UN ARTICLE RÉCEXT SUR LA QUESTION
mm », « sortait toujours en équipage à quatre ou six chevaux », et « ce vieux Romain, par un raffinement rare, avait un cuisinier français » ; — ce qui prouve, péremptoirement, n'est-ce pas? que la porte n'a pas pu être ouverte à Cliateaubriand par une jeune servante anglaise. Ainsi raisonne-t-on au Collège de France. »
M. Aubray rapporte alors, comme on l'a fait plus haut, la partie de son récit où le voyageur parle du carrosse à quatre chevaux, conduits à grandes guides, que M. Bédier semble lui reprocher de n'avoir pas vu, et voici sa conclusion :
« De votre investigation menée, je le dis sans rire, suivant toutes les règles d'une science — qui est en train de nous manger le cerveau, — que reste-t-il qui ne soit pas dans Chateaubriand et qui vous permette cette magistrale conclusion que pour sa fière assurance je réécris?
Ainsi de tous les événements du séjour de Chateaubriand aux Etats-Unis, un seul peut être contrôle; le contrôle montre qu'il est imaginaire
« Il reste le cuisinier français, ni plus ni moins.
« Mais c'est peut-être que chez Wasliington le cuisinier n'ouvrait pas la porte, ou que Chateaubriand ne se sera pas avancé jusqu'au fourneau.
Et puis, mon cher docteur, vous avez encore une très intéressante enquête à faire : de quelle date à quelle date fut engagé ce cuisinier? Quels congés, quelles sorties lui accordait-on? Et si, par hasard, en juillet 1791, il était parti, lui aussi, pour donner des leçons de danse aux Hurons, comme le marmiton de M. de Rochambeau?... »
Sur le ton même des récits américains de Chateaubriand, le spirituel critique écrit :
« Il n'a rien de prétentieux en ses l'écits de voyage; il sourit volontiers de lui-même et jette çà et là son grain d'ironie. »
Ailleurs, après une citation :
« Où voyez-vous en tout cela le beau menteur qui vient de loin ? »
Un peu plus bas :
et Quel journal de route plus simple, quoi de plus sobre comme aventures et de moins fanfaron? »
Bref, les efforts même qu'on a faits pour montrer limposture chez Chateaubriand, les chicanes misérables auxquelles cette tâche oblige sans qu'on arrive même à ses fins, et les études personnelles que lui a imposées ce point de vue nouveau, toute cette discussion a produit, chez cet esprit délicat et ce lettré compétent, le résultat justement contraire à celui qu'on attendait :
« A mesure, dit-il, que j"ai lu le dossier redoutable qu'a forgé contre Chateaubriand M. Bédier, cette évidence s'est imposée, lumineuse, à mon esprit, que Chateaubriand avait été dans ses Mémoires d'une sincérité bien rare, et dans tous ses ouvrages d'une probité d'in-