REGLES POUR L’EXPLICATION
c’est ainsi que sous le mot de pied l’Ecriture comprend toutes
les parties inferieures du corps.
Ce n’est pas seulement par l’usage frequent des me’taphores
S ue le langage de l’Ecriture convient avec le langage ordinaire: en approche encore parce qu’il s’accommode aux idées et à la maniéré de concevoir des hommes; d’où vient qu’elle parle de Dieu comme s'il R voit un eorps et qu’il Jioüs ressemblât. Nonseulement elle lui donné des yeux, une bouche et des mains : elle lui attribue de la colère, de la compassion , de la fureur, et quelques autres de nos passions. Par-là elle nous repre'sente Dieu, non tel qu’il est, ni comme la raison nous le fait connoître, mais comme l’imagination a accoutume' de se le figurer, maigre' les lumières de la raison et de la foi. Or les métaphores et cette manière de parler de Dieu ne peuvent être un sujet d’erreur qu’à des personnes grossières et qui n’auroient aucune teinture des lettres, puisque les livres profanes sont pleins de semblables façons de parler. Les personnes intelligentes voient sans peine comment il faut les prendre.
Mais ce qne l'Écriture sainte, et surtout l’ancien Testament, a de particulier et qui distingue ce livre de tous les autres, c’est qu'outre le sens littéral il en a un autre tout spirituel : l’un est le sens des mots; l’autre est, en quelque manière, le sens de l’auteur. Tout l’ancien Testament est, une ombre ejt «ne figure ? ce qui exprime les figures est le sens littéral; ce qui est figuré par ces ombres est le sens spirituel, qu’on appelle aussi sens mystique, parce qu’il est mystérieux et caché.
; On peut partager les figures de l’ancien Testament en légales,™ historiques et en naturelles. Les figures légales sont tout ce qui regarde le temple, l’autel, le tabernacle, les sacrifices et les cérémonies de la loi de Moïse. Les historiques comprennent les e'vénemens et les traitsdivers qui composent l’histoire du peuple juif; comme, par exemple, le mariage d’Abraham avec deux femmes, l’une libre et l’autre esclave; la naissance d’Isaac et d’Ismaël; l’histoire de Jacob et d’Esaii; celle du serpent d’airain, &c. Toutes ces histoires sont des images de ce que le Messie' dévoila faire un jour : les Juifs en conviennent; Jésus-Christ lui-même, dans l’Évangile, et 8. Paul, dans ses Ëpitres, nous expliquent les mystères cachés sous ces histoires, et comment toutes les cérémonies légales et tout ce qui se faisoit dans le temple, regardoient le Messie et le représentoient en différentes manières, comme nous l’avons remarqué.
' Enfin les figures naturelles comprennent tout cc que Moïse
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a écrit de la création de l’univers, de la chute du premier homme, du déluge, de l’arche de Noe'. Toutes ces choses etoienl encore des peintures mystérieuses, des emblèmes, qui représentoient à l’esprit autre chose que ce que les yeux du corps y voyoient. Aussi S. Paul compare le second Adam avec le premier; le mont Sinaï et la ville de Jérusalem avec l’église et le ciel. S. Pierre regarde le déluge et ce qui arriva à la famille de Noe' comme une ligure de ce qui arrive aux chrétiens dans leur baptême.'
Le sens mystique se divise en allégorique , anagogique et tropologique. Le sens allégorique, c’est lorsque sous une chose qu’on exprime il faut en entendre une autre. Ainsi souvent sous les noms de Salomon et de David celui de Jésus-Christ se trouve caché, de manière que ce que l’on dit de ces princes convient encore mieux à Jésus-Christ qu’à eux. Ces paroles, « Le Seigneur a dit à mon Seigneur, Assevez-vous à ma droite ■», s’entendent de David lorsqu’il choisit Salomon pour lui succéder : mais elles sont plus justes à l’égard de Dieu le Père parlant à Jésus-Christ; car, ainsi qu’il le dit lui-même, comment David peut-il appeler son propre fils son Seigneur? S. Paul, dans l’Epitre aux Gaiates, dit que le mariage d’Abruham avec Agar et Sara, la naissance d’Isaac et d’Ismaél , et tout le reste de leur histoire, sont une allégorie des deux alliances, des deux peuples et des deux Jérusalem.
Le sens anagogique explique de la félicité éternelle ce qui est dit, dans l’Ecriture, de la terre promise; c’est le ciel, dans ce sens. La Jérusalem de la terre, c’est la Jérusalem céleste. L’homme formé d’abord de la terre, animé ensuite du soufHe de Dieu, est l’image de l’homme revêtu maintenant d’un corps corruptible, qni ressuscitera un jour immortel. 11 faut remarquer ici que les prophètes n’ont pas moins prédit ce qui devait arrivera Jésus-Christ et à son église par leurs actions que par letirs paroles. Le prophète Osée, en épousant une femme de Samarie, représente Jésus-Christ, qui, par son union avec l’Eglise, l’a purifiée de toutes ses taches. Le serpent d’airain élevé dans le désert étoit la figure du Sauveur élevé en croix. La loi de la circoncision n’ordonnoit, à la lettre, que de circoncire la chair; mais, dans un sens spirituel, elle signifioit cette circoncision du cœur par luqucile les chrétiens doivent retrancher et réprimer en eux les désirs qui puurroient être contraires à la loi de Dieu.
Le sens tropologique ou moral est tiré des instructions et des règles de morale de la lettre de l’Ecriture. Lu loi défend de lier
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ia bouche au bœuf qui bat le blé. S. Paul se sert de ce précepte de Moïse pour établir l’obligation qu’ont les fidèles de fournir aux ministres de l’Évangile tout ce qui leur est necessaire.
Voici ci que dit S. Jérôme sur ces divers sens de l’Ecriture : « Il j a, dit ce père, trois manières d'expliquer l’Écriture : ia •> première est suivant le sens historique, la seconde suivant le n sens tropologique, et la troisième dans un sens spirituel. » L’histoire nous apprend la vérité et l’ordre dans lequel les 4 choses se sont passées; le sens tropologique nous élève au- » dessus du sens littéral, et nous fait donner une explication
* morale et propre pour notre instruction à ce qui se passoit
* parmi le peuple juif; le sens spirituel nous élève encore plus » haut, nous faisant quitter la terre pour noos attacher à la » félicité éternelle, de manière que les réflexions que nous fai- •> sons sur la vie présente, nous font découvrir le bonheur s auquel nons aspirons. «
Les Pères de l’Église, qui, en expliquant les livres saints aux peuples, songeoient plutôt à former des saints qu’à faire des savans, se sont beaucoup attachés au sens moral. Dans cette vue, ils ont négligé le sens de la lettre : non qu’ils l’ignorassent; mais c’est qu’il ne s’accommodoit pas au dessein qu’ils se proposoient. Jésus-Christ leur en a donné lui-même l’exemple, lorsqu’il oppose à l’impénitence et à l’obstination des Juifs la docilité et la pénitence des Ninivites, et qu’il assure que la reine du midi s’élèvera au jour du jugement pour les condamner. Quelles instructions S; Paul ne tire-t-il pas de tout ce qni arriva aux Israélites dans le désert !
■ GW sur ce modèle que les Pères ont expliqué l’Écriture au peuple ; mais, lorsqu’ils ont écrit contre les hérésies, ils les ont liombattues par le sens littéral, qu’ils ont développé d’une manière invincible. Il ne faut pourtant pas s’imaginer que les preuves fondées sur le sens spirituel n’aient aucune force. Ce sens e'toit reçu par les Juifs : on le voit par la paraphrase chaldai'que, par Pbilon , qui explique les allégories delà loi. Ainsi, à* leur égard , ce sens tenoit lieu de principe reconnu et de chose avouée. Les Juifs modernes distinguent aussi deux sens dans l’Écriture : le littéral, qu’ils appellent peachult, c’est-àdire, nn, simple; ce qui se dit d’un homme qu’on a dépouillé «le scs vétemens. Ils appellent pirusch l’exposition de ce sens littéral , et pirusekim les commentaires. Ils donnent le nom de mdraschim aux explications allégoriques : ce mol vient de dacatch', qui signifie chercher; car le sens mystique est une
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chose qu’il faut chercher en fouillant, et qui ne s’otlre pas d’abord à l’esprit.
On renferme ordinairement les quatre sens de l'Ecriture en deux vers latins dont on fait auteur Lyranus; voici ce qu’ils signifient:
• ii: . - r . ... ■
La lettre instruit des faits que TEsprit saint publie;
Le sens allégorique a rapport à la foi;
Le moral explique la loi;
L’anagogique aspire aux biens de l'autre vie.
Tout le monde convient qu’il faut d’abord s’appliquer au sens littéral de l’Ecriture, tel que’ nous venons de l’expliquer : c’est le fondement des autres ; quand on l’a bien pénétre’, il est facile après cela de s'en servir. On sait distinguer les divers usages qu’on peut en faire; on l’accommode à son sujet, aux endroits que l'on explique , et aux gens à qui l’on parle. Outre cela , il y a dans l’Ecriture une infinité de passages qui regardent la morale, qu’il faut prendre dans le sens littéral , c’est-àdire, dans le sens que les écrivains sacrés leur ont donné par l’inspiration du saint Esprit, qui a pu sans doute fournir à ces écrivains les expressions naturelles et propres pour exprimer ce sens. C’est donc ce qu’il faudroit chercher dans l’Ecriture avec le même soin qu’on tâche de pénétrer daris le sens de tout autenr : on ne s'avise pas de vouloir deviner ce qu’il pense ; on tâche de leçon noître certainement, en pesant la force des paroles dont il se sert.
Voici quelques règles qu’r? faut suivre pour entrer dans le vrai sens de l’Écriture.