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la preuve éclatante : c'était une petite fille estropiée, que ses parents avaient jetée dans le couvent et que Catherine venait de guérir par un Ave Maria. L'existence même de l'abbesse était un prodige. Active tout le jour pour la pratique des plus austères vertus, jalouse de remplir les moindres prescriptions de la règle qu'elle enseignait^ elle passait la nuit près du Dieu vivant en rEucharistie. Comme sa mère, assurait-on, elle entendait la voix du Verbe incarné. Si on Tinterrogeait à ce sujet, elle ne niait pas son union mystique avec le Christ, mais, à l'exemple de la Vierge immaculée, elle gardait en son cœur ces secrets de Tamour divin ; il ne lui était pas permis, disait-elle, de les révéler. A Yadstena, la vie de communauté avait pour aliment un contact d'âme intime ; dans ce monde du cloître, bien différent de celui du siècle où se mouvait Brigitte, voir sans cesse pratiquer l'enseignement du Maître valait mieux que d'entendre prêcher sa morale, et l'exemple silencieux de Catherine portait plus de fruits que ne l'eussent fait des paroles ^
L'épanouissement spirituel du couvent sembla entraîner à sa suite l'abondance des biens matériels. Des donations dont l'abbesse prenait l'initiative tout en ne frustrant pas ses héritiers de leurs légitimes espérances % étendaient rapidement les domaines de l'ordre
1. Proc. Can. Beat. Kater. Dep, Fr. Mailhias in art, 3* f. 38. EJu$d. Fr. Olavi de Bringatomptom et Sr. Annœ in art. i' f. 3t r. et v. 38 et 68 V. Fr. Johan, in art. 5* f. 26 r. Fr. Johanni», Fr. Martini, Sr. Annœ, et Sr. Ragnildis in art, 7* f. 65 et 68 v. et 70 r.
2. Le 25 mars 1375, Catherine donna cinq domaines au couvent, mais par sa volonté certains de ses biens passèrent aux chevaliers de sa famille. (Proc. Can. Beat. Kater. Dep. Fr. Ctem. in art. 1* f, 51 r.)
et Birger, nommé curateur des biens de Vadstena, apportait à la fortune du monastère l'avantage d'une administration vigilante. Tant de prospérité augmenta encore la renommée de Brigitte. Les pèlerinages .se multiplièrent à son tombeau, les prodiges se succédèrent par son intercession. Ses fidèles crurent donc qu'on devait continuer les examens commencés en 1373 sur le degré héroïque de ses vertus et Tauthenticité de ses miracles. Grâce à Tiniliative de Tarchevêque d'Upsal et de plusieurs d'entre ses suffragants, grâce à Tappui de seigneurs, parents ou dévots de Brigitte, trois prêtres * interrogeaient des témoins, et vérifiaient leurs attestations. Dans un cahier, achevé le 2 mai 1375, ils consignaient la preuve que Brigitte avait obtenu du ciel, avec le soulagement des divers maux dont souffre l'humanité, la résurrection de plusieurs morts *.
Ce travail terminé, on crut ne pouvoir envoyer en cour de Rome une meilleure ambassadrice que la fille de la sainte. Yadstena n'était point régulièrement constitué, aucune grille ne fermait les cloîtres. Quand l'évêque de Linkœping enjoignit à Catherine de sortir, elle dit à ses sœurs: «Dieu m'est témoin que je dé- « sire donner mes forces et ma vie pour la canonisa- « tion de ma mère ; cependant si mon confesseur me <c faisait un devoir de rester parmi vous, j'obéirais
J. Gudmar Fredericsson, Jean Gunderius et Kettilmund. Ils résidaient au monastère et se préparaient à y prendre Thabit. Proc. Can. /*. it r. et f. 56 - Diar, 1383, 1389, 1391.
2. Proc. Can. f. 57 a 64 r. À l'exception des /. 58 r. 61 r. et v. 62 v, et 63 t^. le manuscrit est reproduit avec de légères variantes p. 542-546 des Acta SS. Il se termine par un éloge de la bienheureuse dont les savants Jésuites font Texorde de la VI* partie de leur Appendice.
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c aussitôt. » Dans cet abandon de sa volonté à la Providence, elle partit au printemps de 1375 en compagnie d'un chapelain et des plus anciens amis de Brigitte : maître Pierre de Skeninge et le prieur d'Alvastra; une converse l'escortait pour la servir.
A la surprise générale, Tabbesse, chargée d'un message pour Grégoire XI, ne se dirigea pas sur Avignon, mais sur Rome. Eclairée par les lumières divines, elle savait que le pontife, cédant aux instances de la chrétienté, aux révélations de Brigitte, à la voix d'une autre sainte, se préparait à reprendre, dans la Ville éternelle, la charge qu'il tenait de Dieu. Moins de deux ans après avoir quitté le palais Papuzeri, Catherine* revint frapper à cette porte hospitalière*. Aussitôt on l'entoura : on voulait seconder ses efforts au sujet de la canonisation. Afin que la sainteté de la fille fut un témoignage vivant en faveur de sa mère, Dieu se plut à prouver, sur l'heure, la puissance des prières de Catherine.
Venozza Orsîni, Tune des sœurs du comte Latino, vivait depuis quelques années dans les plus coupables joies du siècle. Ni les exhortations de ses proches, ni les châtiments spirituels de TËglise ne pouvaient mettre un terme aux scandales qu'elle se plaisait à donner. Elle tomba dangereusement malade. Condamnée par les médecins, la noble dame refusait de se préparer à la mort. Catherine sut faire agréer sa présence et goûter son entretien ; tout entière à cette pécheresse, elle
1. Proc. Can. Beat. Kater. Dep. Sr, RagnUdls in3<' art. f, 167, 168. — Vita KttUr. 258. — Proc. Can. Dep. Fi\ Papu%trœ «»p.24<» art. /". 189. U Diarium (an. 1375) assigne au départ deCatherine la date du 22 avril Elle quitta peut-être le monastère ce jour-là, mais elle s'embarqua plus tard, emportant le cahier terminé le 2 mai.
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la servait le jour, et la nuit elle priait Dieu de la convertir. Sur ces entrefaites, une fumée noire sembla s'élever du Tibre et environner la demeure des Orsini. Le palais était dans les ténèbres, alors qu'un brillant soleil éclairait Rome. Que ce brouillard fût un effet naturel ou surnaturel, il effraya Venozza ; prise des affres de la mort, elle voyait l'enfer s'ouvrir sous ses pieds pour l'engloutir. « Très sainte dame Catherine, s'écriait-elle en saisissant la main de Tabbesse, sainte fille d'une très sainle mère, aidez-moi, ne me laissez pas enlever par Satan, je ferai tout ce que vous voudrez. » Le prêtre s'approcha ; humblement la malade confessa ses pécnés avec le repentir qui en obtient le pardon, et son &me entra dans l'élernité soutenue par les prières de Catherine.
L'abbesse remit à la curie et au vicaire pontifical le précieux cahier apporté de Yadstena, Lorsque les notaires apostoliques jetèrent les yeux sur ce document, ils objectèrent qu'il n'était point enregistré. La féodale Scandinave abaissa de haut son regard sur les clercs qui l'écoutaieot. <r Dans ma patrie, dit-elle, quand les nobles et les évoques parlent, cela suffit. » Certes le témoignage de la noblesse et du clergé valait celui des notaires ; mais on n'était pas en pays de droit germanique, on était sur une terre latine vouée aux légistes. Catherine dut se soumettre et renvoyer en Suède son chapelain faire régulariser les écritures *.
1. LiTTA VII. XX. — Pioc. Can. Beat. Kaler. Dep. Fr. Johannis et 5f Marg. Clausd. in IQo art. f. 30 et 61 r. — Vila Kater. 743. — Ont, Skt. Katar, af, Sver. 554-557. — Proc. Can. Dep Kaler. sup, 50' art, f. 14-4 vet Alf. ep, Gien. tvp. 40« art. f. 176.
L'arrivée de Grégoire XI à Rome n'était point annoncée, et la sainte, éloignée de toute participation aux affaires politiques, subissait ce délai sans en connaître la cause. Un seul des événements de Tannée 1375 : la révolte de Florence et d'une partie des républiques italiennes contre le saint-siège, l'émut profondément ; elle voyait se réaliser une prophétie de sa mère et pouvait invoquer ce fait en faveur de la canonisation de Brigitte ^
Las de laisser leurs jours s'écouler dans l'inaction, les Suédois résolurent de parcourir les États de Jeanne P* afin de procéder à un travail semblable à celui qu'on avait entrepris en Suède et à Rome. De nombreux miracles obtenus à Naples attestaient la puissance de la sainte et son image peinte sur les murs du Garmel était , en toute saison, environnée de fleurs et de cierges. Dès l'arrivée de Catherine, l'ancien ami de Brigitte, l'archevêque Bernard de Montaure, forma une assemblée choisie parmi le clergé et les autorités civiles. Au cours des mois d'octobre et de novembre, ces hommes d'élite examinèrent des témoins venus de tous les points du royaume. Sur des preuves sérieuses, ils rédigèrent le récit des principaux prodiges dus à l'intercession de la vénérable servante de Dieu ^.
1. Rev. IV, 140 et 143. La critique moderne considère aussi ces révélations comme une prophétie. Cfr. Pastor. Oes. der Pàpsle, 89.
2. Proc. Can. /*. 65 v. 71 r. Les Bollandistes ont publié tout ce long mémoire (53i-539], mais Magnus Persson d*Eka iDep. sup, 49* art, f. 119 r. a 120 V.) cite une foule de miracles dus à Tintercession de la sainte dans le royaume de Naples, et ceux-là ne sont point tous menlionnes par les Acia SS. Un des témoins était cet Antoine de Carletto (voir ch. Xlll, p. 479 et 480), qui avait dû sa faveur, puis sa disgr&cc au crédit dont Brigitte jouissait prés de la reine Jeanne. Après s'être fait
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la servait le jour, et la nuit ellr./ reine de Naples ne se vertir. Sur ces entrefaites /^ soin que Jeanne appors'éleverdu Tibre et env* >sation de Brigitte, elle ne Le palais était dans V ^Hs de la sainte. Veuve de trois soleil éclairait Rom ^^sev Olhon d'Este-Brunswick, et naturel ou surnr J^^juissances, n'était point faite pour affres de la mr , '^/ig^ieuse. Mais Catherine laissa des pieds pour V /^son passage : une possédée retrouva le s'écriait-e^' y^up de malades recouvrèrent la santé, et fille d'u^ /''^V^^^&® ^^^^ frapper les esprits, enlev^ y^^i/ne du sénéchal Jamotli de Salerne, Alfa- Le r /^ ^it confié à Catherine sa douloureuse hisse- /^^*^pt fois ses plus chères espérances avaient été r z^''^^; sept fois elle avait préparé un berceau et vu
^'^^rier un cercueil. Son mari, la croyant maudite, ^. ^^moignait une haine croissante. Que serait-ce si,
(ir la huitième fois, le sort cruel de ne peupler ni L monde des vivants, ni celui des élus, l'attendait ? Catherine releva le courage de l'infortunée, lui donna des reliques de sa bienheureuse mère et lui promit de l'assister. Peu après, le palais, où toutes les naissances se passaient dans les bras de la mort, retentit des cris d*un être vivant : c'était une fille qu'on nomma Brigitte, et elle fut la première^ en Italie^ à porter le nom de la sainte suédoise.
accorder à Taide d'importunes sollicitations remploi qu il était incapable de remplir et avoir été chassé comme concussionnaire, l'infortuné expiait ses péchés, se recommandait à la sainte, exerçait eu son nom une sorte d'apostolat et mettait aux mains des désespérés une croix qu'il tenait d'elle. Le contact de celte croix venait de guérir uu chevalier Tort connu, André des Mormili; et d'arrêter le blasphème sur ses lèvres.— Proc. Can. Dfp. Alf.ep, Gien. sup, 45' or/, f. 178 r. — Proc. Can. Bealœ Kal. Dep. Fr. Johannis in 5' art. f. H r.
Mie Tabbesse de Yadstena regagnait Rome, quittait Avignon. Après un long et pom- \' ^e, il arriva le 17 janvier 1377 à la ville
.otres. Catherine vit le pape aux portes de la .iique de Saint-Pierre. Robert Orsini tenait les rênes du coursier blanc de Grégoire : « Très Saintce Père, disait au pontife le vaillant capitaine, je com- « prends aujourd'hui la prophétie que la bienheureuse « Brigitte me faisait il y a cinq ans, en m'annonçant « que non seulement je vous verrais à Rome, mais que « je vous y reconduirais. »
A cette preuve de la sainteté de Brigitte se joignit pour Grégoire XI la preuve de la sainteté de Catherine. Le Tibre venait de rompre ses digues ; répandu dans la campagne, il se précipitait déjà au milieu de Rome, détruisant le pont de Latran, arrachant du monastère de Saint-Jacques les moines qui périssaient dans ses eaux. L'inondation menaçait la ville ; nul ne savait où chercher du secours, lorsqu'un dévot de Brigitte, l'invoquant à haute voix, fit songera sa fille. Aussitôt le souverain pontife et le sacré collège se rendirent au palais Papuzeri. Grégoire XI, entrant dans la demeure de Tabbesse de Vadstena, la supplia de sauver Rome. « Quel pouvoir ai-je sur les « flots, répondit Thumble religieuse, comment puis-je « leur parler en maîtresse ? » La foule qui envahissait la maison n'écouta point Catherine et l'entraîna toute en pleurs jusqu'au Tibre. Alors un prodige dont la noble femme fut elle-même singulièrement surprise, montra la puissance que Dieu donne à ses saints. Chaque pas de Catherine vers la rive faisait reculer les eaux impé-
tueuses du fleuve et les refoulait dans leur lit. Les flots reprirent leur cours, et un Alléluia spontané, sonore, s'éleva vers la demeure de Dieu. Pleine de curiosité, la foule tardait à se disperser. Le prieur d'Àlvastra répondit aux questions de tous en parlant de Tabbesse suédoise ; mais il le fit de la seule manière qui ne devait point la blesser : il loua la mère d'une telle fille et demanda la canonisation de Brigitte.
L'audience que désirait Catherine ne fut pas difficile à obtenir. Au Vatican elle remercia le souverain pontife d'avoir, dès 1375, ordonné un nouvel examen des miracles dus à l'intercession de Brigitte ; elle lui témoigna sa reconnaissance des informations prises dans le royaume de Naples ; elle lui rappela les deux lettres des évêques , du roi et de la noblesse suédoise qu'il venait de recevoir ; puis elle lui remit les pièces nécessaires à l'instruction du procès : d'abord le cahier contenant les premiers témoignages recueillis à Vadstena auquel les trois prêtres avaient, à la fin de 1376, ajouté un second recueil ; enfin le texte latin des révélations de Brigitte. Pour sa mère Tabbesse demanda les honneurs du culte, et pour les constitutions de Tordre elle implora une approbation plus large que celle accordée par Urbain V.
Les avocats ne manquèrent point à la vénérable servante de Dieu. La supplique de l'assemblée du clergé réunie à Telge, celle de la noblesse qui siégeait à Vadstena, celle de l'empereur Charles IV et de la reine des Deux-Siciles arrivèrent à Rome en 1377, pendant
qu'au monastère, l'examen des miracles se poursuivait avec activité *.
Grégoire XI ne cessait pas de donner au nouvel ordre des preuves de sa paternelle sollicitude, ni d'accorder à ia chapelle de Yadstena les faveurs spirituelles de TËglise. De nombreuses bulles en font foi ^ Il réunit donc les deux requêtes de Tabbesse et les confia à Texamen d'une commission où l'on admit Alphonse de Vadaterra. Sauf le cardinal d'Aigrefeuille, l'assemblée se composait d'Espagnols. Avant la fin de Tannée 1377, le maître in sacré palais ^ Jean de Torquemada proposa la canonisation de Brigitte en consistoire public, devant le pape Grégoire XL Le zèle du docte dominicain, croissant à mesure qu'il pénétrait mieux la grande âme que l'Eglise le chargeait d'étudier, eût sans doute fait juger le procès sans autres délais que ceux imposés par l'instruction de la cause, si le 27 mars 1378 la mort prématurée du souverain pontife n'était venue jeter un premier obstacle dans les négociations \
1 . L'évêque d'OdenséC; revêtu de toute autorité par le primat de Lund. y interrogea quatre amies de Brigitte: les trois premières ses compagnes à LMâsa, et la dernière, cette Ingeborge qui l'avait rejointe à Rome pour ne plus la quitter. Le prélat fit ensuite comparaître les Cisterciens d*Alvastra contemporains de la bienheureuse, et ceux qui gardaient la tradition de ses enseignements ; enfm Julienne, la fille d'Emborg Dannœs, et la comtesse des Orcades. La pureté de foi et de mœurs, Théroïcité des vertus de Brigitte, le nombre, la portée, Tauthenticité de ses miracles, ressortaient de ccUe instruction. — Proc. Can. f, 20, 21, 22 23, U r. 28 r. 42 et 57. Uep. Magni Petrl et Alf. ep. Gien. sup. 48° art. f. 116, 177 v, et 178 r. eorutndem et Kûter, sup. 49° art. f. 120 r. et v. 143 et 177 v, — Proc. Can. Beat. Kater. Dep. îr. JohanniSy Fr. Matthias et Margarelas Ctauid. in 11* art. f. 30 et 43 r. 61 v. Dep. Sr. An. in V art. f. 64 v, — Vita Kater, 259-260. — Om SKt. Katar. 559-561.