‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 465 sur 1035 · Si elle s'arrétait, ils'demeuraient dans le méme lieu · texte numérisé non relu

Si elle s'arrétait, ils'demeuraient dans le méme lieu

36. Car la nuée du Seigneur couvrait le tabernacle durant le jour et la nuit; c'était une colonne de feu pour tous les enfants d'Israël, qui la voyaient de toutes leurs tentes.

marches.

COMMENTAIRE

Sur la colonne miraculeuse.

Ce verset et les quatre suivants nous apprennent qu'aussitót que le tabernacle et toutes ses parties furent arrangées comme elles devalent, la nuée merveilleuse dont on a. parlé ci-dessus, et qui, pendant le long séjour des Israclites dans le désert , fut toujours le signe sensible de la présence et de l'assistance de Dieu, quitta la tente sacrée que Moïse asait fait mettre hors du camp, ct vint tout à coup «e placer sur le nouveau tabernacle, qu'elle couvrit de toutes parts. Le texte sacré ajoute que , depuis ce jour-là, quand Dieu voulait que les Israélites décampassent , la. nuce quittait le tabernarle, et s'élevait en l'air; mais quand ils devaient rester, la nuée s'arrétait. C'était là le signal pour les Israélites, ou de rester ou de décamper. De plus, suivant le texte sacré, ce phénomène avait encore cela de merveilleux que, pendant le jour, il paraissait sous la forme d'une nuée, et pendant la nuit sous celle d'un feu.

Les Israëlites, en sortant d'Égvpte, furent toujours conduits dans le désert par une colonne de nuce pendant le jour, qui devenait colonne de feu pendant la. nuit. Cette colonne était d'ordinaire à la tte de l'armée des IEsraélites; mais quand ils furent arrivés sur le bord de la mer Rouge, elle vint se placer entre le camp des Israélites el celui des Égyptiens, qui les poursuivaient, Cette nuée continua

“toujours depuis à suivre le peuple dans le désert.

L'ange du Seigneur gouvernait les mouvements de cette nuce, et elle servait de signal pour camper et décamper; ensorte que le peuple s'arrétait dans l'endroit où elle se fixail, et ne partait que lorsqu'elle se levait.

Un critique moderne a fait un savant mémoire pour prouver que celte colonne de nuée et de feu ne doit pas être interprétée miracu-

leusement , et qu'elle ne désigne qu'un signal pour diriger la marche des Israélites dans le désert, Comme la dissertation de ce critique est très-rare et écrite dans une langue étrangère , on sera peut-étre bien aise d'en trouver ici l'analyse.

Le critique anglais dont je parle commence par ohserver que le style de l'ancien Testament est extrémement hyperbolique, nonseulement dans les livres poétiques, mais aussi dans ceux qui sont écrits en prose. Tout ce qui est. bea? en son genre est attribué à Dieu : un puissant prince , oti un patriarche comme Abraham, est nommé un prince de Dieu; Ninive est appelée uae ville grande à Dieu ; une armée nombrense, l'armée de Dieu: de hautes montagnes , Jes montagnes de Dieu; un profond sommeil, «n sommeil du Seigneur; une vive crainte, Ja. erainte du Seigneur, etc, Ces préliminaires «ffisent pour l'intelligence de quelques expressions qui se rencontrent dans le récit de Moïse «ur la colonne de nuce et de feu qui conduisit l'armée des Teraélites dans le désert.

Dans les pays peuplés, la route des armées est dirigée par des colonnes militaires , par des portes, des rivières, collines, villes, villages, châteaux, etc. ; mais dans les déserts, il est nécessaire qu'un guide général précède le gros d'une armée, pour qu'elle puisse savoir quand elle peut camper, décamper ou faire halte. Le feu est un signal qui peut servir à indiquer ces choses en tout temps: par le moyen de ee signal, l'armée israélite pouvait savoir parfaitement s'il fallait qu'elle s'arrétät ou non, et c'est ce signal qu'il faut entendre par la colonne de nude et de feu qui guidait le peuple juif dans le désert, Comme la flamme et la fumée montent en baut, on leur a donné le nom de colonne, non-seulement dans l'Écriture, mais dans les auteurs profanes; il y en a de fortes preuves dans Quinte- Curee (liv. V, chap. xir), Pline (liv. II, chap. x; liv. VI, Ÿ 425 et 432). Le prophète Ezéchiel (chap. vtt, Ÿ 11) parle d'une nuée de parfum; et pour citer encore un passage plus formel, on lit dans

les Juges ( chap. xx, * 40) que la fumée commença à monter comme une colonne,

Lorsque les Tsraélites sortirent d'Égypte, ils formaient nne armée et marchaient en ordre de bataille, dit l'Esode en plusieurs endroits, ainsi que les Nombres (chap. xxxir1, Y. 1): leur premiere station fat à Rsmesses , la seconde à Socoth , la troisième à Ftham; le pays ayant été jusque-là praticable, ils n'enrent besoin d'aucun signal pour diriger leurs marches. Mais le désert de la mer Rouge commiencait a Etham, comme le dit l'Exode en plusieurs endroits; et de l'autre côté était encore un désert affreux. Ainsi les Israélites avaient alors un besoin indispensable d'un feu pour sigoal et pour guide : ce feu était dans une machine élevée au hant d'une pegihe ; un officier le portait devant la premiere ligne de l'armée; ce signal dirigeait d'autres signaux semblables qu'on multipliait suivant les besoins et le nombre des troupes. Quand le taberaacle fut fait, on placa le principal signal du feu au haut de cette tente , où Dieu était présent par ses symboles et ses ministres : peudant que ce feu était au hant du tabernacle, les Tsraclites continuaient de séjonrner dans leur eamp; toutes les fois qu'on l'ótait, soit de nuit, soit de jour, ils dévampaient et le suivaient. Ce signal était en usage parmi d'autres nations, particulièrement chez les Perses : Alexandre empruünta d'eux cette coutume, Il v a un passage de Quinte-Curce (liv. V, chap. xc) tont à fait semblable à celui de Moise. Ce passage est trop curieux pour né pas le rapporter ici: Tuba, clim castra movere vellet Alexander, signum dabat cujus sonus, plurium tumultuantium fremitu , haut satis exaudichatur, Ergo perticam (une perche) quæ undique conspici. posset ,. suprà praetorium statuit, ex qud siymum eminebat. pariter. omnibus conspicuum : observabatur ignis noctu, fumus interdiu, » Quinte-Curce (liv. HT, ch. r1:) décrit la marche de Darius contre Alexandre ; l'on y peut voir que la marche des Israélites et des Perses était fort semblable.

Clément d'Alexandrie rapporte de Thrassbule que, rappelant de Philas les exilés à Athènes, et ne voulant pas être découvert dans la marche, il prit des chemins qui n'étaient pas battus, Comme il marcliait la nuit et que le ciel était souvent couvert de nuages , une codonne de feu lui servait de guide : ce fut à la faveur de ce phénomène qu'il eonduisit sa troupe jusqu'au Munchia, où celte colonne cessa de paraître, et où l'ou voit encore, dit saint Clément, l'autel du phosphore,

Ce Père de l'Église allegue ce fait pour rendre probable aux Grecs incrédules ce que l'Écriture dit de la colonne qui conduisit les Tsraélites. Voila donc Clément d'Alesandrie qui ne faisait point un miracle de la colonne de nuce et de feu qui conduisait les Israclites dans le desert.

Elle vint, dit l'Écriture, entre le camp des Égytiens et celui des Israélites : aux uns, elle était obscurité , et elle éclairait les autres ; c'était wn stratagème de marche pour tromper les Égyptieus, et ce stratagème a. été mis eu usage par d'autres peuples, ainsi qu'on peut le prouver par un exemple tout à fait semblable, tiré du troisième livre de la Cyropedie de Xénophon. D'ailleurs, comme les Égyptiens ne furent point étonnés de cette nuce, il s'ensuit qu'ils ne la regardérent pas comme un phénomène extraordinaire et miraculeux,

Il est vrai que l'Écriture dit: « Et le Seigneur marchait devant eux, » Mais ces paroles signifient seulement qve Dieu marchait devant les Israélites par ses ministres. Les ordres de Moïse, d'Aaron , de Josué et autres , sont toujours attribués à Dien, supréme monarque des Israélites, Il est dit aux Nombres (ro, 12) que les Israélites partirent suivant le commandement du Seigneur, déclaré par Moisc. Ces paroles montrent bien que Moïse dispasait de la nuce.

Euln l'ange du Seigneur, dont il est parlé, était le guide de l'arméc; il se nommait Hobab, beau-frère de Moïse, était né, avait vécu dans le désert, et par conséquent en connaissait toutes les routes. Aussi ses actions, !rés-naturelles, prouvent que ce n'était point un véritable ange. Le mot hébreu, traduit par ange, n'a pas

COMMENTAIRE

une signification moins étendue que celle du mot grec angelos. Il est dit, par exemple , dans le livres des Juges (1, +), qu'un ange da Seigneur qui monta de Guigal en Bokim, etc. Tous les interpretes conviennent que eet ange du Seigneur, qui monta de Guigal en Bokim n'était qu'un homge, un prophete; mais il n'est pas besoin de nous étendre davantage sur ce sujet.

On ne revient point de son étonnement quand on lit de pareilles choses, et qu'on voit la colonne de feu travestie en une perche, au haut de laquel'e paraissait une faible flamme : cette surprise ne fera qu'augmenter par les réflexions suivantes :

1? La colonne de feu éclairait un camp de deux millions de personnes : le critique, qui a bien senti que la petite flamme de la perche ne pourrait être apperçue par un peuple si nombreux, a multiplié des signaux; mois en cela il est évidemment éloigné de l'Écriture, qui ne fait mention que d'une seule colonne ; et qu'il ne dise pas que le texte sacré n'a parlé que du premier des signaux. Les Hébreux, qu'il nons peint. comme des hommes qui changeaient en miracles les choses les plus communes, n'auraient pas manqué, dans le carartére qu'il leur donne, de faire autant de colonnes de nuée et de feu qu'il y aurait eu de signaux, puisque cela aurait beaucoup augmenté la merveille.

2" La fumée que peut produire un feu assez petit pour être placé au haut d'une perche portée par un homme, n'est pas sensible ou l'est bien peu, surtout dans un pays où le soleil parait toujours dans tout son éclat ; elle n'est donc ruere propre à servir de signal.

3* La colonne de nuce et de feu se placa « entre le camp des Égyptiens et celui des Tsraclites : aux uns elle était obscurité, et elle éclairait les autres la. nuit. » La perche d'Alexandre, que le critique dit avoir été toule semblable à celle de Moise, n'avait pas cette élonnante propriété ; la fumée que l'on y voyait éclairait de tous cótés indifféremment, et elle répandait de méme son obscurité ou sa fumée de toutes parts,

4? La colonne de nuce qui éclairait les Israelites pendant la nuit les mettait à couvert des ardeurs du soleil durant le jour : on ne sera pas assez insensè pour croire que la perche d'Alexandre ait reudu ce bon office à son armée,

5" La coloune de nuée se mettait en mouvement d'elle-méme; on la voit à la téte du peuple d'Israël, lorsqu'il marche vers la mer Rouge; y est-il arrivé, elle se place à son extrémité.

6" Moise met la colonne de feu et de nuce au nombre des miracles que Dieu a faits en faveur de son peuple, IH faudrait que les Hébreux eussent été d'une stupidité sans exemple, d'un abrutissement qu'on ne juge pas possible dans une nation enticre, pour croire qu'un peu de feu porté au haut d'une perche était un prodige,

Examinons à présent les raisons sur lesquelles le critique tâche d'étayer sa singulière explication.

» Lestyle de l'ancien Testament, dit-il, est extrèmement hyperbolique, non-seulement dans les livres poétiques, mais aussi dans ceux qui sont écrits en prose. Tout ce qui est beau en sou genre est attribue à Dieu, Un puissant prince comme Abraham est nommé un prince de Dieu, etc. »

Nous convenons qu'il y a des byperboles dans les livres historiques de l'ancien Testament ; mais nous osons assurer que personne n'était trompé par ces exagérations, Qu'Abraham soit appelé un prince de Dieu, à cause de ses richesses et du grand nombre de ses eiclaves, on ne jugeait point qu'il füt ainsi qualifié parce que Dieu méme l'avait établi prince ; que l'on ait nommé montagnes de Dieu celles qui étaient distinguées par leur hauteur ou par quelque autre raison, on ne se figurait point que le Seigneur les eût créées par une opération particulière.

Il en était parmi les Hébreux comme parmi nous. Quand on nous dit qu'un poeme est divin, nous ne croyons pas pour cela. que Dieu l'ait composé, mais seulement qu'il renferme de grandes beautés, C'est ainsi que, dans toutes les langues, on sait réduire les hyperboles à leur juste valeur par la considération du sujet sur lequel

COMMENTAIRE

elles tombent, Il est encore un moyen de connaitre lorsqu'une expression est exagérée; c'est lorsqu'elle n'est employée que rarement pour désigner une chose qui ordinairement se trouve indiquée par un terme naturel et sans enflure.

« On dit que Dieu marchait devant le pevple d'Israél, poursuit le critique, parce que la colonne qui le conduisait était dirigée par Moïse, ministre du Seigneur, qui la faisait mouvoir à son gré. Mais outre qu'il est évident par l'Écriture que Moïse ne réglait pas les mouvements de la colonne, s'il suffisait que ce saint homme les eût déterminés pour qu'on püt assurer que c'était Dieu lui-méme qui guidait les Hébreux, il aurait fallu, par la méme raison, dire que c'était le Seigneur qui se faisait entendre toutes les fois que, par l'ordre de Meise, on sonnait de la trompette dans le camp pour assembler le peuple, ou pour quelque autre cas.

L'auteur du mémoire veut appuyer son explication par le 8 ra du chapitre x des Nombres, où l'on dit que » les Israélites partirent, suivant le commandement du Seigneur, décloré par Moïse, » Ces paroles montrent bien, dit-il, que Moïse disposait de la nuée,

Ce passage, loin de favoriser le sentiment du critique, Jui est entierement opposé, Dieu dit à Moise que lui ou son ange guiderait son peuple daus le désert par la colonne de nuée; que ce serait par le mouvement et par le repos de cette colonne qu'il marquerait quand les Israélites devraient partir et quand ils devraient s'arréter. Moise fit connaître au peuple ces signes que le Seigneur avait établis pour marquer ses marches et ses campements, Eu conséquence , les Hébreux avaient une attention continuelle sur la colonne pour se conformer aux ordres de Dieu, que Moise leur avait. déclarés. Qu'on lise tout ce que l'Écriture rapporte de ce prodige, particulierement le $ 23 du chapitre 1x des Nombres, et l'on se convaincra que tel est le sens du texte cilé par l'auteur du mémoire, sens qui, bien loin d'appuyer son opinion , la renverse absolument. L'ange de Dieu, qui dirigeait la colonne, était Hobab, selon l'auteur du mémoire. On l'appelle ange ou envoyé de Dieu, à cause de la grande connaissance qu'il avait des deseris. dans lesquels erraient les Hébreux ; mais la connaissance qu'il avait de ces lieux. n'avait rien qui meritàt l'épithéte de divine, puisqu'elle lui était commune avec tous les Madianites et tovs les Arabes qui habitaient dans cette contrée; et pour détruire sans réplique la conjecture du critique, il suffira d'obserser qu'Hobab ne vint au camp d'Israël qu'après que la loi eût été donnée à Sinai, où la colonne avait déja conduit le peuple de Dieu.

A des raisons sans solidité, l'auteur du mémoire ne joint que des exemples sans justesse : nous allons les parcourir,

On ne parlera'plus de la perche d'Alexandre; on à déjà montré combien il est ridicule de la comparer à la colonne de nuce.

Le feu que les Perses portaient à la téte de leur armée n'était pas un signal de marche, mais uu objet de culte: il ne fant, pour s'en convaincre, que lire le passage de Quinte-Curee, Voici en quel ordre les Perses marchaient : Premicrement , on portait des autcls d'argent, sur lesquels il y avait du feu, qu'ils appelaient éternel et sacré, et les mages suivaient, chantant des hymnes à la facon du pays. Ordo autem agminis erat talis: ignis quem ipsi saertm ct «eternum

vocabant , argenteis altaribus praferchatur ; magi proximi patrium carmen canebaut,

La colonne de feu de Thrasybule est une fable,

Xénophon , contemporain de Thrasybule, a décrit fort au long, dans son histoire grecque, l'espedinion par laquelle ce général ramena les exilés à Athènes, et délivra cette ville des trente tyrans; mais il ne parle point de cette colonne de feu.

Pausanias, qui, dans sa description de la Grece, indique tous les temples, tous les autels, toutes les statues qu'on y voyait, ne dit rien dé l'autel da Phosphore, quoiqu'il y parle de l'expédition de Thrasybule, que l'on dit avoir donné lieu à l'érection de ce monument.

Cornelius-Nepos a écrit la vie de Thrasybule comme le rétablis-

sement des exilés à Athènes, La défaite des trente !srans en est l'action la plus éclatante, elle y est rapportée avec toutes ses cire consiances; mais on n'y lit point le prétendu prodige de la colonne , qui en aurait été le principal ornement.

Diodore de Sicile, dans le récit fort étenda qu'il a fait de l'entreprise de Thrasybule contre les tyrans d'Athènes, et dn retour des exilés en cette ville, sous sa conduite, omet totalement cette colonne de feu, dont on a voulu embellir cette expédition.

Justin, aussi diffus que Diodcre de Sicite sur l'exploit de Thrasybule , garde un aussi profond silence que lui sur la colonne.

Plutarque, dans son livre de la gloire des Athéniens, écrit que "Thras: bule ramena de Phyle à Athènes les exiles, et un peu plus bas il ajoute que chaque année, au méme jour, on faisait une féteet l'on offrait des sacrifices dux. dieux dans cette ville, en actions de grâces de ce retour ; mais il ne parle point de cette colonne qui aurait si fort relevé le. bienfait que les Athéniens comptaient avoir recu des dieux,

Le sileuce de tous ces auteurs sur le prodige de Thrasyhule, lorsqu'ils avaient une occasion si naturelle d'en parler, lorsque le dessein qu'ils s'étaient proposé dans leur ouvrage exigeait méme qu'ils le lisent; cc slence, dis-je, montre évidemment où qu'ils l'ont igaoré, où qu'ils l'ont méprise. Dans l'un ou dans l'autre cas, il dort également passer pour fabuleux.

Clément d'Alexandrie n'en jugeait pas autrement que nous, puisqu'à ce prétendu prodige de Thrassbule il en joint un semblable, que l'on dit avoir été opéré par Bacchus en faveur des Thébains. Mais pourquoi, dira-t-on, ce Père rapporte-t il des faits dont il connaissait la. fansseté? Pourquoi? Parce que les Pères de l'Église, disputant contre les paiens pour leur faire sentir combien ils étaient déraisonnables de nier les faits miraculeux de nos livres saints, qu i étaient si bien pronvés, leur en alléguaient de semblables qu'ils croyaient, quoiqu'ils ne fussent que des fictions de leurs poètes. Ainsi Clément d'Alexandrie rapporte les colonnes de feu de Thrasybule et des Thébains, pour leur faire voir qu'ils ne peuvent refuser leur créance à la colonne de feu et de nuée dont parle l'Ecriture, Ainsi saint Justin cite la naissance de Persée d'une vierge, pour montrer qu'ils ne doivent pas révoquer eu doute Ja naissance miraculeuse de Jésus, Ainsi saint Cyrille d'Alexandrie se sert de la. fable d'Hercale, que l'on disait avoir demeuré trois jours et trois nuits dans l'estomac d'un chien marin, et en être sorti vivant, pour prouver la vérité de l'histoire de Jonas.

Le méme Pere répond à l'empereur Julien, qui se raillait de ce que Morse fait parler le serpent, qu'il ne pouvait regarder cet éyénement comme fabuleux, puisque non-seulement Homere, mais encore les historiens grecs, rapportaient plusieurs exemples d'animaux qui avaient parte,

Xénojhon raconte. que Cyrus et Cyaxare, faisant la guerre aux Assyriens, n'allumaient point de fcu pendant la nuit dans leur camp, mais au-devant , afin que si quelque troupe venait. pour les attaquer, ils l'appercussent sans en être vus : souvent ils allumaient aussi des feux derrière leur camp, d'où il arrivait que les coureurs des ennemis qui venaient à la découverte donnaient dans leurs gardes avancées , lorsqu'ils se croyaient encore fort éloignés de leur armée.

Voilà le passsge de Xénophon, que l'auteur du mémoire a cité sans le rapporter; il a vu sans doute qu'on s'appercesrait bientôt , en le lisant, qu'il n'y a rien de semblable entre des feux allumés en dif.érents endroits , pour découvrir oit. tromper des ennemis, et une colonne se plaçant d'elle-méme entre deux camps, qui répand des tenébres d'un côté et éclaire de l'autre.

Les Égyptiens ue furent point étonnés de cette nuce, dit le crithque.

Cet auteur juge que les Égypliens ne prirent pas ce phénomène pour miraculeux, apparemment parce qu'ils persisterent dans le dessein de poursuivre les Israélites; mais, en suivant ce raisonne-

COMMENTAIRE

ment , il faudrait dire qu'ils ne prirent pas pour miracles les neuf | bernacle; mais que, dans la suite, il y entra à son ordinaire ;» mais

premières plaies dont ils furent frappés, puisqu'ils s’obstinérent à retenir ce peuple ; mais ce serait les démentir eux-mêmes , puisqu'ils csnnurent si hautement le doigt de Dieu dans ces prodiges.

De la dédicace du tabernacle et de la place qu'il occupait.

Dom Calmet fait ici cette remarque, que « Moise, par respect pour la présence du Seigneur, n'osa entrer ce jour-là dans le ta-

le texte sacré ne dit pas : « Moïse n'osa entrer ; » il dit expressément : « Moïse ne put entrer. » On croirait donc qu'en ce jour de la dédi cace du tabernacle il y eut, pour ainsi dire, un redoublement de miracle dans la nuée qui le couvrait; ce qui rendit réellement le tabernacle inaccessible à Moïse mème : tel est du moins le sens qhe le texte sucré présente naturellement à l'esprit.

Quant à la place qu'oceupait le tabernacle dans le camp des Israélites, quelques-uns croient, au rapport de dom Calmet, qu'il était ordinairement dressé sous l'étendard de Juda, c'est-à-dire dans le terrain que cette tribu occupait; mais ce Père la place au milieu de tout le camp, comme on peut le voir dans une figure qu'il a mise à la tête du livre de l'Exode dans son commentaire.

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