‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 715 sur 1035 · Non pas un jour, ni deux, ni cinq, ni dix, ni vingt · texte numérisé non relu

Non pas un jour, ni deux, ni cinq, ni dix, ni vingt

20. Mais durant un mois, jusqu'à ce qu'elle vous soit à dégoût, parce que vous avez répudié le Seigneur qui est au milieu de vous, et que vous avez pleuré devant lui, disant : Pourquoi sommes-nous sortis d'Égypte ! ^

21. Et Moïse dit : Il y a six cent mille hommes de ce peuple, et vous dites : Je leur donnerai de la viande à manger durant un mois entier.

22. Immolera-t-on une multitude de brebis et de bœufs pour leur nourriture ? ou rassemblera-t-on tous les poissons de la mer, afin de les rassasier ?

23. Lc Seigneur lui répondit : La main du Seigneur est-elle affaiblie ? Tu verras maintenant à l'œuvre si ma parole Saccomiplira.

24. Molise vint donc, et raconta les paroles du Seigneur au peuple, assemblant soixante-dix des anciens d'Israël.

25. Et le Seigneur descendit en la nuée, et lui parla prenant de l'esprit qui était en Moise, et en donnant aux soixante-dix hommes ; et, quand l'esprit se fut reposé sur eux, ils prophétisèrent, et ne cessérent plus depuis ce jour.

26. Or, deux de ces veillards étant demeurés dans le camp, l'un s'appelait Eldad , et l'autre, Médad , l'esprit se reposa sur eux; enr ils avaient été désignés, et ils n'étaient point allés au tabernacle.

27. Et, eomme ils prophétisaient dans le camp, un enfant courut et l'annonca à Moïse, disant : Eldad et Médad prophétisent dans le camp.

28. Aussitôt Josué , fils de Nun, ministre de Moïse, et choisi entre plusieurs, dit : Seigneur Moise, empéchezles de prophétiser.

29. Mais lui : Pourquoi, dit-il, es-tu jaloux pour moi ? Plüt à Dieu que tout le peuple prophétisát, et que le

Seigneur lui donnát son esprit !

Y 28. Hébr. litt, : « La main du Seigneur est-elle raccourcie ? « y 28. Hébr, autr, : « Josué..., serviteur de Moise, du nombre de ses jeunes hommes. »

COMMENTAIRE

30. Reversusque est Moises, et majores ratu Israël] in eastra.

31. Ventus autem egrediens a Domino, arreptans trans mare coturnicés dctulit , et démisit in eastra itinere quantum uno die confici potest , ex omni parte castrorum per cireuitum, volabantque in aére duobus cubitis altitudine super terrafn.

32. Surgens ergo” populus toto die illo, et nocte, ae die altero, congregavit coturnieum, qui parum , decem coros * : et siecaverunt * eas per gyrum castrorum.

33. Adhue carnes erant in dentibus eorum , nec defecerat hujuscemodi cibus : et eeee furor Domini concitatus in populum , percussit eum plaga magna nimis.

34. Vocatusque est ille locus , Sepulehra concupiscentiæ: ibi enim sepelierunt populum qui desidereverat. Egressi autem de sepulchris concupiseentiæ, venerent in Haseroth , et manserunt ibi.

Y Ja. Hébr, : « Dix chomers. ». Le corus ou chomer contenait environ deux hectol., quatre-vingt-quatre lit.

30. Et Moise se retira, ainsi que les anciens d'Israél , dans le camp.

31. Or, un vent s'élevant par ordre du Seigneur apporta de la mer des cailles, et les répandit autour du camp dans l'espace d'une journée de chemin, et de tous côtés elles volaient à la hauteur de deux coudées au-des sus de la terre.

33. Le peuple, se levant done durant tout le jour et toute la nuit, et tout le jour suivant, recueillit des cailles en si grande abondance, que celui qui en avait peu en avait dix mesures; et ils les firent sécher autour du camp.

33. Et ces viandes étaient encore en leur bouche, et ils n'avaient pas achevé de les manger; et voilà que la fureur du Seigneur s'émut contre le peuple, et il le frappa d'une très-grande plaie.

34. Et ce lieu fut nommé Sépuleresde concupiscence, ear on y ensevelit le peuple qui avait désiré la chair. Et, partis des Sépuleres de concupiscence , ils vinrent en Haséroth , et y demeurèrent.

Ibid, On lit dans l'hébreu, et ezpenderunt , ils les étendirent; le samaritain dit, et mactaeerunt , ils les immolérent.

COMMENTAIRE

VERSET 3. F Du campement nommé Vahhera.

Quelques-uns croient avec saint Jérôme que le méme campement fut nommé tahhera, embrasement , et kibroth-thaara, sépulcres de concupiscence, parce que ce fut, selon eux et ce Père, dans le méme campement qu'arrivérent les deux événements rapportés dans ce chapitre; dom Calmet croit, au contraire , qu'il faut ici distinguer deux campemenls , dont l'un fut nommé ermbrasement, à cause du feu miraculeux envoyé de Dieu en punition du murmure des Tsraclites , par rapport à la fatigue du voyage; lequel consuma toute l'extrémité du camp, et ne s'arrêta qu'à la prière de Moïse (1 et 2), et l'autre fut nomme sépulcres de conceupiscence , à cause de la mort de plasieurs Israclites , qui mangeaient les cailles que Dieu avait envoyées suivant leurs désirs.

Plaintes des Israelites.

Quos comedebamus in Ægypto gratis, C'est-à-dire à très-bon marché, à cause de sa grande abondance.

Mais, dira-ton, les plaintes que Moïse met dans la bouche des Israclites, au verset 5 de ce chapitre, supposent qu'on mangeait en Égypte du poisson, des poireaux, des ognons, ete. Il parait cependant, par plusieurs auteurs , et spécialement par Ovide dans le livre de ses Fastes, par Pline et par Juvénal , que les Égyptiens ne mangeaient ni poissons, ni poireaux, ni ognons, et que méme ils tenaient toutes ces choses pour sacrées et divines. On peut répondre à cela que, si véritablement les Égyptiens ont été assez superstitieux pour adorer des poissons, des poireaux, des ognons, etc., ils n'a-

vaient pas encore donné dans celte superstition du temps de Molise.

On pent encore observer ici avee dom Calmet que les poireau x , ognons et autres légumes, dont parle Moise au. verset 5 de ce chapitre, sont bien plus excellents en Égypte et dans les autres pays chauds , que dans les autres régions plus septentrionales , et qu'ainsi il ne faut pas s'étonner de ce que les Israélites regrettaient si fort les ognons et les poireaux d'Égypte.

Il faut enfin remarquer qu'il résulte assez elairement des plaintes que font ici les Israëlites qu'ils n'avaient pas dans le désert une assez grande abondance de bétail pour en pouvoir faire leur nourriture ordinaire.

Plainte de Moise.

* Il dit donc au Seigneur : Pourquoi avez-vous affligé votre serviteur? D'où vient que je n'ai point trouvé grâce devant vous, et que vous m'avez chargé du poids de tout ce peuple ? »

* Comme Moïse, dit Sacy, n'avait point recherché le gouvernement de ce peuple, mais qu'il l'avait méme refusé avec une fermeté étounante , il avait alors quelque raison de se plaindre à Dien de ce que la conduite d'Israël l'accablait. Aussi cette plainte ne venait que du grand amour qu'il avait pour Dieu méme, et qui lui rendait le murmure de"ce peuple insupportable, »

Du fameux sanhédrin ou sénat des Juifs.

Tl est à propos d'observer qne les rabbins, et aprés eux plusieurs savants écrivains , entre autres Selden et Grotius, ont trouvé

l'origine du fameux sanhedrin des Juifs dans l'établissement des soixante«lix personnes, dont parle le chapitre x1 du livre des Nombres; ils ont cru que cette vénérable compagnie , toujours favorisée d'une inspiration surnaturelle et de l'assistance particuliere de l'esprit de Dieu, avait un pouvoir absolu et souverain sur toute la nation, sur le roi méme, sur le grand-prétre, sur les prophètes, et jugemt enfin de toutes les plus importantes affaires de l'état et de la religion, La première dignité du sanhédrin etait celle de masi, ou prince, qui présidait à cette compagnie, de méme que Moise y avait présidé lors de son établissement ; et ainsi le sanhédrin était composé de soixante-onze juges; quelques-uns ont cru néanmoins qu'il était composé de soixante-douze personnes, en prenant six juges de chaque tribu, Pour montrer la succession des juges du sanhédrin , depuis Moïse jusqu'au temps de Jésus-Christ, et méme encore au delà, quelques savants, entre autres Grotius et Selden, ont rassemblé avec grand soin tous les passages de l'Écriture qui leur ont paru propres à appuyer ce sentiment, Au reste, les défenseurs du sanhédrin varient extrémement sur la durée de ce fameux tribunal : Grotius, par exemple, et quelques autres en mettent la fin à Jérusalem, lorsqu'Hérode, à san avénement à la couronne, fit tuer les juges qui le composaient ; ils avouent méme qu'il y a eu quelques vicissitudes dans cette longue durée, le sanhédrin ayant nécessairement suivi les diverses fortunes de l'état, dont il. faisait le principal. ornement, Mais les rabbins préteadent que, malgré les révolutions de la république des Juifs, le sanhédrin à toujours subsisté sans interruption, depuis Moïse jusqu'au quatrième siecle de l'ere commune de Jésus-Christ, non pas toutefois dans le méme lieu, ni de la méme

sorte.

Plusieurs autres, et spécialement dom Calmet (dans une Déssertation fort curieuse sur la police ou la manière d'administrer la justice parmi les Hébreux, et en particulier sur le sanhédrin , laquelle se trouve à la téte de son commentaire sur le livre des Nombres), soutiennent que la prétendue succession des juges du sanhédrin, depuis Moïse jusque vers le temps de Jésus-Christ, et tout ce qu'on débite de cetle compagnie, ne sont que fables et chimeres. N'est-il pas évident, dit dom Calmet dans sa dissertation, que la police des Hébreux n'a pas toujours été uniforme, et que le gouvernement qu'on a vu sous Moise était assez différent de celui qu'on suivit sous les Juges et sous les Rois? Moïse gouvernait d'une manière absolue et presque monarchique, temperée par l'assemblée des soixante-dix juges, dont on trouve l'établissement dans le chapitre xi du livre des Nombres; mais on ne peut douter que ces soixante-dix juges, établis pour aider Moïse dans le gouvernement, furent éteints par sa mort. Le silence de l'Écriture, de Josèphe et de Philon, sur la continuation du tribunal des soixante-dix, établis sous Moïse, prouve invinciblement que ce tribunal ne subsista plus après la mort de ce législateur, En effet, continue dom Calmet, sous les juges , le gouvernement fut fort varié, tantót sans juges, dans une entiére indépendance, tantót soumis à des juges, et tantót assujetti à la domination étrangère. Il est clair, par l'Écriture, que les anciens rois de Juda rendaient eux-mémes la justice à leurs sujets ; mais sur le déclin du royaume de Juda les princes du peuple avaient pris une grande autorité sur toutes sortes d'affaires, Depuis la captivité jusqu'aux Asmoncens, sous les grands-prétres, ce fut une aristocratie inélée de démocratie. Les Asmonéens ramenerent l'état monarchique, qui fut enfin ruiné par les Romains. Teile est l'idée générale que donne dom Calmet du gouvernement politique des Hébreux, depuis Moïse jusqu'au temps de Jésus-Christ.

Après s'être efforcé de détruire les prétendues antiquités et continuité du sanhédrin rabbinique, dom Calmet avance que le vrai sanhédrin , ou sénat des Juifs , ayant commencé sous les Machabées, alla en augmentant sous les rois asmonéens, et. de faible et chancelant qu'il était d'abord, s'éleva à un degré d'autorité qui devint redoutable méme aux rois. Ce pouvoir, continue dom Calmet , fut cause de sa ruine; les princes n'oubliérent rien pour le rabaisser.

COMMENTAIRE

Les Romains, jaloux de son autorité , le partagerent, et au lieu d'un tribunal en firent cinq, comme on voit dans Joséphe (lis. IV, Antiq. et de Bello Jud., liv. 1}. Comme, malgré les Romains, le sénat de Jérusalem s'était ou relevé ou maintenu, on le priva de ses principaux priviléges , et on lui óta le droit de vie et de mort assez longtemps avant sa derniére destruction, Enfin la destruction de la ville de Jérusalem et du temple , et la dispersion des Juifs de la Palestine , emporterent nécessairement le renversement total du sanbédrin. Telle est l'opinión de dom Calmet Sur le fameux sanhédrin des Juifs,

Au reste, le nom de sanhedrin ne peut pas être fort ancien parmi les Juifs , puisque c'est un nom corrompu du grec qui signifie une assemblée de gens assis.

Défiance de Moïse.

Il y avait bien plus de six cent mille personnes à rassasier de viandes, si l'un y comprend les femmes , les vieillards les enfants et les étrangers; il devait y avoir au moins trois millions d'ámes dans le camp des Israélites,

Mais comment Muise pouvait-il douter que Dieu pit fournir de la viande aux Israélites dans le désert , lui qui avait déjà été témoin de cette multitude prodigieuse de cailles que Dieu fit tomber dans leur camp, peu de temps apres la sórtie d'Égypte, suivant le verset 13 du chapitre xvi de l'Exodé 4 cela dom Calmet répond qu'il y a à la vérité de la défidüice et de doute dans Ies paroles de Moise, si l'on s'y arrête, mais qu'on. doit croire: que. Dien voyait dans son cœur des dispositions contraires à ses paroles. Réponse frivole. Pourquoi ne pas convenir que Moïse a manqué de foi en cette Occasion, puisque le texte sacré le dit expressément ? Numquid manus Dei invalida est? répond , en effet, Dieu à Moïse dans le verset 23 de ce chapitre, Jam nunc videbis trum. meus sermo opere compleatur? Vous allez voir maintenant si l'effet suivra ma parole.

Des soixante-dix prophètes.

Curry use reguitvisset in septuagenta rris spiritus 5 prophetaverunt, nec ultr eemaverunt. La version de Le Clerc, d'accord avec les Septante , porte dans-un sens tonl contraire, vaticinati sunt neque tamen perrezerunt, Dom Calmet observe ici que ces deux sens, dont l'hébreu est également susceptible, tout contraires qu'ils paraissent, peuvent dans le fond revenir au méme; il trouve donc, dans le passage en question, « que les soixante-dix anciens eurent le don de prophétie pour toute la suite, dans les occasions où la lumiére surnaturelle leur était nécessaire; mais qu'ils ne prophétiserent pas actuellement tout le reste de leur vie. » Au reste, je préfererais en cet endroit le sens de la Vulgate à celui des Septante, qui me parait obscur. Je croirais done que le passage en question nous apprend que Dieu, pour soulager Moïse, répandit le don de prophétie qu'il avait eu lui seul jusqu'alors sur les soixante-dix Israélites, qui furent désormais chargés du gouvernement , conjointement avec lui, et qu'ainsi le don de prophétie ne les quitta pas, non plus que Moïse, tant que ce législateur vécut. Au reste, le texte sacré n'ayant pas déterminé précisément quelles étaient les fonctions des soixantedix prophetes en question , il serait impossible de les marquer.

NOMBRES, CHAPITRE XII

Étaient-ils véritablement prophètes?

On peut fort bien , avee Le Clere et dom Calmet, entendre par l'esprit de prophétie, dont il est tant parlé dans ce chapitre, « un certain enthousiasme divin, en vertu duquel ceux quien furent possédés louaient Dieu et préféraient des discours pleins de piété et de sagesse, » et non pas «le don de prédire l'avenir. » En effet, Moïse avait plus besoin, pour partager avec lui les soins et la charge du gouvernement, de gens remplis de sagesse et de prudence, que de gens qui pussent lire dans l'avenir. Je hornerai donc à une prudence et une sagesse consommées le don de prophétie , qui, suivant le texte sacré, se répandit sur les soixante-dix assistants de Moise dans le gouvernement des Israclites.

Les Israélites sont frappés d'une plaie.

» Ils avaient encore la chair entre leurs dents et n'avaient pas achevé de la manger, que la fureur du Seigneur s'alluma contre eux, et qu'il (rappa le peuple d'une trés-grande plaie, »

Moïse u'avant pas jugé à propos d'expliquer en quoi consista la plaie dont Dieu frappa les Israélites en cette occasion, on s'efforcerait en vain de la connaitre; quelques-uns croient que ce fut le feu dont i! est parlé au verset : de ce chapitre, et supposent que, dans les trois premiers versets de ce chapitre, Moïse décrit en peu de mots ce qu'il explique ensuite plus au long dans le reste de ce chapitre, La Vulgate me parait assez favoriser cette opinion, qui est tresrecevable.

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