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Du premier mois de l'année sainte chez les Juifs.
* Ce mois-ci sera pour vous le commencement des mois; ce sera, dis-je, pour vous le premier mois de l'année, »
Pour entendre ceci, il faut observer avec dom Calmet que les Hébreux ont toujours commencé, même depuis Moïse, leur annce civile en automne , au mois nommé /izei ; mais l'année sainte, c'est-à-dire celle qui réglait l'ordre des fêtes et des assemblées de religion, eut son commencement depuis le commandement porté par le second verset du chapitre xrr de l'Exode, au mois abi ou nisan , au printemps, qui fut le mois de la sortie de l'Egypte; d'ou il est aisé de conclure qu'on a toujours eru parmi les Juifs que le commandement porté par le verset à du chapitre xt: de l'Exode, tout général qu'il est, ne devait s'entendre que de l'année sainte seulement, et nullement de l'année civile. Au reste, les Égyptiens, suivant la remarque de dom Calmet , avaient, comme les Hébreux, leur année civile qui commeneait en aulomne, et leur année commune dont le commeneement n'était pas fixe.
Sur la victime pascale.
Les Septante et Le Clere sont ici conformes à la Vulgate, à quel-
que eliose prés dont je vais parler dans mes remarques sur ce passage.
1* On croil communément que » l'ordre de s'assurer d'une victime pascale quatre jours auparavant la célébrauon de la páque ». ne regardait que la premitre pâque, qui fut eclebrée en Égypte, et que c'était assez dans In pâque des autres années, de préparer la victime pascale au teeizieme jour du mois. Le Clere indique les raisons pour lesquelles il croit que Dieu ordonna aux Hébreus de préparer la vietime destinée pour la pâque qui fut célébrée en Eg; pte quatre jours avant qu'on l'immolát, et il ajoute que ces raisons ne subsistérent plus pour les autres páques. Il me semble que Dieu voulait par là donner à chacun le temps de trouver une victime poscale, car il en fallait un grand nombre. Or, cette raison parait avoir ete de tous lee temps et de tous les lieux.
Au reste, dom Calmet remarque iei que les Juifs, depuis la destruction du temple par les Romains, ne font plus le sacrifice de la victime pascale; ils croient que ce précepte ne regarde que le temps de leur demeure dans la terre de Chanaan : ils observent seulement de manger des pains sans levain. Pourquoi ne manzeraient-ils pas aussi un agneau ou un chevreau? Quoi de commun entre le sacrifice de la victime pascale et sa manducation? Sous prétexte. qu'on ne peut s'acquitter du premier, faut-il négliger le dernier? Il se pourrail faire que dom Calmet eût ici confondtt mal à propos le sacrifice de la victime pascale el sa manducation, L'usage present des Juifs peut aisément décider la. question.
2? Le terme hébreu scheh, que la Vulgate a traduit par agpeer, sigle aussi chevreew, Aussi croit-on communément que les Hc-
breux, qui prenaient ordinairement et plus volontiers un agneau, eu ushient ainsi, sans toutefois exclure le chevreau. En effet, il parait par ces mots du versel 5 de ce chapitre, Juzta quem ritum tol. letis et hurdum (lesquels dom Culmet traduit ainsi, conformément au sens porté en cet endroit par la Vulgate et. par les Septante: « L'on prendra, si l'on veut, un chevreau , pourvu qu'on y observe les mêmes cérémonies que pour l'agneau»), il paraît, dis-je, que les Hébreux avaient la liberté de prendre indifféremment pour la páque « ou un agneau ou un chevreau. » Le Clerc, au lieu de traduire ici agnum , comme la Vulgate, a traduit agrum aut erdum, Les Septante se sont servis du mot générique fheopafon , qui signifie « toute sorte de bétail eu général.» Quelques-uns , se fondant sur ees paroles du Deutéronome [ehap. xvr, X 2), « Vous immulerez la pique au Seigneur en lui sacrifiant des brebis et des bœufs, » ont eru qu'on pouvait prendre aussi des bear pour servir de victime pascale; d'autres ont prétendu que le chevreau dont il est parlé au verset 5 de ce chapitre était une victime differente de la. première; de sorte que, suivant cette loi, on aurait été obligé de prendre un chevreau ou un agneau. Le texte hébren pourrait, suivant dom Calmet , favoriser cette opinion, si elle n'était contredite par la pratique; car l'hébreu lit avec la particule conjonetive : « Vous les prendrez des brebis et des chévres ; » les Septante out aussi la conjonctive.
Du nombre des personnes qui devaient manger l'agneau pascal.
Le nombre des personnes qui devaient manger l'agneau pascel n'est pas déterminé par Moïse ; mais la coutume le fixa à dix personnes an moins, et à vingt au plus : quelques interprètes veulent que les fecames et les enfants n'aient point été compris dans ce nombre de dix ou de vingt, ce qui ne parait nullement vraisemblable,
Des qualités que devait avoir la victime.
Erit autem. agnus absque macula , masculus, anniculus : juxtà quem ri^ m tolletis et lurdum, Le Clerc traduit: Fobis erit animal integrun, saasculum , anniculum ; er agnis aut capris id sumetis. Les Septante sont ici d'accord avec. Le Clere, si ce n'est qu'au lieu de integrin, ils lisent perfectum, Au reste, ce verset 5 contient les qualités que devait nécessairement avoir la victime pascale : elle deait tre cine maculé , c'est-à-dire « parfaite, sans défaut ^, comme l'ont interprété les Septante, et non pas « d'une seule couleur, d'un poil uniforme,» comme pourraient s'entendre les termes équivoques de la Vulgate. A nniculus , e'est-à-dire de l'année; on prenait ordinairement une bête née dans ce méme printemps ou dans l'hi- 'ver, remarque ici dom Calmet; mais comme il parait, par le chapitre xxir du Lévitique, qu'on ne pouvait offrir de victime qui ne füt au moins dans son huitieme jour, la victime pascale devait être sans doute ar moins dans son huitieme jour.
Quelle personne devait l'immoler, et à quelle heure.
Et servabitis eum. usque ad quartam decimam diem mensis hujus , immolabitque eum universa multitudo. filiorum. Israël ad vesperam. Les Septante sont ici entiérement conformes à la Vulgate; mais Leros, au lieu de ces mots, ad vesperam , a traduit inter duas vesperas , comme porte le texte hébreu.
Les interprètes ne conviennent point de la signification de ces termes de l'hébreu, entre det. soirs ; l'opinion la plus suivie entend
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par ces deux soirs tout le temps qui s'écoule depuis le milieu du jour jusqu'au coucher du soleil, c'est-à-dire le temps du déclin du soleil vers l'Occident. Quand le soleil commence à s'abaisser, c'est le premier soir; quand il est couché, c'est le second soir. On peut voir dans dom Calmet les autres explications qu'on donue à ces deux soirs; il serait assez inutile de les rapporter ici. Il suffit dé remarquer qu'il est certain, par le verset 6 du chapitre xvr du Deutéronome, que la victime pascale se devait immoler le soir du quatorzieme jour de &isan et avant la nuit qui commençait le quinzième ; car chez les Hébreux, au rapport de Le Clerc, les jours commencaient au soir ét finissajent de même, tant dans l'année sacrée que dans l'année civile, ajoute dom Calmet,
Immolabitque eum universa. multitudo. est inutile, remarque ici Le Clerc, pour rendre raison de ces paroles du verset 6, d'avoir recours au sacerdoce des chefs de famille, ou premiers-nés des Israclites, sous prétexte qu'il n'y avait pas encore d'ordre sarerdotal fixe établi pour les sacrifices; car 11 a toujours été permis aux particuliers d'égorger leurs victimes, pascales où autres, comme ‘il parai! par les chapitres r, ri et tv du Lévitique; ce qu'il faut toutefois expliquer. Les particuliers avaient droit d'égorger leurs victimes, de les dépouiller, de les couper, de laver les intestins, tant dans la soleunité de Pâques que dans toutes les autres : cela parait par le Lévitique ; mais le droit de sacrifier la victime pascale ainsi que les autres victimes, c'est-à-dire de recevoir le sang dans le bassin, de le répandre sur l'autel, ou au pied de l'autel, et d'y mettre la victime tout entière, quand c'était un holocauste ; ou la graisse et les autres parties marquées par la loi, quand c'etaient d'autres sacrifices : tout cela était réservé. aux seuls prêtres, « Or, ajoute Le Clerc, quant à ce qui regarde le sacrifice de là. première victime pascale, ce furent les chefs de famille où premiers-nés des Israëlites qui s'en acquittérent, puisqu'il n'y avait pas encore de prêtres établis pour les sacrifices ; » mais on pourrait dire à Le Clerc que le texte sacré fait bien mention de l'immolation de la premiere victime pascale, mais qu'il ne parle point du tout de son sacrifice,
Sur le sang de la victime qui devait teindre les portes.
Dom Calmet eroit que Dieu ne fit l'ordonnance portée par ee verset que pour frapper l'imagination des Hébreux par un signe extérieur qui tendait à leur marquer la protection que Dieu donnait à leurs maisons. En effet, il ne faut pas croire que le sang d'une béte ait aucune vertu naturelle pour emipécher la mort qui frappa les Égyptiens, ni que les anges exterminateurs aient eu besoin de ce signe pour distinguer les maisons des Hébreux de celles des Egyptiens.
Usage de la féte de Páques.
La féte de Páques commencait par la manducation de la victime pascale, qui se faisait la. nuit du 15 de nisan; les Hébreux faisaient ordinairement bouillir la chair de leurs victimes, remarque dom Calmet; mais par exception à celte coutume, la victime fíascale se mangeait rólie. C'est ce que dit expressément le texte. sacré dans le chapitre xxxv du second des Paralipoménes. Au reste, comme la pâque devait se faire avec un air empressé et dans l'attitude de voyageur, il était ordonné de manger la victime pascale rótic et non bouillie, parce que l'un est bien plus tôt fait que l'autre, Cette raison est de Le Clerc.
On ne devait manger que des pains azymes avec l'agneau pascal , et on continuait à se servir de cette sorte de pains durant les sept jours de la solennité pascale, c'est-à-dire depuis le commencement du premier jusqu'à la & du seplüième jour de la féte, qui était le a1
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de nisun : ce jour finissait au soir, de méme que le quinzième, qui était le premier de la féte; le soir du quatorzieme jour, c'est-à-dire depuis le midi du quatorzieme jour, on faisait la recherche du pain levé et on ótait des maisons tout ce qui s'y trouvait de levain ou fait de pále levée; en sorte que, dans le temps qu'on immolait la páque, il ne s'en trouvât plus chez les Israéliles : ce qui se prouve par la pratique présente des Jaifs, qui ne mangent plus de pain levé méme depuis le midi du quatorzième jour. Cette remarque est de dom Calmet, qui ajoute que les pains sans levain qu'on mangeait dans la féte de Pâqnes rappelaient aux Hébreux leur fuite précipitée de l'Égypte. Les herbes amères que Moïse ordonne de manger marquaient Yamertume et la dureté de la servitude des Hébreux en Égypte.
Sur la chair et les os de l'agneau pascal.
Non comedetis ex eo crudum quid. Les Scptante de mème. Mais Le Clerc a traduit semi coctis au lieu. de crocum, Au reste, le terme hébreu are, que la Vulgate a traduit par erridum, ne se trouve qu'une seule fois dans l'Écriture , suivant Ja remarque de dom Calmet, et ainsi sa signifieation n'est pas bien connue. Le Clerc , apres Samuel Bochard , a traduit semi coctum, ne comprenant pas qu'on püt faire défense de manger de la viande crue, et il dit que Dieu, en défendant de manger cette viande à demi-cuite, semble avoir eu en vue le précepte contenu dans le verset to qui suit : Nec remanebit quidquam ex eo, elc. Caro enim. probé cocta , dital, facile absumitur ; semi coctee paromaxima hurret ossibus, Dom Calmet croit qu'on peut s'en tenir à la Vulgate, puisque, dit-il, la coutume de manger de la viande erue a été assez cominune parmi les anciens. La lettre du texte parait favoriser la Vulgate et par conséquent l'opinion de dom Calmet.
Caput cum pedibus ejus et intestinis vorabitis, Les Septante ont de méme, aussi bien que Le Clerc, si ce n'est qu'ils ont mis le mot vorabitis, qui, en effet, n'est pas dans l'hébreu, mais qu'on doit, ce me semble, suppléer avec la Vulgate. Le Clerc paraphrase ainsi ce passage : Caput et crura à trunco dipalsa et separatim tosta erunt , ut omnia nempe celerius assarentur ; ou bien, si l'on veut, Non modo truncum assandum erit, sed etiam caput , crura et viscera, Je préférerais cette dernière explication à la première; elle revient au vorabitis de la Vulgate. Au reste, il était spécialement défendu de briser les os de la. victime pascale en la mangeant, comme on voit au verset. 46 de ce chapitre; les Septante le disent encore au verset 10. Mais il n'est point exprimé en cet endroitlà , ni dans Le Clerc, ni dans la Vulgate : la raison de cette défense, dit Le Clerc, se doit tirer de l'air empressé avec lequel les Hébreux devaient manger la páque; car, quand on mange à la hâte, on ne se donne guère le temps de casser les os pour en manger la moelle.
Dou Calmet observe iei que les Juifs croient qu'il n'était pas permis de diviser, ni par conséquent de ronger les os de la victime pascale; en sorte que, selon cux, on tirait méme la cervelle de la tête sans diviser les os du cráne; apparemment qu'ils avaient entendu 7a défense portée par le verset 46 de ce chapitre, mec us lus con- Jringetis, de la simple division, et non de la fraction des os, Cependant il parait qu'on ne doit entendre cette défense que de /a fraction des os. Au reste, il ne faut pas oublier d'obserser ici qu'on croit comnnément que ces mots du verset 46 du chapitre xir. de TExode, Nec os illius confringetis, etaient une prophétie de ce qui devait arriver dans la Passion de Jésus-Christ, où l'évangéliste remarque que Dieu ne permit pas qu'on rompit aucun de ses os.
Usages conservés chez les Jui*s pour rappeler le souvenir de la sortie d'Egypte.
On voit par ce verset que, pour manger la páque, on prenait l'attitude et l'habit de voyageur en mémoire de la sortie d'Egypte, Or, comme les habits des Orientaux étaient longs, on les retronssait en voyage.
Il parait, par Diodore de Sicile, qu'en Égypte le peuple était souvent sans souliers, surtout dans la maison, et cela apparemment à cause de la grande chaleur; mais à la campagne et pour un voyage, on prenait des souliers.
Et comedetis festinanter. En mémoire de la sortie précipitée de l'Égypte par les Hébreux que les Égyptiens forcérent de partir en diligence, remarque ici Le Clerc, qui observe que dans les autres páques les Hébreux conservérent ces mêmes cérémonies de manger à la háte et en habit de voyageurs, qu'ils avaient observées lors de la première; mais dom Calmet veut que les préceptes contenus dans ce verset 1 t, non plus que celui de mettre du sang sur le seuil de la porte, comine aussi de ne pas sortir de la inaison cette nuit4à , comme il est ordonné au verset 22 de ce chapitre; tout cela, dis-je, ne dut avoir lieu que pour la pique qui se fit eu Égypte. Pour ce qui regarde le précepte de mettre du sang de la victime au seuil de la porte, et celui de ne pas sortir de la maison la nuit de la manducation de la páque, rien n'empéche de croire avec dom Calmet que cela ne devait avoir lieu que pour la premiere páque. Au reste, il n'y a qu'à savoir quelle à. été la pratique des Juifs ls-dessus pour décider la question. On ne marque point dans le texte sucré, ajoute ici dom Calmet, si on mangeait la victime pascale debout ou assis : on croit commuüuément qu'on la mangeait debout; Jésus-Christ cepeudant la mangea assis,
Sur les premiers-nés des Égyptiens.
Percutiam omne primogenitum, Dom Calmet veut que le mot primogenitus se prenne ici non-seulement pour un premier mé proprement dit, mais aussi en general pour le premier, le principal, le bien-aimé , le plus distingué; mais il ne donne aucune raison satisfaisante de son opinion qui combat le sens naturel attaché au terme de premier-ac. En vain objecte-t-il que Moise, au verset 3o de ce chapitre, remarque « qu'il n'y avait aucune maison » dans l'Ezspte où il n'y eütin mort. « Or, dit-il, il est cependant difficile de croire qu'il y eût des premiers-nés proprement dits dans toutes les maisons des Egyptiens. » Il est aisé de répondre à dom Calmet où que ces termes du verset 30, « il n'y avait aucune maison,» se doivent prendre moralement comme s'il y avait « 11 y eut peu de maisons, » expression h:perbolique qui est fort usitée, on que le mot de preriier-né , suivant la rigueur méme de la signification , marque également et celui qui est tel dans l'ordre de la naissance, et celui qui a sueréde aux droits des premiers-nés défunts; à quoi on peut ajouter que le verset 15 du chapitre xi de l'Exode parait insinuer que la dixieme plaie d'Égypte ne frappa de mort que les premiers-nés mâles seulement,
Et in cunctis. Diis Ægypli faciam. judicia. C'est une ancienne tradition, dit iei dom Calmet, qu'au temps de la sortie d'Égypte, Dieu fit éclater sa colère contre les fausses divinités de ce pays. Le Clere semble adopter cette tradition, et conjecture qu'il arriva aux idoles des Egvptiens quelque chose d'approchant de ce qui arriva à l'idole de Dagon, quand on eut mis dans son temple l'arche de l'allianee, J'aimerais mieux dire que ces mots du versel 12 doivent s'eritendre des animaux sacrés des Égyptiens, dont Dieu ft mourir
les premierÿ-nés, ainsi que des autres bètes. Percutiam omine primogenitum in terrd. Ægrypti ab homine usque ad pecus. Dans ce même verset 12, quelques-uns expliquent Je passage en question, des grands cu principaux des Egsptiens, qui virent la mort de leurs premiers-nés , ainsi que les autres. En effet, les princes on. grands de la terre sont nommés souvent dieux, e/o/irm, dans l'Ecriture.
Motif de l'institution de la fête de Pâques.
Habchitis autem hune diem in monimentum , et celebrabitis eum solemnem domino in generationibus restris cultu sempiterno à c'est-àdire, «Et ce jour sera pour vous éternellement recommandable ; vous ne l'oublierez jamais, et vous le célébrerez dans la suite de vos génerations comme un jour solennel et consacré au Seigneur. » Ces mots paraissent contenir, selon le sens premier et littéral, une ordonnance aux Hébreux de célébrer à perpétuité la féte de Pâques et la manducation de la victime pascale, en mémoire de leur sortie miraculeuse d'Egypte. Cependant dom Calmet veut qu'ils regardent , selon le sens premier et littéral , la pàque chrétienne ; il se fonde sans doute sur ce passage de la première épitre de saint Paul aux Corinthiens (chap. v, vit et viz) ; «ear Jésus-Christ a été immolé, lui qui est notre agneau pascal, ete.»
De l'excommunication chez les Juifs.
Septem diebus azima comedetis : in die primo non erit fermentum in domibus vestris, Ces mots, in die primo, tiennent ici la place de ceux-ci, anfe diem primum ; ear avant ee premier jour, qui était le 15 de nisan , tout levain devait ètre ólé des maisons. Aussi les Juifs commencçaient-ils à supprimer tout levain des la fin du quatorzieme jour.
Quicumque comederit fermentatum , peribit anima illa. de Israël, à primo die usque ad diem septimum, Ou trouve plusieurs fois dans l'Écriture cette peine, « de périr du milieu d'Israël, » dénoncée contre ceux des Israélites qui manquaient à certaines observances de la loi. Mais on demande en quoi précisément consistait cette peine? Plusieurs l'entendent, et avec raison, ce me semble, d'une mort violente à laquelle étaient condamnés ceux qui étaient convaincus d'avoir contrevenu à ces sortes de lois; d'autres croient, et leur opinion est suivie par Le Clerc et par dom Calmet, que celte expression, peribit anima illa de Israël, ou de catu Israël, comme on lit au verset 19 de ce chapitre, signifie que les transgresseurs devaient être retranchés du nombre des Israélites, et qu'on ne les devait considérer aprés cela que comme des étrangers qui ne pouvaient plus prétendre aux prérogatives des vrais Israëlites. Cette derniere opinion semble toutefois autorisée par la pratique des Juifs, qui, au rapport de dom Calmet, ne punissaient pas de mort tous ceux qui, par leur transgression, encouraient la peine portée par ces mots : Peribit anima illa de Ismael, mais les soumettaient, pour la plus grande partie, à ce qu'ils appelaient la peine de kerith, ou retranchement , laquelle semblait être parmi eux ce qu'est parmi nous l'excommunication. Or, comme parmi les Chrétiens, ajoute dom Calmet, on peut se relever de l'excommunication , il en était de méme chez les Juifs, dans la société desquels on pouvait rentrer en se soumettant à certaines satisfactions, Encore aujourd'hui les Juifs croient que toutes sortes de péchés et de peines leur sont remis tous les ans, au jour de l'expiation solennelle, moyennant certaines satisfactions de la part des criminels. Au reste, dom Calmet observe en cet eudroit -que les lois et les menaces contenues dans les livres de Moïse étaient conditionnelles, et smpposaient qu'on püt satisfaire à
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la loi et que l'on fát en paisible possession. de la terre de Chanaan. Ainsi, ajoute ce Père, quoique les Israclites n'eussent pas été circoncis durant leur voyage du désert, ils ne furent pes criminels , parce qu'ils ne pouvaient que tres-difficilement pratiquer cette cérémonie dans le désert, Cet adoucissement de dom Calmet, tout raisonnable qu'il parait, est contraire à la lettre du texte de Moïse , et des lors susceptible de difficultés, Quant à l'exemple dont il pretend s'autoriser, nous l'examinerons en son lieu.
Josephe {Ant., liv. 1I, chap. xv) donne à l'usage des Hébreux de manger des pains sans levain, durant Ja huitaine de Pâques, une origine qui parait contraire à ce que porte le chapitre xxx de l'Exode.
Durée de la fête de Pâques.
La féte de Pâques durait sept jours entiers, pendant lesquels on ne mangeait pas de pain levé; mais on ne fétait que le premier et le dernier jour, comme le dit expressément le verset en question : cependant lobservance de ces deux jours était moins rigoureuse que celle du sabbat, auquel jour il n'était pas permis de préparer à manger, Pour les cinq autres jours de la solennité de Pâques, e'étaient des jours ouvrables comme les autres jours de l'année qui n'étaient pas fêtes,
Etendue de la loi sur le pain azime,
Comme il fallait absolument qu'il n'y eit plus de levain dans les maisons dés le commencement du quinzième jour, il s'ensuit qu'on en avait fait la suppression dés le quatorzième jour avant le coucher du soleil. Si donc sur la fin du quatorzième jour on voulait manger du pain, il fallait le manger sans levain. C'est là, suivant Le Clerc, le sens de ce passage. Mais il me semble que Moïse, par ces mots, * le soir du quatorziéme jour, » a voulu dire le soir qui suit le quatorzième jour, et qui appartient, à proprement parler, au quinzième jour, puisque, comme je l'ai déjà observé, les Hébreux commençaient leur jour artüiciel de vingt-quatre heures au coucher du s0leil ou au soir; ear enfin le commandement de ne pas manger de pain levé n'avait Lieu que pour toute la fête de Pâques, et cette fête commençait non le quatorzieme jour, mais le quinzième seulement,
Au reste, il ne faut pas croire, comme remarque ici fort bien dom Calmet, que l'obligation de manger des azimes pendant les sept jours de la fête de Pâques emportät une exclusion. de toute autre nourriture; la loi ne défend formellement que le pain levé. Ainsi je eroirais qu'on pouvait manger de tout ce qu'on voulait, hors du pain levé, Les rabbins paraissent néanmoins avoir interdit l'usage de la viande pendant le temps pascal, si l'on s'en rapporte à dom Calmet.
Des personnes admises à la manducation pascale.
Septem. diebus fermentum. non invenietur in. domibus vestris. Ces paroles defendent expressément non-seulement de manger du pain levé dans le temps pascal, mais méme d'en avoir chez soi pendant ce temps-là, et cela sans doute pour que la loi s'observát avec plus de sûreté. :
Tam de advenis, quam de indigenis terre. Ces paroles désignent, suivant la remarque de Le Clerc, deux sortes de personnes qui étaient admises à la manducation pascale , savoir les descendants de Jacob, les Hébreux naturels sortis d'ancétres « nés dans la terre de Chanaan; c'est pourquoi ils sont appelés /ndigene terre, et les
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autres circoncis qui ne descendaient pas de Jacob, mais avaient embrasse la religion des Juifs, soit qu'ils fussent libres, soit qu'ils fussent esclaves des Israelites, ou achetés, ou nés chez eux dans l'esclasage.
L'obligation de faire la pâque était done por. tous ceux qui faisaient profession de la religion juive et avaient recu la circoncision , soit qu'ils fussent Israélites naturels ou non, libres ou esclaves ; les femmes étaient aussi comprises dans cette obligation, suivant dom Calmet,
An reste, pour avoir le vrai sens de ce passage, il est à propos d'y joindre quelques autres versets qui se trouvent à la fin de ce chapitre et que nous examinerons en son lieu.
Dom Calmet observe en cet endroit, qu'outre les incirconcis , on exclumt de la páque ceux et celles qui avaient contracté quelque souillure legale, comme les lepreux; ceux qui avaient touche un mort : il observe encore qu'on faisait en faveur de ceux qui ne pouvaient participer à la premiere páque, une autre pàque dans le deuxieme mois, comme il parait par le chapitre rx du Deutéronome ; enfin il observe que ceux qui étaient trop éloignés du temple et du tabernacle, et qui ne pouvaient s'y trouver commodément au 14 de nisan, étaient exempts de faire cette fête, quant au sacrifice de l'agneau, mais non pas quant aux autres céremonies de cette s0lennité.
Sur la défense de sortir des maisons depuis le soir jusqu'au matin.
Nullus vesträm egrediatur ostium domis suce usque mane. De peur apparemment, dit Le Clerc, que les Égspliens ne soupconnassent les Israélites d'avoir massacré tous ceux que l'ange exterminateur devait tuer cette nuit. Mais cette conjecture de Le Clere parait absurde. Si les Égyptiens avaient pu former ce soupçon contre les Israëlites , comment et par qui, pour étre détrompés , auraient-ils été instruits que les Israelites n'étaient sûrement pas sortis de chez eux lors du massacre? De plus, il parait certain que les Israélites , informés de leur sortie prochaine d'Égypte, étaient tous rassemblés dans la terre de Gessen lors du massacre, Comment done les Égyptiens pouvaient-ils les soupconner d'en être les auteurs? Car, suivant l'opinion commune , ce massacre fut universel par toute l'Égypte, Je croirais done que Moïse ne défendit aux Hébreux de sortir de leurs maisons la nuit qui précéda leur sortie d'Égypte, qu'afin de les remplir de respect et de confiance pour les cérémonies de religion qu'il commençait à leur apprendre, en leur insinuant l'efficacité du sang qu'ils devaient mettre à leur porte, lequel seul pouvait servir de sauvegarde contre l'ange exterminateur, à la fureur duquel ils couraient risque de s'exposer s'ils s'écartaient un seul instant de cette sauvegarde.
Au reste, dom Calmet observe que la défense de sortir de sa maison jusqu'au matin, portée par le verset en question, né regardait que la nuit qui précéda la sortie d'Égypte; il ajoute qu'on n'observait pas cette formalité dans la terre de Chanaan, En effet, saint Mathieu dit expressément que Jésus-Christ sortit de la maison apres le souper de la pâque.
Dirième plaie d'Égypte.
In noctis medio percussit Dominus omne primogenitum in terrd Agypti, à primogenito Pharaonis , qui in solio ejus sedebat , usque ad primogenitum captivie , qtue erat in carcere , et. omne primogenitum jumentorum. Voici ce qu'on appelle « la dixième et la dernière plaie d'Egypte. »
Qui sedebat , comme s'il y avait qui sessurus erat, Ainsi l'a interprété Le Clere dans sa version,
Usque ad primogenitum captive, que erat in carcere. Ce passage, suivant dom Calmet, est relatif à celui du chapitre xr, verset 5, Usque eid. primogenittm ancillæ , que est ad molam, et semble supposer qu'on enfermait les esclaves dans des espèces de prisons, où on les contraiguait de travailler à moudre le blé en tournant la meule à force de bras, Ne serait-il pas plus naturel d'entendre ce passage de tout esclave indifféremment, qu'on resserrait pentêtre durant la nuit dans des endroits sûrs qu'on peut nommer prisons, pour les empécher de s'enfuir? Car le texte hébreu, au rapport de dom Calmet, porte en général » jusqu'au premier-né de la captivité, »
Témoignage des auteurs profanes.
« Trogue, Pompée et Tacite, dit Feller, racontent que Boccoris, roi d'Egypte, ayant consulté l'oracle d'Hammon sur la ladrerie qui infectait l'Egypte, il chassa, par l'avis de cet oracle, les Juifs de son pays, comme une multitude inutile et odieuse à la Divinité. Moïse détruit cette fable; il nous apprend d'une manière certaine pourquor et comment les Juifs sortirent de l'Egypte. Ce que l'on peut inférer des témoignages des historiens profanes, c'est que Boccoris est le Pharaon dont il est parlé dans le Pentateuqne, et que les plaies multiplices dont l'Egypte fut frappée sous son regne ont donné lieu au conte de la ladrerie. On sait d'ailleurs que l'ancienne histoire profane d'Egypte n'est qu'une corruption de l'histoire sainte. s
Comment on peut entendre le mot dépouiller dont se sert le texte sacré.
Comme il est impossible de concevoir comment les Egyptiens auraient pu prêter aux Juifs tant d'effets précieux , lorsqu'ils savaient, à n'en pas douter, qu'ils partaient avec leurs vieillards, leurs enfants , etc. , pour ne plus revenir, quelques exégetes modernes pensent que les Hébreux ne demanderent cette riche vaisselle et ces habits qu'en paiement de tout ce qu'ils laissaient en quittant le pays : il faudrait alors regarder comme une métaphore, un trope, le mot spoliare qu'emploie l'Exode (xit, 36).
Nombre des Israélites qui sortirent d'Égypte.
Profectique sunt. filii Israel de Ramesse in Socoth. Comme les Septante appellent quelquefois la terre de Gessen terre de Ramesaes , on peut conjecturer que cette ville était la ville principale de la terre de Gessen,
Sexcenta fere millia peditum virorum, absque parvulis, Moise ne marque ici qu'à peu près le nombre de ceux qui sortirent de l'Egyple, parce qu'il n'en avait apparemment pas fait encore le dénombrement; mais il s'en trouva dans le dénombrement qui se fit treize mois apres la sortie de l'Egypte, 603,550 hommes, sans y comprendre les lévites, ni les jeunes hommes au-dessous de vingt ans, comme on peut voir dans le premier chapitre du livre des Nombres, ahsque pareulis ; Le Clerc, preter impuberes ; les Septante , outre le bagage. On comprend sans doute sous cette exception les enfants , les vieillards, les femmes, tout, en un mot, ce qui n'était pas en état de porter les armes parmi les Israclites. Le Clerc est ici entièrement d'accord avec la Vulgate; les Septante aussi, si ce n'est qu'ils ont omis le mot fere.
Mais on demande comment il se peut faire que depuis le temps que Jacob passa en Egypte jusqu'à celui auquel les Israëlites en sortirent, ceux-ci aient pu se multiplier aussi prodigieusement que le dit Moïse dans le verset en question? Car enfin, comme le remarque fort bien Le Clerc, pour faire, dans un peuple 600,000 hommes en âge de porter les armes, il ne faut pas moins de trois millions d'âmes en tout,
Le Clerc assigne plusieurs causes de cette multiplication extraordinaire, 1? l'engagement que Dieu avait contracté avec les patriarches, ancêtres des Israëlites, à qui il avait promis que leur postérité serait tres-nombreuse ; 2° la fécondité presqu'incroyable des femmes en Egypte, où, au rapport de plusieurs auteurs cités par Le Clerc, elles ont souvent jusqu'à quatre et cinq enfants à la fois; 3*]a polygamie, alors tres-commune parmi les Psraclites; à quoi on peut rapport de Diodore de Sicile, il n'y avait point. de monde où lon élevät les enfants avec autant de facilité qu'en Egypte, à cause de a température de l'air, et l'abondance de tout ce qui est nécessaire à la vie, Au reste, il serait assez inutile d'aller chercher bien loin les causes de la multiplication extraordinaire des I«raélites en Egypte, si la suppu-
ajouter qu'au pays dans le
tation qu'on attribue à Boufrerius est juste : cet interprète suppose que des soixante-dix Israélites qui passerent en Egypte, suivant la Vulgate (Gen., chap. xvi), il n'y en eut que einquante qui aient été en àge d'avoir des enfants dix ans apres leur venue dans ce pays ; et il fait voir que ces cinquante hommes, ayant commencé à l'âge de vingt ans à engendrer, n'ayant pas eu d'enfants aprés quarante ans, et n'ayant eu que frois garçons en dix ans, ont pu néanmoins, dans l'espace de deux cents ans, avoir jusqu'à deux millions neuf cent emquante-deux mille quatre cent cinquante garcons,
J'ajouterai à toutes ces raisons que l'on peut fort bien supposer que l'espace de temps qui s'écoula depuis l'entrée en Egypte, jusqu'à « la sortie de ce pays,» fut de plus de quatre cents ans, au lieu que l'opinion commune ne met que deux cents et quelques années entre ces deux événements. ( Voy. ci-dessous la note sur le verset 40 de ce méme chapitre.)
YERSET 40.
Durée de la servitude d' Egypte.
Habitatio autem filiorum Israc! quà. manserunt in Egypto, fuit quadrigentorum triginta annorum, La version de Le Clere, et par conséquent le texte hébreu d'aujourd'hui, est ici entierement conforme à la Vulgate : il est donc très-clair par ce passage, que le temps qui s'est écoulé depuis la venue de Jacob. en Egypte jusqu'à la sortie de ses enfants fut de quatre cent trente ans; et ainsi, puisque Jacob passa en Égypte l'an du monde 2298, selon la Vulgate, et 3364, sui. vant les Septante (car le verset g duchapitre xr.vir de la Genèse dit expressément, et dans la Vulgate et dans les Septante, que Jacob était âgé de cent trente ans quand i| passa en Egypte}; la sortie d'Egypte arriva l'an du monde 2728, selon les Septante.
L'opinion commune est cependant qu'il n'y eut que deux cent quinze ans d'intervalle entre la venue de Jacob en Egypte et la sortie d'Egypte, et cela pour les raisons que je vais déduire, après avoir ajouté que, suivant cette supputation communément reçue, on fixe la sortie d'Egypte à l'an du monde 2513, selon la Vulgate, et 3979, selon les Septante,
COMMENTAIRE
On veut que les quatre cent trente ans dont il est parlé dans le verset de l'Exode, que nous examinons, s'entendent du temps qui s'est écoulé depuis qu'Abraham quitta la Mésopotamie pod passer dans la terre de Chanaan jusqu'à la sortie d'Egypte; et en effet , cette supposition est appuyée de l'autorité du texte samaritain et de la version des Septante (suivant le manuscrit alexandrin ), qui lisent ainsi le verset en question : « Le temps que les enfants d'Israël demeurerent dans l'Egypte et dans la terre de Chanaan, eux et leurs pères, fut de quatre cent trente ans, » J'ai dit la version des Septante , « suivant le manuscrit alexandrin; » car suivant 7 l'exemplaire du Vatican, » que je suis ordinairement dans mes notes, on ne lit pas ces mots, « cux et leurs peres», dans le passage eu question, Or, Abraham quitta la Mésopotamie pour passer dans la terre de Chanaan l'an du monde 2083, selon la Vulgate, et 3549, suivant les Septante (car le verset 4 du chapitre xi: de la Genèse dit expressément, et dans la Vulgate et dans les Septante , qu'Abrabam quitta la Mésopotamie à l'âge de 75 ans); auxquels nombres 2083 et 3549 ajoutez 430, vous aurez les nombres 2513 et 3939. Mais depuis qu'Abrabam quitta la Mésopotamie , jusqu'au passage de Jacob en Egypte, il s'écoula deus cent quinze ans, puisque, comme je viens de le dire ci-dessus, Jacob passa en Egypte l'an du monde 2293, selon la Vulgate , et 3364, suivant les Septante, Donc, depuis le passage de Jacob en Egypte jusqu'à la sortie d'Egypte, on ne doit compter que deux cent quinze ans, romme le suppose, en effet , expressément Josephe (Au , liv. If, ch, xs).
Voilà les fondements sur lesquels se base l'opinion commune, qui ne compie que deux cent quinze ans depuis la venue de Jacob en Egypte jusqu'à la sortie d'Egspte, Il est tres-aise de répondre que l'opinion commune suppose trop légérement que les quatre cent trente. ans dont il est parlé dans le verset 46 du chapitre xre de l'Exode doivent s'entendre de tout le temps qui s'est écoulé depuis qu'Abraham quitta la Mésopotamie pour passer dans la terre de Chanaan jusqu'à la sortie d'Egypte, Je veux que le texte samaritain et I| version des Septante appuient cette supposition. Mais n'estelle pas évidemment détruite par le texte hébreu et par la Vulgate, qui disent trés-clairement que « la demeure des enfants d'Israël en Egypte fut de quatre cent trente ans? » Voilà donc une opposition entre les divers textes de l'Ecriture. Sur quoi se fonde-t-on pour donner lu préférence aux uns sur les autres? Dans cette incertitude, il vaudrait encore mieux, ce me semble, s'en rapporter au texte hébreu et à la Vulgate.
Au reste, je ne prétends pas soutenir ici qu'il est entierement certain que les Israélites demeurérent en Egypte quatre cent trente ans, comme le disent expressément la Vulgate et le texte hébreu ; je prétends seulement que , sur ce point de chronologie, la Vulgate et le texte hébreu disaut d'une façon, pendant que le texte samariain et les Septante disent d'une autre, il ne faut pas supposer comme certain avec l'opinion. commune que les Israélites ne demeurerent en Egypte que deux cent quinze ans; mais il faut dire que, vu la contrariété des divers textes sacrés sur le temps que les Israélites demeurérent en Egypte, on ne peut déterminer sûrement la véritable étendue du temps qui s'écoula depuis la venne de Jacob en Fgypte jusqu'à la sortie d'Egypte, incertitude qui doit servir de nonvelle preuve à l'opinion que j'ai avancée ailleurs, qu'il n'était pas possible de se faire un systeme suivi de chronologie sur les livres saints,
L'EXODE, CHAPITRE XIII
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