timbrés) à un vieillard en culotte courte, ce qui ne l'empêche pas de crisper les poings. Au fond un être naïf avec des yeux considérablement étonnés de se trouver près d'une sorte de Vautrin qui contemple la scène avec une mine de Méphisto.
Est-ce une scène du Père Goriot? Où a-t-elle paru ?
Vous m'obligeriez beaucoup, mon cher con-
frère, de m'éclairer autant que possible sur ce détail, et s'il est possible sur Eug. Forest en tant que romantique, sur son œuvre, dont ni Asselineau ni Malassis n'ont absolument rien dit.
A vous cordialement, mon cher confrère.
A Georges Duval
Sèvres (sans date).
Quel malheur pour Diderot s*il était compris par un académicien sourd qui s'appelle M. Augier I La Douvelle que vous donnez me semble invraisemblable ; ce qui ne l'est point, mon cher confrère, c'est votre sympathie pour le philosophe, et pour ceux qui ont essayé jadis de mettre en lumière son œuvre.
A vous cordialement avec mes remerciements.
Au MÊME
Sèvres, 19 janvier 1884.
Général,
Le commandant du 3* corps d'armée a l'honneur de vous informer que le général Magus
vient d'être porté à Tordre du jour pour son intrépidité, sa bravoure, la sûreté de son coup d'œil dans trois combats livrés dans Paris, Lyon et Bordeaux pour la délivrance de Denis Diderot. Avant de quitter des fonctions que l'urgence des événements l'avait forcé de prendre, et en reprenant sa place à vos côtés, l'ancien commandant vous remercie de votre précieux concours, général. La campagne est à son début ; vous recevrez de nouvelles instructions du comité d'attaque. En attendant, veuillez vous entremettre auprès du général Léon Ghapron, et faire tous vos etforts pour l'associer à des combats futurs, qui doivent se terminer par une glorieuse victoire k
Au MÊME
Sèvres, 25 avril 1884.
Mon cher ami, Votre conscience a dû vous crier que vous
1. Dans une de ses chroniques de VÉvénement, qu'il intitulait Mon Carnet (celui du 5 janvier 1884), Georges Duval avait rappelé la campagne entreprise par Ghampfleury pour faire jouer au Théâtre-Français la comédie de Diderot, Est-il bon ? Est-il méchant ? et Ghampfleury convoitait le concours d'un autre chroniqueur de l'Événement, Léon Ghapron.
aviez fait le 22 avril 1884 ' un excellent article sur le Roman nouveau ; en ajoutant au titre : « Le Roman nouveau, qui n'est pas neuf », Tarticle eût été définitif.
Je m'occupe rarement des productions de mes confrères ; mais j'ai été tenté parfois de souffler sur la vanité de ces cocodès-de-lettres qu'on appelle les Goncourt, qu'ils soient deux ou un. Ce sont des animaux à sang froid, qui ne sentent ni ne ressentent aucune émotion. Et quels geigneurs pour des élèves de Théophile, qui n'admettait pas que le poète pût geindre ! J'ai lu d'eux, pour mon châtiment, un volume, Idées et Sensations, remarquable seulement en ceci, qu'il ne renferme quoi que ce soit qui ressemble à une idée ou à une sensation.
Descriptifs à la façon d'un clerc d'huissier se piquant de style, royalistes en histoire, ce qui les empêche de voir clair, compulseurs acharnés d'almanachs qui n'ont jamais passé pour ouvrir de vastes horizons intellectuels, disciples ou
1. Dans V Événement du 22 avril 1884, à propos du dernier roman d'Edmond de Goncourt, Chérie, qui venait de paraître, Georges Duval relevait prestement et vivement les récriminations et prétentions injustifiées et maladives, contenues dans la préface de ce roman, et il disait avec raison : c Avant Germinie Lacertenx, il y a eu l'œuvre de Champfleury. Et Champfleury ne répudie pas ses prédécesseurs... »
Lettres a divers 323
plutôt valets de chambre de Gavarni..., favoris de la princesse Mathilde qui, par ordre, leur ouvrait les portes de la Comédie-Française, ils sont restés des amateurs en littérature aussi bien qu'en gravure, gobant tout ce qu'il y avait de faux dans Flaubert, Taine, Zola, Vallès, etc.
Cherchez un mot ému dans leur œuvre pénible, et je consens volontiers à les faire les égaux de Sedaine et de Bernardin de Saint-Pierre, qu'en compagnie, d'ailleurs, de Flaubert, ils méprisent absolument. Ces braves gens ont raison : on n'apprend pas à écrire le Philosophe sans le savoir ou la Chaumière indienne.
Sauf votre respect pour Germinie Lacerteux et Manette Salomon, qui n'apportent rien de nouveau dans le roman intellectuel, vous avez écrit un long paragraphe qui est d'un jet excellent ^ : « Ils se trompent au point de vue de la vérité » jusqu'à : « tous les faits qui ont concouru à le rendre tel qu'il est ».
Un point de vue si vrai, si humain, qui touche à l'éloquence, fait qu'on doit espérer encore beaucoup du journalisme, s'il se produisait plus
1. Le passage est trop long pour être reproduit ici, mais il serait à citer dans un traité d'esthétique, au point de vue de l'art et de la vie qui ne font qu'un tissu connexe dans ce qui constitue le roman moderne, l'étude de mœurs.
321 SAINTB -BEUVE ET CIIAMPFLEURY
souvent des articles semblables à celui-ci. J'en suis très heureux pour vous, pour votre avenir et je m'empresse de vous dire les sympathies que l'article a excitées en moi. i A vous cordialement ^
Au MÊME.
Sèvres, 28 avril 1884.
Mon cher confrère,
Rien ne pouvait m'être plus désagréable que la publication de la lettre, dans laquelle je m'étais laissé entraîner à parler des Concourt.
Cette lettre n'a-t-elle pas toutes les apparences d'une chose confidentielle?
En l'imprimant, vous lui avez donné un caractère agressif, dangereux, et qui détonne autant avec le journalisme qu'avec les lois de la cour-i toisie entre adversaires.
L'extrême vivacité des qualificatifs y prend des brutalités de coups de poing, car ils ne
1. Georges Duval, en vrai journaliste, qui ne sait pas garder la lumière sous le boisseau, reproduisit cette lettre si passionnée dans son Carnet de V Événement du 28 avril 1884, ce qui lui en valut une autre de reproches, de la part de Gharapflcury
sont ni amenés ni préparés. On arriverait ainsi aux injures des catholiques et des protestants au XVI* siècle, ce qui n'est guère de notre époque.
Pour foncer le débat, les compositeurs semblent s'être donné le mot, en rendant ma pensée incompréhensible et mes mots sans justesse :
Descriptions pour descriptifs ;
Achevés pour acharnés ;
Jeu excellent pour jet excellent ;
Et enQn, « ces grands seigneurs, pour des élèves de Théophile Gautier, n'admettaient pas que le peintre pût geindre », au lieu de « grands geigneurs, chose bizarre pour des élèves de Théophile Gautier, qui n'admettait pas que le poète pût geindre. >
Grâce à votre légèreté, je suis exposé à recevoir une grêle de coups de bâton, que le public trouvera justes, s'ils sont vigoureusement appliqués. Gomment faire comprendre qu'il s'agit ici d'une simple lutte entre la sensation et l'académique, entre l'émotion et la froideur, entre le pas de phrases de Molière et le verbiage des précieux de 1884 ?
Depuis trente ans, je me suis retiré des écoles,
avec une répugnance profonde pour les dépenses de charlatanisme qu'il y faut faire.
Petit à petit, j'ai égrené mon chapelet de publications diverses, sans avoir recours à la réclame. On a bien voulu m'en savoir quelque gré. Et vous me rejetez dans la fournaise, sans me demander la permission de me faire rôtir I
Vous avez agi inconsciemment, je le crois ; j'espère, mon cher confrère, que vous m'aiderez à sortir de la fondrière où vous m'avez entraîné • Avec mes meilleurs sentiments.
A Charles Joliet
15 décembre 1S86.
Mon cher Joliet,
Vous seriez bien aimable d'aller au Comité lundi prochain; je vous demande votre voi pour Troubat (Prix Houssaye, 500 fr.). Il es très méritant à bien des points de vue, et si le| chef du parti des Danseurs *, Révillon, n'eût