Et Moïse s'éloigna de Pharaon , et pria le Seigneur
31. Qui aecomplit la parole de Moïse, et chassa les mouches loin de Pharaon , et de ses serviteurs et de son peuple, et il n'en demeura pas une.
32. Et Pharaon endureit encore une fois son cœur , et ne laissa point aller son peuple.
COMMENTAIRE
Sur la seconde plaie.
Ecce ego percutiam omnes tuos terminos ranis, On explique ainsi communément ce verset : « Je fais frapper toute l'étendue de votre royaume en la remplissant de grenouilles.» Mais, conformément à ce que je viens de dire ci-dessus, on pourrait l'entendre ainsi : « Je vais faire devaut vous un prodige qui, par son récit, frappera d'étonnement tous vos sujets, Ce prodige consistera en grenouilles dont je vais remplir votre palais, jusqu'au point que vous serez plus incommodé qu'on ne peut dire, surtout par leurs eris continuels : il y en aura un si grand nombre, sorti du Nil près duquel est situé votre palais, qu'elles entreront dans vos appartements, dans votre chambre à coucher, et monteront jusque sur votre lit et dans les chambres de tous ceux qui habitent avec vous dans votre palais; elles infesteront méme vos fours, » Telle est l'explication qu'on peut donner aux versets 2, 3 et 4 de ce chapitre; on peut méme ajouler que ces versets contiennent une deseription hyperbolique, dont le but est de marquer seulement un trés-grand nombre , et les entendre comme s'il y avait: « Les grenouilles que je vais faire paraitre à vos yeux, 6 roi ! seront si nombreuses que le Nil semblera les avoir vom!es dans toute son étendue, qu'elles rempliront, pour ainsi dire, votre palais, vos appartements, vos lits, etc, «
Nota. Où la Vulgate lit: Et in furnos tuos, et in reliquias ciborum tuorum , Le Clerc adit : Et in furnos tuos, et in mactras tuas , « dans vos fours et dans vos huches, » ce qui fait un meilleur sens; les Seplante portent: Zn conspersis (uis, et clibanis tuis, ce qui fait aussi un bon sens. « Dans vos pâtes et vos fours: » ces mots prouvent bien que l'expression de Moïse est ici byperbolique; car tout le monde sait que les grenouilles fuient toujours les lieux secs et arides, à plus forte raison es fours. Dom Calmet, expliquant ici comment se fit le miracle des grenouilles par Moïse, dit « qu'il n'est pas nécessaire de croire que Dieu créa de nouvelles grenouilles, ou qu'il les produisit par un changement subit de limon en grenouilles. Il put, par un effet miraculeux, faire éclore tout d'un coup tous les frais de grenouilles qui se trouvèrent alors dans les eaux et dans les marais de l'Égypte, et dont une partie aurait été perdue sans ce secours extraordinaire. » On peut admettre cette explication de dom Calmet, qui est fort simple, et restreindre le miracle en question dans des
bornes plus étroites que n'a fait ce Père, qui a suivi l'opinion commune,
Mais comme il est dit an verset.suivant que « les magiciens firent aussi la méme chose par leurs secrets enchantements, « il faut absclument, pour les raisons que nous avons déduites dans le chapitre précédent, resserrer dans des bornes plus étroites le miracle des grenouilles que fit Moise, et dire, par exemp'e, que cette inondation de grenouilles n'eut lieu que dans la ville où Pharaon faisait sa résidence, et méme dans son palais seulement. En un mot, il faut que le miracle des grenouilles, dont Moïse fut l'auteur, soit de nalure à pouvoir être imité par les fourberies des magiciens.
Sur la magie égyptienne.
Il y à beaucoup d'apparence que cette magie égyptienne, qui a été si célèbre, ne consistait qu'en des connaissances mathématiques, astrologiques, naturelles et purement philosophiques , puisque tous les philosophes grecs, qui voyageaient en Égypte pour y apprendre la science des Égyptiens, en puisant à la source même, comme Prthagore, Empédocle, Démocrite, Platon , n'en ont rapporté que des connaissances purement naturelles, mais n'ont pii méme téinoigné qu'il y en eût d'autres dans le pays. Aristote, qui a recueilli tout ce qu'il avait pu apprendre de merveilleux, et surpassant les causes ordinaires de la nature, ne fait aucune mention de la magie égyptienne, Dans l'historien Josèphe ( Ant., liv. II, ch. *), Moise traite la magie égyptienne de naturelle, Lorsque Dieu a permis queles mages de Pharaon fissent paraître des enchantements magiques, soit réels, soit illusoires, c'était une occasion extraordinaire dans laquelle Dieu a voulu qu'ils fussent convaincus avec plus d'éclat par la vertu diviue qui opérait dans Moïse, C'est ainsi qu'il fut permis aux Mages de Pharaon de convertir leurs baguettes en serpents, afin que les serpents provenus de ces baguettes fussent dévorés par le serpent produit de la baguette d'Aaron. C'est ainsi qu'il fut permis d'imiter seulement les deux premières plaies d'Égypte, afin que leur impuissance et celle des malins esprits, dont ils étaient les ministres, füt mieux reconnue, soit en ce qu'ils ne pouvaient procurer aucun soulagement à Pharaon ni à son peuple, soit en ce qu'il ne leur fut pas possible d'imiter les autres plaies dont le Seigneur frappa l'Egypte.
COMMENTAIRE
Troisième plaie.
La corruption de ces grenouilles, ajonte ic dom Culmet, attira des mouches et des moucherons, qui s'y attachérent, et qui produisirent une infinite. d'insectes semblables, dont Dieu se servit pour la troisicme plaie d'Égrpte ; car, continue ee commentateur, quoique ces plaies soient miraculeuses, Dieu se servit cependant des dispositions naturelles qu'il trouva dans les causes secondes , et les détermina, selon ses desseins, à produire ces effets,
Nature de cette nouvelle plaie.
On pourrait croire qu'il est iei question d'insectes volants, On peut done admettre, avec l'opinion commune, que la troisième plaie d'Egypte consista en insectes ailés, dont on peut expliquer la formation suivant l'hypothèse de dom Calmet développée à propos du verset 14 de ee chapitre,
1l est bon d'observer ici que le miracle de Moïse, connu vulgairement sous le nom de froisième plaie d'Égypte, n'ayant pu être imite par les magiciens d'Egypte, non plus que les autres miracles qui suivent, on ne peut pas douter que ces miracles et les suivants n'aient été au-dessus des précédents, Ainsi on peut croire que les choses se passérent de cette façon. D'abord Moïse change surnaturellement sa verge en serpent, les magiciens font par leurs fourberies le mème prodige en apparence; ce qui empécha Pharaon de croire à ce que lui disait Moïse, Ensuite Moïse change l'eau en sang pour donner un échantillon de son pouvoir, qui deviendrait nuisible si Pharaon ne se rendait; les magiciens ayant fait par fourberie le méme prodige en apparence, Pharaon ne se rend point, Moise remplit ensuite le palais du roi de grenouilles ; mais les magiciens ayant fait en apparence la méme chose, Pharaon persiste dans son obstination : cependant Moïse continuant de l'importuner par le nombre des grenouilles, qui allait toujours en s'angmentant , Pharaon à recours à Moïse et obtient d'être délivré de cette importunité ; mais dés qu'elle fut cessée, il redevient inexorable, Alors Moïse fit aussitôt plusieurs prodiges qui ne purent être imités par la fourberie des magiciens d'Egypte. Cependant Pharaon, par une obstination étonnante, ne se rendit point. On peut donc donner, absolument parlant, aux prodiges de Moïse que ne purent faire les magiciens ,
ute l'étendue que leur donne ordinairement l'opinion commune ,
' quoiqu'à la vérité on ne puisse pas concevoir aisément en ce cas l'en
durcissement des pécheurs que nous avons sous les yeux.
Quoi qu'il en soit, ce qu'on appelle /a troisième plaie d'Egypte consista en ce que « les hommes et les bêtes furent horriblement tomnentés par des moncherons dans toute l'étendue du royaume de
Pharaon. »
Des magiciens d' Egypte.
Les magiciens avaient pu croire jusqu'alors que Moïse n'était qu'un enchanteur, mais plus habile qu'eux, Ici ils reconnaissent qu'il y a en lui quelque chose de plus que la magie, et que Dieu s'en mele,
« Dans tout l'ancien Testament , dit Bergier, nous ne voyons aueun exemple d'opération magique dout nous soyons forcés d'attribuer l'effet au démon. Lorsque Moïse fit des miracles en Égypte, il est dit que les magiciens de Pharaon firent de méme par leurs enchantements; ils imiterent donc les miracles de Moise au point d'en
| imposer aux veux des spectateurs : mais y eut-il réellement du surnaturel dans leurs opérations? Rien ne nons oblige de le supposer ; le récit de l'Écriture semble prouver le contraire,
* En premier lien, ces magiciens userent de préparatifs. Ils furent appelés par Pharaon pour changer leurs verges en serpents; Pharaon lui-méme fut averti d'avance du changement des eaux du Nil en sang et de l'arrivée des grenouilles (Exode, chap. viz, Y st et i75 chap. virt, X 2); il est dit qu'ils imiterent Moïse par des enclantements et Jes pratiques secrètes, Ces pratiques pouvaient être des moyens naturels, des tours de main capables d'en imposer aux yeux,
* Secondement, la comparaison de leurs prestiges avec les miracles de Moïse confirme cette opinion. Enchanter les serpents par des drogues qui leur ótent le pouvoir de mordre, les manier ensuite sans aucune crainte, est un secret très-commun, non-seulement en Égypte et dans les Indes, mais dans les cantons de l'Europe où l'on fait commerce de vipères. Avec ce talent et un peu de souplesse, il était aisé aux magiciens de faire paraitre tont à coup un serpent au lieu d'un bâton; mais le serpent de Morse dévora les serpents des magiciens, ce qui démontre que ce n'était point un serpeut enchanté ou affaibli.
* Donner la couleur de sang à un fleuve tel que le Nil, en corrompre les eaux par un coup de baguette, en présence de Pharaon et de toute sa suite, c'est ce que fit Moïse, et c'est un prodige que l'on ne peut expliquer par aucune cause naturelle, Imiter ce change. ment dans une certaine quantité d'eau, dans un vase ou dans une fosse, ce n'est plus un miracle : nous ne voyons pas que les magiciens aient rien fait davantage.
* Lorsque Moise, en étendant Ja main, fit sortir du fleuve une quantité de grenouilles suffisante pour couvrir le sol de l'Egypte, et qu'il les fit mourir ensuite par une prière à Dieu, ce ne fut point une opération naturelle, En faire sortir une petite quantité, non pas en étendant la main, mais par des appáts ou par des fils imperceptibles, c'est ce que peut faire un homme adroit avec un peu de préparation , el c'est où se borna le pouvoir des magiciens. Pharaon, convaincu de leur impuissance, ne s'adressa pas à eux, mais à Moïse, pour être délivré des grenouilles,
« En troisième lieu, ils furent forcés de s'avouer vaincus; ils ne purent produire des insectes, parce que l'art n'y a plus de prise; ils s'écrièrent : » Le doigt de Dieu est ici! » Ils ne purent détruire aucun des miracles de Moïse, faire cesser aucun des fléaux dont il affligea l'Égypte, mi s'en mettre à couvert eux-mêmes. Dira-t-on que Dieu, aprés avoir permis au démon de lutter contre lui par trois miracles, l'arréta seulement au quatrième ? Mais le Psalmiste, avant de parler des plaies de l'Égypte (Ps. 135), dit (Y 4) que Dieu seul fait de grands miracles (et Ps, +1, X 18), que lui seid fait des choses merveilleuses. Quelques interprètes de l'Ecriture-Sainte ont pensé différemment; mais d'autres ont suivi le sentiment que nous proposons, et il n'y a rien dans le texte qui y soit contraire.
« Quand il serait vrai qu'il y a dans l'Ecriture-Sainte des faits surnaturels que l'on doit attribuer au démon, il s'ensuivrait seulement que Dieu a permis à l'esprit infernal de les opérer, soit pour défaire les hommes de leur curiosité superstitieuse, soit pour faire éclater davantage sa puissance, en opposant d'autres prodiges plus nombreux et plus merveilleux; mais dans tout l'ancien Testament nous ne voyons aucun exemple dont nous soyons forcés d'attribuer l'effet au démon.
« Que penserons-nous de la magie? dit Tertullien; ce que tout le monde en pense, que c'est une tromperie, mais dont la nature est connue des Clirétiens seuls. » Conséquemment il juge que les magiciens de Pharaon ne firent que tromper les yeux des spectateurs (L. de anima, chap. xir).
Quatrième plaie.
Ce passage prouve clairement que la quatrième plaie d'Égypte cut lieu dans toute l'étendue du royaume de Fharaou, à la différence des plaies précédentes; ear si les trois premieres. plaies avaient été aussi universelles que la quatrième, Moïse n'aurait-il pas dit que la terre de Gessen en fut exempte, comme elle le fut de la quatrième ? Aussi voyons-nous que les magiciens ne tentent plus iei. d'imiter Moïse; ils ne pouvaient ignorer que leur fourberie ne pouvait atteindre à ses prodiges, quant à l'universalité principalement, Cette
' dernière raison est, au reste, la plus forte; car Moïse oublie dans la suite d'excepter la terre de Gessen de toutes les plaies spécialement qui aflligérent l'Egypte en entier: il ne fait cette exception qu'à l'occasion de quelques-unes. On ne peut guère douter cependant qu'elle ne doive avoir lieu pour toutes,
Divinités égyptiennes.
Juxénal dit dans sa quinzieme satire : « Qui ne sait pus, Volusius, quelles sont les monstrueuses déités que résere l'Egyplien insense? Les uns adorent le crocodile, es autres tremblent à la sue d'un ibis engraissé de serpents; un singe d'or, à longue queue, brille eneore sur les débris de l'ancienne Thébes, ensevelie maintenant sous les ruines de cent portes fameuses, et non loin desquelles on entend les sons magiques de la statue tronquée de Memnon. Tci, tu verrais des cités entières rendre hommage à un chien, mais personne à Diane : chez ce peuple, manger des poireaux et des ognons, ce serait un sacrilége. O la sainte nation! qui voit ses dieux croitre dans les jardins; ils n'oseraient égorger le petit d'une chèvre, ni manger de l'animal qui porte une toison ; mais ils mangent de la chair humaine, » ( Satire xv.)
Outre les animaux et les légumes, dont parle Juvénal, on rendait encore des honneurs divins aux faucons, aux hippopulames , aux boucs, aux taureaux, aux vaches,
( Note sur la Satire xv, traduct. de Dcsacrx.)
APPENDICE
L'EXODE, CHAPITRE IX
Ciel, ce sont les Égyptiens; ils paraissent être le premier penple qui a méconnu le vrai Dieu et s'est livré à l'idolàtrie : leur religion était absurde, leurs mœurs déréglees, leur politique inhumaine. Jacob et sa famille avaient été reçus en Égypte à titre d'hospitalité et par reconnaissance des services que Joseph avait rendus à ce royaume, Leurs descendants , multipliés à l'excès, étaient devenus une nation nombreuse et qui angmentait les forces de l'Egypte. Paisibles, soumis, laborieux, fideles, ils ne pouvaient donner aucun onbrarge au gouvernement; muais ils devinrent un coljet de jalousie ; leur prospérité les rendit suspects, Sans autre raison, les Égyptiens les réduisirent à l'esclavage, les accablerent de travaux , et par une politique barbare leur roi ordonna de noyer dans le Nil tous les enfanis mâles des Hébreux.
Dien, touché de ectte eruanté , envoya Moïse pour mettre en liberté ee peuple infortuné , selon la promesse qu'il en avait faite aux patriarches Abraliam et Jacob. Lorsque Moïse parla au roi d'Egypte de la part de Dieu, ee prince répondit fierement : « Qui est le Seigneur? je ne le connais pas. » fl apprit bientôt à le connaitre, Les premiers miracles que Moise opéra pour prouver sa mission n'étaient pas encore des fléaux insupportables ; dés que Pharaon demandait d'en étre. délivré, Moise les faisait cesser : comme celte condescendance ne servit qu'à rendre ce roi plus inflexible, Dieu frappa des coups plus redoutables; Pharaon fut enn oblige de s'écrier : » Le Seigneur est juste, mon peuple et moi sommes des impies. » Ce qu'il y a de remarquable, c'est. que les plaies mémes dont Lieu affligeait les Egypliens étaient destinées à les éclairer, à les detonrner de l'idolàtrie , à les faire revenir au culte du vrai Dieu. 1l avait dit à Moise: » Les Egyptiens apprendront que c'est moi qui suis le Seigneur. J'exercerai mes jugements sur les dieux mémes qu'ils adorent, » En elfet, ils adoraient des amumaux, Dieu en fit périr la. plus grande partie; ils eucensaient les plantes et les productions de la terre, Dieu les detruisit par une nuce de sauterellgs et par une gréle violente ; ils rendaient un culte au soleil et à la terre, Dicu leur en déroba ja vue par des ténèbres épaisses, Pendant que ces fleaux tombaient sur les Ezyptiens , les Israclites en étaient exempts dans le canton qu'ils habitaient, Des miracles aussi éclatants et aussi terribles auraient converti un roi et un peuple moins opiniàtres; comme tout fut inutile, Dieu les força enfin à donner la liberté aux Israclites en frappant de mort tous les premiers-nés de l'Egypte, Bientôt encore ils se repentirent de cette obéissance forcée, ils poursuivirent ce peuple qui leur échappait ; Dieu fit périr dans les lots de la mer Rouge Pharaon et son armée. Il augmenta ainsi la rigueur du chátiment à mesure que les Egyptiens aggravaient leur révolte et leur impiété, Mais si ce peuple insensé n'a pas profité des leçons qu'il reçut pour lors, on ne peut
S'il y eût jamais une nation qui ait provoqué la vengeance du pas s'en prendre à la maniere dont Dieu le traita,