Abcl Ilurict, neveu de Champfleury
positivement, seulement celle que j'ai reçue il y a quelques jours était plus explicite. Tu es gravement malade, car tu ne te lèves pas. Je sais quelle force morale tu as, à défaut de la force physique, et tu es peut-être plus malade que tu ne me le dis. Pourquoi ne suis-je pas là? Tu crois que si je ne t'écris pas, je ne pense pas à toi. Tu te trompes. Je parlais de toi il n'y a pas encore quinze jours avec Wallon* qui a le bonheur de vivre heureux avec sa mère...
Je retardais ma lettre à cause d'une bonne nouvelle. La bonne nouvelle n'est pas encore mûre. Edouard devra m'aider un peu; je lui en écrivais quelques mots ; ma position semble devoir changer. Tout cela me viendra du Corsaire, quoique tu ne partages pas mes vues à cet endroit. Tu ne te doutes guère de l'influence énorme qu'a un pareil journal, fort en réputation à Paris, très lu, beaucoup plus lu que le Charivari. On vous craint comme le feu. Houssaye a bien tremblé il y a quelques jours, mais tout est apaisé; je n'ai pas été tout à fait étranger au raccommodement.
1. Wallon, le Colline de Murger, dans les Scènes de la, Vie de bohème, compatriote et ami de Ghampfleury, un des derniers défenseurs du gallicanisme.il fut nommé directeur de l'Imprimerie impériale, juste àlaveiUc de la chute du second empire.
II vient de se fonder un journal énorme, qui me donnera beaucoup d'occupation ; vous ne savez pas trop cela à Laon, où l'on n'est pas au courant du mouvement de la presse. Cette année je vais travailler énormément ; il faut que dans six mois je sois journaliste politique, sans pour cela renoncer à la littérature. Il y a un homme qui a été mille fois meilleur qu'Houssaye à mon égard, qui me connaît, qui m'aide, et qui me fait travailler avec lui. Celui-là est tout simplement un journaliste, qui a quarante ans de fonctions. Il me semble bien étonnant que i je fasse de la politique, mais lui en est sur. Pour sûr, sans me flatter, ce n'est ni le bon sens ni l'esprit qui me manquent, mais bien les études et le savoir.
J'ai quelques affaires à te demander, mais le temps me presse. Sais-tu que je suis occupé tous les soirs de huit heures à minuit, et quelquefois une heure du matin, à faire le journal? Il est vrai de dire que ce n'est pas bien payé. J'écrirai dans quelques jours à Edouard en lui envoyant un feuilleton de moi qui a eu un grand succès, mais que je ne t'engage pas à lire, ce sont tout simplement mes Confessions '. Tu