DipL lir, »o 1999. Ulfâta, 15. Jan
3. En français Loup. Nous gardons la forme suédoise de ce nom, inusité chez nous, malgré la canonisation du saint évéque qui défendit sa vilhi contre Attila et la célébrité de l'abbé de Ferrières.
Sa JEUNESSU. 21
écuyers * et leur naissance, comme leurs grands biens, les autorisait à prétendre aux plus hautes charges du royaume. Des moines de Gluny leur avaient donné une forte instruction, aussi connaissaient-ils mieux les principes de notre foi, et observaient-ils la loi du Christ* avec plus de fidélité, que les seigneurs leurs égaux. En un mot, ils inspiraient toutes les espérances qu'un brave chevalier, fervent chrétien, pouvait fonder sur ses gendres. Birger venait d'abandonner le titre et les fonctions de sénéchal d'Upland ^ Dès son retour à Finstad, il rappela près de lui ses filles afin, leur disaitil, de préparer la bière des fiançailles, Catherine obéit volontiers ;mais Brigitteeût « centfois préféré lamort » '.
l.Ou \apeMVtnner. Armigeriest la traduction de ce mot comme miles lest, au dire des Suédois, de riddare ou chevalier. Il y avait plusieurs classes lie svenner au-dessous desquelles se trouvait le birddrang. C'étaient là les nobles qui ne payaient d'autre impôt que celui du sang, élite dont Torigine est difficile à définir, puisque son privilège ne ressort pas, comme en Norvège ^i CQ Danemark, de la possession du sol. Le nom, souvent emprunté au Mason, se transmit fort tard. Jusqu'au xvi* siècle, on prit celui de la mère, s'il était le plus illustre. Pour faciliter l'étude des généalogies, les historiens ont dû mettre entre parenthèses, à la suite des noms de baptême, seuls tMlés au moyen Age, l'appellation future de la famille. Nous suivons cette XNitQine. Quant aux titres héréditaires, ils datent d'Eric XIV. — Cfr. Sveriqei Rikas Riddtrskapi och Adels Wapenbok [Gedercroua] Stockholm UnSalviuê, 1746. — Sverigei Medeltid kulturhistorisk skildring af Haiu Hildebrand. Stokcholm, Norstedtoch Sâners forlagW^ASSi, 1, 127, 158. 183. //. 207 à 209.
1 On ne sait trop la cause de cette retraite, qu'on peut attribuer aux crapules de conscience de Birger. Au moment où il hérite de J. ^ngcl, il porte encore son titre. Lorsquen mai 1315 le duc Valdcmar approuve les comptes de la succession, Birger n'est qualifié que de: « Nobilis vir d Utpl. ///, n* 20U;. Au 3 juillet, il est de nouveau nommé lagman. («' f022\ Dans les actes suivants (n*« 2032, 20H4) de la métne année, comme dans le contrat passé avec Ulf et Magnus le 20 septembre 1316 «' 2064), il n'a plus de titre. Ce qui semble concluant, c'est que le 23 juin 1318 (n* 2154), il est désigné comme f. d. lagman, ex-sénéchal.
3. Proe. Can. Dep, Kaltr. tup. 4« arL f, 125 recto. Brigitte avait
Cependant elle ne résista pas à son père. Il eût respecté sa liberté, si elle avait pu déclarer que Dieu l'appelait à vivre derrière les grilles du cloître ; mais Brigitte n'était point fixée sur sa vocation. Servir Dieu ^t les pauvres au sein de sa famille, libre de tout joug^ sauf du joug du Seigneur, convenait à sa nature indépendante comme à sa piété. En se révoltant contre l'autorité paternelle, elle craignit de suivre sa volonté propre; son confesseur lui conseilla de se soumettre, et les lumières de l'Esprit-Saint rendirent son obéissance silencieuse.
Confiante en la paternité céleste, Brigitte tendit à son père terrestre une main qui ne tremblait pas, et Birger mit cette petite main dans celle d'Ulf. Selon la coutume, le mariage devait avoir lieu Tannée même des fiançailles. Brigitte attendit donc qu'Ulf vînt la chercher *. L'avenir n'attirait point la pauvre enfant par des espérances, et elle se fût rejetée vers le passé, plein pour elle de doux souvenirs, s'il ne lui avait pas fallu ouvrir le vieux manoir à des hôtes nombreux. Les tables étaient dressées et les coupes couronnées de fleurs au moment où le châtelain d'Ulfâsa, accompagné d'un magnifique cortège, se présenta aux portes de Finstad. La famille de l'époux amenait des otages, portait des gages de sa bonne foi, demandait un sauf-conduit et réclamait du châtelain la noble fiancée. Birger
treize ans et Catherine douze. L'étude des documents prouve que la sainte était l'aînée, bien qu'elle soit nommée après sa sœur dans le testament de Birger.
1. La fiancée sortait de la maison paternelle sous la garde de son futur époux, chez lequel avaient lieu les cérémonies nuptiales.
parut au seuil de sa demeure, prît sous sa garde les armes de ses hôtes, leur remit aussi des gages, et les invita à partager le pain et le sel. Quand Brigitte entra dans la grande salle de Finstad, ces descendants d'Odin, fiers de leur haute stature et de leur vigueur, crurent voir un être étranger à leur race. Mais si on les avait interrogés sur la taille de la jeune fille ^ chacun d'eux eût volontiers répondu avec le poète, et sans doute avec le fiancé : c Elle me vient au cœur *. » Petite, frêle, presque entièrement voilée par ses cheveux d'or, Brigitte courbait la tête sous la lourde couronne de pierreries qui, suivant Tusage, lui ceignait le front. Le teint pur et coloré, l'expression naïve du regard, conservaient encore tout le charme de l'enfance, tandis que les lèvres minces et bien dessinées et la ligne du nez aquilin, prêtaient à la physionomie une noble fermeté. Avec simplicité, elle consentit à suivre son futur époux.
Les accablantes chaleurs du mois d'août s*apaisaient, septembre allait venir, la route promettait de n^étre point trop pénible. La jeune fille revêtit donc ses habits de voyage, et s'établit sur une haquenée de la belle race de Gothie. Des demoiselles d'honneur Tenlouraient ; son père chevauchait près d'elle avec ses parents et ceuxd'Ulf.
1. Une robe de Brigfitte que le P. Burlamacchi vit chez les Clarisses de Rome prouve que la sainte était fort petite et confirme la tradition. Vita UUâ Mrafica e gloriosissima sancta Brigida dal P. G. Burlamacchi, Xtpoli, P, Mollo, 1692, in-Ao, 337.
i Jaq. — What stature is she of ?
Orl. — Just as high as my heart.
Shakeipeare, At you like it aei. III, te, VIL
On traversa sans peine le sud de TUpland, on franchit le lac Mdelar en laissant Stockholm à gauche, puis on passa de la Vestmannie dans la Gothie Orientale, et on atteignit la rive du lac Boren et le territoire d'Aska. Là le fiancé s'approcha de Brigitte et lui montra, au sommet d'une haute presqu'île, l'épaisse forêt de chênes, de trembles, de sapins et de bouleaux dans laquelle se cachait le vieux manoir d'Ulfâsa. Au milieu des arbres brillaient les couleurs vives des étendards, et bientôt Brigitte distingua les armoiries seigneuriales qui rappelaient celles des Folkungs, dont le châtelain était parent *. A Tentrée du ponl-levis, jeté sur les douves, la parenté d'Ulf jusqu'au troisième degré, une partie de la noblesse de Néricie, et les vassaux du domaine, reçurent les fiancés. En leur présence, Birger s'avança solennellement vers Ulf : « Je te donne ma fille, « luidit-il,commeépousepleined'honneur et de fidélité, « afin qu'elle partage ta couche et ton toit, qu'elle dis- « pose de tes clefs, qu'elle jouisse du tiers de tes deniers « et des droits qu'accordent le roi Eric et la loi de TU- « pland. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. « Ainsi soit-il *. >
Dans la chapelle du château, les deux jeunes gens s'inclinèrent sous la bénédiction du prêtre. « Bénis- « sez, Seigneur, cet anneau, disait le célébrant ; que « celui qui le porte demeure en votre paix, vive selon
1. Ulf portait taillé de gueules sur azur au lion d'or (des Folkungs) armé, lampassé et denté d'argent brochant.
2. Le français ne saurait rendre ce que celte formule a de touchant en suédois, où le mot mariage, gifler mul, implique l'idée de don et où hustrv, épouse, signifie: fidélité de la maison, «c Haustreue », dirait l'allemand, qui n'a cependant pas gardé ce mot charmant pour désigner l'épouse.
< voire volonté, et vieillisse dans votre amour... Que « votre Esprit consolateur descende sur cet anneau : € que celle qui le porte soit armée de force céleste « pour se défendre, et puisse marcher vers Téternelle
< béatitude. t> Ulf prit la main droite de Brigitte, et lui passa au doigt une bague d'or, enrichie d'un saphir. La sainte messe commença. Ces enfants, vierges tous deux *, venaient d'être enchaînés pour la vie, avant de connaîlre le prix de la liberté qu'ils sacrifiaient parjle serment de s'appartenir Tun à l'autre. Mais un même amour, l'amour de Jésus, unissait leurs cœurs. Ensemble, ils confièrent à la Providence la destinée qu'on semblait remettre au hasard. Quand, selon le vieil usage, le prêtre bénit la maison et le lit nuptial, Brigitte obtint de l'austère jeune homme, agenouillé à ses côtés, qu'à Texemple des . chrétiens de la primitive Eglise, ils demanderaient à Dieu de les éclairer sur leur vocation véritable, avant d'entrer dans un état qui, peut-être, mettrait obstacle à leur salut.
D'un air calme et joyeux, la jeune mariée fit à ses h6tes les honneurs de sa maison. Fidèle aux coutumes traditionnelles, elle les servit, et d'une main libérale distribua ensuite aux pauvres le pain, la viande et le vin. Déjà elle avait quitté la riche ceinture brodée des filles suédoises et s'était revêtue d'habits plus simples, bien que conformes à son rang. Une coiffe serrée près des tempes cachait ses beaux cheveux, d'amples vêtements tombant jusqu'aux pieds lui prêtaient une singulière dignité. Quand, le lendemain du mariage, après la