Or, le Seigneur parla à Moïse
45. hetirez-vous du milieu de cette multitude , et maintenant je les exterminerai. Alors, prosterné sur la terre,
40. Moïse dit à Aaron : Prends l'encensoir, et y placant du feu de l'autel et l'encens, va aussitôt vers l'assemblée afin que tu pries pour elle; car déjà la colere du Seigneur est sortie, et la plaie s'étend sur le peuple.
47. Aaron obéit, et courut au milieu de la multitude, que l'embrasement dévorait déjà : il offrit les parfums ;
48. Et, se tenant debont entre les;morts et les vivants, il pria pour le peuple, et Ia plaie cessa.
49. Or, il y en eut quatorze mille sept cents qui furent frappés de cette plaie, outre ceux qui périrent à la sédition de Core.
50. Et Aaron retourna vers Moïse à la porte du tabernacle d'alliance, après que la mort se fut arrêtée.
COMMENTAIRE
Ce chapitre nous représente les schismatiques de tous les temps.
Il nc faut pas perdre de vue dans ce chapitre deux grands objets, Ja perfidie des Juifs à l'égard de Jésus-Christ, et le crime de tous les schismatiques.
Coré, Dathan et Abiron, et les complices de leur révolte , sont manifestement la figure des Juifs qui ont contesté à Jésus-Christ ses deux qualités de roi et de pontife : ils ont fait schisme avec lui et avec son Église. Dieu a décidé la cause entre. eux et l'Église par la destruction entière de Jérusalem et les maux dont il a accablé les Juifs; le portrait est parfait , il est facile de le suivre,
Toute la tradition a. vu dans la révolte de ces hommes l'image de tous ceux qui font schisme avec l'Église, et qui élévent autel contre autel.
Saint Augustin, ecrivant contre les donatistes, se sert sonvent de cel exemple, et. il fait voir que, si le crime de ces anciens rebelles a été puni d'une manière si sévère, qu'il n'y a aucun crime qui ait été puni plus rigoureusement et avec plus de confusion pour les coupables , il n'y a done aucun crime. plus grand devant Dieu que le schisme, Être englouti tout vivant est un genre de punition qui passe tous les autres châtiments ; le crime qui la mérite est donc au-dessus des autres prévarications. En effet, il est le plus grand en ce que tous les autres demeurent à portée des remedes et de la guérison; mais celui-là a ôté toute ressource, Une comparaison rendra cela très-sensible : tant que la partie du corps qui est blessée, et méme couverte d'uleères, tient au corps, il y à apparence que la vie du corps portera la santé dans la partie qui est malade; mais séparez du corps la plus vivante , le mal est sans reméde, et elle tombe anssitót en pourriture.
Coré était fils ainé d'Tsaar, oncle de Moise; les trois autres étaient de la tribu de Ruben, qui était l'ainé des enfants de Jacob : les uns et les autres, impatients du joug de Moïse, qui était cependant le plus doux des hommes, formérent une conspiration contre lui. L'or-
gueil fut le principe de leur révolte, comme il l'a été depuis de tons
| les schismes (ce fut aussi l'orgueil qui porta les Juifs à fare mourir Jésus-Christ : l'orgucil était leur principal crime, et c'est à l'orzaeil que saint Paul, dans l'Épitre aux Romains , attribue leur réprobation}.
Ils ne manquérent pas de prétextes spécieux pour aytoriser leur rébellion , ainsi qu'en ont eu depuis eux tous les schismatiques. Core était de Ja tribu de Levi, les trois autres étaient fils de l'aine des enfants de Jacob. Nous avons vu les Grecs alléguer l'antiquité de leurs Églises et la dignité de leurs sièges apostoliques, pour s'autoriser dans leur séparation d'avec l'Église romaine, dont ils croyaient pouvoir fort bien se passer,
L'on voit de méme, à la tête des ennemis de Jésus-Christ, les prêtres, les seribes, les pharisiens, les sénaleurs, ce qu'il y avait de plus illustre dans le sacerdoce et dans la nation, et dont le grand sanhedrin était composé,
Moïse et Aaron représentent Jésus-Christ, l'un, Jésus-Christ comme roi; l'autre, Jésus-Christ comme prètre, Moïse est la figure de sa royauté, Aaron l'est de son sacerdore ; et ces hommes, qui s'élèvent contre eux, ee sont des Juifs du temps de Jésus-Chrisif; ils out refusé de le reconnaitre pour leur roi: « Nous ne voulons point que celui-ci soit notre roi; nous n'avons point d'autre roi que César, »
La premiere chase que disent ces rebelles à Moïse, c'est qu'il vous suffise que tout le peuple est un peuple de saints, et que le Seigneur est avec eux, Pourquoi vous élevez-vous sur le peuple du Seigneur ?
Ils commencent par faire perdre de vue les prodiges par lesquels Dieu avait justifié. la mission de son serviteur, et ilá prennent les hommes par lamour-propre, qui n'aime point à être dominé. Ils abusent des paroles de Dieu ; il était vrai que Dieu avait appelé son peuple un peuple de saints, la nation sainte, un peuple d'hommes qui étaient rois et prétres. Selon eux, convenait-il que de tels hom» mes eussent un maitre à qui ils fussent obliges d'obéir? Un tel peuple avaitil besoin d'un continuel législateur et d'un pédagogue qui avait usurpé toute l'autorité et mis le sacerdoce sur la téte de son frere, dont il faisait ee. qu'il voulait? Ces hommes sont la vive image des hérétiques de ces derniers siècles, surtout des calvinistes ; ils
ont exagéré le joug insupportable du pape et des éxéques; ils ont profité de l'ignorance des peuples pour faire perdre de vue l'établissement divin de la hiérarchie justifiée par tant de miracles et par ung succession si suivie depuis les apôtres.
Ils ont abusé de l'Écriture , et surtout des endroits où il est parlé de la liberté que Jésus-Christ nous avait acquise ; ils ont dit aux fidèles qu'ils étaient tous des prètres-rois ; qu'il était honteux qu'ils fussent soumis à un gouvernement qui n'avait d'autre appui que la politique et l'ambition de certains hommes pour dominer sur les autres.
Ils ont ensuite renversé la hiérarchie , dégradé tous les évêques et prètres qui se sont associés à eux ; ils ont tout réduit à cette prétendue simplicité d'être tous égaux, étant tous rois et prêtres, et ils ont dit qu'il convenait bien mieux qu'il n'y eût entre eux aucune distinction , et que les. emplois fussent confiés à de simples députés choisis par le corps, que d'avoir des maitres qui les dominaient avec empire, et ils ont fait tout ce que ces anciens rebelles voulaient faire, «i Dieu ne les avait pas punis d'une manière étonnante,
« Ce que Moïse ayant entendu , il se jeta le visage contre terre. »
C'est ainsi que Jésus-Christ a prié pour ceux qui le mettaient à mort. David avait prédit que telle serait la disposition du Messie : Detralebant (hébr.: adversabantur) mihi, ego autem orabam,
Moïse n'entreprend. point de soumettre avec fierté ces rebelles; il se contente de leur dire: Vous vous élevez beaucoup ,'enfants de Léxi. 1l envoie appeler Dathan et Abiron; ils n'obéissent pas , le mal est grand, les rehelles s'opiniàtrent; il ne tonne pas , mois il a recours à la prière, et s'adresse an Seigucur comme à celui qui peut seul orréter un tel incendie.
« Et il dit à Coré et à toute sa troupe : Demain att matin, le Seigneur fera counaitre qui sont ceux qui lui appartiennent; il joindra à lui ceux qui sont saints, et ceux qu'il a élus s'en approcheront, »
Dieu s'est résersé le choix de ses ministres et de ses saints, « Il appela à lui ceux que lui-mème voulait , et ils vinrent à lui. Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisi, Tous ceux que mon pere m'a donnés viendront à moi. Personne ne peut venir à moi, si mon père, qui m'a envoyé, ne l'attire. Tous ceux qui avaient été prédestinés à la vie éternelle embrassérent la foi, »
Moise a recours à Dieu par la prière, et attend de lui que la cause soit décidée par quelque prodige entre les schismatiques et ceux que Dieu à choisis.
« Faites donc ce que je vais dire: Que chacun de vous prenne soi envensoir, vous, Coré, et toule votre troupe. »
Cet enceasoir est la figure des prières. Ce qui décide entre les légitimes pasteurs et les schismatiques , c'est la bénédiction de Dieu qui se manifeste par les fruits du ministère des pasteurs légitimes.
« Et demain, ayant pris du feu, vous offrirez l'encens devant le Seigneur, et celui-là sera saint, que le Seigneur choisira lni-méme. Vous vous élevez beaucoup, enfants de Lévi ! »
Moise les rappelle à eux-mêmes avec beaucoup. de douceur, en leur faisant sentir combien ils sont téméraires de s'élever contre ceux que Dieu a choisis d'une manière si marquée. Quelle folie n'a-ce point été aux protestants d'attaquer l'autorité de l'épiscopat, fondée sur une possession de seize siècles !
« Il dit encore à Coré : Écoutez, enfants de Lévi. «
« N'est-ce pas assez pour vous que le Dieu d'Isracl vous ait séparés de tout Le peuple, et vous ait joints à lui pour le servir dans le culte du tabernacle, et pour assister devant tout le peuple en faisant les fonctions de son ministere? »
Il devait suffire aux Juifs d’être les premiers à qui Jésus-Christ
était envoyé, d'entrer les prediers dans son royaume et d'y occuper les premières places ; mais quelque grands que fussent ces avantages, ils les méprisérent et voulurerit@te les maîtres de la vigne.
Les prêtres, selon l'ordre d'Aaron, n'étaient établis qu'en attendant le prétre, selon l'ordre de Melchisédech. Ils devaient se retirer pour lui faire place, et l'autorité dont ils étaient revétus ne leur avait été confiée que pour annoncer et faire reconnaitre celle de l'unique et du véritable médiateur entre Dieu et les hommes. »
* Muïse donc envoya appeler Dathan et Abiron, fils d'Éliab, qui répondirent : Nous n'irons point, »
On voit la méme chose dans la parabole des conviés ; ils sont appelés et refusent de venir.
Dathan et Abiron, au lieu d'obéir à Moise, lui font des reproches de ce qu'il les a tirés d'un bon pays, de ee qu'il les a amusés par de belles espérances de la conquéted'une terre où coulaient le lait elle miel, pendant qu'il les laisse périr dans un désert affreus; et enfiti ils demandent s'l veut done aussi leur arracher les yeux, Tous ces reproches étaient trés-injustes. Aprés avoir dépeint Moise comme un homme ambitieux , qui a conduit le peuple dans le désert pour en étre le maitre, ils lc représentent comme un homme cruel et à qui ils ne peuvent se fier.
Tels ont été presque tous les sehismatiques à l'égard de l'Église, dont ils ont représenté les pasteurs comme des bommes ambitieux et cruels. Qu'y a-t-il de pareil à la fureur avec laquelle Luther et Calvin ont fait de semblables reproches? Ils ont représenté les évéques comme des hommes qui trompaient le peuple, et le tenaient captif sous prétexte de religion, et qui au fond ne songeaient qu'à s'engraisser à ses dépens, et à soutenir leur faste et leur luxe.
On voit dans ces deux versets la. disposition des Juifs et leur perversité, Tls regardaieat le joug de Jésus-Christ comme un joug insupportable et aecablant; dominés par l'amour des créatures, ils ne pouvaient envisager sa doctrine sans frémir. Renoncer à soimime, porter sa croix tous les jours de sa vie, se croire heureux de la passer dans les larmes, la pauvreté, le mépris, les opprobres, les persécutions; vouloir régler sa conduite sur le plan qu'en traçait Jésus-Christ, c'était, selon eux, vouloir mener une vie souverainement misérable.
« Ft Moïse, entrant dans une grande colère, dit au Seigneur : Ne regardez point leurs sacrifices. Vous savez que je n'ai jamais rien recu. d'aucun d'eux , non pas méme un ánon, et que je n'ai jamais fait tort à aucun d'eux. »
Désintéressement de Jésus-Christ. Les renards ont des taniéres, et les oiseaux du ciel des nids; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sà téte.
Jusqu'à présent Moise s'est contenté de gémir el de prier; mais il se fáche quand il entend dire aux rebelles qu'ils craignent pour leur vie s'ils le venaient trouver. Il apprend par là aux pasteurs qu'ils ne doivent pas être insensibles aux reproches qui attaquent leur probité, et qu'ils doivent travailler à confondre leurs accusateurs, parce que leur silence serait un sujet de chute pour les ignorants et les simples.
A proportion de ce qu'ils voient les maux s'accroitre , ils doivent, comte Moise, prier le Seigneur de faire éclater la justice de la cause de l'Église et la perversité de ceux qui lui font la guerre,
Voyons le celebre prodige par lequel Dieu confondit les schismatiques : ils voulaient avoir part au sacerdoce; Moïse leur dit d'en faire l'essai, et qu'ils eussent à prendre chacun un encensoir à la main.
« Et il dit à Coré: Présentez-vous demain, vous et toute votre troupe, d'un côté, devant le Seigneur, et Aaron s'y présentera de Yautre, »
Jésus-Christ et ses apôtres, d'une part, et de l'autre le grand-
prêtre et la synagogue ,se réunisstient souvent dans le temple; chaeun y offrait à Dieu ses prières, et l'objet des prières des uns et des autres était que Dieu se déclarát en leur faveur et contre le parti qui lui était opposé. Jésus-Christ demandait que ses'ennemis fussent dissipés et couverts de confusion, « Que tous mes ennemis rougissent et soient saisis d'une extréme frayeur; qu'ils prennent soudain la fuite, et qu'ils soient tous couverts de honte. » Le grand-prétre demandait que Jésus-Christ füt confondu.
« Et ayant assemblé contre eux tout le peuple à l'entree du tabernacle, la gloire du Seigneur apparut à tous. »
Cette gloire n'était pas la méme chose que la nuée qui couvrait le tabernacle; €'était ou une grande lumière, ou un grand feu, ou
erre qui avertissait de la présence de Dieu irrité.
AT de la nuée qui couvrait le camp des Israélites contre les ardeurs du soleil, elle était fort étendue, elle se rabattait vers l'Orient quand le soleil se lexait, et elle faisait de méme à mesure que le soleil s'avançait jusqu'au couchant; et ainsi elle le cachait toujours aux Israélites. Quand la chaleur avait été trop grande, la nuée se fondait en une douce rosée qui rafraichissait le camp. Cette nuée était assez élevée pour étre apercue des peuples voisins du désert; et Moise représente souvent à Dieu, lorsqu'il le prie de pardonner à son peuple, qu'il est intéressé à le faire, parce que les etrangers, qui ont été témoins de ce prodige de la nuée, en prendront occasion de blasphémer son nom, s'il extermine un peuple qu'il a couvert d'une manière si miraculeuse. Cette nuée se rabattait quelquefois sur le tabernacle et lé couvrait entièrement depuis le sanctuaire jusqu'à l'entrée du parvis extérieur, et une voix distincle appelait du tabernacle Moise et Aaron, dont les pavillons étaient fort près du parvis, l'un d'un côté et l'autre de l'autre, et séparés du reste du camp. Moise et Aaron sortaient de leurs pavillons, et en entrant dans le parvis ils étaient cachés par la nuée.
Le parvis extérieur regardait l'orient et la tribu de Juda, qui était placée en face entre deux autres tribus.
La nuée était éclairée pendant la nuit; ce n'était pas une lumière vive comme celle du jour,
Dieu dit à Moïse et à Aaron qu'ils eussent à se séparer du milieu de l'assemblée. Le peuple avait pris part à la révolte, s'était réjoui de voir ces deux serviteurs de Dieu dans l'embarras de défendre leurs droits : c'en était assez pour que Dieu l'exterminát , si Moïse et Aaron, comprenant jusqu'où la colère de Dieu s'étendait par l'ordre qu'il leur avait donné de s'écarter de l'assemblée, n'avaient apaisé sa colere en lui représentant que le peuple était trompé et excusable, et que toute la faute en devait étre imputée à ceux qui l'avaient soulevé.
Dieu se laissa donc fléchir à l'égard du peuple, mais à condition qu'il se séparerait des chefs du schisme. Ceci a une très-belle application, par rapport aux Grecs, lorsque le schisme commenca. Les chefs de ce schisme méritérent d'abord la mort : tant que les simples fidèles des Églises d'Orient ne firent que murmurer , et qu'ils n'entrérent point pleinement dans l'esprit de division qui leur était inspiré par leurs évéques, ils furent en quelque sorte excusables aux yeux de Dieu, Il ne faut pas eependant qu'ils different longtemps à se séparer de leurs pasteurs, ou bien ils seront enveloppés dans la méme condamnation.
Et (Moïse) dit au peuple : « Retirez-vous des tentes des hommes impies, et ne touchez à rien qui leur appartienne, de peur que vous ne soyez enveloppés dans leurs péchés, »
Nous avons dans l'Évangile un avertissement tout semblable : » Alors, que ceux qui seront dans la Judée s'enfuient sur les montagnes. » Et dans les Actes : « Sauvez-vous de cette race corrompue. »
L'unique moyen de ne point périr était, du temps de Jésus-
COMMENTAIRE
Christ, de se retirer du parti de ‘ses ennemis , de s'en séparer, de se mettre au nombre de ses disciples et de s'attacher à lui.
La défense qui est faite de toucher à aucune chose qui appartienne aux rebelles apprend que les fidéles doivent ne pas prendre la moindre part à la division, et qu'il faut qu'ils quittent. totalement ceux qui ont fait schisme , pour s'unir au corps de l'Église.
Le peuple s'étant retiré, Dieu fit éclater sa vengeance. Entre les rebelles , il distingua ceux qui étaient les premiers auteurs de la révolte.
Les disciples de Jésus-Christ sortirent de Jérusalem, pour n'être pas enveloppés dans sa ruine.
* Et Moïse dit au peuple : Vous reconnaitrez à ceci que æ'est le Seigneur qui m'a envoyé pour faire tout ce que vous voyez, et que ce n'est point moi qui l'ai inventé de ma tête, »
Jésus-Christ a de méme prédit la ruine de Jérusalem.
* Si ceux qui m'accusent meurent d'une mort ordinaire aux hommes, et s'ils sont frappés d'une plaie dont d'autres soient aussi frappés, ce n'est point le Seigneur qui m'a envoyé, »
Là ruine de Jérusalem a été aussi accompagnée des circonstances extraordinaires.
» Aussitôt qu'il eut cessé de parler, la terre se rompit sous leurs pieds. »
« Et s'entr'ouvant, elle les dévora avec leurs tentes, et tout ce qui était à eux. »
* Et ils descendirent tout vivants dans l'enfer, étant couverts de terre, et ils périrent du milieu du peuple. »
Les ennemis de Jésus-Christ ont eu le méme sort; David l'avait annoncé : « Qu'une prompte mort vienne les surprendre, qu'ils descendent dans l'enfer tout vivants... Vous les pope dans le puits de l'abime. »
L'enfer est quelquefois pris dans l'Écriture pour le tombent ou pour les entrailles de la terre; mais il est pris aussi en plusieurs endroits pour l'enfer proprement dit, e'est-à-dire pour le lieu où sont précipités les réprouvés aprés leur mort, — —
Ce qui est dit ici, que la terre les engloutit , et qu'ils descendirent tout vivants dans l'enfer, doit étre pris en ce sens : que la terre s'ouvrit pour recevoir leurs corps, et que leurs âmes furent précipitées dans le séjour des démons.
Ce genre de mort si extraordinaire marque combien Dieu déteste le schisme , et avec quelle rigueur il punira ceux qui en sont les auteurs, En périssant ainsi sans ressource, ils nous apprennent que le schisme est un mal qui éteint tous les moyens de guérison.
En effet, si les protestants, par exemple, ne se fussent point séparés eux-mêmes de l'Église, leurs préventions auraient pu s'éleindre peu à peu, et plusieurs auraient été ramenés plus facilement dans le chemin de la vérité.
* Et en méme temps il sortit un feu du Seigneur qui tua les deux cent cinquante hommes qui offraient I! e^
Dans le méme temps que la terre engloutit les principaux chefs, le feu, qui partit du sein de la gloire de Dieu, tua les deux cent cinquante hommes qui offraient de l'encens. C'est là le terme de tout sacerdoce que Dieu n'a pas institué.
L'Église a pris des Juifs tout ce qu'ils avaient de bon. Elle les a dépouillés, comme ils avaient eux-mêmes dépouillé les Égyptiens. Elle s'est enrichie de leurs richesses et les a consacrées à Dieu et en à fait un monument à sa gloire, qui l'est en méme temps de leur crime. Ces richesses sont tout ce qu'il y avait de bon dans la synagogue, dans son culte, dans son gouvernement, et principalement les livres saints,
Cette circonstance, considérée comme détachée du reste de l'hisloire, contient une grande instruction. Ces hommes qui offrent de l'encens sont la figure de ceux qui, pour satisfaire une vaine gloire,
COMMENTAIRE
font de grands présents à l'Église; font bâtir des temples, des monaitéres , des hôpitaux , etc. Leurs offrandes ne leur servent de rien, et ne les garantissent pas de Ja mort, parce qu'elles n'ont pas été faites par de bons motifs. Cependant les offrandes demeurent sanctifiées; les Églises sont saintes, à cause de celui à qui elles sont consacrées, Les lames sont attachées sur l'autel, c'est-à-dire que la mémoire de ces fondateurs subsiste parmi les hommes, pour être un sujet de confusion pour eux devant Dieu, qui condamme la témerité qu'ils ont eue de vouloir satisfaire leur amour-propre jusque dans les présents qu'ils lui ont offerts.
« Le lendemain toute la multitude des enfants d'Israël murmura contre Moise et Aaron, en disant : Vous avez tué le peuple du Seigneur, »
Le peuple est alors l'image des simples fideles qui ont pris une entiére part au schisme, et qui par cela seul tombent dans la mort, et périssent aux yeux de Dieu.
* Moïse et Aaron s'enfuirent au tabernacle de l'alliance. Et lorsqu'ils y furent entrés, la nuée les couvrit, et la gloire du Seigneur parut devant tous. » |
Il n'y a point de fureur pareille à celle du schisme. Moïse et Aaron sont en danger de la vie. Ils courent au tabernacle, qui était par lui-méme un faible asile; mais c'est pour y aller implorer la protection de Dieu, et lui demander qu'il change les cœurs de ce peuple. A peine sont-ils couverts par la nuce, que la gloire, qui avait paru la veille pour exterminer les chefs de la révolte, parait de nouveau ; et du sein de celle. gloire des anges exterminateurs partirent pour aller allumer au milieu de ce peuple un feu qui les devait dévorer,
Moïse, occupé à demander la conversion de ce peuple, connut, soit parce que Dieu le lui dit, soit aussi par les cris des hommes mourants qu'il entendit , que Dieu faisait éclater sa vengeance,
« Et se tenant debout entre les morts et les vivants, il pria pour le peuple, et la pluie cessa. »
Aaron courut au milieu du peuple, se jeta au milieu du feu, ne pensant qu'au salut de ses freres qui périssaient ; il demeura ferme et immobile au milieu des flammes qui l'environnaient, il offrit son encens , il pria , et il apaisa la colere de Dieu.
Le livre de la Sagesse nous découvre ce que dit Aaron dans ces moments, et ce qui fut efficace pour apaiser la colere de Dieu.
Il est dit dans le chapitre xvitt, verset 27, jusqu'à la fin, qu'il opposa à la colère de Dieu le bouclier de la prière ; qu'il représenta à Dieu les promesses qu'il avait faites à ses péres, et qu'il avait confirmées par son serment : l'auteur de ce livre ajoute que dans son habit sacerdotal était renfermé tout l'univers, et que l'ange exterminateur, frappé de l'éclat du diadéme de ce grand-prétre, et des pierres précieuses dans lesquelles étaient enchásses les noms des douze tribus, fut saisi de crainte et de respect, et qu'il cessa de frapper.
C'est-à-dire qu'Aaron représenta à Dieu les promesses solennelles faites à Abraham , à Isaac, à Jacob et à leur postérité. Il montra à l'ange exterminateur ces douze tribus, dont les noms étaient gravés sur des pierres précieuses qu'il portait sur son pectoral; ille fit souvenir que ces tribus, qu'il voulait exterminer, étaient dépositaires des espérances de toutes les nations : dépositaires des promesses du Messie; que ce qu'il faisait relombait sur la fidélité méme de Dieu; qu'il allait anéantir par là l'univers, ou plutôt anéantir toutes les espérances solennelles que Dieu lui avait données. Car, selon le sage, tout l'univers était comme enchässé dans l'habit du grand. prétre ; c'est-à-dire dans ces douze pierres précieuses qui portaient les noms des douze tribus, par lesquelles Dieu avait résolu d'accomplir le grand ouvrage de la rédemption des hommes et de l'incarnation de son Fils.
L'ange, dit le sage, fut saisi de respect et de frayeur, quand il considéra ce qu'Aaron lui mettait devant les yeux. Le sacerdoce usurpé avait été un principe de mort pour les partisans de Coré; mais le sacerdoce qui vient de Dieu a reçu en méme temps la force d'étre propitiatoire. Aaron représente Jésus-Christ, qui s'est interposé entre Dieu et les hommes, et qui a été le pontife de notre réconciliation,
Aaron est ici le modèle de tous les bons pasteurs, qui doivent recourir à Dieu lorsqu'ils se trouvent exposés à la contradiction et qui ne doivent espérer de rameuer un peuple séditieux, et qui s'irrite, que par la sainte violence que leurs prières penvent faire à Dieu.
Get endroit est une des plus fortes preuves de la vérité et de la divinité des livres de Moïse, et, par uu enchainement necessaire, une des plus grandes preuves de la religion. Moïse avance un fait sur lequel i] est impossible qu'il en ait imposé : il atteste que tout le peuple en a été témoin; cet événement est déshonorant pour lui, mais surtout pour les fils de Coré, qui furent conservés. Autant qu'il y a d'hommes qu'il dit avoir été témoins et avoir eu part à cet événement, autant v en à-Lil d’intéressés à lui donner des démentis et à se récrier sur l'imposture. Cependant ee sont ces mèmes hommes qui ent recu avec toute sorte de respect les livres de Moïse; les regardant, nonsseulement comme ne contenant qu'une exacte vérité, mais méme comme étant inspirés, Que ceux qui sont assez impies pour oser dire que Moïse était un habile imposteur répondent aux arguments qu'on pent tirer contre eux de toutes les circonstances de cette seule histoire particulière,
Il en est de méme du fait de l'origine d'une partie de la postérité de Jacob. Les Juifs regardent les Ismaëlites comme des étrangers et des enfants d'une esclave, qui portent avec eux Le défaut de leur naissance , et qui, par cette raison, ont été exclus des promesses; cependant une partie des Juifs descend des deux servantes, l'une de Rachel et l'autre de Lia. Quel intérêt n'avaient point toutes les tribus qui venaient de ces deux servantes, de soutenir la dignité de leur origine, s'ils en avaient une autre que celle que Moïse leur donne! et ne l'auraient-ils pas démenti, s'ils n'a vaient reconnu la vérilé de ce qu'il disait.
VERSET 31, Réfutation d'une objection.
Un incrédule a dit : « que Moïse avait sans doute tout préparé pour ce cruel miracle, »
Comment imaginer qu'il soit possible de fouiller seerétement, et en vingt-quatre heures, un terrain aussi vaste que celui qu'oceupaient les tentes de Dathan et d'Abiron? En supposant cependant , contre toute vraisemblance , que cette opération se füt faite, comment imaginer que Moïse edt pu régler assez exactement le moment de la catastrophe pour que cc terrain s'ouvrit à point nommé au moment où il voulut donner à son peuple cet horrible spectacle? Ce ne serait cependant encore là que la moitié de l'ouvrage; car il faut imaginer aussi un moyen de faire tomber le feu du ciel dans le méme moment sur ceux qu'il voulait puuir, sans qu'aucun des deux cent cinquante coupables qui arcompaguaient Coré püt échapper, et en méme terops sans que cet incendie pit nuire à üne autre personne.
Les fils de Coré furent sauvés.
Moise nous apprend dans un autre endroit que , lorsque Coré fut
englouti , ses fils ne périrent point avec lui, ce qu'il appelle un grand miracle ; et c'en est un , en effet, que Dieu ait sauvé les fils de ce
séditieux en ne permettant pas qu'ils entrassent avec leurs autres parents dans les mauvais desseins de leur père (Nowb., xxvi, 10, 11).
Ce qu'on doit penser de ces chätiments.
« Ces punitions éclatantes et terribles, dit Feller, étaient nécessaires dans ces commencements; assorties an caractère du peuple qui les provoquait et à la nature de la législation théoeratique, qui
devait constituer le gouvernement des Hébreux, elles ne pouvaient |
qu'unprimer profondément la crainte de Dieu et le respect de sa loi, «
Punition du peuple; intercession d'Aaron.
» On prendra lcs encensoirs de ces hommes qui se sont attiré la mort par leur crime, et on les réduira eu lames étendues au marfeau pour en couvrir l'autel,»
C'est-à-dire l'autel des holocaustes, Cet autel, comme on a vu ailjeurs, était couvert de lames d'airain; Dieu ordonne iei qu'on le couvre de nouveau d'autres lames faites de l'airain des encensoirs des partisans de Coré, et. qu'on mette cellesci. par-dessus les pre-
NOMBRES, CHAPITRE XVII
miéres; et cela suivant le verset 40 de ce chapitre, afin que les Israélites eussent toujours devant les yeux un signe qui leur rappelát la témerité et la panilion de Cor.
« Cependant le lendemain de la mort tragique de Coré et de ses adhérents, le peuple d'Israël se laissa aller ai murmure contre Moise et Aaron, à qui ils en voulurent faire un crime (Y 41); mais Dieu, en punition de ce murmure, envoya une plaie qui tua 14,700 personnes, et né s'arrêta qu'à Ia priere d'Aaron, qui, l'encensoir à la main, vint par ordre de Moise se meltre entre les vivants et les morts ( 48) (le chapitre + du Discours de l'empire de la raison, attribué à Josephe , dit que cette plaie fut vx feu miraculeur ).
Sur quoi dom Calmet remarque trés-judiciessement que ce que fit Aaron en cette occasion était directement contraire à la loi de Dieu. Tl n'était point dn tont permis au grand-prétre de paraitre au milieu du peuple et parmi des corps morts avec ses hábits pontificaux, Les encensoirs sacrés, le feu saeré et les parfums destinés à être offerts à Dieu ne se portaient jamais hors du tabernacle; cependant il est clair par le texte sacré que Moise ordonna lui-même à Aaron de prendre l'encensoir, de le remplir de feu sacré et du saint parfum, et d'aller se jeter en cet état an milieu des morts pour apaiser la colére de Dieu. A cette difficulté, dom Calmet répond que l'esprit saint, qui inspirait Moise en cette occasion , le fit passer par-dessus les régles communes.
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