LETTRES
DE
A SAINTE-3EUVE
Vous avez une plume, au vulgaire cachée, Qui semble près du cœur, toute vive arrachée, Comme si quelque oiseau, divin et familier.
Logeait dans ce cœiu- tendre, et s'y laissait lier !
Marceline Desbordes-Valmore.
(Sans date).
(i) Sauf un ou deux courts extraits, cités par le maitre lui-même, ces lettres sont entièrement inédites et publiées ici scrupuleusement conformes à leurs autographes. Nous les avons seulement complétées par quelques notes indispensables à la parfaite intelligence du texte.
Lyon, 28 octobre 1836.
C'est au cœur de M. de Sainte-Beuve que j'envoie une des choses les plus faites pour le toucher.
Si je n'étais tout à fait malade en ce moment, je lui raconterais la triste et simple histoire du jeune infirme, qui ne marche plus, qui ne parle plus, et ne peut même signer son : Ame, qu'il adresse à son poète bien-aimé, vous, Monsieur, dont les Consolations ont souvent enchanté 'sa vie qui s'en va, à vingt-trois ans!
Les vœux les plus tendres pour celle de M. de Sainte-Beuve.
Marceline Val MO RE.
Paris, 16 septembre [1837].
Le nom de M. de Sainte-Beuve est très beau et, de plus, il m'est devenu cher par la grâce et la bonté qu'il me rappelle. Mais c'est une tristesse de le trouver sur une carte, et cette tristesse -là, qui nous en consolera?
L'auteur même des Consolations, n'est-ce pas, Monsieur? Vous pouvez en donner beaucoup, par votre présence. N'oubliez pas que vous l'avez promis, et que vous n'avez jamais dédaigné l'humble chambre de votre plus humble servante.
Marceline Valmore.
[Paris, avril 1840.]
L*hirondelle tressaille. Au premier rayon pur,
L*air tiède ouvre son aile.
Attentive, joyeuse, elle cherche un nid sûr.
Et nous cherchons comme elle.
Puis, quand elle a trouvé sous quelque toit dé- Sous quelque pieux dôme, [sert. Un coin voilé de mousse aux yeux du ciel ou- Meublé d'un peu de chaume, [vert,
Elle jette un doux cri de grâces au Seigneur; Et, redoublant de zèle.
Elle veut que son nid renferme tout son cœur. Et nous voulons comme elle.
Alors, faisant sa place à chacun des enfants
Qui babille et qui saute :
a Ah ! dit-elle, au milieu de nos jeux triom-
c II manque encore un hôte ! [phants,
a II manque un rossignol et son chant tout Qu^apprit mon cœur fidèle. [amour,
« Oh ! j'oserai vers nous Tamener tout un — Oserons-nous comme elle ?. . . [jour !
Elle vole, elle vole à Tasile chanteur, Qui de loin charme et brille :
a J'inaugure mon nid. Venez de votre sœur Bénir Thumble famille.
« Quand on est tant aimé, dites, frère, aime-' « Au toit de l'hirondelle [t-on?
Venez !... » Et du poète ailé la voix répond. Oh ! répondez comme elle !
Ondine Valmore (i).
Si vous n'avez pas donné le vingt-quatrième jour de ce mois, nous vous le demandons, à cinq heures après-midi. Je vous assure que nous éprouvons Fétouffement de ne pas vous voir et de vous croire malade.
Jugez de l'heure que nous demandons à vous faire partager : mon bon Valmore sera là pour serrer vos mains avec les nôtres! Monsieur Chasles, qui va le remplacer à Lyon, vous présente ses adieux. Il n'a pu vous rejoindre nulle part.
Nous sommes en plein déménagement.
(i) tt Ondine, qui en réalité se prénommait Hyacinthe, est morte à Passy, le 12 février 1853, âgée seulement de trente-deux ans, n écrit M. d'Heilly dans la Revue des Revues (N* du i* novembre 1899). Dans le tome XII des Nouveaux Lundis (p. 168 et 209), Sainte-Beuve avait déjà donné ces renseignements. On sait qu'Hyacinthe était aussi l'un des prénoms de M. de Latouche.
Ma douce ambitieuse fille vous a chanté son invitation, après que nous avions pleuré de votre poésie. Ah ! qu*elle est belle ! Et pleine du mot : toujours j qui peint seul l'amitié que j'ai pour vous.
Marceline Valmore.
Rue Saint-Honoré, 345, près la place Vendôme (i).
(i) Cette lettre est adressée ainsi : <« A Madame de Sainte-Benve , pour M. de Sainte-Beuve, rue Mont-Parnasse, I***, Paris. »
[Paris, jeudi, août 1841.]