‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 37 sur 1035 · Lamech, âgé de cent quatre-vingt-deux ans, eut un fils · texte numérisé non relu

Lamech, âgé de cent quatre-vingt-deux ans, eut un fils

29. Il le nomma Noé, disant : Celui-ci nous soulagera dans les travaux et les ouvrages de nos mains sur cette terre que l'Éternel a maudite.

30. Depuis la naissance de Noé, Lamech vécut environ cinq cent quatre-vingt-quinze ans, et il eut des fils et des filles.

31. Ainsi ‘toute la durée de la vie de Lamech fut de sept cent soixante-dix-sept ans et il mourut.

32. Noé, à l'âge de cinq cents ans, engendra Sem, Cham et Japhet.

créa l'homme, il le fit à sa ressemblance : et au troisième verset, qu'Adam eugendra à son mage et à sa ressemblance. L'opposition de cette doulle ressemblance de Dieu et de l'homme, ajoutent ces auteurs, nous marque le peche originel. Comme si l'Écriture disait : Si Adam fût demeuré dans la sainteté de son premier état, il aurait engendré des enfants aussi saints que lui. Mais étant tombé dans le péché, il a engendré des pécheurs , comme il était lui-même pécheur.

Le sentiment de ces interprètes se trouve conforme à ce que samt

Augustin remarque avec raison, que si Adam füt demeuré dans l'innocence où il avait éle créé, ses enfants, étant nés purs d'un pere trés-pur, auraient été comme lui des images vivantes de la sainteté de Dieu et de là. sienne propre. Mais Ctant tombé dans ce péché si énorme, qui, par la plaie profsnde qu'il lui a faite, l'a enticrement déreglé et daus l'àme et dans le eorps, ses enfants ont porte l'image et le caractere de la corruption de leur pire, et toute la nature humaine etant corrumpue un s personne, est des cuuc ONE SEL lement pécheresse, mais elle n'a plis engentré que des pécheurs.

Comme cette vérité est l'un des principaux fondements de notre foi, le méme Père nous enseigne que le Saint-Esprit, parlaut par la bouche de saint Paul, l'a établie dans l'épitre aux Romainsd'une manière si forte et si invincible, qu'il faut éteindre toutes les lumiéres de la raison pour ue pas se rendre à la clarté de ces paroles, où renoucer à tous les sentiments de la religion, pour. oscr combaltre par des eonjectores. humaines la ccrtitude d'une autorité si divine. .

Saint Augustin est celui de tous les saints Peres qui a. parle du péché originel avec le plus l'étendue et ie plus de lumière, parce qu'il a été choisi de Dieu pour défendre ce point si essentiel de notre religion, contre l'impicte des pélagiens, qui se sont. éfloreis de la detrüire, en prétendant que des. enfants naissent aujourd'hui aussi purs de toute tache originelle qu'ils laurent été daus le paradis.

« Lorsqu'Adam est tombé, dit ee saint, le démon auquel il s'était livre par son orgueil s'est emparé de hii comme de son. esclase, et il a corromjn toutes les puissances de son áme et de sou corps. I s'est fait ei méme temps un effrovable renversement dans la nature humaine, qui était toute renfermée en sa personne. Et cet effet fuueste a paru sensiblement dans la révolte de la chair contre l'esprit, qui fut la juste peine de la révolte de l'esprit. »

Toute la nature humaine étant done alors renfermée en cet homme qui en a été le principe, nous étions tons en lui, comme les enfants sont dans leur père, les fruits dans leur racine, les ruisseaux dans leur source.

» On tronve étrange, dit encore saint. Augustin, que les enfants naissent dans le. péché. Comment ces ianmocctnts, dit-on, peuventils déjà être criminels? Hs. sont. inaocents en eux-mêmes, n'étant pas encore capables de raison; mais ils ont été corrompus dans la tige de la nature. Ils n'ont point fait de mal volontairement, mais ils naissent avec celui qu'ils ont tire de leur source, »

Le inème Péve éclaireit cette grande vérité por cet exemple: « Un homine, dit-il, est déregle dans sa vie ; il s'abaudonne à des passions criminelles, il en contracte mn mal violent et habituel, la goutie,

ou une maladie semblable, qui passe ensuize dans ses enfants, Un de ses enfant, qui se verrait lourmenté d'un si grand mal aurait-il droit de s'élever contre son père, et de dice qu'il ne Je considere point comme so pere, mais ecmine son plus grand einemi , puisqu'il est cause qu'il souffre sans l'avoir merité, et qu'Ctagt. innocent il est traité commme s'il était coupalse ?

^ Ne pourrait-on pas lui répondre , au contraire; H est vrai que votre pere à «t€ dans le désordre, Hl s'en est regenti depuis, et il a eu une estréme douleur de voir que Pipresson funvste que sa première vie avait produie ea sa personne ait passé ensuite dans ses enfants, Mais avez-vous droit pour cela de vois élever contre celui à qui vous devez tunt? Hl faut être et être sivaut, pour se pouvoir plaindre, Et qui vous a donné et l'étre, et la sie, sinon celui dont vous vous plaignez? Vous souffre, dites-vous, la pee. d'un mal que vous n'avez pas fait. Mais quand votre pere l'a fait volontairement, vous étiez en lui, vous uz composiez qu'un même homme avec lui, et ainsi vous avez fait ce mal, non par votre volonté qui n'était pas encore , mais par la volonté de celui dans lequel vous étiez comme en votre lige, et sans lequel vous ne seriez point, »

Mais eomme la plus grande obseurité qui se trouve dans le péché originel vient de la difficulté qu'il v a de comprendre comment l'âme qui ne pzs-e point du pere à l'enfant, mais qui est créée

COMMENTAIRE

immédiatement de Dieu, contracte ce péché qu'elle n'a point commis par elle méme, saint Augustin , et aprés lui deux grands papes, expliquent cette difficulté de la manicre la. plus solide et la plus vraisemblalle,

Ces papes sont Innocent HI et Urbain IV, qui parlent en ces termes du péchéerignel : 7 Lorsqu' Adam est tombé dans ce grand péché, qui a corrompu toute la. nature. humaine, tous les hommes n'€taient qu'un seul homme, el nous étions tous en celui qui a été l'origine de ce que nous sommes. Et comme la concupiscence, qui est l'origine de tous les péchés et l'ouvrage du démon. dans l'homme , avait infeeté d'un poison mortel toutes les puissances de l'âme et du corps d'Adam, et que c'est par cette concupiscenee qu'il a été père, ila fait passer en ses enfants, conune dans les ruisseaux, cette méme corruption qui était en lui comme en son principe. »

On peut donc répéter avec l'Écriture : « Honorez votre père, et n'oubliez point ce que votre mére a souffert pour vous. Souvenezvous que vous ne pouviez naître que par eux. »

Comme l'âme n'est créée que pour le corps et dans le corps, et qu'elle le. trouve d'abord plein d'une corruption habituelle inherente. au fond dela nature et au principe de la. vie, il ne faut pas s'étonner, Jiseut ces deux papes après saint Augustin, qu'entrant en un corps corrompu daus lout ce qu'il est, elle soit. elle-méme Ioue corrompue, comme une liqueur précieuse et d'une admirable vdeur, étant placée dans un vase plein d'une horrible infection , s'y corromprait aussitôt, et ne retiendrait rien de celte excellence qu'elle aurait eue si elle avait été toute seule.

« Le corps de l'homme, dit saint Augustin, dans lequel entre l'àme aussitôt qu'elle est créée, est maintenant une chair de péché, parc« qu'il nait de la conenpiscenee qui est le principe de tous les péchés. Lors donc que l'âme est formée dans cette chair si impure, elle se trouve toute appesantie par cette union qui lie si étroitement l'un avec l'autre. Il se fait comme un débordement de la corruption du corps dans toutes les puissances de l'âme, et cette peste contagieuse Vinfeete et la remplit de toutes. parts.»

Nous avons de la peine à comprendre comment la plaie de la concupiscence dont Adam fut frappé an momeut de sa révolte, et qui comme une maladie eontagiesse se répandit dans toutes les parcies de son âme et de son corps, est passée dans ses enfants, et ensuile dans La succession de tous les hommes; et cependant nous vo:ons tous les jours qu'il y a des maladies héréditaires qui passent des pères aux enfants; qu'il y en a même, comme la lépre et autres semblables, qui sont attachées à des familles entières, sans que la transmission de cette maladie originelle soitinterrompue par le cours et le nombre des années.

On dira peut-être quil est aisé de concevoir que des maladies cor porelles passent d'un corps en un autre; mais qu'il s'agit ici de faire voir comment ce qui est spirit.el peut passer des pères dans l'àme et dans l'esprit de leurs enfants.

C'est là ee qui est le plus difficile à comprendre dans le péché originel, Et cependant c'est erla mème que nous voyons éclaircir tous les jours par des preuves si convaineantes, qu'il nous est impossible de ne pas en demeurer d'accord, Car nous savons, par de nombreux exemples, qu'il y à de seconds péchés originels, qui sont des vices de l'esprit, qui passent des péres aux enfants, et qui s'entreticanent mon-seulement eu des familles, mais en des provinces enlieres par uie snceession continuelle,

Que l'on considere les hommes et les inclinations différentes de chaque pays, et l'on tronvera qu'il y en à où les hommes naissent naturellement fiers, vaius et glorieux, ce qui parait dans les enfants memes; qu'il y en a d'autres où ils naissent avares et intéressés ; et d'autres où ils naissent artificieux. dans leurs paroles et dans leur conduite, pleins d'une profonde dissimulation, et tres-propres à tromper les autres, Et ainsi ccs passions toules spirituelles qui étaient dans les peres se reproduisent par la naissance dans l'esprit de leurs enfants,

COMMENTAIRE

C'est ainsi que saint Paul reconnait que les habitants de l'ile de Crète étaient d'un naturel dur, brutal et méchant; prèts à déguiser et à mentir, comme un poete qu'il appelle leur prophète l'avait déclaré dans un de ses vers qu'il cite, Et cet apótre si éclairé était persuadé que cette mauvaise inclination naturelle aux habitants de cette ile agissait si puissamment sur eux, apres méme que leur esprit avait été purifié par le baptémne et par les autres sacrements , qu'il avertit son disciple Tite, qui était leur éxéque, de les traiter avec. dureté, comme ils étaient durs, c'est-à-dire avec force. « Reprenez-les fortement, dit-il, afin qu'ils se conservent dans la pureté de la foi.»

= Les paiens mêmes out été frappés des effets du péché originel, quoiqu'ils n'en pussent pas découvrir la cause, dit saint Augustin. Leur esprit, qui était grand et pénétrant, leur a fait comprendre que l'homme ayant recu du ciel la lumiere de la raison , qui devait le rendre roi de tous les animaux , aurait dû par conséquent. être favorisé au-dessus d'eux de tous les avantages de la nature, Et cependant ils vovaient que si l'on compare un animal dans sa naissance avec un enfant qui vient de nailre, rien ne paraitra ni plus heureux que le premier, ni plus malheureux que le second. Un agneau, par exempe, n'est pas plutôt né qu'il suit sa mère, qu'il la discerne sans peine entre cinquante autres, et qu'il va prendre d'elle la nourriture qui lui est propre avec une incroyable facilité, »

» L'homme , au coutraire, dit Pline, nait sur la terre comme si la mature n'élait pas sa mére, maisson ennemie, Celui qui vient au monde comme le roi de tous les animaux nait semblable à un esclave et à un eriminel. Il est si faible , qu'il faut l'envelopper avec un extréme soin et lui lier toutes les parties du corps. Il ne sait ni ce qu'il est, ni où il est, ni qui est sa mère, ni ce qui lui est propre. Tout ce qu'il peut faire c'est de pleurer et de se plaindre ; et il commence sa vie par son supplice, quoique tout son crime soit d'être né. O extravagance des hommes, s'écrie cel écrivain, de croire qu'étant nés si misérables , ils ne doivent vivre sur la terre que pour satisfaire leur orgueil et leur vanité ?

* Chaque béte farouche, continue le. méme écrivain, a. quelque chose dans son instinct qui nous la rend formidable. Mais l'homme seul renferme en lui ce qui n'est que séparément dans tous ces animaux, Il a sur la langue le venin des aspics; il a dans l'esprit les plis et les replis du serpent, il à dans le cœur l'amertume du basilie; il a dans ses emportements la fureur d'un lion; il a dans sa cruauté la rage d'un tigre. La raison, qui devrait le défendre de ces exees , ne sert qu'à les rendre en sa personne et plus odieux et plus inexcusables, puisque la cruauté, qui est la nature méme et l'instinct

de quelques animaux, est en lui une malice étudiée et une brutalité toute volontaire. ^

Les sages de la Grece, Aristote et plusieurs autres, et Cicéron aprés enx , ont vu cette effrovable misère de l'homme, ce qui a fait dire à ce dernier si judicieux, comme le rapporte saint Augustin, que cette vie s'est pas une vie, mais une mort, et qu'il lui serait aisé de faire voir qu'elle n'est digne que de gémissements et de larmes.

Et paree que la lumiere de ces grands esprits ne leur permettait pas de représenter Dieu autrement que souverainement bon et juste, et que d'ailleurs la nature leur criait de toutes parts que l'état de cette vie était visiblement un état de condamnalion et de supplice ; comme ils ne pouvaient connaitre le péché originel, qui aurait autorisé cette misère de l'homme, sans faire injure à la justice de Dieu, ils en ont inventé un, comme saint Augustin le fait voir par ces paroles prises de l'Hortensius de Cicéron :

* Cette multitude d'erreurs, de passions et de miseres, dont la vie humaine est toute remplie, nous persuade aisément que ces ancens sages, regardés comme les interprètes des oracles de la Divinité out eu une lumière particulière lorsqu'ils ont dit que nos âmes tant vécu ailleurs, et ayant commis des crimesævant que de naître, 1955 ne naissons présentement sur la terre que pour être punis des péchés dont nous nous sommes rendus coupables en cette pre-

Rütte vie, »

Et le méme Cicéron confirme encore cette vérité lorsqu'il ajoute que ce qu'Aristote a. dit est trés-véritable; qu'en naissant en ce monde nous sommes punis de la méme maniere que l'étaient autrefois ceux qui tombaient entre les mains de certains voleurs de Tosvane , qui par une cruauté ingénieuse ne se contentaient pas d'ôter la vie à ceux qu'ils avaient pris, mais liaient un homme vivant avec un autre qu'ils avaient tue, les serrant étroitement le visage contre le visage, et la poitrine contre la poitrine, afin que celui qui vivait fût étouffé peu à peu par l'horrible infection de ee corps mort ; qu'ainsi lorsque nous sommes formés dans le sein de nos mères, nos ämes sont punies puisqu'elles sont jointes à nos corps comme un homme vivant lié à un homme mort.

Voilà jusqu'où la raison a pu conduire ceux qui ne jugeaient des secrets les plus profonds et les plus cachés de la nature que par la lumière de l'esprit humain. Et c'est ce qui nous doit faire admirer la certitude et la sublimité de la religion chrétienne , qui étant instruite d'en-haut, et n'enseignant de Dieu que ce qu'elle a appris de Dieu méme, allie sans peine ces contrariétés apparentes de la dignité et de la misere de l'homme, que ces grands esprits n'ont jamais pu déméler , et nous fait voir clairement quel est le. principe de ce grand effet qui à frappé ces anciens sages, et dont ils ont inventé une cause vraisemblable et trés-ingénieuse , n'en pouvant pas découvrir la véritable.

C'est ce qui a fait dire à Pascal, que de quelque obseurité que soit couvert le péché originel , ses effets néanmoins, qui éclatent de toutes parts, lui rendent un témoignage si évident, que, s'il est difficile de croire ce point de notre religion , il parait encore plus difficile de ne le pas croire ; puisque cette vérité est comme un flambeau qui éclaircit ce qu'il y a de plus inexplicable dans l'état présent où la nature humaine est réduite, » Ainsi, ajoute ce grand écrivain, il est vrai de dire du péché originel , que l'homme est plus incompréhensible sans ce mystère, que ce mystère n'est incompréhensible à l'homme. »

De la longue vie d'Adam.

Jusqu'au déluge, toute la nature était plus forte et plus vigoureuse: par cette immense quantité d'eaux que Dieu amena sur la terre, et par le long séjour qu'elles v firent, les sues qu'elle enfermait furent altérés; l'air, chargé d'une humidité excessive, fortifia les principes de la corruption , et, la premiére constitution de l'nnivers se trouvant affaiblie, la vie humaine, qui allait jusqu'à pres de mille ans, fut diminuée peu à peu, les herbes et les fruits n'eurent plus leur premiere force, et il. fallut donner aux hommes une nourriture plus substantielle dans la chair des animaux.

Ainsi devaient disparaitre et. s'effacer peu à pen les restes de la premiere institution ; et la nature changée avertissait l'homme que Dieu n'était plus le méme pour lui depuis qu'il avait été irrité par tant de crimes,

Au reste, cette longue vie des premiers hommes , marquée dans les annales du peuple de Dieu, n'a pas été inconnue aux autres peuples, et leurs anciennes traditions en ont conservé la mémoire, La mort qui $'avancait fit sentir aux hommes une vengeance plus prompte ; et, comme tous les jours ils s'enfoncaien! de plus en plus dans le crime, il fallait qu'ils fussent aussi, pour ainsi parler, tous les jours plus enfoncés dans leur supplice.

Outre la douleur de sa désobéissance personnelle qu'Adam a dû regarder comme un très-grand mal, et d'une conséquence effroyable, il eut le déplaisir de voir la discorde dans sa famille par la haine de Cain contre Abel, discorde qui ne se termina pas méme par la mort funeste du juste Abel. Il vit la race de Cain s'abandonner aux derniers désordres; il fut témoin du commencement de cette étrange corruption qui attira sur la terre le déluge universel. Adam se regarda comme la premiere cause de tous ces malheurs, et il eut toujours l'esprit occupé de tous les crimes que son mauvais exemple et

la corruption originelle qu'il transmettait à ses descendants causaient dès lors et devaient causer dans le monde jusqu'à la fin des siècles ; mais envisageant le libérateur promis, rempli de foi et d'espérance en lui, il adora avec soumission les ordres de san créateur, qui pour faire éclater son pouvoir, sa justice et la grandeur de sa miséricorde , avait permis la chute de ses créatures.

Quelques interprètes, ne pouvant comprendre que les premiers hommes aient vécu si longtemps, ont dit que l'Écriture parle en cet endroit des années égyptiennes , qu'ils prétendent n'avoir élé que d'un mois. Cela est impossible; car Énoch, dont il est dit qu'il eut Mathusalem à soisante-cinqg ans, aurait eu un fils à six ans. Le monde, d'aprés ce calcul, n'aurait été que de cent trente ans, quoique de la création au déluge il se soit écoulé dix générations.

La longue vie des premiers hommes est attestée par l'histoire profane aussi bien que par les livres saints. Pour appuyer le 1émoignage de Moïse, Joséphe eite Maméthen , Jérûme l'Égyptien , Moschus, Hesiœus, Bérose, Hésiode, Mécatóe, Acusilas, Hellancius , Ephore, Nicolas de Damas : voilà des témoins de toutes les nations, Joséphe ne les a point allegués à faux. Nous retrouvons dans Hésiode le passage auquel il fait allusion. Pline dit que dans les premiers temps la vie des hommes était plus longue. Ce qu'Homere fait dire à Nestor, que la longueur de sa vie n'est rien en comparaison de celle des anciens héros, s'accorde parfaitement avec ce que dit Jacob à Pharaon sur le méme sujet.

I| est facile de confirmer la possibilité de ces faits par divers exemples d'une vie trés-prolongee dans les derniers áges du monde; et l'on peut ajouter les témoignages de plusieurs anciens, entre lesquels celui d'Hésiode est venu jusqu'à nous, par lesquels il est avéré que, selon la tradition la plus reculée, les hommes des premiers siécles vivaient jusqu'à mille ans. Le déluge dut produire dans l'air et sur la terre des changements qui ont abrégé les jours de l'homme. Mais, quelles que soient les causes de ce changement, on ne peut s'empêcher de reconnaitre dans la longue vie des patriarches la nain de la Providence, et ses soins admirahles pour faciliter la multiplication du genre humain, pour conserver et étendre la connaissance de la. religion, et pour háter la perfection des sciences et des arts.

Horace, parlant de l'audacieuse race de Japhet , dit que la mort, autrefois tardive, précipita ses pas :

Sematiqme prius reda wecossitas Lathá corrigait gradum.

Cette longue vie des patriarches à servi merveillensement à nous assurer la tradition des premiers jours. Dieu lui-même avait enseigné les premieres vérilés à Adam, à ses enfants, à Énoch, à Noc. Abraham, Isaac et Jacob les reçurent par tradition, indépendamment des nouvelles instructions que Dieu. daigna leur donner. C'est par le méme moyen que l'histoire de l'origine du monde parvint jusqu'à Moïse, La mémoire des faits principaux ne pouvait s'éteindre

parmi des témoins auxquels Dieu aecordait plusieurs siceles de vie.

Lamech, père de Noé, avait vu Adam; Noé lui-méme vécut pendant six cents ans avec Mathusalem, son aieul, qui était âgé de trois cent quarante-trois ans quand Adam mourut. Les vieillards contemporains de Noé avaient eu la méme facilité de s'instruire, et la mème chaine de traditions subsista apres le déluge. Tharé, père d'Abraham, avait vécu plus d'un siècle avec Arphaxad et Phaleg, qui avait conversé avec Noé pendant deux eents ans. Abraham vivait encore lorsque Jacob vint au monde, et Caath , aïeul de Moïse, avait passé sa vie avec les enfants de Jacob. Il n'y a que cinq personnes tout au. plus entre Noé et Moise, on peut méme n'en supposer que quatre, puisqu' Abraham avait déjà quinze ans lorsque Noé mourut .Il faut remarquer que jusqu'alors Abraham et ses péres avaient habité la Mésopotamie , séjour de Noé et de ses enfants,

COMMENTAIRE

Mathusalem mourut l'année méme dufdcluge; par la prolongation de ses jours, le dépôt précienx de la foi parvint à Noé presque sans intermédiraire, puisque Noé véout trois.cent soixanle-neuf ans avec Mathusalem, et celui-ci trois eent quaranie-cinq ans avec Adam.

Du salut d' Adam.

Tout le temps de la vie d'Adam ayant été de neuf cent trente ans, il mourut. L'Écriture marque ici le nombre des années d'Adam, mais elle ne dit point en particulier quelles ont été sa vie et sa mort. Saint Augustin néanmoins enseigne, eu plusieurs endroits, qu'il est indubitable qn' Adam et Eve ont été sauvés. C'est avec grande raison, dit ce méme père, que nous eroyons que nos deux premiers parents , ayaut mené apres leur péché une vie sainte au milieu des travaux et des miseres dont ils ont été accablés, ont été délivrés des supplices éternels par la vertu du sang de Jésus-Christ.

Il dit encore en un autre endroit, que c'est le consentement de toute l'Église que, lorsque Jésus-Christ est descendu dans les enfers, il en a tiré le premier homme avec les patriarches et les prophetes , pour le faire monter au ciel avec lui. « Ce témoignage de la tradition, ajoute ce Pére, suffirait pour établir le salut d'Adam, quand il ne serait pas confirmé par les paroles de l'Écriture, Mais le Saint-Esprit nous a voulu apprendre lui-même cette vérité, lorsqu'il dit par la bouche du Sage : « C'est la sagesse qui couserva celui que Dieu avait formé lepremier , pour être le pere du monde , avant d'abord été. créé seul; c'est elle aussi qui l'atiré deson péché. » Car ces paroles, que c'estla sagesse qui a tiré le premier homme de'son. péché, sont si claires, qu'il ne parait pas méme qu'on y puisse donner un autre sens, »

Saint Irenée soutient avec grande force cette vérité du salut d'Adam contre l'erreur de Tatien, « qui publiant, dit saint Irenée, les erreurs de plusieurs hérésiarques, y avait ajouté celle-ci de son invention, »

Saint Irenée croit, au contraire, que le fils de Dieu s'étant fait homme, pour être le rédemptenr des hommes, devait racheter nécessairement les deux premiers chefs de la nature dont il lui avait plu de se revêtir; qu'ayant entrepris de délivrer les enfants captifs, il était juste qu'il fût aussi le libérateur de leur père, et qu'il n'était pas digne de sa bonté et de sa grandeur de laisser Adam et Eve entre les mains de cet ange superbe, qui aurait considéré leur perte comme une marque éternelle du grand avantage qu'il s'i. maginail avoir remporté sur lui.

Après ces raisons tirées de la lumière de la foi et de l'Écriture , ce saint martyr conclut que Tatien et ses disciples, qui s'élevaient avec tant de chaleur contre le salut d'Adam , comme s'ils eussent trouvé un grand avantage dans la perte du premier homme, n'affaibliraient point pour cela ce que Dien lui-même avait établi; mais que tout le fruit qu'ils tireraient de cette dispute, c'est qu'ils se déclareraient hérétiques ét apostats, ennemis de la vérite, amis et défenseurs du serpent et du prince de la mort,

Origene, Tertullien , saint Cyprien, saint Athanase , saint Basile , saint Chrysostüme, saint Ephiphane, saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme, saint Grégoire, pape, et généralement les saints Pères, pendant les huit premiers siècles, enscignent la méme chose, Et il est remarquable que saint Augustin, dans son livre des Herésies , rapportant, comme saint Epiphane , les erreurs de Tatien et de ses sectateurs appelés aussi encratiles, y met entre autres celle-ci, qu'ils combattaient le salut du premier homme.

Saint Chrysostóme lit, aprés les Septante : « Dieu chassa Adam, et il le fit demeurer vis-à-vis du paradis de délices, » » Dieu fait éclater sa bonté, ajoute ce Pere, an milieu des marques de sa justice, et il fait grâce méme en punissant, C'est par une sévérité trèsjuste qu'il chasse Adam du paradis; mais il le fait demeurer em

COMMENTAIRE

mime temps devant ce lieu de délices , afin que cette vue lur renouveant sans cesse l'image des biens qu'il avait perdus, lui fit conce- Toir un regret plus vif et une douleur plus sensible de sa faute, en lui faisant espérer que demeurant à l'avenir entierement soumis aux ordres de Dieu, il pourrait recouvrer par sa pénitence ce qu'il avait perdu par sa présomption, »

La pénitence d'Adam s'étendait dans toutes les circonstances, toutes les rencontres et tous les moments de sa vie, « Car, comme remarque trés-bien ‘saint Augustin, tout cel état mortel dans lequel nous sommes nés était un supplice pour Adam. Il trouvait une extréme peine dans les choses mêmes que nous regardons ou avec indifférence, comme le cours ordinaire de la nature, ou avec une certaine satisfaction qui touche nos sens : et toute cette vie à laquelle nous sommes tous attachés lui paraissait une misère insupportable aprés avoir goûté les déliees du paradis. »

Qui, par exemple, considere maintenant comme un grand mal que notre corps soit réduit à une telle défullance, que la faim et lh soif le consumeraient en peu de jours, si la nourriture qu'il prend si souvent ne le défendait de la mort qui le menace saus cesse, et ne lui offrait un remède continuel contre cette maladie continuelle ? Qui se plaint avec un sentiment de douleur que nous naissons plus malheureux que les bétes? Que notre enfance soit plongée dans une stupidité qui est, dit saint Augustin, comme une longue ivresse et un profond assoupissement de notre esprit; et que la raison étant proprement le caractere de l'homme, il lui faille néanmoins tant d'années pour devenir raisonnable ? Qui est aussi touché qu'il devrait être que notre corps soit sujet à un si grand. nombre de maladies , et notre âme à une infinité de passions?

Et pour concevoir en quelque sorte l'état où il était alors, nous n'avons qu'à nous représenter, selon la pensée de saint Bernard, une princesse qui ayant été reine du plus grand royaume du monde, aurait été emmenée captive et serait aceeuchée en sa prison d'un petit prince, avec lequel elle serait obligée de passer sa vie dans ume dure captivité, Cet enfant, croissant peu à peu, aurait trouvé son bonheur en cet état qui lui serait devenu comme naturel, et aurait été satisfait de sa condition présente. Mais cette princesse, au contraire, pleine des pensées de sa première grandeur el de sa souverame puissance qni était destinée à eet enfant, serait doublement afliigee de voir ce jeune prince si malheureux et si incapable de eonuaitre son malheur.

Saint Augustin a dit avec raison qu'Adam et Ese, étant dans la paradis sans la. moindre tache, s'y offraient et s'y seraient offerts à Dieu sans cesse en sacrifice comme des victimes parfaitement pures ; mais il est vrai de dire, selon le mème saint, que depuis leur péché et depuis ce mouvement d'un repentir si vif et si sincere, dont Dieu les a. prévenus par sa bonté, ils se sont sans cesse offerts à lui comme un sacrifice de douleur, et comme des victimes égorgées par la mortifieation de la pénitence, exposées devant Dieu sur l'autel

de loi, en famant descendre sur eux le feu de son esprit et de son amour.

Tl est remarquable que saint Irenée, après avoir relevé la grandeur de la faute d'Éve , nous a voulu assurer en particulier de son salut : car il fait d'abord un admirable parallele entre Ëve comme principe de la mort, et la sainte Vierge comme la mére et l'origine de la vie. * Éve, dit-il, était vierge lorsque le démon lui parla, quoiqu'elle füt l'épouse d'Adam; Marie de méme était vierge quand l'ange lui vint parler , quoiqu'elle füt l'épouse de saint Joseph. Eve écoute le serpent pour se laisser séduire, Marie écoute l'ange pour recevoir de lui les ordres de Dieu. Eve croit le démon et ne croit point Dieu; Marie croit avec une ferme foi le mystère de tous le plus incompréhensible, aussitôt que l'ange le lui a révélé de la part de Dieu. Enfin Éve est un prodige d'infidélité, d'orgneil et de révolte contre Bien; et Marie est un miracle de far, d'humilité et d'assujettissement à Dieu,

« Aiusi , ajoute ce saint , une vierge est d'abord la ruine dn monde, et une vierge, au temps marqué de Dieu, est l'origine du salut du monde, afin que Marie vierge devint l'avocate et la. médiatrice de la réconciliation d'Éve, qui avait abandonné Dieu élant vierge, et que l'obéissance de l'une füt le reméde et la réparation de la désobéissance de l'autre, »

De la signification du iot Énoch, hamsae.

N'est-il pas fort extraordinaire, eu en même temps bien philosophique, que le nom générique de l'homme, en hébreu, signifie li douleur? Énoch, homme, vieut, par su racine, du verbe anash , être dangereusement malade. Dieu n'avait peint donné ce nom à notre premier pére; il l'appelle simplement Adam, ferre rouge ou limon. Ge ne fut qu'après le péché quela pestérité d'Adam priL.ce nom d'Énoch, ou d'homme, qui convenait si parfaitement à ses miseres, et qui rappelait d'une maniere si éloquente et la faute et le châtiment. Peutêtre dans un mouvement d'angoisses, Adam, témoin des labeurs de son épouse, et recevant dans ses bras Cain, son premier-né, l'éleva vers le ciel en s'écriant : Énoch! à douleur! Triste exclamation | par laquelie on aura, dans la suite , désigné la race humaine. ( Génie du Christianisme. )

Enlèvement d'Énoch.

Quelques commentateurs croient que ces paroles du texte signifient qu'Énoch mourut, mais d'une mort prématurée. L'arabe traduit : « 1l mourut, et Dieu le retira à lui, » On ajoute que Moise marque les années de la vie d'Énoch eomme celles des autres patriarches, ce qui fait croire qu'il est mort comme eux. Tulit eum,

s'entendrail comme ces autres paroles : « Otez mon âme; je ne sais . si mon créateur ne m'ôtera pas bientôt ; » or, ces verbes ôter, pren-

dre l'âme, marquent tirer quelqu'un du monde par la mort. Mais les Pères et le plus grand nombre des commentateurs assurent. qu'Énoch est encore en vie; que Dieu l'a transporté aussi bien qu'Élie

| hors du monde, et que ces deux saints doivent venir avant le juge-

ment dernier pour s'opposer à l'antechrist et pour rappeler les peuples égarés : Élie, pour précher aux Juifs, et Énoch pour prècher

, aux gentils; et ceci est fondé sur ce qui est dit dans l'Apocalypse,

que Dieu suscitera alors ses deux témoins qui prophétiseront douze

; cent soixante jours,

La maniere dont Moise s'explique fait juger qu'il a dessein de distinguer l'enlèvement d'Énoch de la mort des autres patriarches.

Aprés avoir parlé de sa sainteté, il ajoute , comme pour marquer la de la foi, afin qu'il daignât rendre leurs cœurs un holocauste digne |

récompense de ses vertus, que Dien le transporta. Saint Paul dit : « C'est par la foi qu'Énoch fut enlevé, afin qu'il ne vit pas la mort ; et on ne le vit plus, parce quede Seigneur le transporta ailleurs. » L'Écclésiastique explique plus clairement les paroles dites ici d'Énoch, que Dieu le transféra ailleurs ; car il dit : « Énoch fut agréable à Dieu et il fut transféré dans le paradis, paree qu'il est destiné à faire entrer les nations dans la pénitence. » Saint Augustin et la plupart des saints Pères croient qu'Énoch a été transféré dans le paradis terrestre, où Dieu le conserve d'une manière miraculeuse ,

vivant dans um corps qui n'est sujet à auenne des conditions de la

faiblesse et de la fragilité de la mature mortelle; et le réserve pour l'opposer à la fureur de l'antechrist, afin qu'il préche la pénitence aux nations, comme Elie, que Dieu doit lui adjoindre dans le méme ministère, la doit précher aux Juifs, selon ce que saint Jean annonce dans l'Apocalypse.

Il est dit d'Énach qu'il marchait devant Dieu. Wous voyons évi« demment que les anciens patriarches ont adoré un seul Dieu créa-

teur et gouverneur du monde, présent partout, qui connait tout, et qui dispose de tous les événements. Ce qui les distingue partieulièrement, c'est un respect ponr la Divinité, un sentiment vif de sa présence , une confiance en son pouvoir et en sa bonté qui animent toutes leurs actions.

Des enfants de Noé.

Il est difficile de croire que Noé n'eüt pas d'enfants avant l'âge de cinq cents ans; on peut dire que les enfants qu'il avait eus auparavant étaient morts, ou que, s'étant alliés avec les filles des descendants de Cain, et s'étant livrés à la corruption générale sans aucun égard aux remontrances et aux menaces de Noé, ils s'étaient séparés de lui et avaient été abandounés à leur propre malheur ; inais Noé ne permit pas que les trois fils qui vinrent au monde aprés que Dieu lui eut annoncé le déluge l'abandonnassent pour s'engager dans le déréglement comme leurs frères.

o mé

APPENDICE

Chronologie des livres saints.

En comparant les differentes méthodes selon lesquelles les divers peuples ont calculé les temps, les différentes chronologies s'accordent et ne différent que de quelques années touchant les deux époques les plus mémorables, la création et le déluge universel. Toutes se réunissent encore à supposer la même durée depuis lecommencement du monde jusqu'à l'ère chrétienne, en suivant le calcul des Septante,

Le plus grand embarras dans cette question est de concilier !e texte hébren avec la version des Septante et avec le texte samaritain, au sujet de la date du déluge et de l'âge des patriarches avant on après cette grande révolution. Suivant le texte hébreu , il ne s'est écoulé qu'environ six mille ans depuis la création jusqu'à nous, et le déluge est arrivé l'an du monde 1656, Les Septante ajoutent dixhuit cent soixante ans de plus à l'antiquité du monde, Le Pentateuque samaritain ne s'accorde ni avec l'hébreu, ni avec les Septante, L'hébreu place le déluge deux mille trois cent quarante-huit ans avant Jésus-Christ, et les septante trois mille six cent dix-sept, Voilà près de mille trois cents ans de différence, Le samaritain garde un milieu entre les deux calculs. Tl est assez vraisemblable que les Seplante auront donné un temps plus long au monde, pour ne pas s'éloigner de l'opinion des Grecs.

De l'antiquité des Égyptiens.

On prétend qu'avant que les Égyptiens eussent bâti ces temples dont il nous reste de si belles ruines , les peuples pasteurs gardaient déjà leurs troupeaux sur d'autres ruines laissées par une nation inconnue : ce qui supposerait une très-grande antiquité.

Pour décider cette question , il faudrait savoir au juste qui étaient et d'oà venaient les peuples pasteurs. M. Bruce, qui voyait tout en Ethiopie, les fait sortir de ce pays. Et cependant les Éthiopiens, loin de pouvoir répandre au dehors des colonies , étaient eux-mêmes, à cette époque, un peuple nouvellement établi : Ethiopes, dit Eusèbe, ab Indo flumine consurgentes, juxia. Egyptum. consederunt. Manéthon, dans sa sixième dynastie, appelle les Pasteurs $eetyes leo, Phéniciens étrangers, Eusèbe place leur arrivée en Égypte sous le régne d'Aménophis; d'oü il faut tirer ces conséquences : 1* que l'Égypte n'était pas alors barbare, puisque Inachus, Egyp-

COMMENTAIRE

tien, portait vers ce temps-là les lumières dans la Grèce ; 2° que l'Égypte n'était pas couverte de ruines, puisque Thèbes était bâtie, puisque Aménophis était père de Sésostris, qui éleva la gloire des Égyptiens à son comble. Au rapport de l'historien Joséphe, ce fut Thethmosis qui contraiguit les pasteurs à abandonner entièrement les bords du Nil.

On sait que, dans le dernier siècle, quelques savants bien peu dignes de ce nom ont voulu infirmer la chronologie de Moïse, Dernièrement on a opposé à nos livres saints les antiquités de l'Égypte. Volney n'a point hésité à placer la formation des collèges de prétres en Égypte treize mille trois cents ans avant Jésus-Christ, et il dit que c'est la deuxième période de l'histoire d'Égypte. La troisième période, où il suppose que le temple d'Esné fut bâti, va jusqu'à quatre mille six cents ans avant notre ère, environ l'époque de la création. Mais tout cet échafaudage a été. renversé, Les découvertes d'Young et de Champollion ont ruiné de folles conjectures. Le docteur Wiseman a tracé l'histoire de ces découvertes. La merre de Rosette, la copie d'un manuserit démotique, l'obélisque de Philæ, la table d'Abydos , ont été étudiés avec soin et expliqués avec beaucoup de patience et de sagacité, Quelques personnes avaient paru craindre que ces recherches n'eussent une tendance funeste pour la religion. Le savant auteur des Conférences anglaises sur la religion cite un document trés-intéressant, savoir : une lettre de Champollion, où nonseulement il repousse l'idée que ces études puissent le moins du monde affaiblir le récit des livres saints, mais oü il s'efforce de montrer que les deux histoires s'accordent fort bien. Cette lettre était datée de Paris, le 23 maj 1827; elle est entre les mains du docteur Wiseman, qui la donne en français. Nous la copions d'apres lui; c'est un document important, Champollion n'ayant jamais rien publié sur l'accord de sa chronologie avec celle de l'Écriture :

* J'aurai l'honneur de vous adresser sous peu de jours une brochure contenant le résumé de mes découvertes historiques et chronologiques, C'est l'indication sommaire des dates certaines que portent tous les monuments existant en Égypte, et sur lesquels doit désormais se fonder la véritable chronologie égyptienne.

* MM, de San Quintino et Lanci trouveront là une réponse péremptoire à leurs calomnies, puisque j'y démontre qu'aucun monument égyptien n'est réellement antérieur à l'an 2200 avant notre ére. C'est certainement une trés-baute antiquité, mais elle n'offre rien de contraire aux traditions sacrées , et j'ose dire méme qu'elle les confirme sur tous les points. C'est en effet en adoptant la chronologie et la succession des rois, données par les monuments égyptiens, ‘que l'histoire égyptienne concorde admirablement avec les livres saints. Ainsi, par exemple, Abraham arriva en Égypte vers 1900, c'est-à-dire sous les rois pasteurs ; des rois de race égyptienne n'auraient pas permis à ün étranger d'entrer dans leur pays. C'est également sous un roi pasteur que Joseph est ministre en Égypte et y établit ses frères; ce qui n'eüt pu avoir lieu sous des rois de race égyptienne. Le chef de la dynastie des Diospolitains, dite la dix-huitième, est le rex novus qui ignorabat Joseph de l'Écriture-Sainte , lequel étant de race égyptienne ne devait point connaitre Joseph, ministre des rois usurpateurs ; c'est celui qui réduisit les Hébreux esclavage.

« La captivité dura autant que la dix-huitième dynastie, et ce fut sous Ramsés V, dit Aménophis, au commencement du quinzième siècle, que Moïse délivra les Hébreux, Ceci se passait dans l'adolescence de Sésosiris, qui succéda immédiatement à son père, et fit ses conquêtes en Asie, pendant que Moïse et Israël erraient pendant quarante ans dans le désert. C'est pour cela que les livres saints ne doivent point parler de ce grand conquérant. Tous les autres rois d'Égypte nommés dans la Bible se retrouvent sur les monuments égyptiens, dans le méme ordre de succession et aux époques précises où les livres saints les placent. J'ajouterai même que la Bible en écrit mieux les véritables noms que ne l'ont fait les historiens grecs. Je serais eurieux de savoir ce qu'auront à répondre ceux qui ont

malicieusement avancé que les études égyptiennes tendent à affaiblir la croyance dans les monuments historiques fournis par les livres de Moïse, L'application de ma découverte vient au contraire invinciblement à leur appui.

* Je compose dans ce moment-ci le texte explicatif des obélisques de Rome, que Sa Saintelé a daigné faire graver à ses frais. C'est un vrai service qu'elle rend à la science, et je serais heureux que vous voulussiez bien mettre à ses pieds l'hommage de ma reconnaissance profonde. »

M. Rosellini, professeur à Pise, qui avait accompagné Champollion dans son expédition littéraire en Égypte, a publié une explication des monuments égyptiens, où il prend pour base la chronologie del'Écriture. 11 fait voir une coincidence extraordinaire entre l'histoire de Joseph et l'état de l'Égypte à cette époque. Les rois pasteurs qui correspondent à la dix-septiéme dynastie, ayant été chassés par Amasis, les descendants de Joseph furent traités en ennemis et employés aux travaux publies. La sortie d'Égypte eut lieu, suivant M. Rosellini, la dernière année du règne de Ramsts. Les conquêtes de Ramses Sithos eurent lieu pendant les quarante années que les Hébreux parcoururent le désert.

Après l'explication des monuments historiques, nous devons parler des monuments astronomiques, des zodiaques de Dendéra et d'Esné. On a voulu supposer à ces zodiaques une antiquité prodigieuww; mais les recherches de MM. Testa, Visconti, Letronne, Saint-

Martin, Halma, Delambre, Cuvier, ont assigné à ces monuments une époque bien plus rapprochée de nous. On les croit du temps des premiers empereurs romains.

De l'antiquité des Indiens.

Nous citerons ici le docteur Wiseman, dont la septième conférence est sur l'histoire ancienne des Indiens, En commençant, l'auteur fait une observation trés-judicieuse :

* J'ai déjà parlé de la tendance des hommes à mépriser ce qu'ils ont sous la main et à exalter ce qui est au loin. Nous trouvons chez nous celle étrange propension, Bien des gens saisissent avec empressement toüte découverte qui parait en désaccord avec l'Écriture, nos conférences précédentes nous en ont offert bien des exemples et les suivantes nous en présenteront de plus nombreux encore. On attache une importance extraordinaire à tout ce qui est mis au jour et qui parait contrarier quelque assertion du texte sacré, Les nations de l'Est , an contraire, ont un attachement jaloux pour leurs livres sacrés, et rejettent cpiniátrément tout ce qui en peut prouver la fausscté, Les Chinois, les Indiens et les anciens Égyptiens se sont toujours montrés si épris de leurs histoires respectives et si persuadés de leur exactitude et de leur infaillibilité, qu'il faut chercher autre chose qu'une cause naturelle pour expliquer la facilité avec laquelle nos plus précieux monuments sont souvent abandonnés, En vérité, je crois que si les livres de Moise n'avaient pas été conservés par les Chrétiens et qu'ils eussent été découverts, pour la premiere fois, parmi les Juifs de Chine, ou par le docteur Buchanan chez les habitants du Malabare, avec les manuscrits du Pentateuque trouvés tout récemment , ils auraient été reçus comme un trésor de connaissances historiques et philosophiques par ceux mêmes qui aujourd'hui les négligent et les outragent. «

On sait quelles sont les prétentions des Indiens à une haute antiquité, Bailly fut le premier savant qui accueillit ces prétentions , et qui cbercha à leur donner quelque vraisemblance à force d'allusions , d'allégories et de conjectures. M. Wiseman, qui en cite quelquesunes, se demande si c'est là de la science ou du roman, de l'histoire ou de la rèverie. La Revue d' Édimbourg adopta à peu près le système de Bailly; mais fout ce qu'il y a eu d'hommes habiles depuis ont rejeté cette antiquité fabuleuse, Delambre, dans son Histoire de l'astronomie ancienne, à relevé une à une les méprises de Bailly. Montuta, qui écrivait à l'époque où l'école philosophique était dominan-

te, réduit considérablement les calculs exagérés des Indiens sur leur antiquité. Les recherches de M. Bentley sur l'astronomie indienne ont prouvé que les observations astronomiques des Indiens ne remontent pas dans le fait au delà de quatorze ou quinze cents ans avant l'ere chrétienne. Les incrédules avaient voulu profiter de quelque ressemblance entre le nom de Christ et celui de Krisbna, l'Apollon indien , que les légendes du pays représentent comme un dieu incarné ; et Volney, dans ses Anines, prétendait que c'était le méme personnage. Bentley, en appliquant les calculs astronomiques à l'histoire de Krishna, estime qu'elle ne remonté pas au delà du sixième siècle de notre ère. Laplace, tout ami et tout admirateur qu'il était de Bailly, avoue qu'il ne peut partager son opinion sur l'antiquité indienne. 11 à cherché avec soin si les observations des tables indiennes, que l'on faisait remonter à quinze cents ans ou méme à trois mille ans avant Jésus-Christ, avaient jamais été faites, et il conclut que non et que ces tables n'étaient appuyées sur aucune observation véritable, parce que les conjonctions qu'elles supposaient n'avaient pu avoir lieu. C'est là un argument décisif et qui a d'autant plus de poids que Laplace n'a pas été amené à cette conclusion par le désir de favoriser nos croyances. À ces témoignages on pourrait joindre ceux de Mac- Leene, de Heeren, de Cuvier, de Klaproth ; celui-ci dit expressément que les tables astronomiques des Hindous, auxquelles on avait attribué une antiquité prodigieuse, ont été construites dans le septième siècle de l'ère vulgaire et ont été postérieurement reportées par des calculs à une époque antérieure.

Si de l'astronomie des Indiens on passe à leur histoire, on y trouvera les mêmes traces d'imposture. Il n'est pas plus difücile d'inventer des milliers d'années pour la suite des rois que pour les progrés des sciences. Sir Williun Jones, qui a fait tant de recherches sur l'Inde, a calculé la chronologie indienne, et il est d'avis que le plus loin qu'on puisse faire remonter l'origine de cet empire, c'est il y a trois mille huit cents ans, c'est-à-dire deux mille ans avant Jésus-Christ, ce qui nous reporte au temps d'Abraham, époque où l'Égypte et la Phénicie étaient déjà des états florissants. Wilfort et Hamilton, qui ont étudié le méme sujet, ont reconnu dans les dynasties indiennes bien des contradictions et des faussetés. Il est méme arrivé au premier un fait fort singulier. Un homme de confiance qu'il employait à grands frais pour l'aider dans ses travaux poussa la. fraude jusqu'à effacer et altérer des passages dans ses livres sacrés, et jusqu'à prendre toute sorte de moyens pour empécher de reconnaitre l'imposture. « Ces saints hommes de l'Inde, dit Wilfort, ne se faisaient point scrupule d'inventer des noms, de les insérer entre ceux de leurs héros, et croyaient se justifier en disant que telle avait toujours été la pratique de leurs prédécesseurs, » Heeren, quoiqu'il ait été plutôt disposé à exagérer l'antiquité de la littérature des Indiens qu'à la rabaisser, convient que leurs suites de rois n'ont pas plus d'autorité que celle des héros fabuleux des Hellènes, Cette histoire, dit-il, a été composée par des poëtes, Heeren fait aussi remonter le commencement des dynasties indiennes à environ deux mille ans avant Jésus-Christ, et le colonel Tod, dans ses Annales de Rajasthan, assigne à peu près la méme époque, deux mille deux cent cinquante ans avant Jésus-Christ.

Pour les Chinois, M. Wiseman cite principalement Klaproth , qui place Confucius quatre ou cinq cents ans avant Jésus-Christ, et le régne d'Yao environ deux mille quatre cent cinquante ans avant notre ère *.

* Voir les Conférences du docteur Wireman, que j'ai fait imprimer, pour faire suite à la Maison du Chrittianiame,

Nous eroyons devoir placer ici quelques observations de ce savant docteur sor les pégres et sur l'unité de la race humaine :

«La forme de la tête, la couleur dela peau, et d'autres différences plus eu moins importantes, n'annoncent-elles pas une origine différente? Les Asiatiques et les Européens, les blanes et les noirs, sorteat-ils de la méme souche?» L'auteur expose à cet égard les recherches de Cramer, de Blumenbach, de Pricharg : leurs travaus ont hesueoup servi à éclaireir la question ; mais, d'un autre côté, plusieurs naturalistes français divisent le genre bumain em roces distinctes e

Des antiquités américaines.

Quels nouveaux arguments n'aurait-on point formés contre FÉcriture, si om avait comnu on autre prodige historique qui tient également à des ruines’, hélas! comme toute l'histoire des hommes! On a découvert depuis quelques années, dans l'Amérique septentrionale, des monuments extraordinaires sur les bords du Moskuigam, du Miarni, du Wabache, de l'Ohio, et surtout du Sicoto, où ils occupent un espace de plus de vingt lieues en longueur. Ce sont des murs en lerre avec des fossés, des glacis, des hmes, demi-lunes et de grands cônes qui servent de sépuleres. On a demandé, mais sans succès, quel peuple a laissé de pareilles traces, L'homme est suspendu dans le présent, entre le passé et l'avenir, comme sur em rocher entre deux goufftes ; derrière lui , devant lui, toutest ténèbres , à peine appercort-il quelques. fantômes qui, remontant du fond des deux abimes, surnigent un instant à leur surface et s'v replon-

“le que soient les conjectures sur ces ruimes américaines, quand on y joindrait les visions d'un monde primitif et les chimeres d'ane Atlantide, la nation civilisée qui a peut-étre promené la charrne dans la plaine de l'Iroquois et qui poursuit aujourd’hui les onrs, n'a pes eu besoin , pour consommer ses destinées, d'un temps plus long que celui qui a dévoré les empires de Cyrus, d'Aleumdre et de César.

Astronomie.

On cherche dans l'histoire du Grmament les secondes preuves de l'antiquité du monde et des erreurs de l'Écriture.

L'astronomie doit sa naissance à des pasteuri. Ces bergers examinérent le ciel pour se conduire. De petites colonnes de briques servarent à conserver le souvenir des observations.

d'origines diverses, Sans parler de Voltaire, qui n'était pas savant, Bory-Saint. Vincent, Virey, Lamarek oat imaginé lh-dessus des systémes hardis; les deux dermers surlont sont révoltants et absurdes. Le docteur Wisemao les réfute par des raisonnements et des exemples également sensibles. Il compare les variétés de l'espèce humaine aux variétés des plantes et des animaux. ll montre que l'identité des. sentiments moraux dans toutes les races est un argument en faveur de leur cominune origine. C'est le sujet de sa troisième conférence.

Daus la quatrième, l'auteur entre encore plus directement dans son sujet, ed réunit un grand nombre de faits pour prouser que le changement de couleur est possible. « Afnsi , dit-il, les natifs d'Abyssinie sont entièrement woirs, et cependant is appartiennent par leur origine à 1a famille sémitique, et por conséquent àla , race blanche; leur langue n'est qu'un dialecte de cette classe , et leur nom indique qu'ils sont venus par la mer Bouge ; ils n'ont rien qui rvseeruble au nègre, sait dans l'air du visage, soit dans la forme du crâne, » L'auteur a recueilli dans les voyageors et dams les physiologittes unc foule de notions, d'ou il résulte que les races qui présentent hes plus graudes différences ont cependant ume origine CUL WM.

COMMENTAIRE

L'Inde est encore aujourd'hui astronome et pastorale, comme l'Égypte l'était autrefois; cependant, avec Ia corruption naquit la proprièté, et avec là. propriété Ia mensuration, second âge de l'astronomie.

La première objection astronomique que l'on fuit au système de Moise se tire de la sphère céleste : Comment le monde est-il si nouvean? s'écrie-om; la composition de In sphère suppose des milliens. d'unnéss,

Aussi estil vrai que l'astronomie est une des premières sciences que les hommes aient cultivées, M. Païlly prouve que les patriarches, avant Noé, conmaissaient la période de six cents ams , l'année de trois cent soixante-cinq jours cinq heures cinquante - et-une minutes trente-six secondes ; enfin qu'ils avaient nommé les six jours dé là création d'après l'ordre planctaire. Puisque les races primiti-

! ves étaient déjà si savantes dans l'histoire du ciel, n'est-il pas très-

probable que les temps écoulés depuis le déluge ont été. plus que suffisants pour donner le système astronomique tel que nous l'avons aujourd'hui ? Il est impossible, d'ailleurs , de rien prononcer de certain sur le temps nécessaire au développement d'une science. Depuis Copernie jusqu'à Newton, l'astranomie a plus fait de progrés en moins d'un siecle qu'elle n'en avait fait auparavant dans le cours de

trois mille ans. On peut comparer les sciences à des régions coupées ' de plaines et. de montagnes : on avance à gramds pas dans les pre-

mieres; mais quand on est parvenu au pied des secondes , on perd un temps infini à découvrir les sentiers et à franchir les sommets , d'oü l'on descend dans l'autre plaine. Il ne faut done pas conclure que, puisque l'astronomie est restée quatre mille ans dans son âge moyen, elle a dû être des myriades de siècles dans son berceau ; cela contredit tout ce qu'on sait de l'histoire et de la marche de l'esprit humatur.

La seconde objection se déduit des époques historiques, liées aux observations astronomiques des peuples, et en particulier de celles des Chaldéens et des Indiens.

Nous répondons , à l'égard des premières, qu'on sait que les sept cent vingt mille ans dont il se vantaient se réduisent à mille, neuf cent trois ans.

Quant aux observations des Indiens. celles qui sont appuyées sur des faits incontestables ne remontent qu'à l'an 3102 avant notre ère. Cette antiquité est sans doute fort grande, mais enfin elle rentre dans les bornes comnues, C'est à cette époque que commence la quatrième jogue, ou âge indien. M. Bailly, en dépouillant les trois premiers âges et bes réunissant au quatrième, démontre que toute la chronologie des Brahmes se renferme dans un imtervalle d'environ saixmmte-dix sieches, ce qui s'accorde parfaitement avec la chronologie des Septante. Il prouve jusqu'à l'évidence que les fastes des Égyptiens, des Chaldéens , des Chinois , des Perses , des Indiens se ramgent avee ume exactitude singuliére sous les époques de l'Écriure.

LA GENÈSE, CHAPITRE VI

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