‹ Sainte-Beuve inconnueChapitre 12 sur 12 · IMPROMPTU · texte numérisé non relu

IMPROMPTU

Si vous étiez toujours notre ange, Et sans qu'un tel vol vous dérange, Léger, vous viendriez demain, A votre jeune sœur, serrer un peu la main.

Elle s'en va vers l'Angleterre, Pour se reposer de la terre; On la mettra sur un vaisseau, Où je rirai chercher, malgré ma peur de l'eau ! Là!

Je suis confondue de voir partir Ondine, même pour si peu d'instants.

Nous vous tiendrons une cuillerée de cho-

colat tout prêt, demain vendredi, de neuf à midi, si vous pouvez mêler cette douceur à mon sacrifice. Moi, je vais la chercher dans trois semaines, pour la ramener aux examens définitifs. Cette sage petite fille mérite bien d'aller regarder nos bons ennemis sous le nez.

Voici un livre de Mlle Louise Crombach (i).

Cette charmante fille vous conjure de ne jamais gronder ce qu'elle fait pour son vieux père. Il est certain que cette intelligence vient toute du cœur. Les petits gâteaux qu'elle pétrit nuit et jour vont tous, en Franche- Comté, se placer sur les genoux de deux bons vieillards, père et mère, qui font le signe de la croix en bénissant Louise.

Je vous aime de la bonté que vous aurez pour elle. Les vôtres pour nous comptent pour l'éternité, où je serai encore votre attachée.

Marceline Desb[ordes]-valmore.

(i) Hélène et Laurence, ouvrage en an volume.

ipS LETTRES DE Ii^ DESBORDES-VALMORE

Paris, 4 septembre 1841. Onze heures do matin.

Un de vos quarts d'heure, s'il vous plaît, pour un aifamé Bordelais, ami de mes amis.

Il veut vous voir, ne voir que vous, pour vous entretenir de son vaste plan, qui intéresse tous les littérateurs, et lui. Il s'agit d'éditer en grand les manuscrits et les réimpressions, etc. Je crois que c'est beau. Mais j'ai la tête, surtout le cœur, trop pressé pour comprendre des plans, quels qu'ils soient.

Donnez vingt minutes, où vous voudrez qu'il vous trouve, à ce Monsieur, qui est très bien, très sobre du temps d 'autrui. Si c'est chez moi que vous consentez à le voir, j'y gagnerai l'une de vos plus chères consolations!

Mon Dieu ! Pardonnez-moi ce jeu de mots !

Il va tout juste au moment présent; ma fille loin, je suis frappée d'étouffement. Mme Lefèbre aussi m'écrit des coups de poignard !

One femme sans enfants ne vaut pas le quart d'un homme pour les mères. Elle me dit le mot : dangereusement malade, comme un autre mot! comme si Ton pouvait respirer après l'avoir lu !

[Marceline Valmore.]

Paris, 21 septembre 1841.

Je VOUS envoie la lettre de ma bien-aimée.

Cette lettre a souffert du retard, étant venue par l'Ambassade. Je suis remplie d'indécision pour mon départ, et de regret de ne vous avoir pas vu Tautre jour. Qui me rendra cette heure perdue? Qui me rendra les jours que ma fille passe sous les brouillards, loin des battements de mon cœur? Il est évident que, sans oser le dire, elle s'ennuie, avec sa résignation ordinaire. Mais l'excellente fille de Mme Branchu est tellement absolue et menaçante quand j'hésite, que je dois maintenant n'attendre ma fille que quand ils voudront me la rendre, ce qui ne sera pas avant le 10 octobre, car elle ne revient pas avec Mme Branchu, qui sera, je crois, chez moi dans quatre jours. Quand je trouve une amitié qui ne

m'étouffe pas, je suis à genoux devant elle, comme devant une fleur qui ne vous fait pas boire de force son parfum. J'ai des ailes partout, dès que Ton veut clouer ma volonté.

C'est bien mal. Aussi, ces luttes se passent en moi. Je sens qu'Ondine demande à être ici. Mais le médecin dit que nous sommes deux sottes, et je me tais. Il y a d'ailleurs tant de bonté dans ces tyrans.

Vous allez porter la peine de la vôtre pour moi. M. Charpentier se réveille, fier de vos promesses. Aurez- vous le temps maintenant, quand il est si bon d'aller respirer dans les arbres? J'ai tressailli de joie, d'abord, du retour de M. Charpentier, parce qu'il m'ouvre le chemin de Londres et calme bien des angoisses. Mais vous? Votre liberté? Ce travail au milieu de tous les vôtres rabat ce mouvement de bonheur, qui menace votre indépendance. Je suis très inquiète dans mon amitié pour vous.

Marceline Valmore Desb[ordes1.

Paris, 29 juin 1842.

Je ne vous ai pas écrit d*un faubourg de Rouen, d'où j'arrive. J'ai craint de gêner votre cœur en vous rappelant trop mon amitié dans le moment où je vous sentais mon juge. Il m'a fallu du courage pour ce silence, je veux que vous le sachiez, comme la part que vous tenez dans ma vie, si séparée de la vôtre à l'extérieur. Je m'en suis rapprochée à votre insu.

J'ai écrit à Adrienne, qui nous est toute rendue, et je lui ai dit que vous étiez content de son tendre retour vers moi.

Il y a en vous une bienveillance de tous les temps, une pitié pour toutes les tristesses.

que je n^ai rencontrées qu'en vous. C'est pour cela surtout que j'avais tant pleuré Joseph Delorme^ et que je vous demeurerai fidèlement reconnaissante, ici et partout.

Hier soir, Monsieur Brizeux m'est venu voir en passant. Il avait le livre béni de votre nom, que vous ne pouvez plus séparer du mien, tout humble qu'il est. Vous venez de rélever plus haut qu'il n'était jamais venu en moi de l'espérer. Demeurée seule avec le livre, dont j'ignorais l'apparition, je n'ai pas osé l'ouvrir. J'ai ressenti quelque chose de ce que l'on ressentira tout près du jugement dernier, car je n'ai point de peur du monde, que j'ignore ; mais j'ai peur de vous, qui savez tout ce que je ne sais pas.

Ce matin, j'ai ouvert le livre et n'ai pu finir cette notice. Vous m'avez bouleversée de mon propre malheur. J'ai pleuré, comme en quittant cette charmante mère perdue. Je n'ai pas de force pour lire davantage. Mais je n'aurais pas non plus de repos si je ne vous

envoyais cette palpitation de mon cœur. Elle vous tiendra lieu, n'est-ce pas, de Téloquence qui me manque pour vous dire la grande consolation dont vous relevez votre sœur.

Marceline Val MORE.

Paris, 3 avril 1843.

Pardonnez -moi cette apparente négligence (i). Ce n*est pas ainsi que je voudrais reconnaître votre bonté toujours bien grande pour moi.

Je commence par vous dire que ma vie, en Angleterre (2), se loue du printemps et me promet de me payer un jour les tourments d^une telle absence. Je partirai quand Dieu

(i) L'envoi retardé d'une copie de vers à Mme Tastu. On peut les lire dans les Poésies complètes de l'auteur (édition Lemerre).

(2) Sa fille Ondine, encore en Angleterre en ce moment pour soigner sa santé.

3o6 LETTRES DE M"** DESBORDES-VALMORE

daignera me le permettre. Je travaille à payer ce voyage, nécessaire à toutes deux. On fait croire à cette ange qu^elle retarderait sa guérison en passant la mer! J^irai, parce que j'étouffe!

En attendant, la mort me frappe de tous cotés. Je perds des amis très chers et je suis consternée d'affreuses surprises. Que votre bon cœur ne soit pas brisé comme le mien!

J'ai reçu de Bruxelles la certitude qu^elle reviendra dans quatre mois. Sa joie est charmante, et je n'ai pu trouver le temps, parmi ces deuils successifs, de lui répondre. Du moins elle est heureuse !

En transcrivant ces vers, je les trouve d'une monotonie amère. Ils disent tous la même chose. Retranchez les plus mauvais, dont vous jugerez mieux que moi. Ce serait mieux de dire à Madame Tastu (en prose) que je l'aime de tout mon cœur, et que je suis la femme la plus triste de ce monde.

Aimez-moi comme cela, car je prie pour que vous soyez tout le contraire.

Votre attachée servante,

Marceline Valmore.

Ma chère maison vous chérit. Monsieur Ampan (i) m'a dit ce poème sur vous : « Ami volage et sûr ! »

(i) Peut-être : Ampère.

2o8 LETTRES DE M"' DESBORDES-VALMORE

Paris, 25 avril 1843.

Vous n'êtes plus dans Maria^ ou plutôt une autre partie de vous-même vient de s'y montrer, un coin plein de soleil et de fleurs qui n'ont jamais été cueillies. Cette vierge espagnole est une des plus belles qui apparaîtra jamais sous le voile de la poésie. Je ne peux pas vous dire ce qui monte au cœur en regardant ce tableau vrai. Inès, qui ne lit rien.

Ta lu cinq fois de ses grands yeux tout ouverts, et je l'emporte à Londres pour sa sœur, que l'on veut détacher de ses adorations. Hippolyte, tout silencieux et soupirant dans un coin, vient d'essayer au crayon ce pur miroir des jeunes filles. Un jour peut-être. Maria appa-

raîtra au Salon. Mais les violettes, mais ce parfum de vous, personne ne vous les volera!

L^article de Léonard venant par-dessus m*a fait passer toute une nuit de larmes. Votre mère et nous tous vous cherchions dans des jardins interminables. On vous trouvait. Vous vous mettiez à rire. Votre mère en devenait rouge de tendre colère. Alors vous vous sauviez encore, et une jeune fille, un enfant sur les bras, s'en allait après vous, disant : « Moi je l'attraperai bien. » Puis la mer, puis le vaisseau, puis vos mains que je serrais avec indignation pour vous empêcher de partir, car enfin, vous, vous êtes des grands poètes, de ceux dont la muse a plusieurs printemps.

Bien que le vrai s'y trouve, ce passage de l'article sur l'humble Léonard est d'une grandeur qui va jusqu'à Goethe et partout. Il s'ensuit de là que vous vous êtes regardé pleurer en riant. Mais, comme dans la musique, les notes qui pleurent sont celles qui vivent le plus. Eugène Delacroix le prouve par son

Christ au jardin des olives ^ dans l'église Saint- Étienne du Mont (i), et vous dans beaucoup de jardins aussi.

L'idée extraordinaire qui m'est venue en apprenant le bouleversement des terres de la Guadeloupe, c'est que ma mère était désemprisonnée, et je n'ai pu chasser cette joie (dont je demande pardon à Dieu), car l'insupportable de la mort, c'est le sépulcre pour ceux qu'on a tant aimés, c'est l'étouflfement des corps après la liberté de l'âme ! Je ne guérirai de cette oppression qu'en mourant. Où vais-je hasarder ce que je vous dis? mais n'entendezvous pas tout avec indulgence, et attention même. Jésus-Christ n'aurait pas guéri une plaie sans cette grâce sainte.

J'en reçois à l'instant la preuve dans le mot que je vous envoie, de Pauline (2), qui se

(i) Le tableau de Delacroix ne se trouve pas dans cette église, mais bien dans celle de Saint-Paul-Saint» Louis, rue du Faubourg-Saint- Antoine.

(2) Mme Pauline Duchambge.

réveille pour m'écrire ce bonheur qu'elle vous doit.

Hier, pour la première fois j*ai vu votre mère. Je suis contente, et je suis brisée de chagrins nouveaux. Je pars, avec des difficultés infinies, pour aller presser Ondine dans mes bras, puis revenir sans elle. Qu'en ditesvous? Ou elle est en effet malade, ou Ton abuse de cette supposition pour la fanatiser, et me la prendre, à moi qui Tadore! Ce trésor toujours envié, toujours innocemment complice des chagrins qu'elle me cause, s'impose à elle-même comme un devoir ce qu'elle me fait souffrir par cette étrange absence, car choisit-on l'Angleterre pour la guérison de n'importe quel mal, et le sien venait du travail? Il lui fallait du repos en France, et moi je suis bien malheureuse! Lisez sa dernière lettre. Il est évident que c'est un ange, que l'on veut sans moi. Il n'y a pas un mot qui m'appelle dans la maison qu'elle habite, et je lui écris pourtant que je n'y descendrai pas

sans y être invitée. Personne n'y pense, ni elle à revenir avec moi. On me punit bien d'être pauvre !

Marceline Valmore.

Quand vous pourrez monter, vous me ferez du bien.

Paris, 26 novembre [1844?].

Je pensais à vous écrire, quand j^ai vu venir votre lettre. Mon pauvre esprit vous cherchait pour se fortifier un peu contre le vôtre, qui me relève toujours.

Merci de ce que vous avez voulu. J^aurais souhaité que ce bonheur vînt par vous, qui avez pris l'habitude de nous aimer à travers toute cette froideur, qui me glace dans Paris. J'ai bien souvent tourné les yeux vers votre lampe, en voyant s'éteindre la mienne ! De qui voulez- vous que je me plaigne, quand vous restez bienveillant et bon pour des cœurs qui vous aiment?

Monsieur de Laprade est à Paris, et vous herche avec des souvenirs lyonnais.

J'oubliais de vous dire que je savais, de grand matin, le rejet de la Comédie Française, qui avait chargé son secrétaire, M. Loraux, d'en instruire mon mari. Il paraît que j'avais eu l'imprudence d'espérer à mon insu, car je me suis sentie, tout le jour, plus triste qu'à l'ordinaire. C'est vraiment beaucoup dire! Nous ne sommes jamais aussi détachés que nous le pensons, et qu'il le faudrait une fois pour toutes.

J'irai remercier M. Martin du Nord, qui m'écrit, en effet, une bonne lettre, et qui dit m'attendre le 29.

Je vous aimerai toujours. C'est très bon d'aimer pour toujours; cela sent déjà le ciel, que je m'efforce de regagner !

Marceline Valmore.

Ondine a bondi. Puis elle a repris sa rési-

gnation. C^est surtout pour elle que je souffre de tout. Elle a goûté de la richesse. Quelle chute, à vingt ans ! Son silence sur toutes les privations n*est que du courage. Elle était pourtant bien mal en Angleterre.

2i6 LETTRES DE M*** DESBORDES-VALMORE

[Paris, 27 février 1845] (i).

Ceci est la tendre fantaisie d^une enfant malade. Portez-la dans un coin de votre poche, aujourd'hui.

Inès m'a demandé, avec de longues hésitations et avec des larmes, de vous prier de ne pas rire de sa petite croix, qu'elle allait porter bonheur à la solennité pour laquelle elle prie depuis plusieurs jours. Cette sainte innocence vous fera sourire comme on sourit aux enfants.

Soyez heureux !

[Marceline Valmore.]

(i) Jour de la réception de Sainte-Beuve par Victor Hugo à l'Académie française.

Paris, 28 février 1845.

Hier, durant trois heures, nos cœurs ont vécu pour trois ans. Tout a été suivant le vœu de ceux qui aiment votre dignité autant que votre gloire. Mon Dieu, que tout a été bien !

Vous avez fait une action, le matin, en faveur de cette petite vierge malade, qui me donnerait mille ans d'amitié pour vous, si vous ne Taviez pour Péternité !

Marceline Valmore.

2i8 LETTRES DE M*" DESBORDES-VALMORE

Paris, juin 1845.

Je ne savais pas être si abattue que je le suis. Une insomnie me fait comprendre toutes mes lassitudes et mes déceptions. Quand je me retrouve seule, je suis comme une femme qui vient d'accoucher d'un enfant mort. Je ne demande plus mieux que de m'en aller, à présent. C'est assez. Il y a bien longtemps que je l'avais compris. Je me suis efforcée au contraire pour mes enfants. Je les aime tant! Et j'aime tant ce que j'aime !

Si vous sortez content de ce qui vous occupe, dites-le-moi.

Je mourrai peut-être sans pouvoir payer

M. Veyne (i), et je ne trouve pas de courage contre de telles pensées.

Je vous aurai beaucoup attristé dans ma vie, et vous me pardonnez, je le sais.

Marceline Valmore.

(i) Le docUur Veyne, ami de Sainte-Beuve.

Paris, i8 juin 1845.

Si c'est possible, rendez un bon office à Valmore. Notre ami Victor Augier rêve je ne sais quelle affaire commerciale, qui mettrait pour toujours mon mari loin du théâtre. Mais il veut tout d'abord en soumettre le projet à M. Creuzé de Lesser, afin de ne pas perdre son travail s'il devait y trouver des empêchements par d'autres commerçants établis . M . A ugier vous demande l'appui d'une ligne qui réponde à M. le Préfet de son caractère d'homme d'honneur, afin d'arriver, sans les lenteurs de l'inquisition, jusqu'à cette autorité soupçonneuse. On a des peurs étranges d'être pris pour des je ne sais quoi, en se présentant tout d'abord à ce grand Rhadamante.

Voilà ce que j'avais à vous demander, et vous voyez qu'un rayon consolant traverse toutes nos nuits. Ne sera-ce pas ainsi dans le Purgatoire? il y aura une fente par où la lumière pénétrera. Je n'aime et ne comprend de Dante que cette attente mélancolique des âmes, dont il n'a pas su expliquer le bonheur. Tout celui de la terre est de croire à la sincérité de quelques autres, et je vous en remercie.

Marceline Valmore.

Hippolyte va être placé ! Il a une fierté si tendre que la mienne en pleure !

Paris, 20 juin [1845].

Je comprends bien tout ce que vous m'écrivez, et je m'en veux de vous avoir mis dans la nécessité de cette explication. Mais il faut aussi que tout ce que je fais vous soit expliqué, afin que vous me le pardonniez. Notre ami se trouvait-là, un soir, où, s'expliquant votre appui dans ma visite suppliante pour cette pauvre demoiselle, ce souvenir d'obligeance lui est demeuré, et le cœur lui a dit de mêler votre nom au sien pour obtenir le grave accès.

Je lui ai dit de suite vos raisons qu'il approuve, et je vous remercie d'en avoir pris le soin... Je laisse présentement tout aller au flot, comme j'ai vu faire d'un vaisseau, dans

une tourmente où Ton ne voyait plus clair. Je me rappelle pourtant que l'on y faisait encore la distribution des vivres. On s'en allait à la grâce de Dieu et Ton mangeait. Je regardais tout, liée dans des cordages !

Je vous aime beaucoup, puisque j'ose vous écrire tous ces reflets sans suite de mon passé, dont vous ne riez pas. Inès, Ondine, et tout ce que j'aime vous aime.

Marceline Valmore.

Paris, 24 septembre 1845.

Votre terrible journée me pesait sur le cœur. Je ne savais que devenir hier. En rentrant, à minuit, de mes adieux à Mme Lucien, on m'a remis en bas le triste billet noir qui m'avait poursuivie, car je pleure celui que vous aimez, puisque vous l'aimez. Quelle consternation !

Je demeure par dessus inquiète de votre santé. Rien ne manquait à ce deuil; le temps était navré aussi. N'en ressentez-vous pas de mal ? Nous souhaitons vivement le savoir, car nous sommes bien à vous !

Marceline Valmore (i).

(i) Les obsèques de Charles Labitte, auxquelles cette lettre fait allusion, avaient été célébrées le matin même*

Paris, 17 août 1846.

C'est peine et joie qu'une lettre comme la vôtre. Je sens que vous souffrez, que la vie n'est pas toute pleine dans vos chères mains.

Je me suis sentie quelques heures si mal, que je ne veux pas essayer de vous le dire.

Je possède Ondîne jusqu'à jeudi. Alors elle part, j'espère pour aller donner ses vacances à son triste père absent; — une santé défaite, un sort défait, Dieu seul les rajuste! Ah! je vous aime bien, puisque vous êtes toujours dans ma pensée, surchargée de tant de douleurs. Inès a voulu votre lettre pour toujours. Je n'appuie pas sur elle en vous la nommant.

Vous affliger m'est odieux. Envoyez-moi, si vous pouvez, une ligne, qui sera comme une

lumière pour Hippolyte, mon cher camarade de chagrin. Il va tenter le baccalauréat. M. Patin ne sera-t-il pas son juge, ou d'autres effrayants que vous humaniserez ?

Je n'y vois guère qu'à vous aimer, ce que fera mon âme quand elle sera partie.

Marceline Valmore.

Je vous dois Monsieur Veyne. Grand bienfait dans cette terrible épreuve !

Paris, 22 février 1848.

Voici ce que je pourrais vous dire, véritable Saadi de nos climats : c j'avais dessein de vous rapporter des roses; mais j'ai été tellement enivrée de leur odeur délicieuse, qu'elles ont toutes échappé de mon sein. »

Si vous saviez quelle détresse cachée vous venez d'adoucir, vous tressailleriez dans votre âme d'une joie divine, je tremblais quand vous m'avez quittée. Je n'ai pu vous rien dire. Vous étiez aussi très ému, je le crois, et vous deviez l'être, même ignorant l'étendue de la peine que vous veniez secourir. Un pauvre athée n'eût pu résister à cette preuve de l'existence de Dieu.

Ondine, que son père est allé chercher hier soir, n'a pas voulu venir à cause de son devoir.

Cette chère vie absente a d'étranges courages.

Je vous écris dans un tumulte de cœur. Voilà tout le peuple qui passe en criant. Je Taime bien! Vous trouver au milieu de moi-même durant ce trouble, c'est une des preuves les plus vraies que je pourrai jamais vous donner que vous m'êtes très cher, et que la reconnaissance est dans la vie qui me reste !

Je prie pour le peuple et pour vous, pour l'ombre charmante de Madame Récamier! Les anges m'entendent ! *

[Marceline Val MORE.]

Paris, le 29 octobre 1849.

Je VOUS envoie ce livre (i) avec un grand serrement de cœur, sans espérer que vous ayez le loisir d*y jeter sérieusement les yeux, et ne me résignant pas à Tidée que votre amitié seule le protège où j^ose l'envoyer. Dieu sait, et vous aussi, n'est-ce pas, si c'est l'orgueil qui me donne un pareil courage !

Mais je ne voudrais pas, au prix de tout au monde, que votre appui fît grotider votre conscience, et j'aime bien mieux subir toutes les conséquences de la détresse inouïe où le sort me livre, que de tenter votre justice en vous demandant de protéger un mauvais livre.

(i) Elle sollicitait un prix d'Académie pour son volume : les Anges de la Famille, prix qu'elle obtint.

Comme c'est uniquement pour quelque argent que j'ose aspirer à ce que je n'ai jamais souhaité de ma vie, je continuerais de demander l'aumône à Dieu plutôt que de vous faire mentir une fois, même en faveur de nos souffrances.

Soyez bien heureux de vos gloires, qui me font du bien, quoi qu'il en soit. L'article charmant et douloureux sur V Abbaye au Bois m'est arrivé par Madame Bascans, et personne n'ose se plaindre de ne plus vous voir en vous lisant ainsi I

Marceline Val[mo]re.

[18 mars 1851] (i).

Un grand accablement m'a empêchée de vous répondre. Pardonnez-moi, je Tai essayé plusieurs fois; mais dans quel coin de mon

(i) Cette lettre répond à celle de Sainte-Beuve, publiée par M. Arthur Pougin, page 107-108 de son intéressant volume : la Jeunesse de Mme DesbordeS" Valmore (in-i2, Calmann Lévy, 1898). Mais la date que M. Pougin attribue au message du critique, — le 7 mars 1847, — ne peut être que doublement inexacte. M. de Latouche étant mort seulement le 9 mars 185 1.

Une autre date imprimée dans le même ouvrage, — celle du 7 décembre 1844, placée en tête d'une lettre de Mme Desbordes- Valmore à Mme Pauline Duchambge, — est aussi tout à fait erronée. C'est le 7 décembre 1841 qu'il faudrait lire, car, dès 1869, Sainte-Beuve avait mis au jour, avec son millésime exact, des fragments de cette lettre. (Voir page 226 du tome XII de ses Nouveaux Lundis, et voir aussi p. 62 du tome II de la Correspondance intime de Mme Desbordes- Valmore,) Il y est question d'une création que Balzac réservait à Mme Dorval dans une pièce qu'il achevait pour l'Odéon. Le fait est

sort laborieux trouver de la solitude pour me recueillir?

exact. Le rôle de la Brancador, Théroïne des Ressources de Quinola (Odéon, 19 mars 1842), fut en effet écrit pour la grande artiste romantique. Mais elle ne le créa pas plus que celui de la Marâtre ^ également conçu par Balzac en vue de l'admirable interprète des œuvres d'Alexandre Dumas, de Victor Hugo et d'Alfred de Vigny.

A propos de la réponse si touchante, si mystérieusement troublante, faite ici par Mme Desbordes- Val more aux questions de Sainte-Beuve sur M. de Latouche, et, bien entendu, sans vouloir tirer de cette page émue aucune conclusion, citons ici deux ou trois renseignements curieux, empruntés au tome, premier .des Cahiers manuscrits de l'auteur de Port-Royal, et à l'une de ses lettres inédites à Ulric Guttinguer.

Voici d'abord quelques lignes, découpées dans une missive de ce dernier écrite en juin 1838, et fixées par Sainte-Beuve dans le Cahier en question :

u Vous voilà donc, mon cher ami, dans les vers de Mme Valmore, bien jolis par doux, éclairs, et, comme des éclairs, étincelants dans l'obscurité. Vous y rencontrerez le Loup de la Vallée, dont elle ne s'est pas encore réveillée, dit Mme Duchambge, et pour qui ont été exhalés tous ces beaux élans de passion désolée, qui la mettent tant au-dessus et au-dessous des autres femmes. C'est l'André Chénier femelle, et le malheur, fiction, hélas 1 et réalité 1 »

Sainte-Beuve indique sur l'autographe de son ami qu'il s'agit de « Latouche », l'ermite de la Vallée aux Loups,

Pensez, cette fois, que c^est presque sur une tombe qu'il faut demander un peu d'ordre

résidence qu'il habita après Chateaubriand. L'auteur de Volupté complète aussi tous les noms, dont les initiales seules sont inscrites dans le texte. Ce court fragment fait allusion à l'article qu'il préparait sur les Pleurs ^ poésies par Mme Valmore, et qu'il publia dans le numéro du 1* janvier 1839 &e la Revue des Denx Mondes. Sa réponse à la lettre de Guttinguer, réponse datée du 2 juillet 1838, renferme le passage suivant :

« Je ne savais pas que ce fût pour le loup que la colombe avait tant gémi. Je ne m'étonne plus que, l'autre jour, elle m'en ait parlé, u II est bon, m me disait-elle; u il n'aspire plus qu'au profond repos. » Elle veut me le faire connaître. En vérité, je ne le crains pas trop. Quel mal peut-il faire désormais, ou même vouloir? Nous sommes un peu tous des débris. »

Enfin, à la page soixante et une du même Cahier, on lit cette intéressante affirmation, écrite certainement par le maître vers 1839 :

a L'amant-poète, célébré dans les élégies de Mme Valmore, est Latouche, et celui des élégies de Mme Dufresnoy est Fontanes. »

Voici maintenant le texte corrigé de la lettre de Sainte-Beuve à Mme Valmore citée par M. Pougin :

M 12 (?) mars 185 1.

« Chère Madame,

« Si ceci vous ennuie, le moins du monde, tenez-le pour non avenu.

<c II est mort, ces jours-ci, un de vos anciens amis sur

à mon esprit abattu. Comment oserais-je, de là, juger celui d*un autre? Quel jugement peut-on écrire avec des larmes dans les yeux? Oui, vous avez raison, ce serait par éclair (i) à mon insu, que vous saisiriez les impressions gardées dans ma mémoire, la mémoire com-

qui je voudrais écrire avec impartialité et justice, laissant de côté le caractère et ne m'occupant que de l'esprit et du talent. Et qui mieux que vous peut m'en parler et m'en donner l'idée et Vêclair?

u Vous me l'avez fait rencontrer chez vous un jouF« Nous nous sommes traversés sans jamais beaucoup nous rejoindre 1 Vous deviez être le lien, et le lien n'a pas tenu.

« Aujourd'hui, s'il ne vous est pas trop désagréable de m'écrire un jugement senti sur ce brillant, coquet et inquiet esprit, rendez m'en l'impression vive, poétique, indulgente, comme il sied envers ceux qui ont fait moins de mal qu'ils n'en pouvaient faire .

u Encore une fois, laissons l'homme, et ne nous souvenons que du charmant et séduisant esprit qui a été si près du talent. N'est-ce pas ainsi que vous jugez au fond M. de LatoucheP

u A vous, chère Madame, à vous et aux vôtres, de loin comme de près, et toujours.

M Sainte-Beuve. »

(i) Les mots soulignés dans cette réponse sont empruntés à la lettre même de Sainte-Beuve.

primée, de cet esprit incompréhensible qui vous occupe. Mais nous ne nous voyons pas.

Comment faire ? Votre voix me ranimerait et je trouverais des paroles pour vous répondre. Ici, je suis trop en moi-même. C^est vraiment un triste asile, et je ne voudrais pas mêler un mot de tristesse personnelle à ma lettre. Mais je suis frappée à terre par tant de pertes irréparables ! Ces cris sourds m^atteignent de partout comme une terrible électricité, et je sens bien que personne ne me tient compte de ce dernier coup de foudre, — que Dieu peut-être, qui sait tout, qui plaint tout! J'étais déjà en deuil, et à peine ai-je soulevé le voile qu'il faut le rabattre sur son âme, et je n'en peux plus! D'ailleurs, je n'ai pas défini, je n'ai pas deviné, cette énigme obscure et brillante. J'en ai subi l'éblouissement et la crainte. C'était tantôt sombre comme un feu de forge dans une forêt, tantôt léger, clair, comme une fête d'enfant; un mot d'innocence, une candeur, qu'il adorait, faisait éclater en lui le rire franc

d'une joie retrouvée, d'un espoir rendu. La reconnaissance alors se peignait si vive dans ce regard-là, que toute idée de peur quittait les timides. C'était le bon esprit qui revivait dans son cœur tourmenté, bien défiant, je crois, bien avide de perfection humaine, à laquelle il voulait croire encore.

Il semblait souvent gêné de vivre, et quand il se dégoûtait de l'illusion, quelle amertume revenait s'étendre sur cette fête passagère !.. . Admirer était, je crois, le besoin le plus passionné de sa nature malade, car il était bien malade souvent, et bien malheureux! Non, ce n'était pas un méchant, mais un malade, car l'apparition seule d'un défaut dans ses idoles le jetait dans un profond désespoir, ce n'est pas trop dire. Il en avait un quand nous l'avons connu. Jamais il n'en parlait ouvertement dans nos entretiens, qu'il cherchait sans doute pour distraire un passé plein d'orages. Quelle organisation fut jamais plus mystérieuse que la sienne! Pourtant, à force de charme, de dou-

ceur sincère, mon oncle, qu^il aimait tout à fait, mon oncle, d'un caractère droit, pittoresque et religieux, le jugeait simple, candide, affectueux. Il Ta été ! Il Ta été ! Et heureux, et soulagé aussi de pouvoir l'être par cette affection toute unie !

On l'a cru jaloux, littérairement parlant. Il ne l'a jamais été. Mais injuste, prévenu, oh oui! Sa colère et son dédain étaient si grands, quand il se détrompait d'un talent, d'une vertu, d'une beauté, dont la découverte et la croyance l'avaient rempli de tant de joie! Après, quelle ironie contre sa propre simplicité ! Comme il se déchirait d'avoir été volé, disait-il, par luimême! Il souffrait beaucoup; croyez-le et ne l'oubliez jamais. Il s'attendrissait d'une fleur et la saluait d'un respect pieux. Oui. Puis, il s'irritait d'oublier qu'elle est périssable. Il levait les épaules et la jetait dans le feu. C'est vrai.

La politique ardente n'a-t-elle pas beaucoup aigri l'aménité native mêlée à son énergie? Je

Tai souvent pensé. Un désintéressement incorruptible, qui lui eût fait supporter la misère sans une plainte, Ta rendu sans pitié pour les faiblesses de Tambition, ou Tindolence, — qu'il appelait crime, — dans le sentiment patriotique. Le secret de ses grandes solitudes est peut-être là.

La patience minutieuse au travail était portée chez lui à un excès fatal à sa santé, comme à ses succès, 11 s*y clouait en martyr. On eût dit alors (je le sais par d'autres que moi) que son cœur et sa tête s'emplissaient par degrés de fumée, et qu'elle étouffait quelquefois l'élan, l'abandon, le fluide, de l'inspiration, que c'était alors comme une lampe qui n'a pas d'air. Si je dis mal ce qu'il me semble, vous devinerez le dessous. Ce n'est pas faire de la critique, mon Dieu! Mais c'est plaindre son malheur et sa torture !

Son enthousiasme pour la littérature allemande et pour la transformation de la vôtre l'a beaucoup subjugué. Depuis, j'ai osé m'éton-

nerque sapoésie, bien qu*élégante, mais cérémonieuse peut-être, se fût à peine dégagée de Tesclavage dont il avait horreur, comme le prouvaient ses transports d'admiration pour les hardiesses cavalières de M. de Musset et les nouveautés de vous tous, qui le ravissaient d'espérance !

Depuis lors, je n'ai plus rien su de distinct, ni pu regarder de près ce génie, devenu si amer. C'est par échos lointains, rares, tristes aussi, qu'il nous cherchait. Son livre de Clément XIV nous a rappelé ses entretiens les plus charmants avec mon oncle, qui l'excitait. Fragoletta m'a remplie d'étonnement et de terreur. Grangeneuve nous a ramenés depuis à nos instincts de le plaindre et d'espérer pouf lui. Depuis, peut-être à force de contenir son imagination et sa parole écrite, il en a trahi la liberté et l'éclat. Ses derniers livres, je n'ai pas osé les lire!... Je vous le redis, peut-être inutilement; mais son esi^ût parlé était plus irrésistible quand il se croyait bien écouté et bien

compris, et qu'il respirait de sa maladie noire. Seul, il songeait trop au public, qui juge à froid, juge formidable et sans appel ! La flamme souffrait alors d'une rêverie trop longfue. L'épouvante du ridicule paralysait l'audace qu'il applaudissait dans les autres. Il n'était pas homme à subir les humiliations de la terre, et il ne courait plus par l'effroi de tomber!... Pour lui, plutôt périr immobile que d'exciter le rire en s'aventurant, ce rire qu'il n'épargnait pas toujours, dont il se repentait souvent! Ne le croyez- vous pas aussi? N'avezvous pas bien judicieusement observé qu'il est loin cP avoir fait le mal quHl pouvait faire? C'est d'une justice et d'une charité profondes ce que vous dites là.

Quel immense empire n'a-t-il pas dû obtenir sur ses colères? Quelle grandeur silencieuse de ne s'être pas vengé, lui dont l'orgueil brûlant s'est cru tant de fois si mortellement offensé, car le craindre, c'était l'insulter! Il faut trouver dans ce courage qu'il a eu, muet et

solitaire, de quoi racheter toutes les larmes qu*il a fait couler. Vous le pensez, n*est-ce pas? Oh! pensez-le, dites-le, comme vous savez tout dire, pour être équitable, car il y a des choses qui sont entendues entre ciel et terre, et qui peuvent consoler partout !

Décidez si cette âme ombrageuse n'a pas limité elle-même son essor, si les souffrances du corps n'ont pas obscurci cette gloire, qui s'annonçait si haute !

Voilà tout ce qu'entre vous et moi je puis formuler de ma pensée... En quoi peut-elle aider la vôtre? Du moins, dans ce monde et partout, c'est ainsi que je vous la dirai toujours, parce que je crois en vous, à votre indulgente amitié pour la mienne, et pour l'obscurité de ma raison.

Marceline Desb[ordes]-Valmore*

Paris, 10 juillet 1855.

J'avais vu cette chose bouleversante en plein soleil : une grosse masse noire couverte de larmes. J'en étais immobile, et l'on me dit : a C'est Madame T... »

Ce que j'ai appris en plus n'est pas à vous rendre. C'est l'abandon, l'inertie, le dernier malheur, une vieille enfant, disant avec douceur : « On me laisse comme cela, » avec deux ruisseaux de larmes incessantes.

Vous savez que la pitié me tue. Je n'ai pensé qu'à vous, par toute celle que je vous sais au fond du cœur, et c'est moi (grâce et pardon !) qui vous ai désigné à ce pauvre cata-

falque dédaigné. Dieu le regarde, comme tout le reste ! Son vieux mari pleure peut-être entre terre et ciel, où il n*est pas encore entré. Cette croyance me déchire, et c'est pourquoi je pardonne tout. Mais à qui confier ces secrets qui me rendent si tendre? Vous savez tant de choses de moi, dont vous n'avez jamais ri, que c'est toujours vous que j'appelle et que j'appellerai pour secourir le malheur, à qui je ne peux rien donner. Je vous en ai tant fait secourir! Et Dieu ne vous en grondera jamais !

M. Lacaussade a pu, je crois, vous exprimer un peu son anxiété, car je ne pouvais pas plus me taire que parler, et pour finir ce mortel embarras, je lui ai dit de vous porter les premières paroles. Après quoi je vous écris ce que je pense. Qu'est-ce que cela fait , si le nom n'est plus aussi pur qu'il eût dû rester? Cela les regarde, au grand procès des âmes!

Ici, le devoir est d'aller au secours. Vous m'en avez accordé bien d'autres! Aussi, je

vous aime beaucoup, en dehors de tout ce qui fait votre gloire de ce monde.

Marceline DesbordES-Valmore.

Que les anges nous fassent réussir ! Je crois qu'ils regardent tout ce que nous faisons pour eux (i) I

(i) Mme Desbordes -Valmore est morte à Paris le 23 juillet 1859.

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