L. VIII. c. IX
Istud matrimouium similis est pu- Ce mariage est semblable à la
pif et lado puerili. poupe des navires et aux jouets des
enfants.
Extr. XCII.
Maritus sanclœ Birgittae... infir- Le mari de sainte Brigitte... tomb
mari cœpit in Atrabalo. malade à Atrabalu.
1. Certes sainte Brigitte ne prétend point contempler Dieu aul ement que Moïse dans la a contemplation émincute et familière » qu»' les théologiens plient immédiatement au dessous de la vision de Te-^sj^nce divine. (5. Thom. Paru /•»« 2^», Q 98. Art. 3, aU 2.) E'ie ne parle point du ministère des anges (5 Tliom. Cont. Gen. L. 3, Q. 151), mais elle ne le nie pas et ne s'explique nulle part sur la suspension des sons ex érieurs cT intérieurs, lorsqu'elle décrit ses visions intellccUicilcis. L'une des plus viv«s attaques entre elle se trouve dans le Commentarius Casimiri Oudini de ScriploribusEcclesiaB antiquis. Lipsûe. 1722, ///, col. 109Mo99 110». Le P. Buœus (Acta SS. 41-2-U6; a fait justice des invectives de ce Préinonln^
qui peut-on d'ailleurs accorder sa confiance, ajoutaient-ils, si on la refuse à une œuvre dont Torthodoxie est attestée par quatre papes^ deux conciles, nombre de cardinaux et des théologiens de presque tous les ordres religieux ^ ? Pour répondre aux attaques, Tédi* tion que le pape Paul Y fit publier en 1606 fut enrichie par Tévèque Consalve Durant de commentaires développés. Ils prouvaient la soumission de la sainte à l'Eglise dans les questions doctrinales, sa concordance avec les docteurs quand subsiste la liberté d'examen, et ils mettaient en lumière ses tendances thomistes. Aux partisans de Brigitte, les protestants reprochaient d'attribuer à ses écrits une autorité égale à celle de la Bible ; les Birgiltins répliquaient que l'Eglise s'était toujours élevée contre une confusion si peu raisonnable ; mais avec saint Augustin et saint Thomas ils déclaraient que si Tonne peut donner à ces Révélations un assentiment de foi catholique, on doit les croire d'une foi privée *.
Les protestants n'ont pas du reste engagé une trop violente polémique contre les défenseurs de Brigitte. Ils ont même cherché à l'inscrire au nombre des leurs, la
défroqué. On s'étonne de la rig;ueur des appréciations de la Ëcience acquise envers la science infuse, pour transitoire qu'on reconnaisse celte dernière, quand les détracteurs des révélations de sainte Brigitte sont orthodoxes et savants comme le dominicain Fr. Cajetan Benitez de Lugo. {Analecta Juris ponlificii\9* ser. col, 531-911.)
1. Dès 1373, nous dit le P. Busbus (^da SS. 408-409), le dominieaio anglais Thomas Stubbes expliquait à Londres les révélations de Brigitte ; en 1331, Richard Lavingham, professeur de théologie, les faisait connaître à Oxford. Au début de sa Vie de la sainte, le P. Burlamacchi donne la longue liste des défenseurs et des panégyristes des révélations.
2. BsNEUiCTi XIV. De Canonisât, l. II. 32, n» IX, De sert;. Pei heatif et Beator. Can. /. ///. c. ult. n* 15.
présentant comme une réformatrice dont l'œuvre avait devancé le mouvement rationaliste du xvi^ siècle. Qui cependant pourrait douter de son orthodoxie? Mais les écrivains allachés à la confession d'Augsbourg, et de nos jours M. Hammerich, ont négligé ce qui en donnait la preuve, ils n'ont tenu compte ni de sa foi à la présence réelle et à Timmaculée conception, ni de son opposition au mariage des prêtres, ni de son obéissance absolue au chef de TÉglise. Pour employer les termes de Brigitte, elle voulait € la réforme dans Tamour et rhumilité ». Ses adversaires ont dénaturé sa pensée et s'emparant de ce mot de réforme, ils Font confondu avec le cri de révolte poussé par Luther. Aujourd'hui on a cessé de croire à ces réformés de la première heure. Les luthériens eux-mêmes ont vu le professeur Ritschl, un de leurs plus célèbres théologiens, traiter la question avec non moins de bonne foi que de talent, et démontrer que de longues années avant Luther et après, rÉglise catholique a travaillé à se réformer ^
1. Au sujet des soi-disant pré-rôformatenrs, nous ne citons même pat NEANOBRet Ullmann, tant la critique protestante contemporaine les tient en petite estime. Quant à Matthias Fiacius lUyricus, il a consacré deux articles à la sainte, l'un dans son Gatalogai tettiam ▼•rltatis. Frûneofurli, annù 1666. 773-774 ^ 8^-89, Tautre à la suite de ee livre : Tret anrei Traetatai. Cailopôli, 1667 /. 166-176. C'est de ces ouvra§eset de la Oislertatio Theologica qna revelationM Birgitt« snacicn ezontit R. et R. M. &). Fridarico Augusto S. P. R. prasida Martino Ghladanio S. Tbaol. doct. ac prof, publico, eruditorum judicio submittit M. Benj. Gap* •iu8, D. 30 Dec. A. 0. R. 1715. Vitembergœ ex Offic. Vid, Gêréetianœj que M. Hammerich a tiré près )ue tout ee qui dans son livre choque le lecteur catholique. Il n*y a rien là qui mérite une réfutation. Le professeur Ritsehl iGasohiehte des Pietismus. B»nn, A. Mwtui, Prolêçpmtnë i — Feitrade ûbar Raformation in dar Latainiicban Kireba daa MiUalaliers. Bonn, A. à/arcut, 18S7), réduit à néant les soi-disant liens de Brigitte avec les rationalistes auxquels il appartient. Qui donc verra Brigitia at laa
608 SAINTE BUIGITTE.
Peu importe encore si, pour de pauvres illuminés, les écrits de Brigitte sont une sorte de préface aux rêveries de Swedenborg \ ou si des rationalistes ont voulu confondre cette âme mystique avec les êtres faibles dont la maladie ébranle le système nerveux. Que ces confusions soient volontaires ou non, il n'y a point lieu d*ouvrir un débat. Il s'agit simplement d'établir une distinction entre les excentricités de la nature et Tétat surnaturel ; or d'excellents travaux l'ont déjà fait.
A quoi bon discuter aussi les prophéties des Révélations ? On s'accorde à reconnaître que Brigitte a prédit la peste, les vicissitudes de la politique en Suède, la mort de deux papes, le schisme, la fin tragique de Jeanne P®, la chute du bas empire et le concile de Trente. Mais autant ces prophéties sont indiscutables, aussi peu Ton s'entend sur les autres. Ici l'on prétend découvrir la rupture de l'Union de Calmar, les luttes delà Suède contre le Danemark % la réforme de Luther, la venue d'Ignace de Loyola. Ailleurs on fait prévoir à Brigitte la captivité du. saint-père au Vati-
Birgiltins en union avec les frères Bohèmes de Milicz ou les frères errants de Wicleff, parce que la sainte emploie l'expression a amis de Dieu d pour désigner les fidèles, et qae les moines du Saint-Sauveur traduisent TEcriture en langue vulgaire ? A ce compte, Abraham serait le patriarche de la secte, saint Jacques son apôtre, et les disciples ceux qui ne comprennent pas Thébreu, le grec ou le latin.
i. Wfeselgren, 371.
2. Nous avons donné notre propre hypothèse. Pour la plupart des historiens, Albert I*"^ est le loup qui ne peut se rassasier, la grande Marguerite l ai^le au vol élevé, Eric de Poméranie le bouc inquiet, Christian Tagneau égorgé, Charles-Gustave le roi vengeur. Cependant le résident danois à Hambourg, Mariin Rasch, voyait dans cette révélation des augures favorables à son souverain.
can s la fin des révolutions en France et le rétablissement de la dynastie légitime*. On pourrait tout tirer de son livre : aussi ces recherches nous semblent indignes d'examen.
L'ordre du Saint-Sauveur ne fut point épargné parla Réforme. Plusieurs monastères disparurent. Plusieurs aussi s'élevèrent au milieu des troubles. Avant Texpulsiun des religieuses de Vadslena, Tordre disparaissait de Norvège et de Danemark. Vers iS7S, les schismatiques russes brûlèrent le couvent de Rével, mais la catholique Pologne conserva la plupart de ses monastères jusqu'au milieu de ce siècle ; de nouveaux furent même fondés à Lemberg, Lûck et Grodno\
En Angleterre, Tordre du Sauveur tomba un des premiei's sous les coups de Henri VIII. Dès 1S35, Richard Reynolds*, alors confesseur général, payait de son sang sa résistance à Thérésie. Quatre ans plus tard, les soixante-treize habitants de Syon-House dont le cardinal Pôle louait la régularité et la ferveur, étaient expulsés et recueillis chez leurs frères et sœurs de Dendermonde. Rappelés au temps de Marie Tudor, chassés par Elisabeth, puis de nouveau persécutés des luthériens aux Pays-Bas, ils durent quitter la Hollande et venir à Rouen, où les habitants leur construisirent un
1. /le». //.6,22. — ///. 27. — /K. 6, 33, 49. Proi. Lih. qvœdionwn. — yi. 7i. — BuiiLAMACCHi, 5U. — C. HoFLER [Die Avi(i' Pàpste. 248) cite ce sentiment de G^narelli et de DdUinger (der 'W^issagunsglaube und das Prophetenthum in der Christlichen Zeit. 243), disant qu'ils ont tort d'appliquer au temps présent une partie de ces révélation».
2. Fin de la Révolution, par J. H. Pézieuz. Pnrix. Aniérê, 1881, 97.
3. Reuterdaiil, iV, 167. — A7. i VatUt. 62. — Lance, 3n-3!5. — Navh. 125-130 — Nettelbla, 18.
4-. Le P. Reynolds vient d'être béatifié par le pape Léon XI II.
monaslère. La crainte des huguenots les fit mettre à la voile pour Lisbonne ; dans cette ville^ leur établisseaient resta double jusqu'à la mort des derniers moines. Notre siècle a vu rentrer en Angleterre les restes de celle communauté que trois cents ans d*exil n'ont pu dissoudre ; elle est installée dans le nouveau monastère de Saint Bridget's abbey of Syon, bâti pour elle en Devonshire, el garde les curieux manuscrits, livres et ornements d'église qui l'ont suivie dans ses pérégrinations. Bien que ces religieuses disent l'office romain et qu'elles aient des confesseurs étrangers à Tordre, elles observent fidèlement la Régula Saivatoris \
Dans les Pays-Bas et en Flandre, plusieurs monastères disparurent, d'autres se fondèrent et n'eurent point une longue existence. Quelques communautés émigrèrent. La Hollande possède encore deux maisons ; Tune, celle d'Uden % abrite quarante-deux religieuses qui tiennent un pensionnat. En 1843, elle donna une colonie à Weert ; là aussi on fait la classe aux enfants et on possède une imprimerie d'où sortent certains livres de chœur ^ On y a même organisé une louchante association de prières pour le retour de la Suède à la vraie foi\Toutesces religieuses hollandaises observent
1. Le Martyrologe et le Nécrologo de Syon-House sont au British Muséum. Lettre de S^ Mary Cecilia of Jésus. May 17 1888. — History o! the English Brigittine Nuns. Pitjmmtlh, W. Brendon andsom, 1886.
î. Elle n'est autre que le couvent de Maria Kondewater transporté là en 1715. Expulsée, privée de ses pères qui s'établirent près d'Anvers, dispersée par la sécularisation, rassemblée de nouveau, chassée par Napoléon, cette communauté s'est toujours reconstituée dans le même monastère. Cfr. Hei Kiootter Maria Kondewater,
3. MaTUTINUM CUM LAUDIBUS EXCDDEBANT SORORES BlRâlTTIH^ mohastcbii MARTiE CORDIS, WERTHiC, 1857.
4>. St Birgittas Boneforening.
LA RÉFORME JUSQU'aU TEMPS PRÉSENT. 611
la règle du Saint-Sauveur sous la juridiction de Tordinaire et disent TofGce birgittin *.
Les Belges favorisèrent l'expansion du couvent de Dendermonde , et un essaim de ce cloître vint à Bruxelles. Pourtant Tordre du Sauveur disparut vile, sans laisser d'autre souvenir que celui de deux saintes qu'on voudrait voir sur les autels. Une autre colonie de religieuse;» de Dendermonde, appelée en 1604 à Lille p8r Nicolas de Montmorency, dota encore notre patrie des couvents d'Arras, de Valenciennes et de Douai. Ces monastères , détruits par la révolution ', ont laissé d'autant moins de traces qu'ils vivaient sous une règle mitigée par les papes Clément VIII ef Grégoire XV. Séparées des Pères quand ceux-ci habitaient la même ville comme à Douai, ou le voisinage comme à Armentiëres et à Auxi-le-Chûteau, les Birgittines françaises tenaient, paraîUil, des pensionnais. Les pères, adoptant avec cette règle remaniée le nom de Novissimi Birgittini^ s'établirent en Allemagne, dans les Flandres et dans quelques localités françaises des diocèses de Senlis et d'Amiens. Lorsque le chapitre général des couvents de Tordre voulut ramener ces religieux à l'observance des constitutions, ils s'y refusèrent. Exclus de la famille religieuse de Brigitte, ils vécurent encore quelque temps et disparurent faute de sujets et de ressources ',